Les Brûleurs de Loups : reconstruire pour rebondir ?

 

Une saison ratée… avec un trophée !

La saison 2023/24 des Brûleurs de Loups restera paradoxale. Sur le plan des satisfactions, on retiendra bien évidemment la victoire en coupe de France (7-4 en finale contre Dunkerque) qui permet à Grenoble de conserver son trophée à l’issue d’un parcours compliqué : les tenants du titre avaient en effet dû écarter successivement Marseille, Rouen et Amiens avant de retrouver un représentant de D1 pour une finale qui fut serrée. Mais ce fut à peu près tout ce qu’il y a eu à retenir de saison gâchée. La demi-finale de Coupe Continentale organisée à Pôle Sud devait être une grande fête : ce fut un fisaco avec trois défaites en autant de rencontres, un petit but marqué et les rêves de finale qui s’envolent au grand dam de Jacques Reboh et Jean-François Dufour qui nourrissaient de grands espoirs dans la compétition. L’entraîneur finlandais Jyrki Aho en fit les frais, se retrouvant écarté de son banc alors qu’il venait de débuter une troisième saison dans l’Isère. Le manager Dufour et l’entraîneur-adjoint Terglav se retrouvaient alors propulsés « co-entraîneurs » pour terminer la saison, reconstituant ainsi un duo qui avait marqué les années 2010 (la parenthèse Martel exceptée) avec plus ou moins de succès (Dufour fut entraîneur-chef de 2010 à 2014 et Terglav de 2015 à 2021).

L’histoire aurait pu être belle mais Grenoble fait preuve d’irrégularité pendant toute la saison régulière, alternant un départ poussif, des périodes brillantes, d’autres catastrophiques - comme celles de fin décembre à début janvier - pour terminer à la troisième place, une régression par rapport aux saisons précédentes qui avaient vu les Brûleurs de Loups finir en tête de la saison régulière. Les play-offs furent à l’image de la saison : faciles vainqueurs d’Amiens en quart-de-finale (4-0), ils semblaient avoir trouvé leur rythme de croisière avant de finalement s’enliser dans une demi-finale mal engagée à l’extérieur contre Bordeaux (1-4). Un gros échec, loin des rêves de revanche après la défaite sur le fil en finale contre Rouen la saison précédente. Une énorme déception aussi au vu des moyens engagés car il faut remonter à la saison 2016-17 pour voir Grenoble chuter avant la finale (exception faite évidemment des saisons 2019-20 et 2020-21 pour lesquelles les phases finales n’ont pas pu se jouer ou se terminer). Avec un tel constat, il fallait donc s’attendre à un « grand ménage » afin de relancer une dynamique nouvelle pour retrouver les sommets, en France et en Europe, car la victoire en coupe permet à Grenoble de disputer la Coupe Continentale pour la deuxième année consécutive.

Changement de logiciel

Le président Jacques Reboh a maintenu sa confiance à Jean-François Dufour pour reconstruire un effectif compétitif alors que la mission d’interim de ce dernier derrière le banc n’était pas appelée à durer. Le recrutement d’un entraîneur était sur les tablettes alors qu’Edo Terglav, déjà sélectionneur national de la Slovénie, préférait rester entraîneur-adjoint. Mais avant de trouver la perle rare, le Manager Général a commencé à délester l’effectif d’un certain nombre de joueurs afin de faire de la place aux futures recrues. Principale victime de ce « ménage de printemps » : la défense, jugée trop friable et manquant de caractère, notamment lors de la demi-finale face à Bordeaux. Exit donc les Racine, Lamarche, Pivtsakin, Onno et Rouhiainen, rien que ça ! Certains renforts étrangers avaient en effet eu du mal à convaincre : Jonathan Racine, diminué par une blessure récurrente, avait connu un début de saison très mitigé avant de s’arrêter définitivement après la finale de Bercy pour se faire opérer. Le joker Nikita Pivtsakin, qui a remplacé numériquement Racine pour la fin de saison, ne s’est pas toujours montré à la hauteur d’un CV impressionnant estampillé KHL. Souvent lent et imprécis, il n’a guère convaincu. Tout comme Maxim Lamarche, dont la saison a été également en partie limitée par une blessure. Pas toujours à son aise après son retour, il a semblé régresser saison après saison depuis son arrivée et aura l’occasion de relancer sa carrière à Bordeaux. Pour Jere Rouhiainen en revanche, son départ semble relever plus d’un choix sportif que de contre-performances tant il était encore à 28 ans le défenseur le plus régulier et performant des Brûleurs de Loups. Son départ à Angers laissera sans aucun doute beaucoup de regrets sur les bords de l’Isère. Il sera accompagné chez les Ducs par Lucien Onno qui a connu une saison quasi blanche après une blessure subie en tout début de saison. Revenu à temps pour faire la préparation des championnats du monde avec l’équipe de France, il n’aura pas été sélectionné une deuxième année de suite. À Angers, le jeune défenseur grenoblois aura l’opportunité de donner une nouvelle orientation à sa carrière.

Nicolas Deschamps et Damien Fleury

En attaque, le nombre de départs est moins spectaculaire mais les Brûleurs de Loups perdent tout de même quelques éléments clés comme le meilleur compteur de la saison régulière, Alexandre Lavoie, non conservé après des play-offs jugés globalement décevants et en partie à cause d’un manque d’implication physique dans le jeu. Autre élément cadre du vestiaire à ne pas poursuivre à Grenoble : Brent Aubin, atteint par la limite d’âge (38 ans) et victime d’une volonté de rajeunissement de l’équipe. Le vétéran québécois a payé une saison dans l’ensemble bien moins efficace que la précédente, loin de ses play-offs 2023 exceptionnels. Arrivés en cours de saison, les jokers Roman Lyubimov et Martin Latal n’enchaîneront pas avec une saison complète à Pôle Sud. Une déception pour Lyubimov qui avait pleinement convaincu, apportant une technique et un physique qui ont vraiment fait du bien à l’attaque grenobloise au moment où celle-ci connaissant une panne de confiance. Mais prolonger son séjour à Grenoble s’avérait compliqué, notamment du point de vue familial. Le départ de Latal, intéressant mais pas suffisamment décisif, reste plus anecdotique. Enfin, les Brûleurs de Loups se séparent également d’attaquants français qui iront chercher ailleurs plus de temps de jeu : Julien Munoz et Timothée Quattrone (qui a dépanné une grande partie de la saison en défense !) rejoignent Anglet alors que Flavian Dair évoluera du côté de Marseille. Trois joueurs qui ont toujours eu un comportement irréprochable, en étant souvent cantonnés aux tâches défensives sur la quatrième ligne, mais qui paient également la volonté de faire de la place en équipe première aux jeunes les plus performants du centre de formation.

Un recrutement "made in Rouen"… mais pas seulement

Après avoir fait place nette, le premier objectif de l’intersaison pour Jean-François Dufour était de trouver un entraîneur capable de mener à bien l’opération reconstruction. Une tâche qui fut particulièrement délicate, le staff grenoblois voulant trouver le profil idéal, expérimenté mais aussi capable de garder le lien avec son vestiaire ce que n’a pas su faire Aho lors de sa dernière saison. Le choix des dirigeants grenoblois s’est finalement porté sur l’expérimenté suédois Per ("Pelle") Hånberg (photo de droite ci-dessus). À 57 ans, il a un CV qui parle pour lui après des expériences riches dans divers pays européens : en Suède bien évidemment où il a coaché surtout en Allsvenskan avec une courte expérience en SHL. Mais aussi en Italie et surtout pendant 5 saisons derrière les bancs de Swiss League (LNB). Il a amené Langenthal au titre en 2019 avant de rejoindre Kloten puis Viège. Ces deux dernières saisons, il les a passées au Danemark à Frederikshavn puis Herning avec lequel il a disputé la finale de la Coupe Continentale (finissant deuxième derrière Astana). Loué pour son exigence mais aussi ses qualités humaines, il essaiera de faire aussi bien que son prédécesseur suédois derrière le banc grenoblois : un certain Mats Lusth qui avait porté les Grenoblois verts un quadruplé historique en 2009. Décrit par le président Reboh lui-même comme un "coach moderne", il a l’ambition de changer le système de jeu grenoblois pour le rendre plus attractif mais également en y ajoutant une grosse dimension physique.

Autre gros chantier, le poste de gardien. Jakub Štěpánek n’a en effet pas toujours donné satisfaction devant la cage grenobloise, ses prestations étant jugées trop irrégulières. Distancés par ses principaux concurrents sur le plan statistique, il est tombé malade au plus mauvais moment, ne pouvant s’aligner au début de la demi-finale contre Bordeaux. Fragilisé pour son poste de titulaire, il était logiquement invité à se trouver un autre club, Grenoble cherchant clairement un autre numéro un à ce poste. Et finit par le trouver pas très loin puisque le club a jeté son dévolu sur un certain Matija Pintarič (photo de droite ci-dessus), le portier titulaire des Dragons de Rouen depuis 7 saisons. Un énorme coup sur le marché des transferts facilité par la présence d’Edo Terglav qui a convaincu son gardien en équipe nationale de faire une "pige" de trois saisons à Grenoble avant de rentrer définitivement au pays. Toujours parmi les deux-trois meilleurs gardiens de la Ligue Magnus, Pintarič, qui s’était révélé à Dijon puis Lyon, est désormais sur la fin de sa carrière mais à 35 ans il peut encore apporter beaucoup de sérénité aux Brûleurs de Loups devant le filet. Surtout que, comme Jakub Štěpánek n’a pas trouvé de club et qu’il lui restait un an de contrat, il a accepté de rester comme "back-up de luxe". C’est donc un duo inédit à ce niveau par son expérience et sa qualité dont dispose Grenoble ! Une situation qui sera certainement scrutée tout au long de la saison. En attendant, Raphaël Garnier en a fait les frais, obligé de trouver refuge du côté de Nice pour conserver du temps de jeu.

François Beauchemin et Christophe Boivin

Dufour s’est ensuite consacré à renforcer l’attaque grenobloise. Souvent critiquée tout au long de la saison et notamment au moment de la Coupe Continentale (un seul but marqué en trois matchs !) malgré des périodes plus prolifiques (on se souvient notamment d’un 9-1 contre Marseille suivi d’un 8-2 à Bordeaux ou encore des 19 buts marqués en 4 matchs de quarts de finale contre Amiens), l’attaque grenobloise devenait plus stérile face à des défenses bien regroupées et plus resserrées. La plupart des leaders en attaque ont vu leur production chuter par rapport à l’année précédente et les départs de Fabre et Champagne n’ont semblé jamais être vraiment compensés. Pour redonner de la créativité à l’attaque, le manager grenoblois a de nouveau cherché son inspiration du côté des rivaux rouennais. Il a commencé par faire revenir en France un certain François Beauchemin, réalisant là un autre énorme coup sur le marché des transferts. À 28 ans seulement, il a déjà une carrière bien fournie avec des passages en AHL et en ECHL avant de franchir l’Atlantique pour affoler les compteurs lors de son unique saison rouennaise (77 pts en 43 matchs de saison régulière !). De retour en Suisse où il avait déjà brillé avec les Ticino Rockets, il a maintenu à Olten une moyenne d’un point par match dans la Swiss League. Avec Beauchemin, Grenoble possède assurément son arme offensive numéro 1 et a sans doute enfin trouvé un successeur à Joël Champagne. Et pour l’accompagner, quoi de mieux que de reformer le trio qui lui a permis d’avoir tant de réussite avec les Dragons de Rouen ? L’idée est simple voire caricaturale, encore faut-il la réaliser.

C’est ce qu’a fait Jean-François Dufour en attirant sur les bords de l’Isère son compère Christophe Boivin. Auteur d’une fin de saison en boulet de canon à Rouen après avoir soigné sa maladie, il a réalisé des play-offs exceptionnels, offrant le but du titre au Dragons lors de la finale contre Bordeaux. Redoutable buteur et très bon complément à Beauchemin (il a également 28 ans), il saura sans aucun doute faire trembler les filets adverses à Pôle Sud comme ce fut le cas à Rouen ou à Nottingham où il jouait précédemment. Et comme dit l’adage, "jamais deux sans trois" : en toute fin de mercato, Grenoble a attiré le troisième membre du trio qui avait fait tant de dégâts à Rouen en 2022-2023 : Alexandre Mallet rejoint lui aussi Grenoble après avoir un temps envisagé un retour au Canada à 32 ans. Comme Boivin, il a évolué les deux dernières saisons à Rouen après avoir passé l’essentiel de sa carrière européenne en Extraliga tchèque. Il apporte une dimension physique à cette ligne mais aussi le caractère et le leadership qui ont tant manqué la saison dernière. En attirant Pintarič et en reconstituant la ligne Boivin-Beauchemin-Mallet, Grenoble a rassemblé les principaux atouts qui avaient permis aux Dragons de soulever la coupe au nez et à la barbe des…Brûleurs de Loups en 2023.

Mais Grenoble a également réussi à faire venir des profils français intéressants. Un autre très joli coup est la venue de l’international français Guillaume Leclerc qui évoluait en ICEHL à Fehérvár depuis deux saisons. C’est en fait un retour à 28 ans pour Leclerc qui a terminé sa formation à Amiens puis en Amérique du Nord mais qui s’est révélé lors de ses deux saisons grenobloises en 2017-18 et surtout 2018-19 où il avait affolé les compteurs avec 61 pts en 44 matchs de saison régulière et 21 pts en play-offs ! Une telle réussite offensive ne serait pas pour déplaire à Hånberg qui récupère ainsi un talent offensif de premier plan. L’autre recrue française en attaque est l’espoir tricolore Théo Gueurif qui revient dans sa région d’origine à 22 ans (il a été formé à Villard-de-Lans). Après avoir atteint l’équipe première à Rouen, il a pu avoir plus de responsabilités pendant deux saisons intéressantes. Il vient à Grenoble pour espérer franchir un nouveau palier qui le rapprocherait de l’équipe de France tout en participant au rajeunissement de l’effectif.

Théo Gueurif et Adel Koudri

Ces cinq recrues offensives viennent renforcer une attaque déjà solide avec Nicolas Deschamps, toujours aussi régulier à 34 ans et qui vient de conclure une troisième saison à plus de 50 points sur les bords de l’Isère. S’il a été moins décisif en play-offs cette année, il reste un élément essentiel. À ses côtés, on retrouve souvent Damien Fleury avec lequel il a une nouvelle fois formé la "top line" grenobloise, le troisième membre étant cette année Roman Lyubimov. Fleury, méconnaissable en début de saison avec une très longue période de doute qui a connu son apogée avec la Coupe Continentale, a soudain retrouvé toute son efficacité après l’arrivée de Lyubimov et le départ d’Aho avec lequel le courant ne passait plus vraiment. Fleury a même terminé la saison régulière avec 43 points, soit un meilleur total que la saison précédente. À 38 ans, sa fin de carrière est proche mais il reste compétitif pour jouer un rôle important. Même chose pour le capitaine Sacha Treille, dont la production offensive a cependant été moins bonne avec 33 pts contre 47 un an auparavant. Si son apport physique reste indéniable, il a semblé moins décisif face à la cage. À 36 ans, il entame ses dernières saisons mais son leadership et son apport dans le vestiaire restent essentiels pour l’équilibre du groupe.

Toujours présent également, le néo-international Aurélien Dair qui a connu à 25 ans sa première sélection aux championnats du monde, venant conclure une saison internationale très réussie. En club, sa production a pourtant nettement chuté avec 22 pts contre 35 et seulement 4 petits points en play-offs. Bien encadré, il a tout pour redevenir un élément moteur de l’attaque grenobloise. Il en va de même pour son compère Adel Koudri qui a battu à 25 ans son record personnel en Ligue Magnus avec 19 buts mais qui a manqué les play-offs à cause d’une blessure en toute fin de saison régulière. Centre régulier, il est vraiment devenu un des cadres de l’équipe. On retrouvera également pour une deuxième saison Loïc Farnier dont la saison fut à deux vitesses : une première partie difficile avec une panne offensive et des apparitions souvent en quatrième ligne voire dans les tribunes, mais une fin de saison en boulet de canon avec une efficacité retrouvée et un rôle grandissant. On attend énormément de lui pour une deuxième saison à Grenoble, qui devrait être celle de la confirmation.

Enfin les jeunes ont aussi la part belle dans l’attaque grenobloise : Matias Bachelet a réalisé à 20 ans une première saison complète remarquable avec les Brûleurs de Loups (24 pts en 40 matchs !). Souvent positionné au centre, il a su gagner du temps de jeu au fil de la saison, démontrant des grandes qualités qui ne sont pas sans rappeler l’émergence de Dylan Fabre quelques années auparavant. Alors que l’attaque était minée par les blessures et peinait à trouver son efficacité, Valentin Grossetête a su saisir sa chance à 19 ans pour bousculer la hiérarchie. Sans complexe, il a su imposer son physique à 19 ans pour apporter beaucoup d’énergie et de l’efficacité à l’offensive grenobloise. Il est logiquement reconduit dans l’effectif, cette fois à part entière et sur une saison complète. Même chose pour Hugo Nogaretto, un des éléments les plus prometteurs de la génération 2005 qui a joué un rôle essentiel dans les play-offs exceptionnels de Chambéry en D1. Il arrive sans complexe dans l’effectif pro des Brûleurs de Loups cette saison. En revanche, Tom Guidoux a lui préféré rejoindre Bordeaux où il avait été prêté quelques matchs la saison dernière avec Valentin Grossetête.

Alexis Binner et Jordon Southorn

Une défense à reconstruire

L’autre axe du recrutement concernait bien évidemment la défense qui était quasiment intégralement à reconstruire compte tenu des cinq départs cités précédemment. Ce sont donc pas mois de quatre recrues qui viennent renforcer les Brûleurs de Loups à la ligne bleue. Le profil souhaité était clairement défini : il fallait trouver des défenseurs robustes, physiques, capables de faire preuve de plus de caractère dans les duels et de rendre plus difficile l’accès à la cage que la saison dernière où certains "trous d’air" défensifs ont souvent été constatés.

Avec l’arrivée de Hånberg, on pouvait s’attendre à voir arriver des Suédois mais il n’y en aura finalement qu’un seul : Alexis Binner, 25 ans, qui a terminé la saison dans le club entraîné par Hånberg au Danemark, Herning. Même s’il n’a joué que 10 matchs en saison régulière et 9 en play-offs sous les ordres du nouveau coach grenoblois, il l’a suffisamment convaincu de l’emmener avec lui. Binner a un physique imposant (1,91 m, 95 kg) et un parcours atypique puisqu’il est parti très tôt en Amérique du Nord pour jouer en USHL puis dans la prestigieuse Université du Maine en NCAA où il a évolué pendant deux saisons avant de rentrer en Suède. Après trois saisons dans les divisions inférieures de son pays, il s’expatrie de nouveau la saison dernière, partageant sa saison entre la Pologne et le Danemark. Défenseur au profil défensif, il devrait apporter l’impact physique attendu tout en montrant une certaine habileté technique pendant la pré-saison. Un joueur qui n’a sans doute pas encore exploité tout son potentiel et qui sera intéressant à suivre.

Les trois autres recrues à la ligne bleue sont canadiennes. Le plus expérimenté et celui qui a le CV le plus impressionnant est Jordon Southorn qui a le profil pour être le défenseur n°1 des Brûleurs de Loups cette saison. Doté d’un gabarit tout aussi impressionnant (1,90 m, 99kg), il devrait apporter également sur le plan offensif avec une qualité de passe au-dessus de la moyenne et un lancer qui devrait être utile en power-play. Défenseur complet, il a déjà beaucoup voyagé à 34 ans, sillonnant l’Amérique du Nord (AHL, ECHL) mais aussi la Russie (KHL, VHL), la Slovaquie, la République Tchèque et l’an dernier l’Allemagne en DEL. Southorn a énormément de vécu à partager et devrait un élément moteur, tant sur la glace que dans le vestiaire.

Jarod Hilderman et Samuel Régis

Il sera rejoint par un compatriote au CV moins rutilant et peu connu puisque ce sera sa première expérience en Europe : Jarod Hilderman. Moins imposant (1,85m et 95 kg tout de même), il vient à Grenoble avec l’envie de se faire connaître sur le vieux continent. À 27 ans, il a encore de belles années devant lui alors qu’il vient de connaître la meilleure saison de sa carrière à Tulsa en ECHL (44 pts en 65 matchs de saison régulière) où il évoluait depuis 3 saisons. Jusqu’ici identifié comme un défenseur plutôt défensif, il a surpris par sa production offensive. Défenseur dynamique et mobile, il sera scruté avec intérêt car il s’agit là pour le coup d’un recrutement sans certitude.

La dernière recrue canadienne à la ligne bleue est celle qui a fait le plus court chemin : Samuel Régis vient en effet de Chambéry où il fut un des cadres des Eléphants qui ont atteint la finale de la D1. Déjà auteur d’une pige avec les Brûleurs de Loups la saison dernière alors que la défense grenobloise était décimée, il a démontré suffisamment de qualités pour convaincre Jean-François Dufour de lui permettre de faire le "grand saut" entre D1 et Ligue Magnus à 23 ans. Passé pendant quatre saisons par Rouyn-Noranda en Junior majeur au Québec, il a séduit par son jeu très offensif mais aussi sa capacité à se montrer dur quand il le faut malgré un gabarit assez quelconque (1,80m, 91kg). Très bon manieur de palet, il lui faudra élever son niveau de jeu pour espérer reproduire en Ligue Magnus ce qu’il a démontré en D1. Un gros potentiel qui ne demande qu’à éclore et qui montre que la passerelle entre Chambéry et Grenoble fonctionne aussi pour les étrangers même si l’expérience Zachary Daneau la saison dernière n’avait pas été concluante.

Les quatre nouveaux rejoignent quatre "rescapés" qui ont échappé au grand nettoyage : Kyle Hardy, qu’on ne présente plus, va entamer à 36 ans sa neuvième saison sous l’uniforme grenoblois. Désormais vétéran et appelé à avoir un rôle d’encadrement pour les plus jeunes, Hardy continue d’avoir une production offensive impressionnante, même si elle a légèrement baissé la saison dernière, notamment en play-offs (6 pts seulement). L’âge avançant, il lui faudra se montrer plus prudent sur ses montées offensives mais Hardy reste un cadre du vestiaire, un gros atout pour le power-play et un défenseur combatif qui n’a pas peur d’aller au contact malgré un gabarit défavorable. De grand gabarit, il en est question avec l’international Pierre Crinon qui a trouvé une stabilité à Grenoble où il entame sa quatrième saison. Toujours parfois "à la limite" dans le registre des contacts physiques, il doit se méfier des suspensions à répétition. Mais les Brûleurs de Loups ont besoin de défenseurs de son gabarit pour rivaliser au niveau international notamment. Son opération attendue après le TQO afin de guérir une blessure chronique devrait lui faire rater le début de saison.

Kyle Hardy et Charles Schmitt

Le jeune Charles Schmitt entame lui sa deuxième saison dans le Dauphiné après une première tronquée par une longue blessure qui l’a éloigné des patinoires pendant trois mois. Moins prolifique que par le passé à Briançon ou Anglet, il a réalisé une fin de saison prometteuse aux côtés de Crinon justement. Très rapide et toujours prêt à se projeter vers l’avant, il devra travailler son jeu défensif pour ne pas déséquilibrer l’arrière-garde grenobloise. Enfin Antoine Fertin, qui fut un des cadres de la défense chambérienne en D1 (aux côtés de Régis notamment), est cette fois intégré à plein temps dans l’effectif de Ligue Magnus après plusieurs piges ces trois dernières saisons pour un total de 26 matchs disputés. Il devait être accompagné de Téo Besnier mais ce dernier a eu la chance d’être drafté par Drummondville en Junior Majeur au Québec.

Avec une défense plus jeune (seuls Hardy et Southorn dépassent 30 ans), le staff grenoblois espère avoir des éléments plus rapides, plus percutants et plus pugnaces que les défenseurs partants qui hésitaient parfois à aller au contact. Il serait faux de dire que la défense grenobloise présente beaucoup de garanties car certaines recrues (Binner, Hilderman et Régis notamment) ressemblent à des paris qui seront réussis selon leur capacité d’adaptation à la Ligue Magnus. Mais pour une fois le choix a été fait de prendre des joueurs plus jeunes même s’ils sont dotés d’un CV moins rutilant. Un changement de stratégie qui pourrait s’avérer payant sur la glace.

Des objectifs encore très élevés

Avec 14 attaquants, 8 défenseurs et 2 gardiens, les Brûleurs de Loups ont suffisamment de profondeur pour affronter les aléas d’une saison qui sera chargée puisqu’ils sont de nouveau engagés dans trois compétitions. Un changement de stratégie par rapport aux saisons précédentes où le staff grenoblois préférait commencer avec un effectif resserré pour ensuite faire appel à 1 ou 2 jokers avant les play-offs. On surveillera avec attention l’alternance au poste de gardien avec Pintarič et Štěpánek, deux titulaires en puissance même si le Slovène arrive clairement dans la peau du gardien partant. Mais là encore Grenoble semble protégé en cas de blessure survenant à l’un ou l’autre avec une alternative de qualité déjà sur place. Si la défense reste un point d’interrogation avec beaucoup de nouveaux joueurs qui ne connaissent pas la Ligue Magnus, l’attaque présente énormément de garanties et devrait être de nouveau le point fort de l’équipe. L’exigeant Per Hånberg devrait bonifier un collectif qui reste à construire mais qui a déjà beaucoup de repères. Le recrutement a été axé sur des joueurs physiques mais aussi des joueurs de caractère, capable de faire la différence en play-offs ou lors d’un tournoi européen, là où Grenoble a failli la saison dernière. L’avenir dira si la stratégie aura été la bonne.

Matija Pintarič et Jakub Štěpánek

Avec un tel contingent, les Brûleurs de Loups ne peuvent qu’avoir des ambitions très élevées. Sur le plan européen tout d’abord avec le tournoi de demi-finale de Coupe Continentale en novembre qui sera le premier gros objectif. Per Hånberg retrouvera le Danemark et Aalborg afin de mener son équipe à l’une des deux premières places d’un groupe où figureront également les Polonais de Katowice et un qualifié qui pourrait être les Lettons de Mogo ou les Hongrois de Ferencvaros. Avec en tête l’objectif de se qualifier pour la finale en janvier à laquelle Grenoble serait évidemment candidate à l’organisation. Mais avant d’y penser, les Brûleurs de Loups devront se montrer enfin à la hauteur sur le plan européen après une succession d’échecs retentissants. Et laver l’affront de la saison dernière qui n’a toujours pas été digéré par le président Jacques Reboh et son staff.

Sur le plan national, Grenoble tentera de remporter une troisième coupe de France d’affilée, ce qui serait un exploit inédit. Les Brûleurs de Loups prennent goût à une compétition qui s’est souvent refusée à eux les années précédentes et qui a l’avantage de délivrer un ticket européen. Enfin le gros objectif de la saison restera bien évidemment les play-offs de la Ligue Magnus où Grenoble essaiera de reprendre un titre abandonné au grand rival rouennais depuis deux saisons. Retrouver la finale semble un objectif minimum pour Grenoble au vu de l’effectif construit. Mais ramener la coupe Magnus est bien évidemment dans toutes les têtes. En 2009, l’équipe de Mats Lusth avait tout gagné. En 2025, celle de Per Hånberg serait-elle capable d’en faire autant ?

En parallèle, le club grenoblois continue de se restructurer. Nicolas Tomasini, directeur du centre de formation et manager de Chambéry, est parti du côté de Nice. Il sera remplacé par Julien Baylacq, symbole de la formation grenobloise et fraîchement retraité. Jean-François Dufour a lui annoncé son départ en fin de saison pour un autre projet dans le hockey en France. Jérôme Perez (directeur de la performance) et Alexandre Duyck (manager général adjoint) devraient monter en grade pour lui succéder. Une volonté de Jacques Reboh d’assurer une forme de continuité sans grosse secousse. Deux figures emblématiques du hockey grenoblois vont donc partir en peu de temps. Mais le club est assis sur des bases solides avec une pyramide de formation qui fonctionne toujours aussi bien. Chambéry (finaliste de D1) et Vaujany (demi-finaliste de D2 et champion la saison précédente) préparent très bien les jeunes Grenoblois au plus haut niveau. Si le titre U20 a échappé à Grenoble la saison dernière, celui des U17 et des U15 est resté dans les mains grenobloises. Les équipes jeunes continuent d’être performantes année après année. De quoi voir l’avenir sereinement du côté des Brûleurs de Loups.

Christophe Laparra

Per Hanberg et Matias Bachelet

 

Effectif :

Gardiens


N° NOM Prénom            Naissance    cm  kg  Club formateur    Club & Ch 2023/24   MJ   Min   Moy.     %
 1 DEBIAK Cebald         14/10/2005  186  85  Angers            Lake Tahoe  USPHL   30  1687   3,91   91,0%
30 ŠTEPANEK Jakub        20/06/1986  188  80         (Tchèque)  Grenoble    FRA-1   33  1972   2,62   90,6%   
69 PINTARIČ Matija       11/08/1989  181  84         (Slovène)  Rouen       FRA-1   55  3163   2,18   92,9%

Défenseurs

N° NOM Prénom            Naissance    cm  kg  Club formateur    Club & Ch 2023/24   MJ   B   A  Pts  +/-  Pén
 4 HARDY Kyle (A)        09/08/1988  175  78        (Canadien)  Grenoble    FRA-1   53  10  32  42   +31  34’
 6 RÉGIS Samuel          12/07/2001  180  93        (Canadien)  Chambéry    FRA-2   38   8  29  37   +10  26’
                                                                Grenoble    FRA-1    2   0   1   1   -1    0’
12 HILDERMAN Jarod       11/04/1997  185  94        (Canadien)  Tulsa Oilers ECHL   69   9  37  46   -5   53’
16 BINNER Alexis         03/12/1998  191  95         (Suédois)  STS Sanok   POL-1   25   2   8  10        24’
                                                                Herning     DAN-1   19   1   5   6   -6   41’
23 SCHMITT Charles       17/04/2001  179  77  Montpellier       Grenoble    FRA-1   37   1   8   9   +14   2’
                                                                Chambéry    FRA-2    2   1   1   2   -1    0’
27 FERTIN Antoine        10/04/2003  185  82  Grenoble          Grenoble    FRA-1    5   0   0   0   +2    0’
                                                                Chambéry    FRA-2   39   6  12  18   +5   14’
44 SOUTHORN Jordon       15/05/1990  190  99        (Canadien)  Augsbourg   ALL-1   46   5  25  30   -9   14’
72 CRINON Pierre         02/08/1995  194  98  Reims             Grenoble    FRA-1   45   0  13  13   +24 101’

Attaquants

N° NOM Prénom            Naissance    cm  kg  Club formateur    Club & Ch 2023/24   MJ   B   A  Pts  +/-  Pén
 3 DAIR Aurélien         10/09/1999  186  74  Chambéry          Grenoble    FRA-1   45  13  13  26   +8   26’
 5 GROSSETETE Valentin   10/02/2004  182  82  Clermont-Ferrand  Grenoble    FRA-1   19   4   3   7   +5   12’
                                                                Bordeaux    FRA-1    4   0   2   2    0    2’
                                                                Chambéry    FRA-2   21   5   5  10   +2   13’
                                                                Vaujany     FRA-3    3   3   3   6         2’
10 FLEURY Damien (A)     01/02/1986  181  84  Caen              Grenoble    FRA-1   49  24  28  52   +31  36’
17 DESCHAMPS Nicolas (A) 06/01/1990  185  93        (Canadien)  Grenoble    FRA-1   52  20  42  62   +24  24’
18 KOUDRI Adel           14/05/1999  182  78  Annecy            Grenoble    FRA-1   38  19  12  31   +9   10’
22 LECLERC Guillaume     20/02/1996  173  82  Besançon          Fehérvár    AUT-1   39   9  23  32   +3   15’
26 BACHELET Matias       18/09/2003  181  80  Grenoble          Grenoble    FRA-1   49  11  18  29   +16   8’
                                                                Chambéry    FRA-2   10   1   8   9   -2   28’
49 BEAUCHEMIN François   25/01/1996  185  86        (Canadien)  Olten       SUI-2   54  36  17  53   +26  38’
77 TREILLE Sacha (C)     06/11/1987  195  96  Grenoble          Grenoble    FRA-1   49  17  22  39   +16  27’
88 GUEURIF Théo          01/07/2002  180  85  Villard           Cergy       FRA-1   51  11  15  26   -14  19’
92 MALLET Alexandre      22/05/1992  185  93        (Canadien)  Rouen       FRA-1   41  13  26  39   +11  34’
94 BOIVIN Christophe     13/02/1996  170  75        (Canadien)  Rouen       FRA-1   22  12  13  25   +16  10’
96 FARNIER Loïc          28/04/1996  182  84  Valence           Grenoble    FRA-1   52  15  18  33   +15  15’
98 NOGARETTO Hugo        17/08/2005  174  77  Grenoble          Grenoble    FRA-1    1   0   0   0    0    0’
                                                                Chambéry    FRA-2   30  12  15  27   +13   0’
                                                                Vaujany     FRA-3    6   4   6  10         2’

Entraîneur : Per Hånberg (SUE, 57 ans), assisté d'Edo Terglav (SLO, 44 ans)

Partis : Raphaël Garnier (G, 20 MJ à 91,2%, Nice, LM), Jere Rouhiainen (D, 15+28, Angers), Maxim Lamarche (D, 3+19, Bordeaux), Nikita Pivtsakin (D, 1+5), Lucien Onno (D, 1+4, Angers), Jonathan Racine (D, 1+3), Alexandre Lavoie (A, 16+49, Olimpija Ljubljana, SLO/AUT), Roman Lyubimov (A, 12+22), Brent Aubin (A, 17+15, EC Bad Nauheim, ALL-2), Flavian Dair (A, 5+11, Marseille, LM), Timothé Quattrone (A, 2+9, Anglet), Martin Látal (A, 4+5 Fife Flyers, GBR), Julien Munoz (A, 3+4, Anglet).

 

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