CSKA Moscou - Sibir Novosibirsk (27 octobre 2003)

 

Match comptant pour la vingtième journée de la Superliga russe 2003/04.

Si certains se demandent pourquoi les effectifs des équipes russes sont si pléthoriques avec six ou sept lignes complètes tant en défense qu'en attaque, il suffit de se souvenir qu'il y a en saison régulière 64 journées de prévues... et l'on ne parle pas des play-offs pour les huit premiers. Cela permet en tout cas de puiser dans les réserves quand le besoin se fait sentir. C'est le cas ce soir au CSKA, où Viktor Tikhonov fait jouer des joueurs nés en 1986 (et pétris de talent) comme Youri Grigorenko ou Denis Parchine, qui n'étaient pas sur la glace la semaine dernière contre l'Avangard, de même d'ailleurs que Nikolaï Jerdev, le n4 de la dernière draft que Columbus tente sans succès d'appeler en NHL dès cette saison. On note également une nouvelle fois la présence du jeune qui monte, l'attaquant bélarussien Andreï Kostistine, né en 85. À signaler en revanche l'absence de l'attaquant kazakhstanais Dimitri Oupper. En défense, le club de l'Armée voit également le retour de Pavel Trakhanov, ce qui permet aux Moscovites d'être de nouveau à sept défenseurs.

Idem du côté du Sibir (Sibérie) Novossibirsk où l'entraîneur a laissé à la maison des joueurs importants, comme le défenseur québécois Éric Charron, en prévision de rencontres plus décisives pour le maintien du club sibérien, comme dans deux jours avec la réception de la lanterne rouge du Khimik Voskresensk. Car on se doute que le club de l'Armée en plein renouveau, quatrième avant le match, va se débarrasser du treizième.

Le match promet tout de même car les deux équipes restent sur une belle série. Le CSKA a remporté cinq de ses six dernières rencontres et le Sibir vient de réaliser deux victoires, deux nuls et deux défaites d'un but.

Pourtant, le match débute avec une nette domination des locaux. Et c'est sans surprise que dès la troisième minute, la première ligne "canon" du club de l'Armée transperce la défense sibérienne. Sur un passe lumineuse du bombardier (c'est comme cela que les Russes appellent les buteurs) Sergueï Moziakine, formé à Yaroslavl et meilleur "bombardier" actuel du championnat, Igor Emeleïev laissé étrangement seul dans l'axe décoche un boulet qui se loge dans l'angle de la cage du gardien du Sibir Alexandre Fomitchev, un ancien des ligues mineures américaines. Mais les Sibériens se réveillent, puisque dans la minute qui suit, le gardien tchèque du CSKA doit effectuer un lancer de botte spectaculaire sur sa ligne pour garder sa cage inviolée.

Ça part très bien, cette histoire ! Malheureusement, la fin du tiers est moins intéressante. Le Sibir encaisse trop de prisons (trois consécutives pour le même joueur, le défenseur Artiom Mariams) pour que le jeu soit équilibré et plaisant. En infériorité, les Bleus du Sibir résistent, même si leur défenseur kazakhstanais Vadim Glovatsky (que les Grenoblois avaient croisés en EHL en 99 contre Magnitogorsk) trouve le moyen de prendre deux minutes sur le coup de sirène marquant la fin du premier tiers.

Pourtant, les joueurs de Novossibirsk (comment appelle-t-on un habitant de Novossibirsk en français ? Un "Nouveau-Sibérien ?"), reprennent du poil de la bête (zibeline, vison, ours, loup, c'est pas ce qui manque en Sibérie) et l'égalisation est proche. Salficky sauve d'abord un palet sur sa ligne (23'50), mais doit s'incliner après que le Sibir a fait souffler un vent froid sibérien dans la défense moscovite pendant de longues secondes. C'est Artiom Rybine (un ancien du CSKA !) qui égalise pratiquement à la mi-match (39'22). À peine le temps d'engager que le Sibir met de nouveau la pression devant la cage du CSKA.

Mais les "militaires moscovites" vont se reprendre, une nouvelle fois grâce à leur première ligne. Un engagement gagné par le précieux Andreï Razine, une passe en retrait de cet international issu de Togliatti pour Sergueï Moziakine. Et le "bombardier" fait le reste : un missile direct dans la cage d'Alexandre Fomitchev, qui, masqué, ne peut pas réagir à temps. Le CSKA reprends les choses en mains (2-1 à 34'00). Ce but éteint les velléités sibériennes, surtout que le défenseur du Sibir, Roman Popov, se retrouve en prison dans la minute qui suit le but moscovite. Le CSKA finit donc cette période en dominant le jeu.

Les Moscovites contrôlent la dernière période, surtout que le Sibir est constamment, ou presque, en infériorité numérique. Parfois pour des fautes évidentes, parfois pour des bêtises, comme un surnombre ou dix minutes de méconduite pour Oleg Belov qui a râlé alors que l'action incriminée était terminée. Du coup, le CSKA peut maintenir la pression et il faut tout le talent d'Alexandre Fomitchev, auteurs de nombreux arrêts de classe, pour que le score en reste là. Une parenthèse pour signaler le niveau exceptionnel des gardiens dans la Superliga. C'est vraiment impressionnant. Parenthèse fermée. Le Sibir continue a aller en prison, malgré un match correct. Si l'on excepte ma première bagarre vue comme spectateur dans le très correct championnat russe. À 57'42, le bulldog du CSKA, le capitaine Nikolaï Pronine s'explique "virilement" avec le défenseur Rouslan Batychkine (encore un ancien des ligues nord-américaines). Résultat immédiat : direction les vestiaires, que les deux hommes rejoignent tranquillement tous les deux... Je qualifie Pronine de "bulldog" car c'est un joueur extrêmement volontaire, toujours très motivé, qui ne lâche jamais sa proie. En plus, lorsqu'il enlève son casque, on aperçoit un crâne rasé qui "ajoute" à son style...

Les trois dernières minutes n'y changent rien. Le Sibir n'a même pas l'occasion de sortir son gardien. 2-1, score final.

Le CSKA fait la bonne opération. Grâce à cette victoire et à la défaite de l'éphémère ancien leader, le Lada Togliatti, 3-0 chez le dernier le Torpedo Nijni-Novgorod, les hommes de Tikhonov passent troisièmes au classement à deux points de Kazan et à six du rival moscovite du Dynamo (le derby retour, c'est à Loujniki, le 1er novembre). Une véritable renaissance pour le grand club de l'Armée, moribond ces dernières années. Le "mythe" Tikhonov a encore fait des siennes. Tikhonov qui a encore passé la soirée à engueuler ses joueurs ! Ses derniers écoutant sa Majesté, tête baissée. D'ailleurs, dans une bande annonce à la télé pour annoncer les matches, on voit Tikhonov en train de verbalement "remettre" dans le droit chemin l'une de ses brebis égarées...

Du côté du Sibir, on a confirmé le mieux de ses derniers temps. Dommage cependant que le club sibérien ait prit autant de pénalités évitables. Mais, pour Novossibirsk, l'essentiel est ailleurs, le 30 avec la réception du désormais dernier, le Khimik. Le maintien se joue chaque jour...

Compte-rendu signé Bruno Cadène

 

Commentaires d'après-match (dans le journal Sport-Express)

Vladimir Golubovich (entraîneur de Novosibirsk) : "Notre jeu a été affecté par le long voyage de retour de Khabarovsk, et mes joueurs ont manqué de forces en fin de match. De plus, nous avons des problèmes d'effectif, il manque deux joueurs en raison d'une intoxication alimentaire."

Viktor Tikhonov (entraîneur du CSKA Moscou) : "Il manque deux joueurs chez le Sibir, et chez nous, huit. La situation des blessés et malades est toujours tendue. Aujourd'hui, Mozyakin est monté sur la glace (et a marqué) alors qu'il était fiévreux, et Upper était malade. Quant à Zherdev, il se remet doucement, c'est pourquoi nous lui donnons la possibilité de retrouver graduellement du temps de glace. Pour ce qui est de Maksim Mikhaïlovsky, nous ne doutons pas de sa grande compétence, mais c'est le sport. Salficky est performant jusqu'ici, et par conséquent il joue la majorité des rencontres."

Alekseï Kasatonov (ex-défenseur du CSKA, spectateur du match) : "Tout en étant maintenant l'adjoint de Tikhonov en équipe nationale chargé du contact avec les joueurs de NHL, je reviens régulièrement en Russie. J'avais vu le CSKA contre le Spartak l'an passé, et je constate avec plaisir les progrès effectués depuis par cette équipe. J'ai remarqué le gardien Salficky, très sûr, et le centre Razin, qui se distingue non seulement par son talent mais aussi par son ardeur au combat. En, général, j'essaie de suivre les résultats du club de l'armée, et pas seulement en hockey. Je profite de l'opportunité pour féliciter l'équipe de football du CSKA pour sa toute récente victoire dans le championnat de Russie."

 

CSKA Moscou - Sibir Novosibirsk 2-1 (1-0, 1-1, 0-0)

Lundi 27 octobre 2003 au Palais des sports de glace du CSKA. 1800 spectateurs.

Arbitrage de M. Bokarev (Kazan) assisté de MM. Khudoïgulov et Tsepïev (Magnitogorsk)

Pénalités : CSKA Moscou 8'+5'+20', Sibir Novosibirsk 22'+10'+5'+20'.

Évolution du score :

1-0 à 03'16" : Emeleïev assisté de Mozyakin

1-1 à 29'22" : Rybin assisté d'Ustyuzhanin et Vinogradov

2-1 à 34'00" : Mozyakin assisté de Razin

 

CSKA Moscou

Gardien : Dusan Salficky.

Défenseurs : Andreï Mukhachev - Vadim Khomitskhy ; Jan Hejda (TCH) - Pavel Trakhanov ; Dmitri Kosmachev - Aleksandr Zhurik (BLR) ; Alekseï Danilov.

Attaquants : Sergueï Mozyakin - Andreï Razin - Igor Emeleïev ; Nikolaï Pronin - Vladimir Gorbunov - Sergueï Anshakov ; Nikolaï Zherdev - Denis Parshin - Sergueï Soïn ; Alekseï Kolkunov - Sergueï Luchnikin - Andreï Kostitsyn ; Yuri Grigorenko.

Gardien remplaçant : Maksim Mikhaïlovsky.

Sibir Novosibirsk

Gardien : Aleksandr Fomichev.

Défenseurs : Evgueni Gribko - Vadim Glovatsky (KAZ) ; Dmitri Ustyuzhanin - Artiom Mariams ; Ildar Yubin - Ruslan Batyrshin ; Roman Popov.

Attaquants : Mikhaïl Sarmatin - Dmitri Dudarev (KAZ) - Pavel Yakubov ; Oleg Belov - Artiom Rybin - Aleksandr Vinogradov ; Almaz Garifullin - Alekseï Mikhnov - Lev Berdichevsky ; Andreï Subbotin - Egor Shastin.

Gardien remplaçant : Christian Bronsard (CAN).

 

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