Vous n'avez aucun mal à trouver votre cible : il suffit de se repérer avec l'hélicoptère (l'avant-dernier modèle de l'armée américaine, tout juste accessible aux clients privés) qui survole en permanence la propriété. Lorsque, après avoir neutralisé les alligators par des tranquillisants, franchi les douves (sans le savoir, vous êtes en effet un spécimen chimique défiant toute explication connue puisque vous êtes insensible au cyanure, dont l'eau était généreusement assaisonnée) et grimpé avec aisance la muraille, vous coupez les barbelés, une alarme retentit, suivie dans la foulée des aboiements caractéristiques de dobermans qui n'ont probablement pas été dressés pour apporter ses pantoufles à leur maître.
Durant votre course jusqu'au perron de la maison, vous évitez par miracle les mines qui jonchent le sol ainsi que les tirs de mortier. Des soldats armés de bazookas sortent de bunkers dissimulés dans les jardins et des gardes postés sur le toit commencent à pointer leurs fusils à lunette dans votre direction. Vous bénéficiez d'un répit salutaire car les abeilles tueuses lancées à votre poursuite se sont attaquées aux dobermans.
Votre avant-dernière pensée consiste à vous demander ce qui causera votre perte : la fléchette au curare qui surgit d'un pilier ? La grenade lancée d'un buisson tout proche ? Le tank qui vient de franchir le portail ? Le régiment de parachutistes éparpillé dans le ciel ? La mitraillette surgie automatiquement du mur ? La trappe qui vient de s'ouvrir sous vos pieds, révélant une rangée de lames menaçantes ?
Votre dernière pensée consiste à regretter de ne pas avoir fait carrière dans l'espionnage, car parvenir si près des murs de la villa d'un milliardaire floridien constitue déjà un remarquable exploit.
Votre après-dernière pensée consiste à vous étonner de vos propres capacités, car vous ne saviez pas que vous étiez capables de penser si vite (Vous avez formulé ces dernières pensées en moins d'une demi-seconde). Dommage de n'avoir pas mis ce don en pratique plus tôt.