Finlande - Canada (25 février 1994)

 

Demi-finale des Jeux olympiques 1994.

La Finlande n'a jamais rien gagné dans le hockey mondial, mais elle a tellement enchanté le public au fil du tournoi olympique que tous les observateurs ont fini par en faire leur favorite pour la médaille d'or. Son entraîneur Curt Lindström surprend par sa rotation des gardiens. Myllys semblait le titulaire logique mais il a été préservé pour l'éventuelle finale. C'est Jukka Tammi qui est aligné ce soir. Il est vrai qu'ils sont partenaires depuis longtemps. Déjà, aux JO de Calgary, ils alternaient et avaient tous deux contribué à la médaille d'argent.

Les Canadiens ont-ils les moyens de perturber cette magnifique équipe finlandaise ? Sur l'engagement initial, Petr Nedved met successivement deux coups de crosse appuyés dans la jambe de Raimo Helminen et le fait trébucher : le centre de Malmö a un geste revanchard de la crosse... et part seul en prison ! Les pénalités peuvent être une donnée importante, d'autant que les Finlandais, peu inquiétés pendant deux infériorités numériques, font une démonstration de jeu collectif quand Werenka inaugure le banc de la prison canadienne. Pendant deux minutes, le palet circule dans tous les sens. Saku Koivu donne le ton par son entrée en zone virevoltante. Brad Werenka donne tout et intervient in extremis pour se coucher devant la passe en retrait de Peltonen, puis pour enlever le rebond à Koivu dans la continuité de l'action. La deuxième unité de jeu de puissance est encore plus impressionnante : les positions des joueurs tournent sans cesse, et le palet plus encore ! Marko Palo, servi au coeur de la boîte canadienne par Esa Keskinen, oblige Corey Hirsch à un arrêt important. Puis c'est Mika Nieminen qui rate carrément une cage grande ouverte sur une passe au second poteau de Palo.

L'écart est certes moins flagrant à cinq contre cinq, mais la Finlande patine plus vite. L'occasion principale du Canada avorte, à 3 contre 1, lorsque Brian Savage ne parvient pas à contrôler la passe de Norris. Mais ce n'est rien à côté de l'occasion majuscule des Finlandais à trente secondes de la fin de la première période. Le tir du revers de Mika Strömberg, dans le cercle droit, ricoche sur la barre transversale et retombe devant le filet. Jere Lehtinen prend le rebond, son tir évite Werenka couché mais pas Joseph agenouillé en position, et le palet revient alors sur Peltonen, dont le lancer est paré du bouclier par Corey Hirsch. La patinoire reprend à peine son souffle quand la sirène retentit sur un score vierge.

Le deuxième tiers-temps commence tambour battant. Mikko Mäkelä perce la ligne défensive canadienne et se fait retenir par Ken Lovsin. Le jeu de puissance finlandaise ne marque pas à la conclusion d'un de ses beaux mouvements, mais par un coup de billard : pendant la montée offensive de Strömberg, la passe de Saku Koivu semble bel et bien viser le patin du défenseur Brad Schlegel, qui dévie contre son camp. Après une minute de répit, le jeu s'accélère et le palet va trois fois d'un but à l'autre en moins de vingt secondes : Marko Palo passe à travers la défense, Hirsch détourne, Roy relance vers Johnson, Tammi fait l'arrêt à son tour, la Finlande repart dans l'autre sens car Astley n'arrive pas à contrôler le palet à la ligne bleue, et le lancer du cercle droit d'Esa Keskinen transperce alors Hirsch entre les bottes (2-0). Avec ces deux buts rapides, la route de la finale semble s'ouvrir.

La Finlande domine toujours, avec notamment un tour de cage de Koivu. Mais le Canada reste dans le match grâce aux interventions de la crosse de Werenka puis de Joseph sur une contre-attaque de Petri Varis. La détermination des rouges est intacte et se ressent dans leurs mises en échec. Soudain, à quatre minutes de la fin du deuxième tiers, Janne Laukkanen rate le palet en effectuant une passe banale à l'intérieur du rond central ! Le capitaine canadien Fabian Joseph en profite aussitôt pour envoyer en échappée Todd Hlushko qui bat Tammi du revers au niveau de la mitaine (2-1). Alors qu'Aucoin et Strömberg sont en prison pour attitude anti-sportive, Marko Kiprusoff se rend coupable d'une crosse haute. Le Canada joue donc à 4 contre 3 (tirs de Nedved décalé par Kariya et de Parks servi au poteau gauche par Johnson, bloqués tous deux par les jambières de Tammi), puis à 5 contre 4. Petr Nedved, accueilli en entrée de zone par une charge à la hanche qui le renverse, n'a pas dit son dernier mot : quand le tir de Kontos, servi en retrait après un débordement de Kariya, est contré par le patin de Helminen, l'ex-Tchèque hérite du palet, seul face à la cage pour fusiller Tammi, 36 secondes avant la pause (2-2). Même si les supporters canadiens sont un peu moins nombreux, les Go Canada retentissent dans les tribunes : tout un pays s'est remis à croire à "l'exploit", comme le coach Tom Renney avait qualifié un possible succès sur cette Finlande-là.

En troisième période, les Canadiens font preuve de plus mobilité, et élèvent leur niveau à celui de l'adversaire et de l'évènement. Paul Kariya déploie sa science du jeu et ses coéquipiers sont au diapason. Servi derrière la cage, Greg Johnson choisit de ne pas donner le palet à Kontos - un leurre qui attire les adversaires - mais plutôt au défenseur Brad Werenka, monté haut sans opposition en prenant un risque payant donner l'avantage aux rouges (2-3).

Après une sévère crosse haute sifflée contre Mayer, les Finlandais s'installent en parapluie avec Jutila à la pointe, Kiprusoff et Mäkelä positionnés dans chacun des cercles. Janne Ojanen est alors à son tour victime à son tour de l'intransigeance arbitrale quand il retient la crosse de Harlock à l'issue de trente secondes de duel acharné dans l'enclave. Le Canada passe 25 secondes derrière son but à se faire des passes, sous les sifflets, pour attendre que son cinquième joueur rentre. Juste avant que cela n'arrive, Brad Schlegel rate un contrôle... et c'est en fait un cadeau empoisonné pour les Finlandais. Ils se perdent à attaquer au moment où ils vont se retrouver en infériorité. Au rebond, le Canada lance une contre-attaque fulgurante à 3 contre 2. Brad Werenka effectue une passe-abandon pour Jean-Yves Roy dont la reprise puissante bat Tammi côté mitaine (2-4).

Les Finlandais sont complètement groggy. Ils tuent une pénalité de Hämäläinen pour crosse haute, mais au retour à cinq, Mika Strömberg se prend les pieds dans le tapis ou dans le palet en zone neutre. Greg Parks lui vole la rondelle, il entre en zone, et son slap transperce une fois de plus Tammi qui baisse - vainement - son gant assez bas alors qu'il est en position debout (2-5). La Finlande continue d'attaquer. En fin de match, Curt Lindström sort même son gardien, remplacé par Jere Lehtinen... qui récupère le palet en sortant du banc et marque à la conclusion de l'action (3-5). Mais il lève les yeux immédiatement, dubitatif, vers le tableau d'affichage qui indique 35 secondes à jouer. Kontos gagne la mise au jeu qui suit et met fin au suspense. Les Finlandais, résignés, finissent le match par deux dégagements interdits.

La quinzaine de rêve du hockey finlandais s'est terminée abruptement. La confiance insufflée par "Curre" Lindström a semblé s'effriter lorsque les Canadiens ont commencé à marquer, en profitant d'erreurs individuelles des défenseurs et du gardien finlandais, ainsi que de pénalités évitables.

Étoiles du match Hockey Archives : *** Brad Werenka (Canada), ** Saku Koivu (Finlande), * Paul Kariya (Canada).

Commentaires d'après-match

Curt Lindström (entraîneur de la Finlande) : "Nous n'étions pas favoris en arrivant dans le tournoi, mais après le quart de finale, tout le monde a trop parlé du fait que la Finlande était favorite et devait gagner ce match. C'était très équilibré et les deux équipes ont très bien joué en défense. Je ne pense pas que les nerfs soient la cause de notre défaite. C'était plutôt la tactique du Team Canada. Le résultat est juste. Aujourd'hui, c'était le jour du Canada."

Paul Kariya (attaquant du Canada) : "J'ai vu deux joueurs venir sur moi, donc je savais que Greg [Johnson] était libre. Il a ensuite fait une super passe pour Werenka. C'est probablement le meilleur match que j'ai jamais joué pour ce qui est des passses, je voyais vraiment bien la glace. C'est amusant, parce qu'aujourd'hui c'était juste des situations où je devais passer le palet parce que je n'avais pas un bon tir. [...] J'en rêve depuis des lustres. Je ne sais pas pourquoi, je me suis toujours imaginé jouer la finale des Jeux olympiques contre la Suède, et marquer le but gagnant en prolongation. C'est juste incroyable pour moi. Quand j'étais jeune, mes entraîneurs et coéquipiers me disaient taillé sur mesure pour les grandes glaces européennes. Cela m'a lancé très tôt sur la voie olympique. Le désir de remporter une médaille est la priorité de ma carrière. Ensuite, je penserai à la NHL."

Todd Hlushko (attaquant du Canada, dans la rétrospective Sportsnet) : "La Finlande avait battu tout le monde facilement, personne n'avait eu la moindre chance contre eux. Peu importe qui était dans la cage, ils encaissaient peu de buts. Je pense qu'ils pensaient nous enfoncer dans la glace par leur patinage et nous pilonner. Au début, c'était comme une avalanche. Ils volaient. J'ai mis cinq buts dans ce tournoi, mais le but le plus important de ma vie est celui marqué contre la Finlande. Cela nous a mis à portée de tir, puis Nedved égalise et la balle tourne. Marquer cinq buts contre ces gars était incroyable. Je me souviens des regards incrédules sur leur visage. Je me souviens avoir regardé leur banc à la fin et m'être demandé comment sur la terre de Dieu nous avions fait pour battre ces gars. Mais nous l'avons fait."

 

Finlande - Canada 3-5 (0-0, 2-2, 1-3)
Vendredi 25 février 1994 à 19h30 à la Fjellhallen de Gjøvik. 5237 spectateurs.
Arbitrage de Rob Hearn (USA) assisté de Stefan Eriksson et Johan Norrman (SUE).
Penalités : Finlande 12' (4', 4', 4'), Canada 8' (2', 4', 2').
Tirs cadrés : Finlande 33 (6, 16, 11), Canada 33 (5, 12, 16).
Tirs totaux : Finlande 70 (22, 25, 23), Canada 49 (9, 17, 23).
Engagements : Finlande 34 (10, 10, 14), Canada 49 (14, 14, 21).

Évolution du score :
1-0 à 22'08" : Koivu assisté de Peltonen (sup. num.)
2-0 à 23'48" : Keskinen assisté de Virta
2-1 à 35'59" : Hlushko assisté de Joseph
2-2 à 39'24" : Nedved (sup. num.)
2-3 à 44'27" : Werenka assisté de Johnson et Kariya
2-4 à 47'30" : Roy assisté de Werenka et Mayer (sup. num.)
2-5 à 54'19" : Parks
3-5 à 59'25" : Lehtinen assisté de Nieminen et Keskinen
 

Finlande

Attaquants :
24 Sami Kapanen - 14 Raimo Helminen (2') - 42 Mikko Mäkelä
40 Mika Nieminen - 9 Esa Keskinen - 13 Marko Palo
16 Ville Peltonen (A, -1) - 11 Saku Koivu (-1) - 20 Jere Lehtinen
28 Petri Varis - 8 Janne Ojanen (2') - 15 Mika Alatalo

Défenseurs :
2 Marko Kiprusoff (-2, 2') - 23 Hannu Virta (+2)
4 Vesa Erik Hämäläinen (-1, 2') - 5 Timo Jutila (C)
12 Janne Laukkanen (A, -1, 2') - 26 Mika Strömberg (-1, 2')
6 Pasi Sormunen (+1)

Gardien :
30 Jukka Tammi [sorti de 59'20 à 59'49]

Remplaçants : 35 Jarmo Myllys (G), 27 Tero Lehterä. En réserve : Pasi Kuivalainen (G)

Canada

Attaquants :
16 Wallace Schreiber - 93 Petr Nedved - 25 Jean-Yves Roy
9 Paul Kariya (-1) - 12 Greg Johnson - 27 Christopher Kontos
8 Fabian Joseph (C, +2) - 22 Greg Parks (+2) - 7 Todd Hlushko (+2)
[Kariya] - 14 Brian Savage (-1) - 10 Dwayne Norris (-1)

Défenseurs :
5 Brad Werenka (+1, 2') - 4 Derek Mayer (A, +1, 2')
6 Ken Lovsin (+1, 2') - 33 Chris Therien (+1)
24 Mark Astley (-2) - 44 Brad Schlegel (A, -1)
28 David Harlock (+1), 3 Adrian Aucoin (2')

Gardien :
1 Corey Hirsch

Remplaçants : Manny Legacé (G). En réserve : Allain Roy (G), Todd Warriner.

 

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