Mannheimer ERC

Chapitre I - Ramer en eaux troubles

 

Champion olympique d'aviron en deux sans barreur aux Jeux Olympiques de Berlin en 1936, Hugo Strauß pratique le patin à roulettes comme un exercice d'entraînement. C'est pourquoi il cherche alors à fonder une section de patinage dans son club. Sa tentative n'est pas couronnée de succès, et les patineurs d'alors sont baladés de gymnase en gymnase, quand ils ne doivent pas s'adonner à leur passion dans la rue, qui leur est vite interdite par la police. Ce n'est que deux ans plus tard qu'ils obtiennent enfin une salle, la Rhein-Neckar-Halle, dont le revêtement a été conçu pour le tennis. Strauß peut alors revenir à la charge, et avec pas moins de 83 membres fondateurs, le MERC (Mannheimer Eis- und Rollsport-Club) naît officiellement le 19 mai 1938. Dans ce nouveau club, les sports de glace sont donc venus se greffer au patin à roulettes, ce dont vous vous doutiez, car sinon il ne serait pas dans la rubrique histoire de www.hockeyarchives.info  !

La première patinoire est en effet inaugurée le 19 février 1939 dans le Friedrichspark. Notons d'ailleurs que la construction a été terminée lors qu'aucun permis de construire n'a encore été délivré. Le premier match de hockey dans la ville n'est pas joué par l'équipe locale. C'est une rencontre de démonstration entre Düsseldorf et Krefeld (2-1) qui donne un avant-goût au public de Mannheim. Celui-ci vient ainsi nombreux - 5000 personnes - pour assister à la première sortie de son équipe, un 0-11 contre Riessersee, l'équipe de Garmisch-Partenkirchen. Le score est lourd mais logique puisqu'on avait choisi d'affronter rien moins que le champion d'Allemagne en titre. Il serait donc absurde de céder au découragement, et Mannheim fait au contraire preuve de persévérance. En effet, pour cette première rencontre, l'équipe, qui craignait de prendre la pâtée, avait reçu quelques renforts du SC Forsthausstraße Francfort. Le lendemain, le MERC, désireux de se jauger réellement, décide avec culot de n'aligner que des joueurs locaux. Le résultat est plutôt probant, puisque, contre le même prestigieux adversaire, Mannheim s'incline cette fois 1-15.

Un gardien portable

Comme souvent dans les clubs débutants de l'époque, on mettait dans les cages celui ne savait pas patiner. C'était le cas de Heinz Benkert, qui avait appris le poste gardien de hockey sur gazon à Heidelberg. Au changement de côté, il devait ainsi être porté par deux de ses camarades ou, s'il y allait seul, se cramponner à la bande pour arriver à la cage adverse. Durant ses premiers mois d'existence, Mannheim ne remporte pas la moindre victoire et se contente d'un match nul et six défaites. Mais l'unique match officiel, qui doit désigner le champion régional de Bade, est déjà porteur d'espérances. Le MERC ne s'y incline en effet que 1-2 contre le DEV Constance.

La saison suivante, les pionniers que sont les défenseurs Ufer et Slevogt et les attaquants Herbsthofer, Thannhäuser, Weber, Eisenschink et Hoffmann sont rejoints par des renforts de qualité, comme le Germano-Canadien Roediger ou encore Toni Lindner, qui partage la charge d'entraîneur avec Hugo Strauß. On ne craint plus les adversaires de poids, et les meilleures équipes allemandes - y compris le WEG de Vienne puisque l'Autriche a été annexée depuis deux ans - se succèdent au Friedrichspark. En ces temps de guerre, on invite également les premières formations étrangères, venues de pays neutres, comme le Zurich SC ou le Karlberg BK Stockholm.

En 1940/41, l'équipe se renforce encore, avec deux Germano-Canadiens, Franz Schwinghammer et Robert Bell, et un trio autrichien composé de Josef Göbl, Friedrich Demmer et Walter Feistritzer. Elle s'engage ainsi pour la première fois dans le championnat national. Pour autant, il ne faut pas croire que la formation des jeunes du cru a été oubliée, bien au contraire. Les juniors se hissent ainsi jusqu'en finale du championnat d'Allemagne, et Zajic, Geist, Manz, Seibth, Menges et le gardien Sohl - qui garde aussi les cages du SV Waldhof en football - rejoignent ainsi l'équipe senior, qui dispose alors d'un effectif bien fourni.

Au sommet... des ruines

De quoi aborder le championnat allemand avec un peu plus d'ambitions, pour la deuxième participation de Mannheim. À vrai dire, la compétition se dispute dans des conditions évidemment très particulières puisque beaucoup d'équipes perdent des joueurs au fil des ordres de mobilisation (et parfois à jamais ; le fondateur du club Hugo Strauß meurt ainsi le 1er novembre 1941 sur le front russe). Diminué, le légendaire Berliner SC - qui a remporté dix-sept des vingt-cinq titres mis en jeu jusqu'alors - est ainsi écrasé 11-0 par Mannheim, qui, après le forfait de Weißwasser qui ne peut pas se déplacer faute de carburant, puis des demi-finales qui ne seront finalement même pas disputées puisque Vienne et Riessersee n'ont plus de quoi aligner une équipe, se retrouve en finale contre le Rot-Weiß Berlin, qui plus est avec le statut de favori. Mais le MERC n'aura pas l'occasion de le défendre, car, la veille du match au sommet, le championnat est tout bonnement annulé car les nazis viennent de décréter la guerre totale.

Cependant, un championnat est encore organisé bon gré mal gré la saison suivante. Mais celui-là non plus n'ira pas à son terme. Encore une fois, l'affrontement entre Mannheim et le Rot-Weiß Berlin, prévu ce coup-ci au stade des demi-finales, n'aura pas lieu. Le match de la qualification contre le BSC (battu cette fois "seulement" 3-1) sera en fait le dernier de Mannheim en temps de guerre. Le 5 juin 1943, la patinoire du Friedrichspark est endommagée par un bombardement. Les stars de l'équipe - les trois Autrichiens et les deux Germano-Canadiens - partent alors pour le Berliner SC, où ils deviendront champions de ce qu'il reste de "l'empire de mille ans" nazi.

Un second départ

Allemagne, année zéro. Après la folie nazie, tout une nation est à reconstruire, matériellement et moralement. Mannheim est en ruines, comme le pays entier. Le hockey sur glace n'est bien entendu pas une priorité, et le club ne reprend ses activités qu'en 1949. Il ne reste plus qu'un joueur de l'époque, le défenseur Wolfgang Lehr, qui devient "à l'ancienneté" le nouvel entraîneur. Ce second départ est bien moins enthousiasmant que le premier. C'est alors le SG Mannheim qui est le meilleur club de la région. Le MERC ne dispute le plus souvent que des matches amicaux de piètre niveau, comme ce derby contre Grün-Weiß Mannheim qui se transforme bien vite en foire d'empoigne. Il n'y a que la visite des Preußen Krefeld et Bad Nauheim pour rompre la monotonie et attirer à nouveau cinq mille spectateurs. Mais un conflit entre la société qui gère la patinoire du Friedrichspark et la fédération régionale de Bade empêche que soit renouvelée l'expérience. Il faut attendre qu'un contrat soit finalement signé entre les deux parties pour que le MERC puisse reprendre complètement ses activités, en 1951, alors que Lehr cède la double casquette d'entraîneur-joueur à un autre défenseur, Anton Kartak, qui lui même la donne en 1953 à un Autrichien plus expérimenté, Kurt Kurz.

Mannheim, qui dispose alors de bons attaquants avec Erich Schif et Heinz Schneekloth, a en revanche de gros problèmes de gardien. On comptait sur le gardien de l'équipe nationale hongroise, Györgi Erdész, mais celui-ci n'obtient pas sa licence. Il faut donc trouver une solution de rechange, et Lenhard se retrouve dans les buts contre Preußen Krefeld. En neuf tirs, le pauvre suppléant laisse passer six buts. On le remplace alors par le jeune Florschütz (17 ans), qui encaisse pour sa part trois buts en trois lancers. Ce jeune joueur aura l'occasion de faire un apprentissage accéléré sur le tas lors des matches suivants, avant que le club ne trouve un gardien plus expérimenté, Morsch.

Une remontée pas si facile

Devancé en 1952/53 dans le tour de promotion, Mannheim y revient en 1953/54, emmené par Bernhard Lödermann, un attaquant venu de Riessersee. La poule de trois équipes doit être recommencée car elles n'arrivent pas à se départager. La différence de buts n'est pas prise en compte, heureusement pour Mannheim, qui avait perdu 3-6 contre Berlin et n'avait battu Rosenheim que 2-1. Il faut donc tout reprendre à zéro, et cette fois le MERC écrase Berlin 10-4. Devant 6000 personnes, il arrache ensuite un match nul 1-1 contre Rosenheim grâce à un but précieux de Schumacher. Désormais, la différence de buts est prise en compte, et, puisque Rosenheim s'est contenté d'un 6-4 contre les Berlinois, Mannheim est champion de Landesliga, ce qui lui ouvre les portes de l'Oberliga, la première division de l'époque, qui compte huit équipes. Parmi les artisans de cette montée, on retrouve Werner Lorenz, dix-sept ans seulement mais déjà bâti comme une armoire à glace, et dont le lancer est aussi puissant que son gabarit impressionnant le laisse présager.

L'effectif reste inchangé, si on excepte l'arrivée du gardien Wesselowski, nouvel entraîneur-joueur. Mais la différence de niveau s'avère importante, comme le montre rapidement un 22-1 encaissé à Krefeld contre le KEV. L'équipe a du mal psychologiquement à s'adapter à cette nouvelle situation, et le maintien, objectif affiché, est raté, puisque les deux rencontres directes contre le précédent promu Weßling sont perdues (3-5 et 1-4). Mannheim n'a remporté aucune victoire dans ce championnat 1954/55 et n'a arraché qu'un match nul, contre l'autre équipe de Krefeld, les KTSV Preußen.

Mannheim ne reste pas sur cet échec, et en 1955/56 arrivent Bruno "Bubi" Guttowski et Erich Konecki. Celui-ci a été quinze fois international pour la Lettonie alors que celle-ci était encore indépendante en 1939, à l'âge de dix-huit ans, et a fait partie des exilés arrivés à Augsbourg pendant la guerre. Il était le meilleur joueur du championnat il y a encore quelques années, sans plus pouvoir représenter une équipe nationale. Ces deux joueurs ne sont pas autorisés à jouer en match officiel pour l'instant, mais ils participent à l'imposant programme de matches amicaux et, surtout, ils font profiter Mannheim de leur expérience aux entraînements et derrière le banc. Le championnat régional n'est qu'une formalité, et ni le champion de Bavière, Kaufbeuren, balayé 6-0 avec un grand match du gardien Wargenau, ni Cologne, laminé 8-2 et 8-1, ne peuvent s'opposer à la remontée de Mannheim. Il semble désormais clair que la place du club est en élite.

Chapitre suivant (Premiers podiums avant le purgatoire)

 

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