URSS - Canada (13 septembre 1981)

 

Finale de la deuxième édition de la Coupe Canada.

Le Canada aborde cette finale dans une position inhabituelle face à la grande équipe soviétique : il a de loin l'attaque la plus efficace du tournoi, et les cinq meilleurs marqueurs de la compétition pour l'instant sont tous canadiens ! Le pays organisateur s'est donc imposé comme favori au fur et à mesure. Il sait néanmoins que sa victoire 7-3 en poule est trompeuse parce que Viktor Tikhonov avait délibérément aligné son second gardien ce soir-là. Aujourd'hui, Vladislav Tretiak est bien présent dans les cages russes.

Ce premier match à guichets fermés du tournoi répond rapidement aux attentes du Forum de Montréal. Bryan Trottier donne le ton physiquement en renversant Vyacheslav Fetisov dans la première minute... exactement comme en poule ! Tactique délibérée et/ou signe du destin ? Le rythme est élevé, et le Canada est dans son match. Le premier rush offensif d'un défenseur est à mettre au crédit de Brian Engblom, qui déborde Kasatonov côté gauche et centre à destination de Bob Gainey au second poteau. Le palet est dévié difficilement par Fetisov. Mais les Soviétiques ont adapté leur tactique, jouant bien plus prudemment qu'à l'accoutumée. Ils concèdent même quatre dégagements interdits au cours de la première période.

L'URSS arrive par moments à mettre de la pression en zone canadienne, mais joue avec patience et n'a pas encore tenté le moindre tir cadré en douze minutes. Vladimir Krutov donne l'impulsion par une entrée de zone suivie d'un lancer, mais se fait enlever son casque sur l'action. Visiblement agacé, il commet une obstruction sur Wayne Gretzky. L'infériorité est cependant renversée par des fautes de Dionne puis de Potvin, et le gardien Mike Liut doit réaliser ses deux premiers arrêts importants. Le jeu ne revient toujours pas au complet, car Skvortsov accroche Middleton en zone neutre. Le tir canadien le plus dangereux arrive en fin de pénalité par Mike Bossy, servi par Denis Potvin. Ce dernier envoie encore, juste avant la pause, un lancer de la ligne bleue, qui est magnifiquement détourné de la botte droite par Vladislav Tretiak.

Joueur-clé de la première période, Tretiak est encore sollicité deux fois à la reprise. Son gant est d'abord transpercé par un lancer croisé de Guy Lafleur, mais le palet est suffisamment détourné pour passer à côté de la cage. Bob Gainey initie ensuite un superbe jeu en triangle avec Butch Goring et Brian Engblom, mais ce dernier, tout seul au poteau droit, bute sur Tretiak.

Il suffit d'une accélération ébouriffante de Sergei Makarov pour renverser le cours du match : il centre en retrait pour Vladimir Krutov qui... rate sa reprise. Mais ce ratage déstabilise plus la défense canadienne et son gardien que les attaquants russes. Krutov vient sur la ligne de fond récupérer le palet que lui remet Makarov, et le redonne dans l'enclave à Larionov, qui s'est relevé le premier après avoir été mis au sol par Clark Gillies (1-0, 24'56"). Le Canada rétablit la situation en trois minutes quand Mike Bossy remet en retrait pour Gillies monté dans l'axe (1-1, 28'02").

La passe de derrière la cage est l'arme fatale dans ce match, mais celle que tente Vyacheslav Fetisov est contrée par le gardien Mike Liut. Alors qu'il s'apprête à écarter le palet, son défenseur Ray Bourque le dégage... droit sur Sergei Shepelev qui marque du revers dans la confusion (2-1, 31'15"). L'URSS commence sérieusement à accélérer le jeu. Craig Hartsburg - qui a perdu sa crosse - passe son bras autour du cou de Shepelev. En supériorité numérique, la vitesse de Makarov fait passer Denis Potvin puis Larry Robinson pour des plots, mais son tir est capté du gant par Mike Liut. Les Soviétiques changent de ligne à l'engagement, et Sergei Shepelev, entre les cercles, reçoit le centre de Sergei Kapustin et marque en lucarne (3-1, 36'28"). Déjà auteur d'un doublé en demi-finale, l'inattendu Shepelev remet ça !

Et ce n'est pas fini... L'attaquant du Spartak Moscou n'a quitté son poste naturel d'ailier pour celui de centre depuis un an, parce que son entraîneur Boris Kulagin voulait le placer entre Kapustin et Shalimov, mais il s'est transformé en un buteur encore plus redoutable depuis ce temps. En début de troisième période, Shepelev prend le palet à Bourque et, après un joli numéro technique de Makarov qui lui rend le palet, signe carrément un hat-trick en tirant au-dessus de la jambière droite de Liut (4-1, 41'39").

Le Canada peut encore y croire quand Kasatonov est envoyé en prison pour obstruction. Mais la jeune star Wayne Gretzky, totalement sous l'éteignoir dans cette finale, donne une mauvaise passe en zone offensive, interceptée dans l'axe par Vladimir Krutov. L'ailier du CSKA Moscou part en contre sans demander son reste. Lorsqu'il feinte un gros slap en zone neutre, Guy Lafleur s'écarte de la trajectoire et lui ouvre un peu plus la route. Alors Krutov s'approche un peu plus et ajoute un but en infériorité numérique (5-1, 44'08"). Deux erreurs coupables de Gretzky et Lafleur...

Les unités spéciales ne font qu'accroître l'écart. Un retard de jeu de Bilyaletdinov, qui a gardé le palet derrière la cage, est sans conséquence. En revanche, alors qu'Engblom est en prison pour avoir accroché Gimaev, Aleksei Kasatonov effectue une passe entre les défenseurs pour envoyer Igor Larionov seul au but sur une transition rapide (6-1, 46'00"). Dans les deux dernières minutes, les deux autres lignes offensives russes se joignent elles aussi à la fête. Golikov du revers et Skvortsov en contre-attaque portent le score final à 8-1. Très lourd pour le Canada au vu du match, équilibré dans sa première moitié.

Mis à part Gretzky, qui n'a après tout que 20 ans, les stars offensives canadiennes n'ont pas vraiment failli. Marcel Dionne mais aussi le duo Trottier-Bossy ont été persévérants dans leurs efforts en attaque. Lors de la cérémonie d'après-match, le buteur Mike Bossy recevra d'ailleurs la bague en or sertie de diamants remise au MVP canadien du tournoi. Quant à Bob Gainey, l'attaquant défensif par excellence, son activité sur toute la glace a été remarquable dans ce match.

La différence s'est faite sur les gardiens, mais aussi sur les arrières. Vyacheslav Fetisov (23 ans) et Aleksei Kasatonov (21 ans) ont dirigé le jeu à merveille, pendant que leurs collègues des autres paires se contentaient des tâches strictement défensives, chargés en particulier d'empêcher Gretzky de mener le jeu à sa manière de derrière la cage. En revanche, Larry Robinson, deux fois meilleur défenseur de NHL et meilleur arrière du dernier championnat du monde, a été totalement dépassé par la vitesse de jeu russe dans cette finale. Il était présent - ou plutôt absent... - sur quatre buts encaissés, comme son collègue Potvin. Le jeune Ray Bourque, le plus grand espoir canadien à ce poste, a lui aussi raté sa finale. Le Team Canada avait pourtant fait attention à ne pas sélectionner ses défenseurs les plus lents, en ayant coupé le dernier récipiendaire du trophée Norris (Randy Carlyle) lors du camp... Mais même les arrières choisis manquaient de vitesse pour se retourner et se replacer quand les ailiers russes les attiraient irrésistiblement dans les bandes.

La Coupe Canada est donc remise par l'élégant Premier Ministre canadien Pierre Elliott Trudeau au capitaine soviétique Valeri Vassiliev, sous l'il vigilant d'Alan Eagleson. Le grand manitou du tournoi couve le trophée et le fait reposer sans que les visiteurs puissent le porter très longtemps. Il s'assure en effet de l'intégrité de cette coupe, décrite comme "propriété du gouvernement du Canada", ce qui créera une polémique quand les Soviétiques voudront la ramener chez eux comme cela se pratique couramment avec tout trophée international.

Élus meilleurs joueurs du match : Vladislav Tretiak pour l'URSS et Bryan Trottier pour le Canada.

Marc Branchu

Commentaires d'après-match

Viktor Tikhonov (entraîneur de l'URSS) : "Nous ne nous attendions sûrement pas à gagner sur un tel score. L'équipe du Canada est une des meilleures que nous ayons affrontée. Dans la rencontre précédente, leur attaque nous a forcés à faire des erreurs, et nous les avons corrigées ce soir. C'était un grand match et je suis très heureux que nous l'ayons gagné. La clé de notre succès a été notre constance dans le jeu collectif. Individuellement, le gardien Tretiak et l'auteur de trois buts Sergei Shepelev méritent les félicitations. Dans l'équipe locale, je distinguerais le défenseur à la grande vision du jeu Larry Robinson et les attaquants Marcel Dionne et Guy Lafleur."

Scotty Bowman (entraîneur du Canada) : "On peut voir ce qu'un grand gardien a fait dans ce match. Les occasions de but étaient presque égales. Ils en ont eu 14 et nous en avons eu 12. Nous n'avons pas d'excuses. Quatre équipes ne sont pas arrivées jusqu'ici. Le plus dur est de travailler si dur si longtemps et de ne pas gagner le dernier match. Je ne pense pas qu'ils aient caché le jeu au premier tour. Nous les connaissons et ils nous connaissent. 90% de ce qu'ils ont fait ce soir, nous l'avons vu auparavaant dans le tournoi."

Ken Linseman (attaquant du Canada) : "Ils ne vous battent pas vraiment. Ils vous laissent vous battre vous-mêmes. Quand ils envoyaient le palet dans notre zone, tout le monde ralentissait et regardait. Nous n'avons pas forechecké ce soir. Ils nous ont écartés durant tout le match et notre timing n'était pas bon. Dans les deux précédentes confrontations contre eux, nous avions eu le palet presque 70% à 80% du temps. Ils ont commencé par jouer très serré ce soir, en dégageant beaucoup le palet."

Brian Engblom (défenseur du Canada) : "Nous n'étions pas là sur les palets qui traînent. La première période était bonne. Nous avons bien contrôlé le palet et je pensais que nous avions le contrôle du match. Nous nous sommes fait courir autour en deuxième période et nous ne nous en sommes jamais remis."

Wayne Gretzky (attaquant du Canada) : "J'ai vécu des déceptions dans ma vie, mais c'est la pire de toutes."

 

URSS - Canada 8-1 (0-0, 3-1, 5-0)
Dimanche 13 septembre 1981 au Forum de Montréal. 17033 spectateurs.
Arbitrage de Dag Olsson (SUE) assisté de Bob Luther et Kevin Collins (USA).
Pénalités : URSS 12' (6', 2', 4') ; Canada 12' (6', 4', 2').
Tirs cadrés : URSS 26 (4, 14, 8) ; Canada 27 (12, 11, 4).

Évolution du score :
1-0 à 24'56" : Larionov assisté de Krutov et Makarov
1-1 à 28'02" : Gillies assisté de Bossy et Trottier
2-1 à 31'15" : Shepelev assisté de Fetisov et Kasatonov
3-1 à 36'28" : Shepelev assisté de Kapustin et Kasatonov (sup. num.)
4-1 à 41'39" : Shepelev assisté de Makarov
5-1 à 44'08" : Krutov (inf. num.)
6-1 à 56'00" : Larionov assisté de Kasatonov et Fetisov (sup. num.)
7-1 à 58'39" : Golikov assisté de Gimaev et Shalimov
8-1 à 59'19" : Skvortsov assisté de Vassiliev
 

URSS

Attaquants :
Vladimir Krutov (4') - Igor Larionov - Sergei Makarov
Sergei Kapustin - Sergei Shepelev - Viktor Shalimov
Nikolai Drozdetsky - Vladimir Golikov - Irek Gimaev
Andrei Khomutov - Viktor Zhlutkov - Aleksandr Skvortsov (2')

Défenseurs :
Vyacheslav Fetisov (2') - Aleksei Kasatonov (2')
Sergei Babinov - Valeri Vasiliev (C)
Vassili Pervukhin - Zinetula Bilyaletdinov (2')

Gardien :
Vladislav Tretiak

Remplaçant : Vladimir Myshkin (G). En réserve : Vladimir Zubkov (D), Aleksandr Maltsev (A, épaule).

Canada

Attaquants :
Clark Gillies (2') - Bryan Trottier - Mike Bossy
Marcel Dionne (2') - Wayne Gretzky - Guy Lafleur
Bob Gainey - Butch Goring - Ron Duguay
Rick Middleton - Ken Linseman - Danny Gare

Défenseurs :
Denis Potvin (C, 2') - Larry Robinson
Craig Hartsburg (4') - Raymond Bourque
Barry Beck - Brian Engblom (2')

Gardien :
Mike Liut

Remplaçant : Don Edwards (G). En réserve : Paul Reinhart (D), Gilbert Perreault (A, cheville cassée).

 

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