Épinal - Tours (29 septembre 2007)

 

Match comptant pour la quatrième journée de la Ligue Magnus.

Les Diables jouent avec le feu... sans se brûler les ailes

Puisque c'est au pied du mur qu'on voit le maçon, un vaste chantier s'ouvre pour Épinal, privé de son maître à jouer Jan Plch. Durement chargée le week-end dernier à Angers, la fine lame slovaque s'est vu plâtrer et dispenser un arrêt d'un mois. Si la tendance indiquait l'ajout d'un pigiste médical pour pallier cette tuile, Épinal doit encore compter sur le retrait de dernière minute d'un Shawn Allard tourmenté par ses adducteurs. Qu'en serait-il si Peter Slovak, rentré de Normandie avec sept points de suture à la bouche (une courtoisie de Marc-André Thinel), avait dû déclarer forfait ?

Sans son atout majeur, et avec un alignement encore perfectible (même si le staff devrait consentir, tôt ou tard, à renforcer ses lignes arrières), Épinal a tout à perdre d'une quinzaine s'annonçant déjà décisive puisque le Mont-Blanc et Caen, soit deux adversaires directs, se profilent à l'horizon. Mais présentement, un premier tournant s'amorce avec l'accueil de Tourangeaux loin, pour l'instant, de leurs ambitieuses prétentions. Malgré un recrutement racoleur, les hommes de Bob Millette n'ont pas encore trouvé la bonne carburation. Ce dernier consent néanmoins à entrevoir octobre avec optimisme, même si sa cosmopolite troupe affichait jusqu'alors une cohésion relativement limitée, engendrant ainsi de logiques carences défensives.

S'il ne s'agit que d'une simple question de réglages (puisque les blessures limitent actuellement les rotations à trois blocs), les Diables noirs et leur ossature championne de France de division 1 (forte d'anciens Spinaliens tels que Jozef Drzik ou encore l'éphémère Jan Sebo) doivent réapprendre à gagner en Ligue Magnus. Il faut bien avouer que leur calendrier n'était jusqu'alors guère favorable...

Un seul être vous manque...

S'il s'était satisfait, mardi dernier, de la réaction d'orgueil de ses hommes face à Angers, Bob Millette ne l'est pas suffisamment de ses combinaisons offensives puisqu'une nouvelle ébauche est élaborée pour ce soir. Parmi ces retouches, Martin Filip tient lieu de meneur de jeu d'un trio complété par Dominic Perna et Scott Rozendal. Une chance pour le dernier nommé, servi tôt dans le match par le diablotin tchèque sur une première supériorité numérique. Sur ce coup, la vista de l'ex-Briançonnais permet au Canadien de finir le travail au cœur de la boîte spinalienne et devant un Petrik masqué (0-1 à 02'06").

Malgré sa bonne volonté et la réactivité d'un Jan Simko se rappelant au bon souvenir de son ancien employeur, Épinal paye rapidement l'absence de son meilleur technicien. C'est qu'il n'est pas là, ce fameux manieur de rondelle, pour assurer les transitions et autres installations en zone offensive. Il va donc sans dire que le jeu de puissance, atout maître de l'ICE en ce début d'exercice, cumule déchet et mauvaises inspirations... soit autant de pain béni pour des Tourangeaux visiblement décidés à respecter les consignes en pressant haut pour maîtriser la zone neutre. Les contres sont innombrables puisque la précision n'est jamais au rendez-vous. Nouvelle démonstration s'il en est sur un jaillissement opportun de Miroslav Pazak au nez d'un Peter Listiak affairé à la ligne bleue offensive. La sanction est immédiate pour les locaux, punis d'un contre conclu dans le petit filet droit de Stanislav Petrik (0-2 à 11'09").

Malgré cette sérénité de façade, Vladimir Hiadlovsky, préféré ce soir à son concurrent Pierre-Olivier Girouard, doit réaliser quelques prouesses sur les rares offensives tolérées par ses coéquipiers. Il faut dire que ceux-ci, seulement contrariés par l'activité d'un Chassard ou d'un Salmivirta, sont sans cesses approvisionnés par des relances consternantes. En manque total de repères et déboussolés collectivement, les Vosgiens n'ont d'autre choix que de cumuler les approximations.

Dans ces conditions, les Diables noirs n'ont qu'à gérer leur pécule. Mais de là à s'endormir, il n'y a qu'un pas... qu'ils franchissent sensiblement au fil de minutes. Les montées plus fréquentes de Guillaume Chassard et Jan Simko sonnent ainsi comme des avertissements sans frais, aussitôt accompagnés d'une bonne piqûre de rappel sur un plomb de Peter Listiak heurtant la transversale sans toutefois franchir la ligne fatidique (17'05").

Épinal, brouillon, n'a que son courage à proposer. Et tant pis si la finition fait défaut pourvu que le cœur y soit. C'est fort de ces principes que les Lorrains finissent cette période en supériorité numérique, sans pour autant trouver quelqu'un capable de véritablement reprendre le flambeau. Il suffit ainsi à Tours de cueillir les fruits de cette mésentente en contres, même si un modèle du genre de Josef Drzik (transcendé par ce retour dans la Cité des Images) se voit annihilé par un Stanislav Petrik vigilant (19'30").

Une défense qui joue des Tours

Mais voilà, le soucis récurrent de l'ASGT reste son inconstance et ses vieux démons vont brutalement resurgir d'une erreur de Vladimir Hiadlovsky, jusque là solide à défaut d'être totalement sécurisant. L'ex-Dijonnais, sur le fil du rasoir après une bonne séquence offensive spinalienne, laisse ainsi filer un slap de Guillaume Chassard entre ses bottes (1-2 à 20'36"). Tours, sans génie, détient encore les clés du match. Jusqu'à quand ?

Malgré de nouvelles contre-attaques de Perna et Filip, les hommes de Bob Millette se dispersent au point de progressivement renier toute forme d'échec avant. Offrant par la même toujours plus de libertés aux individualités rescapées de l'ICE. Parmi elles Jan Simko, évidemment, mais le Slovaque n'a toujours pas trouvé la définition de réalisme dans un dictionnaire du temps de sa convalescence (24'51"). Un sujet que Michal Petrak ne maîtrise lui pas forcément, mais qu'il étale pourtant sur un exploit individuel digne d'un Jan Plch. Lancé à toute allure, le Tchèque sert ainsi le café à son compatriote Radek Stepan pour mieux offrir les croissants à Vladimir Hiadlovsky, d'un revers placé sous la barre (2-2 à 25'15").

Dès lors, les données changent fondamentalement, Tours faisant désormais preuve d'une irrégularité (suffisance ?) mal placée devant un opposant valeureux. Pourtant, Martin Filip, encore lui, entretient l'illusion en exploitant une passe flippée de Scott Rozendal pour s'en aller faire trembler les cordages (2-3 à 27'07"). L'estocade est toute proche sur un nouveau jaillissement de Perna en désavantage numérique mais Petrik lit bien le geste du petit attaquant italo-montréalais (28'17")...

Depuis bientôt trois ans, Tours a dû oublier à quel point la capacité d'accélération de Jan Simko pouvait se révéler décisive lorsqu'elle est finement calibrée. Ce n'est certes pas tous les jours que l'ailier slovaque vient planter une lucarne, à plus forte raison sur une entrée de zone ultra-rapide pétrifiant littéralement la défense (3-3 à 28'33").

Les Diables noirs ne s'attendaient pas à ça et amorcent une petite période de pénitence, où Vladimir Hiadlovsky se rachète une conduite en maintenant ses couleurs à bout de bras devant les Chassard et autres Listiak. Car le bougre, tout fantasque qu'il soit, peut très bien sortir de jolies parades... souvent assorties de quelques sorties assez douteuses loin de sa cage !

Les Tourangeaux ont ainsi vu leur emprise fondre comme neige au soleil. La faute me direz-vous à une inconstance chronique et un relâchement coupable, qui les mettent désormais devant le fait accompli. Malgré un potentiel indéniablement supérieur, les nouveaux coéquipiers de Miroslav Pazak ont ainsi redistribué les cartes... En ce sens, même le talent de Martin Filip et Dominic Perna, rares à évoluer soixante minutes durant sur la même longueur d'onde, ne suffit pas. Pourtant, leur association dynamise les powerplays, au point de contraindre Petrik à un double-arrêt de grande classe devant Rozendal et Gauthier (49e).

Grande révélation de la saison passée alors qu'il terrorisait son monde d'un slap ravageur, Jonathan Gauthier peine encore à pleinement s'épanouir dans le système tourangeau. Sa partie en demi-teinte sera néanmoins sublimée du but décisif, non pas issu d'un maître-tir décoché de la ligne bleue, mais plutôt d'un lancer flottant pleine lucarne, surprenant assez étonnamment le cerbère spinalien (3-4 à 49'50").

Et pourtant...

Dès lors, l'ICE d'autre alternative que de jouer son va tout en espérant voir les Diables retomber dans leurs travers. Las, l'indigence d'un jeu de puissance improductif, où Stéphane Gervais est d'ailleurs méconnaissable, ne lui laissera plus guère d'espoirs. Une double supériorité numérique vraiment pas justifiée scellera le destin de Dauphins trop lourdement pénalisés par le forfait de leur stratège Jan Plch. Même en se serrant les coudes, son ombre aura plané toute la soirée sur un fond de jeu en ruines. Certains comme Guillaume Chassard ont pris leurs responsabilités, d'autres, comme Michal Petrak, ont seulement essayé mais l'absence d'un véritable organisateur (le costume semble trop grand pour Simo Romo) aura pesé dans la balance.

Vladimir Hiadlovsky pouvait pour sa part grimper sur la cage pour y célébrer, avec ses Diables noirs, un succès acquis sans la manière, mais qui devrait suffire à leur bonheur. Bob Millette a encore du pain sur la planche s'il aspire à voir plus haut.

Compte-rendu signé Jérémie Dubief

 

Épinal - Tours 3-4 (0-2, 3-1, 0-1)

Samedi 29 septembre à 20h15 à la patinoire de Poissompré. 911 spectateurs.

Arbitrage de Frédéric Bachelet assisté de Benjamin Gremion et Yann Furet.

Pénalités : Épinal 16' (6', 2', 8'), Tours 22' (4', 6', 12').

Tirs : Épinal 23 (9, 11, 3), Tours 39 (10, 13, 16).

Évolution du score :

0-1 à 02'06" : Rozendal assisté de Perna (sup. num.)

0-2 à 11'09" : Pazak

1-2 à 20'36" : Chassard assisté de Petrak

2-2 à 25'15" : Petrak assisté de Simko

2-3 à 27'07" : Filip assisté de Rozendal et Drzik

3-3 à 28'33" : Simko (sup. num.)

3-4 à 49'50" : Gauthier assisté de Pazak et Drzik (sup. num.)

 

Épinal

Gardien : Stanislav Petrik.

Défenseurs : Stéphane Gervais - Peter Slovak ; Peter Listiak - Radoslav Regenda (A) ; Borislav Ilic - Lionel Simon.

Attaquants : Jan Simko - Michal Petrak - Guillaume Chassard (C) ; Ilpo Salmivirta - Simo Romo - Tarik Chipaux ; Daniel Scott [ou Sébastien Geoffroy] - Luc Mazerolle (A) - Guillaume Papelier.

Remplaçants : Franck Constantin (G), Charles Joly, Anthony Pernot. Absents : Jan Plch (tibia), Shawn Allard (adducteurs).

Tours

Gardien : Vladimir Hiadlovsky.

Défenseurs : Vladimir Sabol - Jonathan Gauthier ; Radek Stepan (A) - Josef Drzik ; Marcel Simak.

Attaquants: Scott Rozendal - Martin Filip - Dominic Perna (C) ; Michal Divisek - Jan Sebo - Miroslav Pazak ; Andy Corran - Franco Subrani - Claude Devèze (A).

Remplaçant : Pierre-Olivier Girouard (G). Absents : Zdenek Novosad (clavicule), Dominic Noël (épaule), Antoine Amsellem (cheville).

 

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