Dominik Hašek

 

Certains sportifs laissent une trace en devenant des modèles, en inventant un style qui fait école. Disons-le tout net, ce n'est pas le cas de Dominik Hašek. Allant à l'encontre de toutes les tendances, il a adopté une technique qui ne convenait qu'à lui, mais qui aboutissait au but recherché : arrêter le palet par tout moyen, aussi acrobatique fût-il. Seul critère d'exigence : l'efficacité. Et dans ce domaine, nul n'a jamais fait mieux. Alors même que Hašek a fait baisser ses stats moyennes en jouant jusqu'à un âge avancé, son pourcentage d'arrêts reste le meilleur de toute l'histoire de la NHL. L'incomparable est aussi devenu l'inégalable.

Avant Hašek, les grands gardiens étaient associés à de grandes équipes. Le "Dominator", avec Buffalo, a changé à lui seul le niveau d'une formation par ailleurs médiocre. Et bien sûr, en 1998, au sommet de son art, il est devenu le héros de toute une nation en offrant à la République Tchèque son unique médaille d'or olympique en hockey sur glace. Jamais un joueur n'avait pris une part aussi prépondérante dans la conquête de l'Olympe. Hašek est devenu un mythe.

Aussi bien à l'entraînement qu'en match, Hašek était insurpassable. Durant les années où il dominait la NHL, le seul fait de l'affronter intimidait mentalement les attaquants qui n'avaient aucune solution pour en venir à bout. Il est bel et bien, tout bien pesé et après mûre réflexion, le meilleur gardien de l'histoire du hockey sur glace.

 

Dominik Hašek, né le 29 janvier 1965, grandit au sein du meilleur club formateur de Tchécoslovaquie, Pardubice. Un club auquel il est viscéralement attaché depuis son jeune âge, puisque son grand-père se rappelait lui avoir séché les larmes avec un grand mouchoir lorsque l'équipe locale perdait. Il a commencé le hockey à six ans quand son père l'a conduit à un essai pour les débutants, et comme il était plus grand (car plus âgé) que la moyenne, on lui a confié le poste de gardien vacant dans la première classe d'âge, celle des moins de neuf ans.

Si Hašek n'était pas destiné à une carrière de gardien de hockey sur glace, sa précocité se manifeste de manière plus nette une décennie plus tard. Il n'a pas encore 17 ans quand il débute en équipe première, grâce à un concours de circonstances favorables. Jaroslav Radvanovský, arrivé de Brno à l'intersaison pour être le gardien numéro 1, s'est blessé. Hašek est donc rappelé des juniors, et le 1er décembre, il remplace le numéro 2 Milan Keckeš avant la troisième période alors que Pardubice est mené 1-3 par le Sparta Prague. Le score final est de 2-5, mais le jeune Dominik a suffisamment convaincu pour être titularisé au match suivant, remporté 5-1 contre Zlín. Hašek est ensuite renvoyé en juniors, mais il est aligné de plus en plus souvent en fin de saison, avec un pourcentage d'arrêts de 92,8% : un espoir est né.

La saison suivante, Hašek supplante déjà Radvanovský et se rend incontournable en alignant une série de onze victoires qui amène Pardubice en tête du classement. Il est aussi élu meilleur gardien des championnats du monde juniors. Le prodige attire l'attention des sélectionneurs nationaux. Le 15 février 1983, à 18 ans et 17 jours, Dominik Hašek devient le plus jeune gardien de l'histoire de l'équipe nationale de Tchécoslovaquie : il débute dans une défaite 2-3 en Suède, à Göteborg, et prend sa revanche deux jours plus tard (3-1). Il devient le numéro 2 derrière Jirí Králík. Aligné à deux reprises dans deux rencontres à faible enjeu, une défaite 1-5 contre l'URSS et un facile blanchissage 11-0 face à l'Italie, il récolte sa première médaille mondiale, en argent.

L'inlassable

Assurément, ce jeune homme est talentueux. Il ne le niera pas. A contrario du discours tout fait des sportifs qui prétendent que seul le travail compte pour s'attribuer ainsi plus de mérite, Hašek dira toujours que le talent est la base essentielle du succès. Mais il cite une autre composante majeure : aimer son sport et s'amuser. Et de citer en exemple ce jour de Noël 1983 quand, découvrant avec les meilleurs joueurs de Pardubice (Jirí Šejba, Otakar Janecký) que la glace est libre, ils empruntent les clés au masseur de l'équipe et s'improvisent une séance commune. Hašek ne considère jamais l'entraînement comme une contrainte, comme un labeur auquel on se soumettrait à contrecśur. C'est pour cela qu'il s'y donne toujours à fond et n'y laisse rien passer. Tout au long de sa carrière, c'est à l'entraînement qu'il commencera à stupéfier ses coéquipiers. Même en exercices de passes à deux ou à trois, jamais ils n'arrivent pas à battre ce gardien en caoutchouc, pourtant seul dans cette cage dont la protection est devenue une seconde nature.

Cela ne signifie pas que tout est facile et qu'un destin doré s'ouvre au gardien prodige. La Tchécoslovaquie commence sa saison 1983/84 par un match contre le grand rival, l'URSS, à Pardubice, sa ville natale. Il y subit sa première humiliation devant "son" public en se faisant remplacer par Králík après deux buts encaissées en... 48 secondes ! En fait, ses deux dernières saisons en tant que junior sont moyennes. Hašek a alors deux rêves, participer aux Jeux olympiques en 1984, puis aux championnats du monde à domicile en 1985 (qui aboutissent à un triomphe de la Tchécoslovaquie). Mais à chaque fois, il est éliminé de l'aventure, car il n'est plus que le troisième gardien dans la hiérarchie nationale derrière le duo Králík-Šindel. Il n'est après tout encore qu'un junior, talentueux mais pas encore au niveau de ses aînés.

C'est en 1985/86 que Dominik Hašek franchit un cap en étant élu meilleur gardien du championnat tchèque. Aux Mondiaux de Moscou en fin de saison, Jaromír Šindel a le malheur de participer à une défaite "honteuse" en ouverture contre la Pologne (1-2). Hašek s'installe alors au poste de titulaire de la sélection nationale... et ne le lâche plus.

En 1986/87, Pardubice est devenue l'équipe dominante de Tchécoslovaquie, avec à la fois la meilleure attaque et la meilleure défense. Pour son entraîneur Pavel Franek, c'est Hašek qui a permis cet équilibre, car ses équipiers étaient prêts à prendre plus de risques offensifs en sachant qu'ils pouvaient compter sur lui pour arrêter les contre-attaques. Pardubice devient champion pour la seconde fois de son histoire.

La saison de Hašek pourrait être parfaite si elle se couronnait d'un titre de champion du monde. Tout se joue dans une poule finale à quatre, avant laquelle les compteurs sont remis à zéro. Dans ce système, l'URSS n'est plus invincible. La Tchécoslovaquie l'a déjà battue en 1985 à Prague, elle pourrait le refaire à Vienne deux ans plus tard. Les deux rivaux s'affrontent le dernier jour, mais la donne a changé : les Soviétiques ne peuvent plus être champions. Hašek et ses coéquipiers, si. Voyant l'or qui lui tend les bras, celui qui sera élu meilleur gardien de la compétition tient sa cage inviolée pendant 53 minutes... avant de céder deux fois face à Krutov et Stelnov. Le rêve s'échappe et la Suède est championne du monde. Hašek perd là une belle chance d'un titre mondial... qui ne se représentera jamais. Il reçoit en consolation la prestigieuse crosse d'or remise au meilleur joueur tchécoslovaque.

Fin octobre 1987, Hašek connaît la première blessure de sa carrière. Il se déchire un muscle abdominal lors du 1000e match de l'équipe nationale de Tchécoslovaquie, face à l'URSS. Il fait son retour avant les fêtes de fin d'année, mais ne semble pas dans sa meilleure forme lorsqu'il dispute son premier tournoi olympique à Calgary. Il se distingue en revanche en finale de la Coupe d'Europe. Le CSKA Moscou remporte comme toujours le titre, mais Hašek aura tout essayé : il réussit 61 arrêts mais s'incline deux fois contre la mythique KLM, sur des buts de Krutov et Larionov.

L'inaliénable

Le championnat tchécoslovaque 1988/89 consacre le modèle de Pardubice, bâti exclusivement sur des joueurs locaux. Le nouvel entraîneur Vladimír Martinec, lui-même légende du club, explique : "Un joueur reconnu coûte 220 000 couronnes. Nous préférons investir cet argent pour les jeunes, et nous avons ainsi des joueurs qui ont une forte relation au club et à la ville."

Cette relation a cependant une limite : tout Tchécoslovaque, si lié soit-il à son foyer, doit faire ses deux années de service militaire. Les hockeyeurs n'interrompent pas leur carrière, mais doivent être incorporés dans un des clubs de l'armée (principalement le Dukla Jihlava et le Dukla Trencin), qui voient ainsi défiler dans leurs rangs toutes les vedettes du pays dans leur jeune âge. Hašek a retardé l'échéance car il étudie à la Faculté de Hradec Králové, mais il est temps de passer sa thèse sur... "la personnalité psychologique du gardien", pour laquelle il a distribué des questionnaires à nombre de ses collègues (Kralik, l'ancien gardien tchèque de référence Jiri Holecek, le Suédois Peter Lindmark, le Canado-Allemand Karl Friesen...). Une semaine plus tard, il se marie avec Alena, qu'il a rencontrée au lycée à Pardubice sept ans plus tôt. Elle tombera enceinte de leur premier enfant au cours de la saison, alors que Hašek est devenu militaire.

Militaire... mais engagé. En novembre 1989, lorsque se propage la nouvelle qu'une manifestation d'étudiants a été dispersée par la police à Prague, Hašek part avec ses coéquipiers-soldats pour la capitale, où il fait partie des centaines de milliers de Tchécoslovaques qui défilent jour après jour, obligeant le pouvoir communiste à capituler sans que soit versée la moindre goutte de sang. C'est la "Révolution de velours". L'auteur de théâtre Vaclav Havel, principale figure de l'opposition qui a passé cinq ans en prison, est plébiscité pour devenir président de la République. Il accepte contre son gré de prendre ce poste par intérim, et le gardera treize ans en assurant le partage du pays en deux avec la même fluidité que la transition démocratique.

La saison de hockey continue dans cet environnement bouleversé, et Jihlava est en tête du classement. Pardubice, en revanche, ne s'est pas remis de la perte de son gardien et doit lutter pour le maintien. Quand les deux équipes s'affrontent en fin de saison, Hašek ne veut pas contribuer à la descente de son véritable club. Il obtient l'assurance de l'entraîneur-adjoint Josef Augusta qu'il n'aura pas à jouer ce match crève-cśur, mais celui-ci change d'avis. Alors, au premier contact avec le palet, il simule une blessure et rentre vers son banc. Les entraîneurs Jaroslav Holik et Josef Augusta lui passent un savon à la pause, et dans une colère démonstrative, Hašek jette le maillot du Dukla à la poubelle. Il est immédiatement exclu de l'équipe et renvoyé à la caserne de Liberec. Il est sanctionné de 8 matches de suspension, mais peut revenir pour les play-offs. Il est cependant blessé aux adducteurs et Jihlava est éliminé dès les quarts de finale. De son côté, Pardubice n'a pas évité la poule de relégation, mais la remporte et assure sa place dans l'élite.

Cette année militaire reste un bon souvenir pour Hašek, car intimement lié à celui de la révolution. Celle-ci supprime aussi sa seconde année de service, et il est donc libéré de tout engagement. Un monde nouveau s'ouvre, et les meilleurs hockeyeurs tchécoslovaques partent alors en NHL. Cela fait déjà 7 ans que Hašek y a été drafté par les Blackhawks de Chicago, un choix alors anecdotique. Les derniers tours, pour le reste inutiles, étaient consacrés à l'époque à des joueurs "de l'autre bord", un pari politique lointain qui ne coûtait pas grand-chose. Déjà approché après les Mondiaux 1987, Hašek est cette fois-ci libre de tenter l'aventure.

L'inimitable

Le double meilleur gardien des championnats du monde n'est pas vraiment attendu à Chicago. Il ne parle pas anglais, et pour qu'il s'acclimate à la culture américaine, on l'envoie en ligue mineure, à Indianapolis. Il y obtient la meilleure moyenne de buts encaissés et le meilleur pourcentage d'arrêts de l'IHL. Il est aussi efficace pendant ses apparitions en NHL. Pour autant, les chances de devenir titulaire sont presque nulles pour ce gardien au style peu académique. Les Blackhawks ont en effet déjà, misé sur Ed Belfour, qui s'adjuge carrément le trophée Vézina de meilleur gardien de la ligue. Le contrat de 5 ans de Hašek pourrait donc être un enterrement de première classe... Il demande à pouvoir en sortir car il a re&eccedil;u de bonnes offres d'Europe, notamment de Cologne.

La planche de salut vient en 1992, quand il est échangé aux Sabres de Buffalo. Eux aussi ont un gardien renommé, Grant Fuhr, quintuple vainqueur de la Coupe Stanley et qui avait été élu meilleur gardien de NHL avant que Patrick Roy et Ed Belfour ne se partagent cette distinction (et avant qu'il n'aille en cure pour soigner sa dépendance à la cocaïne). Sauf que Fuhr est sujet aux blessures. Hašek peut donc montrer ce qu'il vaut en tenant le fort pendant plusieurs semaines, et pas seulement pour des apparitions épisodiques. Il renverse donc rapidement la hiérarchie.

L'entraîneur des gardiens de Buffalo, Mitch Korn, a compris qu'il ne faut pas brimer le style unique de Hašek, incompris à Chicago. Il rectifie seulement quelques imperfections en lui apprenant à refermer complètement la mitaine. Il lui enseigne à être patient et à laisser l'attaquant faire le premier geste. Le Tchèque est en effet toujours apte à réagir grâce à sa vivacité d'esprit. Hašek est en effet un très bon joueur d'échecs, et il utilise les mêmes qualités mentales sur la glace : il anticipe les mouvements de l'attaquant et a toujours un coup d'avance. La seule chose qui peut désarçonner le grand maître, c'est quand l'adversaire se trompe et n'opte pas pour le choix le plus logique. A contrario, les attaquants, eux, ne savent pas lire le jeu de Hašek, si peu conventionnel, qui ne ressemble à rien de ce que leurs entraîneurs et/ou l'expérience leur ont appris.

Dès sa deuxième saison à Buffalo, Dominik Hašek remporte le trophée Vézina et termine deuxième au trophée Hart de meilleur joueur de la ligue. Il est le premier gardien depuis vingt ans à passer sous les deux buts encaissés de moyenne par match (1,95 alors que son coéquipier Fuhr est à 3,68...). Les temps sont en train de changer et la suprématie des attaquants est révolue. La Coupe Stanley sera remportée par une équipe au style très défensif, les New York Rangers. Le match annonciateur de cette nouvelle ère a lieu en play-offs quand Buffalo bat les New Jersey Devils d'un gardien rookie nommé Martin Brodeur à la... quatrième prolongation. Avec un blanchissage de 70 arrêts, Hašek signe son premier record de NHL, qui tient toujours. Il n'empêche toutefois pas l'élimination de son équipe au septième match (1-2), malgré ses 95% d'arrêts sur l'ensemble de la série.

La valeur des gardiens n'est encore pas totalement reconnue. Ils sont moins vendeurs que les attaquants, surtout un Hašek qui continue de porter un casque à l'ancienne et pas un masque moderne. Mais la NHL vit une explosion salariale qui touche tout le monde. Il lui reste une année de son contrat initial, une option qui peut lui permettre de doubler son salaire à 750 000 dollars annuels, mais qui est loin de ses performances. Son agent Rich Winter veut négocier une hausse plus substantielle en échange d'un contrat long à Buffalo. Il proclame que Hašek est le meilleur gardien à avoir jamais vécu (allégation prémonitoire mais encore prématurée à ce stade) et mérite donc d'être le gardien le mieux payé. Il rabat ses prétentions à être le troisième salaire (derrière Roy et Belfour) avec 9 millions de dollars sur 3 ans, mais les Sabres n'en proposent que 6... alors qu'ils viennent d'offrir plus du double à leur buteur américain Pat LaFontaine. Winter demande à Hašek de quitter le camp d'entraînement, et quatre jours plus tard, il obtient un contrat au niveau demandé. Ce genre de négociation est loin d'être isolé et les propriétaires décrètent un "lock-out" : ils ferment le rideau pour essayer de négocier - vainement - un plafond salarial.

La ligue ne rouvre qu'en janvier, mais cette pause ne change rien à la tendance annoncée. Comme l'année précédente, Hašek empoche le Vézina. Surtout, la Coupe Stanley échoit aux New Jersey Devils, dont l'entraîneur Jacques Lemaire a mis en place la trappe en zone neutre, où trépassent les intentions offensives.

Toute la ligue se met au diapason du champion : la défense devient la priorité, et on réduit au minimum les occasions adverses. L'équipe qui y parvient le moins, c'est... Buffalo ! Hašek est le gardien qui reçoit le plus de tirs en moyenne, et il termine pourtant avec le meilleur pourcentage d'arrêts. Cet exploit d'être à la fois le plus bombardé et le plus efficace ne sera répété qu'une fois dans l'histoire... par Hašek lui-même deux ans plus tard. Dans une NHL obnubilée par la statistique de la moyenne des buts encaissés (qui récompense la meilleure défense et pas le meilleur gardien), personne ne s'en rend compte. Le Vézina revient donc à Jim Carey, qui n'est même pas dans le top-10 au pourcentage d'arrêts, et dont la carrière s'effondrera aussi vite qu'elle a décollé !

L'intraitable

Pour se mettre en valeur, il vaut donc mieux jouer dans une bonne équipe. Heureusement, en 1996/97, les Sabres redeviennent compétitifs. Malgré la commotion cérébrale qui compromet la suite de la carrière de leur buteur Lafontaine, ils progressent défensivement grâce à Hašek, mais aussi à la discipline défensive sur laquelle veille Ted Nolan. Le premier Amérindien à entraîner en NHL ne fait pas l'unanimité auprès de ses joueurs : certains estiment ne rien apprendre tactiquement de ses consignes autoritaires, mais la majorité est séduite par son charisme. Hašek se querelle avec Nolan sur le sort de son compatriote Vaclav Varada, renvoyé en ligue mineure. Cette contestation de la hiérarchie, pour ce qui est vécu comme du copinage, est mal perçue dans un vestiaire qui se divise en petits clans. Les performances de l'équipe sont telles que rien ne transparaît pendant la saison régulière.

Au troisième match du premier tour des play-offs, Hašek sort en deuxième période sur une blessure décrite par le médecin comme une "légère entorse du ligament collatéral tibial du genou droit". Alimenté par des échos du vestiaire, Jim Kelley, chroniqueur des Buffalo News, reprend cette information, écrit que Hašek est dans un "état agité" depuis plusieurs semaines et révèle l'existence de dissensions entre Nolan et son gardien. Dans les débats sportifs à la radio locale, les mots deviennent moins suggestifs et plus blessants : Hašek aurait lâché l'équipe en plein match pour une blessure à la gravité douteuse. Au match suivant à domicile (le numéro 5 de la série), une conférence de presse est organisée. Nolan et ses joueurs s'y expriment tous en faveur de Hašek. Celui-ci dit "n'avoir jamais été aussi blessé de toute [sa] vie" que par ses accusations, et il remercie ses coéquipiers de leur soutien. Le président des Sabres, Larry Quinn, désamorce la bombe et recadre la discussion hors du vestiaire en dévoilant que le vrai conflit qui pollue la franchise est celui qui oppose le manager John Muckler au coach Nolan.

La situation est donc rétablie avec diplomatie... jusqu'à ce que le soir même, Kelley s'approche de Hašek (qui n'a pas joué) pour solliciter une interview. Le gardien tchèque enrage, apostrophe le journaliste qu'il juge responsable de l'affaire, et le saisit par son col de chemise. Les Buffalo News demanderont des excuses, que Hašek présentera avant d'écouter la sentence prononcée par la ligue : trois mois de suspension. Souffrant toujours de son genou, et malgré des tentatives à l'échauffement, il ne reviendra pas en jeu même après la fin de la sanction. Avec Steve Shields dans les filets, Buffalo est éliminé au deuxième tour.

Lors de la cérémonie de fin de saison de la NHL, deux hommes en costume-cravate reçoivent leurs récompenses : Ted Nolan est l'entraîneur de l'année, et Hašek est le premier gardien à soulever le trophée Hart depuis Jacques Plante. Mais le conflit reste larvé, et Hašek a le malheur de répondre à la presse qu'un changement de coach lui serait bénéfique.

La guerre à couteaux tirés n'aura fait que des perdants. John Muckler, élu dirigeant de l'année par une revue spécialisée, est le premier à se faire virer. Son successeur Darcy Regier ne propose qu'un contrat d'un an à Nolan. Ce dernier refuse, décline une proposition d'une autre équipe... et n'en recevra plus aucune pendant neuf ans, victime d'une réputation d'insubordination envers ses directeurs. Quant à Hašek, il est bien évidemment conservé, mais sa réputation est entachée. Est-il vraiment un péril pour les journalistes ? Pas vraiment : il est peu loquace, mais quand il parle, c'est plutôt un bon client, sincère y compris pour pointer ses propres faiblesses, comme son jeu à la crosse. Est-il un perturbateur de vestiaire ? Il est plutôt considéré facile à gérer pour une star de sa dimension. Il est dans son monde, un gardien typique en somme, avec des habitudes bizarres comme se couper les ongles entre les tiers-temps. La barrière de la langue renforce ses abords taiseux, et il reste auprès de ses coéquipiers tchèques.

L'inexpugnable

L'attaquant Matthew Barnaby rend Hašek responsable du départ de Nolan et annonce qu'il chargera son gardien au premier jour du camp d'entraînement. Ambiance ! Les esprits s'apaiseront plus vite dans le vestiaire qu'en dehors... Les supporters de Buffalo ont pris leur gardien en grippe parce que Nolan était très populaire auprès d'eux du fait de son discours humble. Pendant plus d'un mois, le Tchèque est systématiquement hué à chaque match à domicile, au point que la sono passe des applaudissements enregistrés pour masquer le bruit ! Pourtant, Hašek ne fléchit pas mentalement, et retourne le public en sa faveur. Il faut dire que tout le monde constate qu'il est le seul à maintenir les espoirs de play-offs de Buffalo. Dans une équipe où le meilleur marqueur (Miroslav Satan) plafonnera à 46 points, le gardien égale en décembre le record de NHL avec 6 blanchissages en un mois, et finira à 13 en fin de saison.

Hašek continue cependant de polariser la critique, tant à Buffalo qu'ailleurs. Capable d'arrêter le palet par tout moyen approprié, il ne se gêne souvent pas pour le bloquer avec son bouclier. Or, pour cela, il lui faut lâcher sa crosse, accessoire encombrant et presque étranger pour ce corps bondissant. Ses contempteurs reprochent une certaine mansuétude arbitrale vis-à-vis d'un "jet de crosse" pénalisable de deux minutes. Mais surtout, Hašek est désormais jugé psychologiquement peu fiable, et donc inapte à faire gagner son équipe.

Le moment de vérité arrive en février 1998, à Nagano au Japon. Pour la première fois, la NHL interrompt sa saison régulière afin que tous ses joueurs participent aux Jeux olympiques. Les meilleurs hockeyeurs du monde participent à la compétition de référence pour tout sportif. Les Tchèques sont loin, très loin dans les pronostics : ils ont Hašek, Jagr et une moitié d'inconnus - du point de vue nord-américain - jouant en Europe. Les Américains, les Canadiens et les Russes rassemblent les plus grandes stars de la ligue et sont perçus comme les trois favoris du podium. Ils seront éliminés les uns après les autres par la République tchèque. En demi-finale, Dominik Hašek prend l'ascendant sur l'arrogant Patrick Roy - qui n'admet aucun rival et n'arrête pas de répéter que Hašek n'a rien gagné d'important - dans un duel direct (1-1) qui s'achève aux tirs au but. En finale, il blanchit les Russes 1-0. La foule tchèque qui accueille les vainqueurs a un nouveau héros national, devenu l'homme le plus populaire du pays : elle s'exclame même "Hašek au château", référence à la demeure du Président de la République. Le principal intéressé en sourit etn, et quand on lui tend un téléphone avec au bout du fil Vaclav Havel, il lui précise si besoin qu'il veut continuer à jouer au hockey et n'a pas l'intention de prendre sa place.

Hašek est élu pour la seconde saison de suite meilleur joueur de NHL par les experts et par ses pairs, mais s'il conduit Buffalo jusqu'en finale de conférence est, il y est dominé par son vis-à-vis Olaf Kölzig, qui a détrôné Jim Carey à Washington. Cela relativise-t-il l'influence du gardien tchèque ? Est-il capable de maintenir les performances de sa quinzaine olympique pendant les deux mois de la course à la Coupe Stanley, avec quatre séries au meilleur des sept manches ?

L'inconsolable ?

Une victoire des Sabres y reste hautement improbable : cette équipe n'a pas de star offensive, hormis l'attaquant défensif Mike Peca, auprès duquel Varada a maintenant fait son trou en première ligne. En 1999, Buffalo accède pourtant à la finale de la Coupe Stanley face aux Stars de Dallas, qui ont dominé toute la saison. Les deux équipes expertes dans le blocage de la zone neutre se font face. Toutes les équipes qui affrontent Hašek savent qu'elles n'ont aucune chance de le battre s'il voit le palet, et que la seule méthode qui vaille est de lui boucher la vue. Dallas, du reste, marque essentiellement sur des rebonds. Elle adopte résolument la stratégie de perturber Hašek, prenant quelques pénalités au passage (en chargeant le gardien dans le dos ou en le faisant trébucher). La protection de la zone du gardien est donc un enjeu capital.

Or, depuis un an, l'arc de cercle du gardien a été raboté sur les bords, devenant une zone plus réduite mais qu'on ne saurait franchir par inadvertance. Dans le même temps, en effet, la NHL a décidé que tous les buts devraient être validés par l'arbitre vidéo. On s'est habitué au fil de la saison à attendre les ralentis pour être sûr qu'aucun joueur n'est entré - même légèrement - dans la zone du gardien avant le palet. À la troisième prolongation du match 6, Hašek bloque un tir de Brett Hull avec le gant, et le palet revient dans les patins de l'attaquant qui le dévie vers sa crosse et marque. Dallas remporte la Coupe Stanley et célèbre son triomphe sur la glace au milieu des photographes. Les fans de Buffalo ont commencé à quitter la patinoire. C'est alors, avec plusieurs minutes de retard, que des ralentis sont diffusés qui montrent que Hull avait un patin dans la zone. Lindy Ruff, le coach de Buffalo, monte voir directement Gary Bettman, le patron de la NHL, qui lui oppose une fin de non-recevoir. Selon les explications officielles, le but a été validé parce que personne d'autre que Hull n'a eu le contrôle du palet entre ses deux lancers, et le fait de ne pas interrompre la cérémonie en cours n'a rien à voir avec la décision prise. Beaucoup en doutent, et ce but sera classé comme la pire décision d'arbitrage de l'histoire de la NHL. Celle-ci changera de nouveau la règle : la présence dans le demi-cercle du gardien sera autorisée si elle est sans influence sur l'action, et laissée à l'appréciation de l'arbitre...

Tout cela ne consolera pas les fans des Sabres, qui savent qu'une occasion pareille ne se représentera plus. La saison suivante est gâchée par des problèmes de Hašek à l'aine, et s'il revient en play-offs, il n'empêche pas une élimination au premier tour avec - pour remuer le couteau dans la plaie - un "but fantôme" de John LeClair : le palet est passé par l'extérieur des filets qui avaient un trou ! Le gardien tchèque remporte un sixième trophée Vézina en 2001, moment où son séjour à Buffalo se termine. Il y restera un héros, d'autant qu'il consacrera 1 million de dollars à créer une association qui organise des championnats de hockey sur glace pour les enfants des quartiers pauvres de la ville. Une décennie plus tard, il sera élu le meilleur joueur de l'histoire des Sabres par un vote des fans.

Si le Tchèque a dû quitter Buffalo, c'est que la franchise en sérieuse difficulté financière n'a plus les moyens de payer une année supplémentaire du salaire de Hašek, qui doit maintenant grimper à 9,5 millions de dollars. Une équipe peut se l'offrir : Detroit. Dans l'ère des défenses qui dure depuis sept ans, les Red Wings sont les seuls à avoir été champions sans un gardien d'exception : ils n'avaient "que" Vernon et Osgood, alors que Colorado, New Jersey et Dallas avaient Roy, Brodeur et Belfour, les trois meilleurs gardiens du Canada. Ce pays a alors la meilleure école de gardiens, mais un homme, paraissant en dehors de toute école technique avec son style unique, conteste cette suprématie. Enfin entouré d'une bonne équipe, Hašek devient le premier gardien européen à remporter la Coupe Stanley comme titulaire. Il réussit six blanchissages au cours des play-offs, un record battu l'année suivante par Brodeur.

C'est sur cet ultime triomphe qu'il annonce sa retraite. Il avait déjà déclaré la même chose en 1999, sous le coup de la déception de la finale perdue sur le but le plus controversé qui soit, mais le moment est encore plus propice : quoi de mieux que de s'arrêter en pleine gloire ? "Je ne sens plus assez de feu en moi pour continuer la compétition au niveau que j'attend de moi-même. J'ai réussi mon ultime objectif et maintenant je veux passer du temps avec ma famille."

L'incontrôlable

Dominik Hašek découvre néanmoins que la gloire et la célébrité peuvent le poursuivre jusque dans ses loisirs. Parmi ceux-ci, le hockey inline. Il y joue pour le plaisir, comme défenseur, mais le 18 mai 2003, un incident fait vite le tour du globe : il aurait donné des coups de crosse par derrière à un joueur nommé Martin Šíla, semble-t-il pour se venger d'un mauvais coup préalable. Les témoignages oculaires divergent entre un fait de jeu et une agression caractérisée de la plus grande violence... La justice se saisit de l'affaire, mais elle conclura que, faute de preuve du caractère intentionnel des blessures infligées, le cas ne peut faire l'objet que d'une simple contravention. L'avocat de Hašek annoncera pour sa part que le battage médiatique a été largement exagéré par rapport aux faits vérifiés.

Cette effervescence n'empêche pas en tout cas pas Hašek de vouloir rejouer à Detroit. L'équipe championne vient de se faire éliminer au premier tour par Anaheim et le nouveau gardien, l'expérimenté Curtis Joseph, peine à répondre aux attentes. Le problème, c'est que ce "CuJo" a deux ans de contrat à 8 millions de dollars annuels, ce qui le rend impossible à échanger. Comme Hašek signe pour un an, les Red Wings se retrouvent avec trois gardiens capables d'être titulaires (le troisième étant Manny Legace). Malheureusement, Hašek souffre d'une pubalgie après seulement 14 rencontres. À chaque fois, ses blessures concernent la région de l'aine, ses muscles étant mis à rude épreuve par l'extrême souplesse requise par son style. Au départ, le joueur et l'équipe espèrent que quelques semaines de repos suffiront à guérir. Ce n'est pas le cas et Hašek, qui a renoncé à la moitié de son salaire, annonce publiquement début février qu'il ne jouera plus de la saison, car il pense mettre ainsi CuJo dans de meilleures conditions psychologiques. Les Red Wings sont mécontents de cette déclaration, car ils veulent gérer eux-mêmes la diffusion de l'information.

Dominik Hašek se fait opérer à Prague en avril, mais cette mésaventure n'a pas calmé son envie de revenir. Il cherche un prétendant à la Coupe Stanley et signe pendant l'été un contrat d'un an avec Ottawa, dirigé par John Muckler, le manager qu'il avait soutenu à Buffalo. Son retour sera retardé d'une saison par un nouveau lock-out en NHL, et entre-temps, Hašek a dépassé la barrière psychologique des 40 ans. Personne ne croit à l'ex-retraité, mais il signe le deuxième pourcentage d'arrêts de NHL (derrière Cristobal Huet) et permet à Ottawa de partir à l'assaut avec confiance, avec la meilleure attaque de la ligue. Tout est donc parfait... jusqu'à la trêve olympique.

De l'eau a coulé sous les ponts depuis Nagano, et la République Tchèque a appris à gagner avec d'autres gardiens. Elle est devenue quatre fois championne du monde en huit ans, la dernière à Vienne neuf mois plus tôt, avec Tomas Vokoun dans les cages alors que tous les joueurs de NHL disponibles du fait du lock-out. Le retour du retraité est donc presque superflu, et même plutôt perturbant : malgré des entraînements gênés parce que son équipement a été bloqué à l'aéroport d'Ottawa, c'est Hašek qui est aligné au premier match. Il ressent une douleur à l'adducteur droit à la dixième minute et se fait remplacer par un Vokoun qui ne s'est pas senti mis en confiance.

Ces Jeux olympiques de Turin sont donc un désastre pour les Tchèques... et pour les Sénateurs. Ils ne reverront plus jamais Hašek revêtir leur maillot. Celui-ci se teste à l'entraînement, mais ne se sent pas prêt. Ses coéquipiers menés par le capitaine Daniel Alfredsson lui demandent de tester un retour pendant les play-offs, alors qu'il n'y a plus rien à perdre puisqu'ils sont menés 3 victoires à 0 au deuxième tour par Buffalo, mais le Tchèque refuse de jouer parce qu'il ne se sent pas capable d'aider son équipe avec un niveau suffisant. Cette décision est mal perçue. Hašek veut resigner la saison suivante, y compris avec une baisse de salaire, mais l'entraîneur Brian Murray refuse.

À 41 ans, Hašek n'a toujours pas l'intention de s'arrêter. Il s'est entretenu et a perdu du poids afin de retrouver sa flexibilité. Il s'engage de nouveau pour les Red Wings de Detroit, et demande une rémunération faible afin de leur laisser plus de place dans la masse salariale. Son objectif n'est en effet pas financier, il est sportif avec une nouvelle Coupe Stanley. On fait plus attention à le préserver, et il ne joue jamais deux soirs de suite en saison régulière. Les Wings échouent à une marche de la finale, et doivent leur saison à la performance inattendue de Hašek, qui s'engage un an de plus. Au cours du premier tour des play-offs 2008, Dominik Hašek est remplacé par Chris Osgood. La doublure de luxe continuera de soutenir son collègue depuis le banc jusqu'à la fin, c'est-à-dire à un nouveau titre de champion. Cinq jours plus tard, Hašek annonce sa retraite. Elle durera... un an.

L'insatiable

On peut s'étonner de cette carrière à éclipses, mais Hašek explique que pour jouer à haut niveau à son âge avancé, il faut subordonner toute sa vie à son sport, et passer son temps libre à se reposer de la charge d'un entraînement forcément intensif pour maintenir son corps. Il revient cette fois au jeu chez lui à Pardubice. Il s'implique dans le débat et participe à la création d'un syndicat des joueurs. Surtout, il diffuse l'envie de gagner dans le vestiaire et sert de modèle. Il obtient ainsi un troisième titre de champion tchèque, en finissant par douze victoires consécutives en play-offs. Il a pris le n°9, son numéro d'origine à Pardubice, et non pas le n°39 qu'il portait en NHL : le premier sera donc retiré à la fin de sa carrière par son club formateur, et le second par les Sabres de Buffalo.

Mais l'heure n'est pas encore aux hommages. Hašek, bientôt âgé de 46 ans, se fixe un nouveau défi en s'engageant dans la nouvelle "KHL" russe, au Spartak Moscou. Il est le seul hockeyeur tchèque de la région de Moscou à vivre à l'hôtel, alors que tous les autres vivent au même endroit, entre eux, dans la "maison tchèque". Il n'a cependant pas un comportement de star, se balade en métro, va à l'entraînement en vélo, et laissera surtout aux Russes le souvenir de ses séjours réguliers au McDonald's, car il a pris goût aux hamburgers en Amérique. Un excès qui ne se voit pas, car Hašek a conservé son poids de forme de 75 kg et a une condition physique irréprochable. Néanmoins, la saison de trop, c'est peut-être celle-là. Hašek et son entraîneur, son compatriote Milos Riha, n'ont pas le même point de vue sur les solutions à apporter. Les cinq Slovaques de l'équipe écoutent le gardien légendaire comme un dieu. Celui-ci s'immisce parfois dans les discussions entre un joueur et le coach à l'entraînement, il débat de la conduite des exercices. Ses relations avec Riha en pâtissent évidemment, d'autant que celui-ci reproche de sortir trop loin de sa cage. Il est peut-être trop âgé pour rester discipliné. L'entraîneur se fait virer dès le mois d'octobre, et l'attitude de Hašek en est la cause principale. Ses performances sont toujours remarquables, mais sa réputation en Russie en prend ombrage.

Dominik Hašek prend ensuite une année sabbatique, qu'il veut consacrer à sa famille, au golf, au volley, au cyclisme, mais aussi au hockey... à la télévision ! Il prévient cependant qu'il veut rechausser les patins pour jouer encore une saison à haut niveau, à plus de 47 ans... Il déclare être encore meilleur que tous les numéros 2 de NHL. Il discute avec plusieurs équipes pour devenir le plus vieux gardien de l'histoire de la NHL (qui reste Johnny Bower à 45 ans), mais on le prend un peu pour un fou. Il annonce donc sa retraite définitive en octobre 2012.

Ce n'est pas le seul changement dans sa vie. Son fils Michal et sa fille Dominika sont grands et ont déjà quitté le foyer familial. Un mois plus tard, il divorce de son amour de jeunesse Alena, officialisant une séparation survenue en début d'année. Dominik Hašek est-il frappé par le démon de midi et fréquente-t-il une jeunette ? Non, il s'agit de Libuše Šmuclerová, de deux ans plus âgée que lui, et elle-même mariée au moment de leur rencontre. Cette patronne de presse est considérée comme une des femmes d'affaires les plus influentes du pays.

L'incontournable

À sa dernière retraite, Hašek, dont certains pensaient qu'ils ne savaient pas s'arrêter, a promis de ne plus jamais garder une cage de hockey. Il aura fallu toute la conviction de l'organisateur Bedrich Scerban pour le convaincre d'enfiler son casque de manière exceptionnelle, à l'automne 2014, pour un jubilé en l'honneur du tragiquement disparu Ivan Hlinka, son entraîneur à Nagano. Quelques semaines plus tard, il devient le premier Tchèque à intégrer le Hall of Fame de NHL, avant d'entrer dans celui de l'IIHF à l'occasion des Mondiaux de Prague 2015.

Si Hašek donne des avis tranchés (en témoigne sa volonté de faire de tous les hockeyeurs russes des parias pendant la guerre en Ukraine) et rêve d'une carrière politique, il semble difficile de lui confier un mandat au vu de ses piètres résultats de gestionnaire. Il a englouti 4 millions d'euros dans sa marque de vêtements Dominator. Son entreprise de boissons énergétiques n'a pas été un grand succès. En 2017, il suit des conseils d'investissement de personnes introduites dans le milieu du hockey et place 60,5 millions de couronnes (2,5 millions d'euros) dans l'entreprise de trading WSM qui se révèle être une plateforme douteuse. Il ne récupérera que 8 millions. Ce n'est toutefois qu'une petite partie de la fortune accumulée en NHL et il n'est pas sur la paille pour autant.

Y a-t-il encore des doutes sur la place de Hašek dans l'histoire de son sport ? Certains le décrivent comme le "meilleur gardien de saison régulière", sous-entendant par ce biais que Patrick Roy et Martin Brodeur ont été plus performants que lui en séries. L'argument ne tient pas. Le pourcentage-record de Hašek (92,2%) est encore meilleur en play-offs (92,5%), domaine où les deux Québécois sont à 91,9%. Ses performances sont donc sans équivalent dans sa génération. Comparer les époques entre elles est forcément plus délicat. Mais si l'on examine de plus près les autres prétendants, Tretiak a fait toute sa carrière derrière un rouleau-compresseur et n'a pas pu avoir la même prépondérance dans les résultats de son équipe. Quant à Plante et Sawchuk, comme le Vézina n'était à l'époque qu'un trophée collectif, il faut retenir l'élection de l'équipe-étoile comme la véritable désignation du meilleur gardien de NHL. Ils n'ont reçu cette récompense que trois fois, contre six à Hašek. Fermez le ban.

Marc Branchu

 

 

Statistiques

                                                         saison régulière                                 play-offs
                                               MJ   Min.  Buts   Tirs   Moy.   B     %       MJ  Min. Buts  Tirs   Moy.   B     % 
1981/82 Pardubice            Tchécoslovaquie   12    661    34    471   3,09   1   92,8%
1982/83 Pardubice            Tchécoslovaquie   42   2358   105   1263   2,67   4   91,5%
1982/83 Tchécoslovaquie      Mondiaux 20 ans    6    360    20          3,33
1982/83 Tchécoslovaquie          amicaux        5    300    13          2,60   0
1983    Tchécoslovaquie         Mondiaux        2    120     5     58   2,50   1   91,4%
1983/84 Pardubice            Tchécoslovaquie   40   2304   108   1165   2,81       90,7%
1983/84 Tchécoslovaquie          amicaux        6    301    19          3,79   0
1984    Tchécoslovaquie       Coupe Canada      4    174    10     75   3,45   0   86,7%
1984/85 Pardubice            Tchécoslovaquie   42   2419   131   1301   3,25       89,9%
1984/85 Tchécoslovaquie          amicaux        5    280    14          2,80   0
1985/86 Pardubice            Tchécoslovaquie   45   2689   138   1410   3,08       90,2%
1985/86 Tchécoslovaquie          amicaux       12    640    23          2,16   0
1986    Tchécoslovaquie         Mondiaux        9    538    19    192   2,12   0   90,1%
1986/87 Pardubice            Tchécoslovaquie   43   2515   103   1250   2,46   4   91,8%
1986/87 Tchécoslovaquie          amicaux       15    900    30          2,00   0
1987    Tchécoslovaquie         Mondiaux        9    520    19    247   2,19   0   92,3%
1987    Tchécoslovaquie       Coupe Canada      6    360    20    189   3,33   0   89,4%
1987/88 Pardubice            Tchécoslovaquie   31   1862    93   1052   3,00   2   91,2%
1987/88 Tchécoslovaquie          amicaux       10    600    25          2,50   0
1988    Tchécoslovaquie      Jeux olympiques    5    217    18    109   4,97   0   83,5%
1988/89 Pardubice            Tchécoslovaquie   42   2507   114   1252   2,73   2   90,9%
1988/89 Tchécoslovaquie          amicaux        6    320    10          1,87   1
1989    Tchécoslovaquie         Mondiaux       10    600    21    248   2,10   2   91,5%
1989/90 Dukla Jihlava        Tchécoslovaquie   40   2251    80   1018   2,13   7   92,1%
1989/90 Tchécoslovaquie          amicaux        4    240    10          2,50   0
1990    Tchécoslovaquie         Mondiaux        8    480    20    208   2,50   1   90,4%
1990/91 Chicago Blackhawks         NHL          5    195     8     93   2,46   0   91,4%     3    69    3   39   2,60   0   92,3%
1990/91 Indianapolis Ice           IHL         33   1903    80          2,52   0             1    60    3        3,00   0
1991    Tchécoslovaquie          amicaux        2     80     7          5,25   0
1991    Tchécoslovaquie       Coupe Canada      5    300    18    158   3,60   0   87,1%
1991/92 Chicago Blackhawks         NHL         20   1014    44    413   2,60   1   89,3%     3   158    8   70   3,03   0   88,6%
1991/92 Indianapolis Ice           IHL         20   1162    69          3,56   1   91,5%
1992/93 Buffalo Sabres             NHL         28   1429    75    720   3,15   0   89,6%     1    45    1   24   1,33   0   95,8%
1993/94 Buffalo Sabres             NHL         58   3358   109   1552   1,95   7   93,0%     7   384   13  261   1,61   0   95,0%
1994/95 Pardubice             Extraliga tch.    2    124     6     62   2,90   0   91,2%
1994/95 Buffalo Sabres             NHL         41   2416    85   1221   2,11   5   93,0%     5   309   18  131   3,49   0   86,3%
1995/96 Buffalo Sabres             NHL         59   3417   161   2011   2,83   2   92,0%
1996/97 Buffalo Sabres             NHL         67   4037   153   2177   2,27   5   93,0%     3   153    5   68   1,96   0   92,6%
1997/98 Buffalo Sabres             NHL         72   4220   147   2149   2,09  13   93,2%    15   948   32  514   2,02   1   93,8%
1998    République Tchèque   Jeux olympiques    6    369     6    155   0,97   2   96,3%
1998/99 Buffalo Sabres             NHL         64   3817   119   1877   1,87   9   93,7%    19  1217   36  587   1,77   2   93,9%
1999/00 Buffalo Sabres             NHL         35   2066    76    937   2,21   3   91,9%     5   301   12  147   2,39   0   91,8%
2000/01 Buffalo Sabres             NHL         67   3904   137   1726   2,11  11   92,1%    13   833   29  347   2,08   1   91,6%
2001/02 Detroit Red Wings          NHL         65   3872   140   1654   2,17   5   91,5%    23  1455   45  562   1,85   6   92,0%
2002    République Tchèque   Jeux olympiques    4    239     8    105   2,01   0   92,4%
2002/03 (année sabbatique)
2003/04 Detroit Red Wings          NHL         14    816    30    324   2,20   2   90,7%
2004/05 (lock-out NHL)
2005/06 Ottawa Senators            NHL         43   2583    90   1202   2,09   5   92,5%
2006    République Tchèque   Jeux olympiques    1      9     0      4   0,00   0  100,0%
2006/07 Detroit Red Wings          NHL         56   3341   114   1309   2,05   8   91,3%    18  1140   34  444   1,79   2   92,3%
2007/08 Detroit Red Wings          NHL         41   2350    84    855   2,14   5   90,2%     4   206   10   89   2,91   0   88,8%
2008/09 (année sabbatique)
2009/10 Pardubice             Extraliga tch.   33   1882    71    909   2,26   2   92,1%    13   785   22  348   1,68   3   93,7%
2010/11 Spartak Moscou             KHL         46   2711   112   1312   2,48   7   91,5%
Totaux NHL                                    735  42836  1572  20220   2,20  81   92,2%   119  7317  246 3283   2,02  14   92,5%
Totaux en équipe nationale                    135   7587   315          2,49   7   91,4%

 

Palmarès

- Champion olympique 1998

- Coupe Stanley 2002 et 2008

- Champion tchécoslovaque/tchèque 1987, 1989 et 2010

Honneurs individuels

- Meilleur joueur de NHL (trophée Hart) 1997 et 1998

- Meilleur joueur de NHL élu par ses pairs (trophée Lester B. Pearson) 1997 et 1998

- Meilleur gardien de NHL (trophée Vezina) 1994, 1995, 1997, 1998, 1999 et 2001

- Meilleur pourcentage d'arrêts de NHL 1994, 1995, 1996, 1997, 1998 et 1999

- Meilleur gardien des Jeux olympiques 1998

- Meilleur gardien des championnats du monde 1987 et 1989

- Membre de l'équipe-type des journalistes des championnats du monde 1987, 1989 et 1990

- Meilleur gardien des championnats du monde des moins de 20 ans 1983

- Meilleur gardien des championnats d'Europe des moins de 18 ans 1982

- Crosse d'or du meilleur joueur tchécoslovaque/tchèque 1987, 1989, 1990, 1997 et 1998

- Meilleur gardien du championnat tchécoslovaque/tchèque 1986, 1987, 1988, 1989, 1990 et 2010

- Meilleur joueur des play-offs tchécoslovaques/tchèques 1989 et 2010

Records

- Meilleur pourcentage d'arrêts en carrière NHL (92,23%)

- Plus grand nombre de tirs arrêtés sans encaisser de but dans un match NHL (70)

 

 

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