Chamonix - Sélection Paris (1er janvier 1932)

 

Match amical.

Avant d'analyser la rencontre, inclinons-nous devant le fait acquis : la victoire de la sélection parisienne contre l'équipe locale. Paris a incontestablement gagné, faisant triompher une tactique de jeu brutal, puissant et quelquefois pas très régulier. Un homme domina particulièrement chez les Parisiens : le gardien de but Fifi Lefébure, qui arrêta avec une précision étonnante les nombreux shots dont il fut gratifié. Les fameux joueurs canadiens, Reilly excepté qui fit une partie superbe, ne nous étonnèrent pas. Trop d'individualité et surtout trop de brutalité. Nous sommes loin des belles rencontres auxquelles nous avions l'habitude d'assister ! Il semble que le hockey sur glace, au contact de l'atmosphère enfiévrée de Paris, a évolué dans le mauvais sens. Nous préférons le fair play qui animait jusqu'à présent les équipes européennes. La sélection parisienne était composée de Peschier, Woodbury, Reilly, Cuyler, Michaelis, D'Oblonski, Lefébure et Hewitt. Pour Chamonix, jouaient Hassler, Raoul Couvert, Quaglia, Dédé Bossonney, Martial Couvert, Francis Couvert, Mollard, Livacic et Tournier.

Dès le début, on eut l'impression d'une partie agitée. L'attitude de la foule, prenant violemment parti pour ou contre l'une des équipes, n'était pas faite pour calmer les joueurs. Chamonix commence par dominer nettement, faisant descentes sur descentes dans les buts ennemis avec une étonnante rapidité. Quaglia notamment joue avec une vitesse extraordinaire, ce qui lui vaut pour le restant de la partie d'être durement et sans répit marqué par Michaelis. Paris adopta d'ailleurs la tactique de marquer principalement nos vedettes. Il usa et abusa des offside et un arbitrage très sévère dès le début eût été préférable.

Le premier but est pour Chamonix, marqué par Hassler après une belle descente de la ligne d'avants. Puis Woodbury égalise. Les mêlées deviennent nombreuses et parfois brutales. Au cours d'une charge, les filets de Paris se renversent, enlevant à l'équipe locale une chance de marquer. À la deuxième période, Paris marque encore un but sur une remarquable descente de Reilly, patineur fin et adroit. Chamonix rentre un but qui n'est pas accordé. À la troisième reprise, la fièvre devient générale chez les joueurs. Énervé, Chamonix commence à jouer un jeu plus dur. Tout de suite il réussit un deuxième but, après une superbe descente de André Bossonney, le meilleur homme de cette dernière partie, terminée par un shoot de Raoul Couvert. Mais le gardien de but chamoniard laisse passer trois fois de suite le palet. Hewitt marque un but qui aurait passé à travers un des trous du filet. Le but est reconnu bon et c'est logique, car il ne doit pas y avoir de trous aux filets. Il serait simple de vérifier l'état des buts avant chaque match. Un deuxième but est marqué par le puissant Michaelis, un troisième juste au coup de gong final par Reilly. Paris gagne donc par cinq buts à deux.

Le match revanche aura lieu dimanche après-midi. Dès à présent, il est attendu avec impatience. Dans l'ensemble, nous pouvons dire, sans partialité, que l'équipe de Chamonix joua mieux. Elle pécha par son goal, mais elle fut l'animatrice de la partie. Elle était d'ailleurs privée de deux de ses meilleurs joueurs, Gérard Simond et Munz, lourd handicap à combler. Léon Quaglia et Dédé Bossonney firent du très beau jeu, mais un peu personnel. Raoul Couvert et Hassler jouèrent le fair play de bout en bout et eurent peut-être tort. Ils n'arrêtèrent pas de bombarder les buts de Paris, toujours sauvés par l'admirable précision de notre ami Lefébure : Reilly et Woodbury, enfin, sortirent nettement du lot chez les Parisiens, Michaelis s'étant borné à marquer sans arrêt ses adversaires. La grande tribune était bondée. On remarquait dans la tribune officielle Mme Flandin et Mlle Lise Flandin, qui suivirent avec beaucoup d'intérêt les phases de la rencontre. Demain, tout le monde se donne rendez-vous à Argentières, oł dons l'après-midi aura lieu un grand concours de sauts sur le nouveau tremplin.

Compte-rendu de Roger Frison-Roche dans le Petit Dauphinois

Le lendemain, ce quotidien fit paraître l'entrefilet suivant : Nous tenons à rectifier une coquille qui a fait annoncer la victoire de Paris par 5 buts à 2 ; Paris a gagné par 4 buts à 2...

 

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