Suède 2001/02 : présentation

 

La Suède a innové cette année en ré-instaurant des indemnités de transfert, qui avaient été supprimées après l'arrêt Bosman. Un club devra ainsi verser à l'équipe d'origine une somme plafonnée à 70 000 euros pour un joueur international. Cette somme est valable pour les clubs d'Elitserien comme des divisions inférieures, mais n'empêche pas les départs outre-Atlantique.

Djurgården a ainsi battu bien involontairement un record cet été : pas moins de sept joueurs sont partis en NHL. Sans les pièces maîtresses du "hockey-torpedo", François Bouchard, Daniel Tjärnqvist, Jimmie Ölvestad, Andreas Salomonsson, Vladimír Orszagh, sans l'entraîneur qui a instauré ce système gagnant, Hardy Nilsson, qui se consacrera exclusivement à l'équipe nationale, sans Garpenlöv contraint à la retraite par une blessure à l'épaule, tout est à rebâtir à Djurgården. Mais le club de Stockholm a les moyens de se maintenir au sommet et l'a prouvé en faisant revenir au pays Mikael Håkansson, qui se morfondait en AHL, et en embauchant un Ján Pardavý très convoité dans toute l'Europe, de la Suisse à la Russie. C'est la position de gardien qui subit les principaux changements : le prodige Tellqvist étant parti à Toronto, il faut faire confiance à Thomas Östlund, ancien international dont le long bail en Suisse s'est terminé par une saison moyenne avec Fribourg. Il lui sera difficile de s'imposer comme un des meilleurs gardiens de la ligue, d'où l'intérêt d'avoir deux portiers solides pour exploiter la forme de l'un ou de l'autre. Östlund possède un bon remplaçant avec Sergej Naumovs, doublure d'Irbe dans la sélection nationale de Lettonie. Un de ces compatriotes rejoint également le club, l'attaquant Andrejs Ignatovics qui évoluait à Odense au Danemark. Mais le joueur le plus "exotique" est probablement David Longstaff, vainqueur de la Superleague avec Sheffield. Les joueurs du cru sont si peu considérés en Superleague qu'un des meilleurs d'entre eux trouve plus facilement une place dans un championnat d'un niveau bien meilleur, l'Elitserien. Attention enfin à Nils Ekman : quasi inconnu en Suède, car expatrié très tôt en Finlande puis aux Etats-Unis, il revient au pays avec la ferme intention de s'y imposer.

La saignée subie par Djurgården fait de Färjestad le favori logique pour le titre. Le club de Karlstad évolue sous la houlette d'un nouvel entraîneur, Bengt-Åke Gustafsson qui arrive de Langnau avec deux joueurs dans ses bagages, le Finlandais Erik Kakko et le gardien international suisse Martin Gerber, révélation de la saison dernière en LNA, et qui fait le grand saut. Il retrouve chez les Loups un de ses compatriotes, Marcel Jenni et marche pour l'instant sur ses traces, faisant oublier Magnus Eriksson, son prédécesseur dans les cages, qui lui aussi réalise un excellent début de saison à Augsbourg. Avec les frères norvégiens Mats et Marius Trygg, les trois excellents centres suédois Mathias Johansson, Jörgen Jönsson et Ulf Söderström, Färjestad dispose de nombreux joueurs ayant une expérience internationale et est globalement bien outillé dans les unités spéciales. Ayant emprunté des éléments du hockey-torpedo de ses rivaux, Bengt-Åke Gustafsson les combine avec un système défensif déjà rôdé en Suisse. Le départ de Christian Berglund pour New Jersey a été compensé par l'arrivée de Thomas Rhodin, arrivé des Eisbären de Berlin, autre révélation des premiers matches. Färjestad veut maintenant s'installer sur le trône de l'Elitserien, et a enfin une patinoire digne d'un statut royal : l'enceinte datant des années 60 a été rénovée à l'intersaison et la nouvelle Löfbergs Lila Arena, construite pour les prochains mondiaux, est la plus fonctionnelle et la plus moderne du pays ; elle permettra d'accroître très nettement les affluences.

Ces deux-là semblent devoir encore dominer l'Elitserien, mais peu d'équipes se dégagent derrière, où on devrait retrouver de nouveau un peloton compact. Les blessures qui ont perturbé le début de saison de Brynäs, dont celle du buteur Ove Molin, ne doivent pas faire oublier le potentiel de cette équipe, qui, une fois au complet, devrait retrouver son jeu de puissance tant redouté. Le club de Gävle mise sur a continuité et s'appuie sur des vétérans comme le centre Jan Larsson ou le défenseur Pär Djoos. Par contre, le problème posé par l'Américain Tom Bissett reste entier : il évolue aujourd'hui bien loin de son niveau d'il y a deux ans, quand Brynäs avait atteint la finale.

Après un final en eau de boudin de son bail à la tête de l'équipe nationale du Danemark, une des nations qui a le plus progressé ces dernières anées mais qui est passé au travers de ses Mondiaux, l'entraîneur Jim Brithén est chargé d'un nouveau challenge à MoDo, où il retrouvera d'ailleurs deux internationaux danois, l'attaquant Kim Staal et le gardien Peter Hirsch. Comme Djurgården, la formation d'Örnsköldsvik possède un duo de gardiens complémentaires (l'autre étant Tobias Lundström), et devrait conserver le même point fort, à savoir sa défense et son jeu en infériorité. On suivra également l'excellent Mattias Weinhandl (21 ans) et les internationaux slovaques Miroslav Hlinka (venu de Karlovy Vary) et Richard Lintner (joker venu de Trencín).

Comme Färjestad, HV 71 a refait sa patinoire et a faim de victoire, tout comme ses joueurs, privés de play-offs l'an passé. Peter Ekelund revient de blessure et le Norvégien Per-Åge Skrøder veut s'imposer définitivement en Elitserien. L'équipe de Jönköping a par ailleurs fait son marché dans les autres grands championnats, en République Tchèque avec le défenseur international slovaque Richard Pavlikovský (Havírov), et en Finlande avec Johan Davidsson (Espoo) et surtout le centre Kalle Sahlstedt, capitaine du triplement couronné TPS Turku.

Malmö possède une équipe expérimentée mais a complètement raté son début de saison, des joueurs comme Jesper Mattson, Fredrik Lindquist, mais aussi Tomas Sandström et le gardien Andreas Hadelöv n'évoluant pas au niveau attendu. C'est encore Juha Riihjärvi qui porte l'équipe à bout de bras, mais il serait bon de s'en remettre à d'autres. Dans cette optique, l'arrivée comme joker de Robert Burakovsky, qui avait le mal du pays à Düsseldorf, peut réveiller un peu une formation moribonde.

On ne se remet comme ça de la perte de son homme à tout faire : Västra Frölunda avait en Kristian Huselius un buteur qui avait survolé l'Elitserien l'an passé en remportant tous les classements offensifs et qui est en passe de faire de même en NHL où il s'impose comme le meilleur rookie du début de saison. En plus, la star finlandaise Juha Ikonen s'est blessée avant même que la saison ne débute. Il a donc fallu appeler le junior Joel Lundqvist (lequel s'en sort à merveille), le frère de Henrik, deuxième gardien derrière Petter Rönnqvist. Ce dernier arrive des relégués de Björklöven, tout comme le Tchèque Marian Kacir, un des trois seuls étrangers de Frölunda (qui est ainsi la formation qui en compte le moins) avec le convalescent Ikonen et Pasi Sormunen (ex-Coire). Mais l'équipe de Göteborg possède de nombreux arguments offensifs suédois, comme Patrik Carnbäck, Peter Ström, ou même les frères Mikael et Niklas Andersson, réunis pour la première fois sous le même maillot.

Comme Frölunda, Luleå a perdu son meilleur joueur, Mikael Renberg, retourné en NHL. Ce sont mêmes les deux joueurs essentiels qui sont partis puisque le gardien Jarmo Myllys est retourné en Finlande. L'occasion ou jamais pour sa doublure Daniel Henriksson, qui évoluait depuis cinq ans dans l'ombre. Mais c'est surtout l'indigence offensive qui est préoccupante, et dans ce domaine les supporters attendent beaucoup du capitaine de l'équipe de France Arnaud Briand ainsi que de l'international estonien Toivo Suursoo. Un joker a été engagé pour enfin trouver le chemin des filets : le Canadien Shayne Toporowski était de ces étrangers qui ont tenté leur chance en Russie, à Khabarovsk.

L'AIK a été encore plus touché et a perdu tous ses cadres, aujourd'hui remplacés par des juniors encore trop inexpérimentés et indisciplinés. Pour atteindre les play-offs, Il va falloir compter sur des petits miracles de la part des recrues, et notamment de Thomas Sjögren, arrivé des Berlin Capitals. Celui-ci possède une particularité intéressante. Il est le premier joueur de champ à évoluer avec le n°1 sur le dos !

On dit souvent que la deuxième saison est la plus difficile : c'est tout aussi vrai pour Timrå que pour son joueur-vedette Henrik Zetterberg, qui avait été élu meilleur rookie l'an passé au sein d'un promu sans complexes. Le Tchèque Robert Schnabel est parti en NHL à Nashville et l'unique Slovène du championnat, Nik Zupancic, est rentré au pays à Jesenice, alors qu'à l'inverse, le recrutement ne semble pas des plus judicieux. Philippe de Rouville (ex-Ayr) a du mal à réussir la transition de la Superleague à l'Elitserien.

Dans ce contexte où pas mal de clubs ont perdu leurs forces vives ou connaissent une période de doute, les promus espèrent tirer leur épingle du jeu pour ne pas risquer l'enfer de la Kvalserien, cette poule de promotion/relégation promise aux deux derniers classés. A ce jeu, Södertälje n'a put récupérer comme il l'envisageait l'international finlandais Juha Lind, qui sortait d'une saison ratée avec les Canadiens de Montréal. Ils auront à la place un autre ancien des Habs, l'expérimenté défenseur Peter Popovic, qui arrive de Boston. Autre vétéran, Peter Larsson (ex-Munich), qui formait il y a de cela deux saisons un trio de rêve avec Maslennikov et Vostrikov à Augsbourg, et qui revient dans le club où il avait commencé sa carrière. Autour de ces deux figures, des joueurs de l'ombre précieux pour leur équipe, comme Stefan et Jörgen Bemström, Robert Carlsson ou encore le Finlandais Jukka Tiilikainen, et un bon gardien en la personne de Rolf Wainhainen. S'ils continuent à faire corps et à conserver la même discipline, ils peuvent encore surprendre.

Linköping espère également s'établir durablement dans l'élite. Leur dernière expérience en 1999/2000 s'était conclue par une redescente immédiate. Ce qui fait leur force, c'est leur grande solidité à domicile, dans la patinoire de Stöngsbro où se pressent 4600 spectataurs. Les observateurs locaux en ont déjà fait "le meilleur promu de tous les temps" et fixent comme objectif les play-offs. Quel contraste avec les médias nationaux qui leur pronostiquaient la dernière place ! La vérité se situe sans doute entre les deux. Linköping a réussi deux opérations importantes en faisant revenir au club Per Eklund (Krefeld) et en recrutant le meilleur marqueur de l'AIK, Stefan Gustavsson. De quoi faire mieux qu'il y a deux ans...

Marc Branchu

 

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