Amiens - Grenoble (16 avril 1991)

 

Quart de finale du championnat de France, match 2.

Amiens baisse les salaires mais pas les bras

La liquidation du club omnisports de l'Amiens Sporting Club, due essentiellement au déficit de l'équipe de hockey sur glace, n'a évidemment pas suffi à régler les problèmes financiers. Repartis depuis janvier sous le nouveau nom de HCAS (HC Amiens Somme), avec de nouvelles couleurs et sous le nouveau nom de Gothiques, les hockeyeurs picards avaient déjà dû digérer une baisse de salaire de 20%, nécessaire pour que la nouvelle structure puisse espérer être financièrement équilibrée. Mais ils ont récemment appris qu'il leur faudrait certainement accepter de nouvelles coupes salariales l'an prochain et ils ont du mal à avaler ces nouvelles couleuvres.

La lourde défaite au premier match à Grenoble (1-7) est-elle le signe d'une équipe démobilisée ? Pas forcément. C'était leur sixième défaite consécutive à l'extérieur, mais à domicile, les Amiénois restent sur quatre victoires de rang, depuis un succès en prolongation début février sur... Grenoble. C'est d'ailleurs la dernière défaite en date des Brûleurs de Loups. Ceux-ci ont remporté les trois autres confrontations de la saison régulière et restent favoris, mais les Gothiques veulent utiliser à fond leur atout, cette petite glace dont on dit qu'elle est un "Enfer du Nord" pour les visiteurs.

Effectivement, Grenoble peine à construire proprement son jeu. Les Amiénois ne prennent pas l'initiative de prime abord, mais quand ils se présentent à 3 contre 1 face à Yaël Cravero à la quatrième minute, ils comprennent qu'ils ont de la place pour attaquer. Ils profitent de la première pénalité, sifflée contre Philippe Bozon, pour ouvrir le score : Dave Henderson récupère le palet derrière la cage et démarque si bien Michel Galarneau que celui-ci peut prendre son temps pour ajuster son tir. Le gardien Franck Mendlowictz, qui a remplacé l'international Pat Foliot - touché au genou - comme lors de la finale 1988 avec Mont-Blanc, préserve cette avance. Le défenseur franco-canadien Louis Côté l'y aide en annihilant les deux plus grosses contre-attaques iséroises réussies par Svoboda puis une minute et demie plus tard par Bozon en infériorité numérique. Amiens est rassuré et le blessé Benoît Nicoud, ménagé au début, commence à revenir dans l'alignement.

Les Brûleurs de Loups - perturbés par l'annonce du départ de leur entraîneur Boja Ebermann à Sierre la saison prochaine ? - n'arrivent qu'épisodiquement à élever le rythme en deuxième période, mais ils profitent d'un avantage numérique pour égaliser. Le défenseur Steve Harrison reprend un centre de Philippe Bozon et transperce le gardien Franck Mendlowictz qui relâche le tir puissant, sans doute gêné par la pression de Bozon. Mendlowictz se reprend avec un arrêt à bout portant face à Svoboda. Mais le jeu, assez lent et brouillon de part et d'autre, ne se déride toujours pas à 5 contre 5.

Fait rare, le premier but à forces égales ne survient donc qu'à sept minutes de la fin. Éric Lebey sert en position idéale Fabrice Texier qui trompe Mendlowictz masqué par un tir croisé à ras glace. Le but décisif pour Grenoble ? Non, Antoine Richer n'a pas l'intention d'en rester là et égalise à deux minutes de la sirène, lancé en contre-attaque par Zubkov : on réentend enfin le public picard survolté que l'on attendait pour pimenter ces play-offs.

C'est dans cette ambiance retrouvée que la prolongation débute... pour seulement 38 secondes. C'est Michel Galarneau qui exploite le mauvais placement de la défense grenobloise pour donner la victoire à Amiens, du revers : il confirme ainsi sa réputation d'être capable d'inscrire des buts importants, ce qui est utile dans cette équipe picarde dans véritable buteur. À une victoire partout, ce quart de finale est complètement relancé et le troisième match demain dans cette même patinoire s'annonce bouillant.

Palets de match de l'USJF : *** Franck Mendlowictz (Amiens), ** Michel Galarneau (Amiens), * Antoine Richer (Amiens).

Commentaires d'après-match (dans le Courrier Picard) :

Vladimir Zubkov (entraîneur-joueur d'Amiens) : "J'ai dit aux joueurs que tous les problèmes d'argent devaient être momentanément oubliés et qu'on les règlerait après les play-off. Je les ai prévenus que tous ceux qui ne se donneraient pas à 100% iraient sur le banc et y resteraient. Tout le monde était d'accord pour se donner à fond."

Philippe Bozon (attaquant de Grenoble) : "On venait ici pour gagner un match sur les deux, ce n'est pas celui de mardi alors on va essayer de remettre ça jeudi. On avait le match en main à cinq-six minutes de la fin. Mais on fait une erreur qui nous coûte un but. Après, les prolongations c'est la roulette russe, elle n'a pas tourné pour nous. Je savais qu'Amiens allait revenir très fort là-dessus. Je n'ai pas été surpris."

 

HC Amiens Somme - CSG Grenoble 3-2 après prolongation (1-0, 0-1, 1-1, 1-0)
Mardi 16 avril 1991 à 20h30 à la patinoire Pierre-de-Coubertin. 900 spectateurs.
Arbitres : M. Malletroit assisté de MM. Benoist et Robert.
Pénalités : Amiens 6' ; Grenoble 6'.

Évolution du score :
1-0 à 08'32" : Galarneau assisté de Henderson (sup. num.)
1-1 à 26'05" : Harrison assisté de P. Bozon (sup. num.)
1-2 à 52'50" : Texier assisté de Lebey
2-2 à 57'26" : Richer assisté de Zubkov
3-2 à 60'38" : Galarneau

 

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