Dynamo Moscou - Ilves Tampere (13 février 1999)

 

Demi-finale de l'EHL 1998/99.

Ce troisième Final Four de l'EHL aurait pu ne jamais avoir lieu. Une réunion de l'IIHF organisée pendant les JO de Nagano avait décidé du passage à une finale en aller-retour. Mais les fédérations nationales et les clubs participants s'y étaient opposés. Dès le congrès de mai, on était revenu à la formule initiale. Le problème venait de la difficulté de caser ce tournoi final fin janvier. On s'est donc résolu à le mettre en place pendant la trêve internationale, en même temps que les Swedish Hockey Games. Cela ne diminue pas l'attractivité de cette finale. Berlin aurait bien voulu l'organisation, Tampere était aussi candidat, mais Moscou avait déposé sa candidature avant même le tour de quart de finale, laissant stratégiquement les tournois de demi-finale se jouer en Finlande et en Allemagne. L'organisation confiée à la capitale russe est un élément essentiel pour le Dynamo, qui a perdu les deux premières éditions en finale... à chaque fois contre le club-hôte.

C'était tout de même un choix osé. C'est la première fois qu'une compétition sportive majeure se tient en Russie depuis la chute de l'URSS. L'IIHF hésitait à faire confiance à ce pays encore en reconstruction. Mais avec la présence de deux clubs russes, ce choix paraissait logique. Le décor du palais des sports Loujniki n'a presque pas changé. Ce qui n'existait pas à l'époque soviétique, c'est l'immense podium illuminé en tribunes sur lequel des pom-pom girls dansent devant le grand D bleu du Dynamo et le logo d'un sponsor. Si l'installation d'automobiles sur des piédestals rotatifs a posé problème, ce n'est évidemment pas par hostilité au symbole capitaliste. C'est parce que les représentants de la sécurité incendie avaient estimé qu'elles pourraient gêner l'évacuation de la foule, mais ils ont finalement donné leur accord.

Battu par le TPS de son ancien joueur Vladimir Yurzinov senior en finale européenne il y a deux ans, le Dynamo affronte aujourd'hui une équipe d'Ilves entraînée... par son fils. Encore une fois, il affronte un style de jeu "miroir". Moscou attendait avec excitation ce grand évènement. Les billets pour ce match ont tous été vendus depuis deux jours, seul un quota de places à 10 roubles est encore disponible aux guichets, mais elles sont exclusivement réservées aux moins de 14 ans (photo ci-contre). Si certaines places sont libres dans les coins, c'est à cause du marché noir et de revendeurs essayant de s'enrichir, une nouvelle plaie dans la Russie moderne.

Le Dynamo a du talent individuel, comme en témoigne la séquence de dribbles d'Aleksandr Kharitonov (petit pont sur Karjalainen et tir dangereux sur Korhonen), mais il semble nerveux devant le nombreux public et commet aussi la première grosse erreur. La relance croisée trop risquée du jeune défenseur Andrei Markov est interceptée à la ligne bleue par Sami Ahlberg, qui s'appuie sur Raimo Helminen et part en profondeur pour recevoir la passe et tromper le gardien Ildar Mukhometov d'un tir rasant (0-1). Mieux structuré, plus calme, Ilves enchaîne les occasions. Vesa Viitakoski repique à la cage. L'arrière international biélorusse Aleksandr Zhurik se couche héroïquement devant un slap à mi-distance de Mikko Haapakoski.

Le public russe ne demande qu'à s'enthousiasmer à chaque montée de palet bien conduite. À la septième minute, l'habileté technique de Belov et Ivanov conduit une belle offensive qui ne trouve pas de conclusion. Timo Peltomaa retient Troshchinsky en zone neutre à la fin de cette action, mais cette première pénalité est facilement tuée. L'obstruction de Khavanov sur Arvaja est le cross-check de Troshchinsky sur Peltola dans l'enclave obligent le Dynamo à jouer à 4 contre 5 pendant quatre minutes avec seulement quelques secondes de répit dans l'intervalle. C'est Sergei Petrenko, en infériorité numérique, qui provoque l'extase des spectateurs par ses prouesses techniques : il intercepte le palet dans sa zone, le conserve en revenant vers son camp, puis parvient à le garder collé à sa crosse et à le porter à l'offensive, obligeant Markus Korhonen - qui remplace le titulaire Toskala blessé - à un arrêt de la mitaine. Les Russes s'installent en attaque quand ils reviennent à cinq et envoient en prison Hirvonen qui a retenu Ivanov dans le coin.

Ces pénalités n'ont pas fait évoluer le score mais elles ont permis au Dynamo de reprendre la main. Il commence la deuxième période en avantage numérique car le défenseur géant Veli-Pekka Hård a commis une faute inutile à quatre secondes de la sirène. Pourtant, Belov puis Khavanov n'arrivent toujours pas à transformer une énorme chance, seuls au rebond après un slap de Troshchinsky. La sono diffuse un air de Carmen à pleins poumons mais le "Toreador, toréador" n'arrive pas pour autant à achever la bête. Techniquement supérieurs en un contre un, les joueurs en bleu et blanc manquent d'efficacité. Leur impuissance à 5 contre 4 le traduit, et elle se prolonge pendant deux pénalités du capitaine finlandais Hannu Mattila (il fait d'abord trébucher Kuvaldin puis accroche Kuvaldin treize secondes après sa sortie de prison).

À la mi-match, le Dynamo est donc frustré de n'avoir pas marqué le moindre but malgré quatre supériorités numériques consécutives, avec peu de tirs et de passes tranchantes. Le retour à 5 contre 5 semble plus favorable à Ilves au vu du début de partie. Mais quand le défenseur finlandais Pasi Saarinen s'avance trop sur une action installée en zone offensive, Zhurik envoie Kuvaldin et Kharitonov en 2 contre 1. Parfaitement décalé, Denis Kuvaldin dribble Korhonen mais son tir du revers échoue dans le bras du gardien couché... Le "Aï Aï Aï Aï" du commentateur télé russe (même prononciation et même signification qu'en français) laisse place à la joie soudaine car Denis Kartsev a suivi le mouvement et envoie le palet dans les filets déserts (1-1). Un but très important, inscrit par un trio 100% formé au Dynamo !

Les Russes semblent transformés psychologiquement par ce but. Ils entament le dernier tiers avec le plein de confiance. Mais après deux minutes, le forechecking de Mikko Peltola fait perdre le palet à Orekhovsky et oblige Troshchinsky à faire trébucher Hautamaa. Mais le tir le plus dangereux pendant cette pénalité est pour Petrenko en infériorité. Le Dynamo semble en meilleure condition physique, même s'il a ménagé depuis la mi-match Chyorny, en reprise après un mois d'absence (fracture du bras). Il a en effet plus d'énergie dans cette troisième période. Le patinage de l'intenable Kuvaldin met le feu dans la défense, Willman le fauche et part en prison. Le powerplay bleu et blanc est enfin plus menaçant, mais il n'arrive toujours pas à concrétiser.

Le rythme retombe et le jeu redevient plus haché. Il faut attendre les cinq dernières minutes pour que cette demi-finale se décante. Alors que les organisateurs russes, peu superstitieux, ont lancé We Are the Champions de manière pour le moins précoce, Martti Järventie retient Prokopiev dans le slot pour l'empêcher de reprendre un centre de Petrenko. Cette dernkière supériorité numérique n'est pas plus efficace que les autres, notamment parce que le centre fétiche aux mises au jeu Denis Kartsev perd ses deux engagements. Néanmoins, le Dynamo reste installé après la fin de la pénalité. Aleksandr Prokopiev, dans le cercle gauche, reprend alors parfaitement à mi-hauteur la passe transversale de Petrenko (2-1). Le second extrait de Queen semble plus crédible, il précède la sortie du gardien finlandais... et le dernier but en cage vide. L'unique Canadien d'Ilves, le défenseur Allen Measures, tente une longue relance que Markov renvoie aussitôt vers Afinogenov pour la délivrance (3-1).

Marc Branchu

Commentaires d'après-match

Aleksei Troshchinsky (défenseur du Dynamo) : "C'était un match difficile. Beaucoup de choses n'ont pas fonctionné au début. Nous voulions décider rapidement du sort du match devant notre public, mais les Finlandais ont agi presque sans erreurs. Ils nous ont puni d'un but pour une négligence en défense et c'est devenu encore plus dur. Ilves est une équipe de haut niveau qui ne pardonne pas les erreurs. Nous n'avons pas le droit de perdre - il y a tant de supporters qui sont venus au match ! Nous avons renversé le cours du jeu en mettant la pression sur le but finlandais. Nous avons eu beaucoup d'occasions en troisième période, je pense que le résultat est juste."

 

Dynamo Moscou - Ilves Tampere 3-1 (0-1, 1-0, 2-0)
Samedi 13 février 1999 à 15h15 au Palais des sports Loujniki de Moscou. 10 500 spectateurs.
Arbitres : Thomas Andersson (SUE) assisté de Kent Thudén et Johan Norman (SUE).
Pénalités : Dynamo 33' (6', 0', 2'+5'+20'), Ilves 16' (8', 4', 4').
Tirs : Dynamo 18 (6, 5, 7), Ilves 29 (10, 11, 8).

Évolution du score :
0-1 à 03'16" : Ahlberg assisté de Helminen
1-1 à 35'50" : Kartsev assisté de Kharitonov
2-1 à 57'34" : Prokopiev assisté de Petrenko et Markov
3-1 à 62'09" : Afinogenov assisté de Markov (cage vide)
 

Dynamo Moscou

Attaquants :
9 Sergei Petrenko (C, +1) - 32 Aleksandr Prokopiev (+1) - 31 Maksim Afinogenov (+1)
13 Valeri Belov (A) - 30 Valery Chyorny [puis Kalyuzhny] - 10 Mikhaïl Ivanov
14 Aleksandr Kharitonov (+1) - 35 Denis Kartsev (+1) - 12 Aleksandr Kuvaldin (+1)
17 Aleksei Kalyuzhny puis 11 Nikolai Antropov - 15 Artyom Chubarov - 33 Lev Berdichevsky

Défenseurs :
25 Andrei Markov (+1) - 21 Aleksandr Khavanov (+1, 2')
8 Aleksei Troshchinsky (A, 4'+5'+20') - 34 Vitali Proshkin
4 Roman Zolotov (+1) - 5 Aleksandr Zhurik (+1, 2')
22 Oleg Orekhovsky

Gardien :
29 Ildar Mukhometov

Remplaçant : 1 Aleksei Egorov (G). Absents : Boris Zelenko (non inscrit en EHL), Ruslan Batyrshin et Aleksandr Stepanov (surnuméraires).

Ilves Tampere

Attaquants :
36 Sami Ahlberg (-1) - 41 Raimo Helminen (-1) - 25 Peter Larsson (-1)
9 Vesa Viitakoski - 26 Hannu Mattila (C, 4') - 18 Timo Peltomaa (4')
17 Matti Kaipainen - 32 Tomi Hirvonen (2') - 22 Mika Arvaja
15 Juha Järvenpää (-1) - 10 Juha Hautamaa - 19 Mikko Peltola (-2)

Défenseurs :
69 Oscar Ackeström (-1) - 3 Pasi Saarinen
6 Veli-Pekka Hård (-1, 2') - 61 Allan Measures (-2)
21 Martti Järventie (A, -1, 2') - 5 Mikko Haapakoski (A)
12 Timo Willman (2') - 11 Sami Karjalainen

Gardien :
1 Markus Korhonen [sorti de 59'02" à 59'25"]

Remplaçant : 31 Kristian Antila (G). Absent : Vesa Toskala (G, genou).

 

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