Jeux Olympiques de Garmisch-Partenkirchen 1936

 

Après le tournoi en comité restreint de 1932, il y a cette fois pléthore de participants avec quinze équipes. Trois nations font leurs débuts olympiques, l'Italie, la Lettonie et le Japon. Les matches sont joués sur deux glaces naturelles, celle du stade olympique de 10 000 spectateurs au pied de la Zugspitze (point culminant de l'Allemagne) et celle du Riessersee. On joue en plein air par des températures aux alentours de 0C, et les parties doivent parfois interrompues en raison de tempêtes de neige.

Découvrant que les équipes envoyées par la Grande-Bretagne et la France sont en réalité composées majoritairement de Canadiens d'origine européenne mais qui ont appris le hockey dans le pays qui l'a créé, le Canada demande leur disqualification, et suspend notamment quinze joueurs partis en Angleterre sans autorisation, dont les internationaux britanniques Alex Archer et Jimmy Foster. Après de longues négociations, il retire sa réclamation contre la Grande-Bretagne, mais pas contre la France, qui, bien que finalement autorisée à participer, est à deux doigts de boycotter le tournoi.

Personne ne parle de boycott, par contre, à cause de l'utilisation de ces Jeux Olympiques à des fins de propagande par le régime nazi. Dans les tribunes de Garmisch-Partenkirchen, on note ainsi la présence suivant les rencontres de Josef Goebbels, Hermann Goering, Rudolf Hess et d'Adolf Hitler lui-même. Alors qu'il avait émigré en Suisse puis en Italie après l'arrivée au pouvoir des nazis et la montée en flèche de l'antisémitisme, Rudi Ball est sélectionné en équipe d'Allemagne bien qu'il soit à moitié juif, et est ainsi récupéré par la propagande allemande comme preuve de la liberté dont bénéficierait les juifs. Son retour sert en partie d'alibi vis-à-vis des délégations étrangères, et il est aussi dû à un calcul pragmatique. La vedette Gustav Jaenecke est réticente à jouer sans son ami, et les dirigeants allemands se voient mal envoyer une équipe sans Jaenecke et Ball qui sont leurs deux meilleurs joueurs.

 

Première phase

Groupe A (6, 7, 8 et 9 février)

Canada - Pologne 8-1 (5-0,2-1,1-0)

Canada - Lettonie 11-0 (2-0,3-0,6-0)
Autriche - Pologne 2-1 (0-0,0-0,2-1)

Canada - Autriche 5-2 (4-0,1-2,0-0)
Pologne - Lettonie 9-2 (1-0,4-0,4-2)

Autriche - Lettonie 7-1 (4-0,0-0,3-1)

Classement : 1 Canada 6, 2 Autriche 4, 3 Pologne 2, 4 Lettonie 0.

Le Canada, représenté par les Port Arthur Bearcats, se balade dans ce premier tour. L'équipe d'Autriche en reconstruction se qualifie également.

 

 

Groupe B (6, 7, 8 et 9 février)

Allemagne - États-Unis 0-1 (0-1,0-0,0-0)

États-Unis - Suisse 3-0 (0-0,3-0,0-0)
Allemagne - Italie 3-0 (1-0,1-0,1-0)

Allemagne - Suisse 2-0 (0-0,1-0,1-0)
Italie - États-Unis 2-1 a.p. (0-0,0-0,1-1,0-0,1-0)

Suisse - Italie 1-0 (0-0,1-0,0-0)

Classement : 1 Allemagne 4, 2 États-Unis 4, 3 Italie 2, 4 Suisse 2.

La plus grosse surprise du tournoi vient de l'étonnante défaite des États-Unis - sur un but en prolongation d'Ignazio Dionisi - face à l'Italie, qui doit cet unique succès à son gardien Augusto Gerosa. Les Américains sont néanmoins qualifiés avec l'Allemagne. C'est une grande déception pour les Suisses, vice-champions du monde un an plus t&ocorc;t. Le gardien helvète Kunzler a encaissé un mauvais premier but face aux Allemands, le second est en revanche une merveille de Gustav Jaenecke qui dribble les défenseurs Hug et Schmidt. Pour son dernier match pour l'honneur, la Suisse change de gardien et met sur la touche le décevant Hans Cattini, qui a manqué de courage et de résistance. Il est remplacé sur l'aile droite de la première ligne par Charles Kessler, qui marque l'unique but.

 

Groupe C (6, 7, 8 et 9 février)

Hongrie - Belgique 11-2 (1-1,2-0,8-1)

Tchécoslovaquie - Belgique 5-0 (0-0,4-0,1-0)
Hongrie - France 3-0 (0-0,1-0,2-0)

Tchécoslovaquie - Hongrie 3-0 (1-0,1-0,1-0)
France - Belgique 4-2 a.p. (1-0,0-1,0-0,1-1,2-0)

Tchécoslovaquie - France 2-0 (0-0,1-0,1-0)

Classement : 1 Tchécoslovaquie 6, 2 Hongrie 4, 3 France 2, 4 Belgique 0.

Le vieux gardien Jan Peka - qui dispute sa dernière compétition internationale et qui représentait déjà la Bohême en 1913 ! - ne concède pas le moindre but et permet à la Tchécoslovaquie de se qualifier pour le deuxième tour, suivie de la Hongrie. Le manque d'entraînement se fait sentir chez l'équipe de France, qui ne bat les Belges que grâce à la fatigue des adversaires en prolongation. Elle se rattrape en faisant un bon dernier match, même s'il est perdu.

 

Groupe D (du 6 au 8 février)

Grande-Bretagne - Suède 1-0 (1-0,0-0,0-0)
Grande-Bretagne - Japon 3-0 (2-0,0-0,1-0)
Suède - Japon 2-0 (1-0,0-0,1-0)

Classement : 1 Grande-Bretagne 4, 2 Suède 2, 3 Japon 0.

Le gardien japonais Teiji Honma est le premier à porter un masque - en il de chat - dans une compétition internationale (ces JO, comme les précédents, comptent aussi comme championnats du monde et d'Europe). Cela n'empêche pas, les Asiatiques d'être éliminés par les Britanniques et les Suédois.

 

 

Demi-finales

Groupe A (du 11 au 13 février)

Allemagne - Hongrie 2-1 (0-0,1-0,1-1)
Grande-Bretagne - Canada 2-1 (1-1,0-0,1-0)
Grande-Bretagne - Allemagne 1-1 a.p. (0-0,1-0,0-1,0-0,0-0,0-0)
Canada - Hongrie 15-0 (3-0,9-0,3-0)
Grande-Bretagne - Hongrie 5-1 (1-0,3-1,1-0)
Canada - Allemagne 6-2 (1-0,3-0,2-2)

Classement : 1 Grande-Bretagne 5, 2 Canada 4, 3 Allemagne 3, 4 Hongrie 0.

Après les États-Unis, les Canadiens sont défaits à leur tour. Ils craignaient la lutte "fratricide" face aux Britanniques, ils n'ont pas été déçus. Devant 40 000 spectateurs qui attendent surtout le match de l'Allemagne, le centre Jimmy Chappell, infatigable dans les coins, et le rapide ailier Gerry Davey adressent les premier tirs. Après seulement quarante secondes de jeu, une nouvelle tentative de Davey, qui avait été malade au cours du tournoi olympique mais est de nouveau sur pied pour ce match, finit dans les filets. La Grande-Bretagne s'applique ensuite à neutraliser leurs adversaires : les défenseurs Carl Erhardt et Gordon Dailley jouent l'homme tandis que leurs ailiers récupèrent le palet. Les Canadiens foncent sur le but et finissent par égaliser par un beau tir de Saint-Germain, mais le score reste bloqué à 1-1.

Il reste deux minutes à jouer quand Davey lance une contre-attaque et attire la défense vers la droite avant de tirer. Edgar "Crisp" Brenchley, qui a suivi l'action, prend le rebond et inscrit le but de la victoire. Les Canadiens sortent leur gardien pour attaquer à six la cage de Foster, en vain. La surprise est totale, les joueurs britanniques quittent la glace sous les vivas et signent des autographes tout le long de leur retour jusqu'à leur hôtel dans la nuit de Garmisch.

Le Canada se venge le lendemain en passant quinze buts au deuxième gardien hongrois, inexpérimenté et ultra-nerveux. Il battra ensuite l'Allemagne - qui a, elle, accroché le nul contre les Britanniques par une égalisation de Schibukat - pour la deuxième place. Le public allemand se montre chauvin et peu sportif au cours de cette défaite éliminatoire.

 

Groupe B (du 11 au 13 février)

États-Unis - Tchécoslovaquie 2-0 (0-0,2-0,0-0)
Suède - Autriche 1-0 (1-0,0-0,0-0)
États-Unis - Autriche 1-0 (0-0,1-0,0-0)
Tchécoslovaquie - Suède 4-1 (0-1,2-0,2-0)
États-Unis - Suède 2-1 (0-0,1-1,1-0)
Tchécoslovaquie - Autriche 2-1 (0-0,2-1,0-0)

Classement : 1 États-Unis 6, 2 Tchécoslovaquie 4, 3 Suède 2, 4 Autriche 0.

Les États-Unis gagnent toujours de peu, mais ils remportent les trois victoires nécessaires pour aborder le tour final en position de force. La Tchécoslovaquie, dont le gardien Peka a commis deux erreurs sur deux lancers d'arrières américains, bat tout de même la Suède et l'Autriche grâce à un et deux buts de Zdenek Jirotka.

 

 

Tour final (14, 15 et 16 février)

Rappel : Grande-Bretagne - Canada 2-1
         États-Unis - Tchécoslovaquie 2-0 

Grande-Bretagne - Tchécoslovaquie 5-0 (2-0,3-0,0-0) 

Canada - Tchécoslovaquie 7-0 (4-0,2-0,1-0)
Grande-Bretagne - États-Unis 0-0 a.p. (0-0,0-0,0-0,0-0,0-0,0-0)

Canada - États-Unis 1-0 (1-0,0-0,0-0)

Classement : 1 Grande-Bretagne 5, 2 Canada 4, 3 États-Unis 3, 4 Tchécoslovaquie 0.

Le Canada est désavantagé par la formule qui conserve le résultat de la phase précédente, mais il ne parviendra pas à la faire changer et à imposer une finale, comme sa fédération, la CAHA, le souhaite. La proposition de rejouer le match, mise au vote par le président Paul Loicq, est rejetée par 6 voix contre 2. La Grande-Bretagne s'approche donc encore du titre en battant la Tchécoslovaquie avec un triplé de l'inévitable Gerry Davey, mais il faut confirmer face aux États-Unis. Cette finale avant la lettre donne lieu à un jeu défensif et aucun but n'est marqué malgré trois prolongations de dix minutes. Le mérite en revient notamment à l'excellent gardien des Britanniques, Jimmy Foster, double vainqueur de la Coupe Allan remise au champion amateur canadien avec les Moncton Hawks.

Tout n'est pas encore joué, car les États-Unis peuvent encore remporter l'or s'ils écrasent les Canadiens par plus de quatre buts d'écart. Mais sur une glace molle et avec les jambes lourdes, ils sont logiquement battus 0-1 (but de Neville) par le Canada qui prend ainsi la médaille d'argent.

Le Canada, qui croyait avoir l'or olympique, est en fin de compte battu par ses propres compatriotes. Tout a commencé en 1933 quand quelques clubs londoniens ont commencé à importer des joueurs canadiens, une vague qui est devenue une véritable marée en 1935 avec la création d'une ligue semi-pro en Grande-Bretagne. C'est ainsi que les médias britanniques ont commencé à spéculer sur une possible victoire, puisqu'il devenait possible de constituer sous les couleurs de l'Union Jack une équipe dont tous les joueurs sont nés en Angleterre - sauf Dailley - mais ont été entièrement formés au Canada, hormis le vieux capitaine Carl Erhardt (39 ans), âme et motivateur de l'équipe. Il est le premier champion olympique de l'histoire qui ait entièrement appris le hockey en Europe, puisqu'il s'est perfectionné en Allemagne et en Suisse.

 

Meilleur marqueur : Hugh Farquharson (Canada), 19 points (11 buts et 8 assists).

 

 

Les JO précédents (Lake Placid 1932)

Les JO suivants (Saint-Moritz 1948)

 

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