Grenoble - Rouen (26 février 2008)
Ligue Magnus - Vingt-sixième journée.
Dernière journée de la saison
régulière qui se conclut par une très
belle affiche entre les Dragons de Rouen et les Brûleurs de
Loups. Double revanche pour les Dragons, battus lors de la
première journée du championnat sur leur glace et
surtout il y a dix jours lors de la finale de la coupe de France
à Bercy. Les Brûleurs de Loups
s'étaient alors imposés aux tirs au but,
à l'issue d'un incroyable suspense... Ce soir l'enjeu est
différent : il s'agit pour Rouen de conserver la
première place de la saison régulière
acquise le week-end dernier aux dépens de
Briançon et obtenir ainsi l'avantage de la glace pour
l'ensemble des play-offs. Du côté de Grenoble, une
victoire serait synonyme de deuxième place au minimum.
À noter l'absence ce soir, comme samedi à Caen,
de trois défenseurs côté grenoblois,
Manavian, Bonnard et Trabichet, ce qui contraint Kévin
Hecquefeuille à être repositionné en
défense.
La rencontre débute sans round d'observation, preuve que les deux équipes sont décidées à se livrer à fond pour ce dernier match de la saison régulière. Un peu trop à fond d'ailleurs puisque Jarkko Glad se fait sanctionner après seulement vingt-deux secondes de jeu. Rouen parvient à neutraliser le jeu de puissance dauphinois malgré quelques essais de Lindström notamment. Les Dragons s'en sortent et ont une occasion en or de faire la différence quelques minutes plus tard lorsque Broz et Woods sont envoyés en prison à quatorze secondes d'intervalle. Une double supériorité numérique de près de deux minutes et un siège constant devant la cage de Ferhi qui doit s'employer pour éviter une ouverture du score prématurée. Mais le box play grenoblois parvient à préserver le score vierge au terme de deux minutes haletantes. Comme Masa est sanctionné à son tour, Grenoble n'a guère l'occasion de sortir de sa zone au cours des dix premières minutes.
Depuis le début du match, l'arbitrage semble être à sens unique surtout lorsque deux grosses fautes rouennaises devant la cage de Sopko ne sont pas sifflées. Mais le sifflet de M. Hauchart va finalement s'inverser et envoyer Benýsek et Glad successivement en prison. Cette fois c'est Grenoble qui bénéficie de la double supériorité numérique et les Brûleurs de Loups se montrent plus efficaces que leurs adversaires : un slap de Walin est repoussé de la jambière par Sopko mais Valcak est présent au rebond pour ouvrir le score (1-0, 13'45"). À peine le temps pour Benýsek de revenir sur la glace que Christophe Tartari effectue un numéro en solo le long de la bande pour servir sur un plateau Mikael Pettersson idéalement positionné devant les buts : le Suédois ne rate pas l'occasion (2-0, 14'02"). La tension monte d'un cran entre Fleury et Bouchard qui sont invités à rejoindre simultanément la prison. La défense grenobloise semble tenir le choc et les Brûleurs de Loups se sont montrés surtout les plus efficaces dans ce premier vingt.
Changement de décor en début de deuxième période : Rouen attaque avec plus de mordant que lors de la période initiale. Mallette sollicite Ferhi d'entrée tandis que Desrosiers est accroché par Amar alors qu'il s'élançait seul vers le but. Le penalty est accordé par M. Hauchart, Marc-André Thinel est chargé de la sentence et parvient à tromper Ferhi d'une feinte dévoilée au tout dernier moment (2-1, 20'55"). Cette réduction du score qui arrive tôt dans le deuxième tiers marque le tournant de la partie. Les Dragons sont transfigurés et inarrêtables... Ils se remettent à y croire et monopolisent la rondelle.
Un des Rouennais les plus en vue est sans aucun doute Olivier Bouchard, impliqué d'abord dans un contact avec Ferhi, ce qui a pour effet de provoquer quelques étincelles entre les deux équipes. Bouchard provocateur, mais Bouchard passeur décisif quelques instants plus tard pour Éric Doucet qui s'échappe sur le flanc droit et profite de l'absence totale de défense côté grenoblois pour ajuster Ferhi d'un revers bien exécuté (2-2, 24'39"). Il n'aura donc fallu que cinq minutes à Rouen pour remettre les compteurs à zéro et effacer le bénéfice grenoblois de la première période.
Et les Dragons ne semblent pas décidés à s'arrêter en si bon chemin. Mats Lusth, voyant ses joueurs sombrer, demande un temps mort. Peine perdue. Certes l'hémorragie est stoppée pendant quelques minutes mais Mallette et Desrosiers reprennent leur festival et Ferhi doit s'employer sans arrêt face aux attaques rouennaises. Pôle Sud croit entrevoir une éclaircie lorsque Treille marque (du patin en plus...) mais le but est logiquement refusé pour un hors-jeu préalablement sifflé. Malgré la domination rouennaise dans le jeu et au nombre des occasions, et la défense grenobloise diminuée semble tenir. Mais Patrik Valcak se fait sanctionner par une pénalité permettant à Rouen d'accroître sa domination en power-play. Le danger est permanent pendant deux minutes, Wallin s'explique avec Bouchard et l'accompagne en prison, laissant seulement trois défenseurs de métier à Grenoble pour gérer la fin de l'infériorité numérique. On pense que les Brûleurs de Loups vont s'en sortir mais Mallette parvient enfin à trouver la faille et sert Desrosiers au milieu de la défense grenobloise lequel ne rate pas sa cible (2-3, 37'06"). La défense grenobloise a craqué et va finir difficilement le tiers tandis que Bouchard trouve un troisième Grenoblois dans cette soirée pour l'accompagner en prison. Mallette et Desrosiers remettent le couvert en profitant de la déconcentration locale pour ajouter un quatrième but sur un palet gagné par Mallette aux dépens de Woods et servi en retrait à Desrosiers dont la reprise instantanée fait mouche (2-4, 39'22").
Archi-dominés lors de la deuxième
période (24 tirs à 5 !), les Brûleurs
de Loups doivent remonter un handicap de deux buts, une mission quasi
impossible face au Rouen du deuxième tiers. Pour
réveiller ses troupes, Lusth remplace Valcak par Perez et
Grenoble montre beaucoup plus d'envie à l'entame de la
dernière période. Emmenés par un duo
Pettersson-Fleury très en vue, les Brûleurs de
Loups exercent une pression constante sur la cage de Sopko. Ce dernier
se met alors à l'unisson de ses partenaires en sortant le
grand jeu, frustrant un peu plus les attaquants grenoblois pourtant
bien plus actifs que lors des vingt minutes
précédentes. Mais la réussite n'est
pas au rendez-vous, et quand ce n'est pas Sopko qui repousse le palet,
il se trouve toujours un patin ou une crosse pour dévier la
trajectoire de la rondelle.
En fait, la défense rouennaise maîtrisait son sujet, faisant le dos rond pour mieux contrer. Et sur l'un de ces contres, Éric Doucet, qui a échoué quelques instants auparavant, s'offre un 2 contre 1 avec Bouchard et glisse le palet entre Ferhi et le poteau (2-5, 50'21"). Dix minutes d'efforts grenoblois sont ainsi réduits à néant et le sort du match semble définitivement réglé. Grenoble va pourtant bénéficier d'une succession de pénalités rouennaises mais le coeur n'y est visiblement plus dans les rangs isérois. Les attaques manquent désormais de tranchant tandis que les altercations se font de plus en plus fréquentes. La plus sérieuse oppose Glad à Masa près de la cage de Sopko. Lusth décide alors de sortir Ferhi pour tenter le surnombre à six contre quatre... Peine perdue, Virolainen récupère le palet et tire directement dans la cage vide depuis sa ligne de but (2-6, 57'42"). Fin du match dans une tension toujours palpable, à l'image de l'accrochage entre Fleury et Carlsson juste avant le coup de sirène.
Grosse prestation de Rouen ce soir lors du deuxième tiers-temps. Les Dragons ont fait voler en éclat une défense grenobloise "light" qui a sans aucun doute payé les efforts du premier tiers. Mais sous l'impulsion de ses Québécois virevoltants, les Rouennais ont livré une performance offensive de tout premier ordre après un premier tiers pourtant assez terne sur le plan offensif. Doucet et Desrosiers signent un doublé, Mallette a été un des joueurs les plus en vue de la rencontre, Thinel a initié le come-back avec un penalty magnifiquement exécuté, et "last but not least", Bouchard a pourri la vie des Grenoblois toute la soirée en effectuant un travail de sape qui a porté ses fruits en déconcentrant l'équipe grenobloise, Ferhi en tête. La défense a pris le relais au troisième tiers, tenant le choc face au baroud d'honneur grenoblois à l'image de Benysek et Glad solides comme des rocs ou encore de Virolainen, très difficile à bouger et auteur d'un but splendide en cage vide. Le tableau ne serait pas complet sans évoquer Sopko, impérial devant les attaquants grenoblois au troisième tiers. Rouen termine donc premier de la saison régulière après avoir effectué une démonstration de force : voilà Grenoble et les autres favoris prévenus.
Les Brûleurs de Loups peuvent en revanche faire grise mine : ils n'ont pas réussi à préserver leur invincibilité à domicile, chutant lourdement sur la dernière marche après un premier tiers pourtant parfaitement maîtrisé. L'absence de trois défenseurs a certainement pesé lourd dans la balance, surtout après les efforts consentis au premier tiers, mais cela ne peut pas tout expliquer, notamment cette faillite collective lors du deuxième tiers. Le repli défensif des attaquants ne fut pas à la hauteur des circonstances et Ferhi, livré à lui-même et perturbé par Bouchard, n'a pas livré une performance exceptionnelle non plus. La réaction au troisième tiers-temps fut salutaire mais la réussite n'était pas au bout. Cette défaite, sans conséquence autre que la perte de la deuxième place, devra servir de leçon avant d'aborder les échéances plus importantes qui approchent. Car en laissant Rouen prendre sa revanche de la finale de la coupe de France sur leur glace, les Brûleurs de Loups n'abordent pas les play-offs dans les meilleures dispositions psychologiques.
Désignés meilleurs joueurs du match : Patrik Valcak (Grenoble) et Carl Mallette (Rouen).
Compte-rendu signé Christophe Laparra
Commentaires d'après-match (d'après le Dauphiné Libéré) :
Patrick Rolland (entraîneur-adjoint de Grenoble) : "C'est dommage de perdre de cette manière. On réalise notre meilleure période de la saison lors du premier tiers-temps avant de livrer la plus mauvaise lors du deuxième.... 4-0, c'est le tarif. Le score est logique et agit comme une piqûre de rappel avant les play-offs. Psychologiquement, ça ne change rien.. Cette saison, on mène 2-1 face à Rouen."
Sacha Treille (attaquant de Grenoble) : "Je suis convaincu que cette défaite va nous aider pour les play-offs. On en tire beaucoup d'enseignements pour la suite, même si elle stoppe une belle succession de victoires. On a bien débuté avant de faire preuve d'un laisser-aller inconscient."
Alain Vogin (entraîneur de Rouen) : "Grenoble a imposé son jeu lors du premier tiers-temps en faisant notamment preuve d'efficacité. Mais nous avons su faire preuve de beaucoup de caractère en deuxième période qui est la meilleure de notre saison. Le penalty est le tournant du match. La rencontre ce soir a prouvé que le hockey français était meilleur que ce que l'on pensait. Vivement la suite !"
Grenoble - Rouen 2-6 (2-0, 0-4, 0-2)
Mardi 26 février à 20h00 à la patinoire Pôle Sud de Grenoble. 3500 spectateurs.
Arbitrage de Alexandre Hauchart assisté de Cyril Carlin et Guillaume Gielly.
Pénalités : Grenoble 18' (8', 6', 4'), Rouen 22' (8', 4', 10').
Tirs cadrés : Grenoble 27 (8, 5, 14), Rouen 44 (8, 24, 12).
Évolution du score :
1-0 à 13'45" : Valcak assisté de Wallin et Broz (double sup. num.)
2-0 à 14'02" : Pettersson assisté de Tartari (sup. num.)
2-1 à 20'55" : Thinel (tir de pénalité)
2-2 à 24'39" : Doucet assisté de Bouchard et Benysek
2-3 à 37'06" : Desrosiers assisté de Mallette et Houde (sup. num.)
2-4 à 39'22" : Desrosiers assisté de Mallette
2-5 à 50'21" : Doucet assisté de Thinel
2-6 à 57'42" : Virolainen assisté de Doucet (double inf. num., cage vide)
Grenoble
Gardien : Eddy Ferhi [sorti de 57'09" à 57'42"].
Défenseurs : Viktor Wallin - Brad Woods ; Baptiste Amar (C) - Tyler Scott ; Kévin Hecquefeuille.
Attaquants : Patrik Valcak [puis Mickaël Perez à 40'00"] - Ludek Broz (A) - Martin Masa ; Mikael Pettersson - Damien Fleury - Johan Forsander (A) ; Sacha Treille - Christophe Tartari - Jimmy Lindström.
Remplaçants : Frédéric Dorthe (G), Joan Montesinos, Julien Baylacq, Jason Crossman. Absents : Teddy Trabichet, Antonin Manavian (épaule), Jean-François Bonnard (main).
Rouen
Gardien : Ramon Sopko.
Défenseurs : Daniel Carlsson (A) - Ladislav Benýsek ; Jarkko Glad - Petri Virolainen ; Jonas Liwing.
Attaquants : Olivier Bouchard - Éric Doucet (C) - Marc-André Thinel (A) ; Julien Desrosiers - Carl Mallette - Tristan Lemoine ; Lionel Tarantino - Éric Houde - Jérémie Romand.
Remplaçants : Ronan Quemener (G), Loïc Lamperier, Cédric Custosse. Absents : Édouard Dufournet (ligaments croisés du genou), Benoît Quessandier (déchirure musculaire au niveau de la cage thoracique).