Italie - France (22 avril 1996)

 

Championnats du monde 1996, premier tour, poule B.

Français et Italiens avaient tous deux atteint les quarts de finale l'an passé, mais cette fois il est probable qu'il n'y ait pas de la place pour deux. Le nul obtenu hier par la Norvège contre la Finlande les met même sous pression pour le maintien. La défaite est interdite, et l'Italie a toute confiance grâce à ses cinq victoires de suite contre la France en compétition officielle. La dernière remonte à pas plus tard que l'an passé, avec quasiment les mêmes effectifs, et avec les mêmes entraîneurs, Juhani Tamminen et Bryan Lefley, qui se connaissent bien puisque le second était l'adjoint du premier sur le banc suisse en 1992.

Pour mettre fin à cette série noire face à un adversaire pourtant à portée (et souvent battu... en amical), Tamminen applique le jeu qui est lui cher, un 2-1-2 qui cherche à étouffer l'adversaire avec un forechecking à deux hommes. Une tactique offensive qui paye : sous la pression française, Maurizio Mansi offre le palet à Steven Woodburn qui ouvre le score (0-1, 05'48"). Les Bleus ont le match en mains, ils dominent territorialement, mais l'Italie n'a pas encore sorti sa botte secrète : son jeu de puissance. Dès sa première supériorité numérique, Bruno Zarrillo égalise sur une belle action individuelle (1-1, 09'33"). Il faut se méfier des pénalités, et Christophe Ville n'a pas retenu la leçon qui fait trébucher Gates Orlando. La mise au jeu est italienne, et cinq secondes plus tard, un lancer de la bleue de Bob Nardella donne l'avantage aux hommes de Lefley (2-1, 15'22"). Et le gardien Petri Ylönen a encore mal paru sur les lancers lointains...

Les Italiens aussi sont capables de forcer les défenseurs français. En début de deuxième période, la relance de Serge Djelloul est ainsi contrée par Orlando, qui va alors se placer au second poteau pour recevoir une passe idéale... mais rate son contrôle. Un bon tir du poignet de Lucio Topatigh conclut cette action. Le jeu français est agressif, et un coup de coude de Pouget ouvre l'arcade sourcilière de Giovanni Massara, sans la moindre sanction (23'58").

Mike De Angelis fait trébucher François Rozenthal et la France se retrouve en supériorité numérique. Un slap de Poudrier finit même dans les filets ouverts, mais le but est logiquement refusé car le gardien Mike Rosati avait été mis à terre par Jean-Philippe Lemoine, outrepassant un peu son rôle d'écran devant la cage. L'engagement se fait donc hors de la zone... Mais il est gagné par Arnaud Briand et les Français rentrent vite pour travailler dans les coins et forcer la chance. François Rozenthal récupère un palet contré dans l'enclave pour un tir à ras glace qui rentre grâce à un ricochet sur le patin de Comploi (2-2, 26'06"). Est-ce ce but d'un des rares symboles du renouveau en équipe de France qui pousse Lefley à mettre en avant l'unique grand espoir italien ? En tout cas il décide de promouvoir Roland Ramoser sur la deuxième ou sur la troisième ligne sur quelques présences. La crosse haute de Ville atteint Zarrillo au visage et l'attaquant de Chamonix prend 2'+2'+10'. En infériorité, Ylönen garde sa jambière gauche bien placée sur une transmission devant la cage pour Figliuzzi au second poteau. Ensuite, les Français parviennent à dégager la plupart des palets, mais ils sont pris en défaut de placement sur un duel perdu le long de la bande. Gates Orlando décale Bob Nardella seul dans le cercle droit (3-2, 32'49"). Le score à la pause rendra d'autant moins justice aux efforts français qu'un tir de la bleue de Georg Comploi sera dévié entre les jambières d'Ylönen par Figliuzzi, laissé bien seul (4-2, 38'25").

Juhani Tamminen n'aura pas la patience dont témoignait toujours Kjell Larsson envers Petri Ylönen. L'entraîneur finlandais ne se fie plus aux mérites passés car il était déjà persuadé que Michel Vallière a fait une meilleure saison. C'est d'ailleurs grâce à ses excellents play-offs et à sa contribution au titre de Brest que Vallière est revenu en équipe de France, devançant ainsi les déçus Mindjimba et Lhenry pour redevenir subitement n2. Et maintenant, le voilà n1. Il n'est cependant pas toujours rassurant à son entrée, à cause du temps mis à se replacer alors que les Italiens tournent autour de la cage. Figliuzzi a ainsi une belle ouverture mais son revers finit dans le petit filet...

Et soudain, la France renverse le match. Orlando fait trébucher Pouget, et sur la pénalité différée, un revers de Jean-Philippe Lemoine bat Rosati à ras glace, un but refusé car l'arbitre a sifflé trop tôt ! Les Français se vengeront pendant l'avantage numérique sur un tour de cage de Christian Pouget qui piège son futur coéquipier à Mannheim sous la botte (4-3, 43'43"). Une autre pénalité différée ayant été appelée avant ce but, les Bleus restent en supériorité. Arnaud Briand déborde la défense sur la droite et centre pour François Rozenthal qui conclut entre les jambières de Rosati (4-4, 44'03"). La réussite est maintenant bleue : un tir à ras glace de Briand frappe le poteau mais revient dans la palette du Saint-Pierrais qui a la cage ouverte car Rosati a perdu son équilibre (4-5, 46'03").

Serge Poudrier célèbre aujourd'hui ses 30 ans, mais il n'est pourtant pas à la fête. En dribblant Mario Chitarroni dans sa zone défensive, il est accroché par celui-ci et tombe à plat ventre. Le palet arrive à Martin Pavlu qui le donne à Chitarroni seul devant la cage (5-5, 47'34"). Un but autant dû à la prise de risques inconsidérée du Franco-Canadien qu'à la petite faute de crosse non sifflée de l'Italo-Canadien. Le match peut donc basculer à tout moment sur un coup de dés, ce à quoi s'attendaient les deux équipes dès le départ. À moins de quatre minutes de la fin, sous la pression française, Mike Rosati dégage un palet directement en tribunes et prend une pénalité : non seulement le jeu de puissance français n'en profite pas, mais la passe de la bleue de Poudrier est interceptée par Zarrillo, qui est accroché par Bozon pour éviter le contre. Bryan Lefley utilise son temps mort pour reposer Gates Orlando qui vient de passer deux minutes sur la glace. Un coup gagnant car le meilleur centre italien gagne l'engagement. Chris Bartolone tire de la bleue et s'avance pour prendre son propre rebond pendant que ses coéquipier font des blocks (6-5, 58'38").

Les Français ont essayé de poursuivre l'élan des précédents championnats du monde et ont abordé le match par le bon bout. Le doublé d'un des jumeaux Rozenthal pour leurs débuts en Mondiaux était aussi un signe fort de cette ambition renouvelée. Mais être conquérants n'a pas suffi. Dans ce match à erreurs, la victoire irait à l'équipe qui en commettrait le moins.

L'Italie ne peut être totalement satisfaite de sa prestation. Son gardien Mike Rosati, qui a joué une grande part dans ses trois qualifications consécutives en quarts de finale, n'a pas affiché la même forme : en difficulté sur les tirs bas, pas toujours bien sur ses appuis sur les rebonds... Mais les Italiens peuvent être satisfaits du score, qui prolonge leur série victorieuse contre les Français, et bien sûr de leur jeu de puissance, décisif ce soir avec un 4 sur 6.

Désignés joueurs du match : Bob Nardella pour l'Italie et Philippe Bozon pour la France.

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match

Bryan Lefley (entraîneur de l'Italie) : "Nous avons gagné en grande partie grâce à la chance. Nous avons commis tellement d'erreurs tactiques, surtout en défense avec des gestes rarement précis. Quand ils ont marqué trois buts en début de troisième tiers-temps, j'ai douté. Je ne pensais pas que nous aurions les ressources pour gagner. Il faudra faire très attention à la Norvège : leur rapidité peut faire mal."

Juhani Tamminen (entraîneur de la France) : "Je suis d'abord triste pour mes joueurs, qui ont fait un grand match. Nous avons surpris l'Italie par notre patinage et notre agressivité. Nous avons marqué beaucoup de buts. Mais nous avons perdu beaucoup d'énergie pour recoller au score, et aux moments critiques, des joueurs-clés comme Ville ou Bozon ont pris des pénalités. Et puis, depuis que j'entraîne la France, je n'ai jamais résolu notre faiblesse dans les mises au jeu. C'est la défaite la plus dure à avaler de ma carrière. C'est mon quinzième championnat du monde : les arbitres restent mes moutons noirs. Maintenant, nous sommes venus pour jouer quinze tiers-temps de niveau mondial et il en reste douze. Nous les jouerons à fond."

 

Italie - France 6-5 (2-1, 2-1, 2-3)

Lundi 22 avril 1996 à 16h00 à la Albert-Schütz Halle de Vienne. 1300 spectateurs.

Arbitrage de Mike Schmitt (USA) assisté d'Aleksandr Poliakov (RUS) et Werner Pammer (AUT).

Pénalités : Italie 12', France 12'+10'.

Tirs : Italie 26 (9, 7, 10), France 21 (4, 8, 9).

Évolution du score :

0-1 à 05'48" : Woodburn

1-1 à 09'33" : Zarrillo (sup. num.)

2-1 à 15'22" : Nardella assisté de Mansi (sup. num.)

2-2 à 26'06" : F. Rozenthal assisté de M. Rozenthal (sup. num.)

3-2 à 32'49" : Nardella assisté de Zarrillo (sup. num.)

4-2 à 38'25" : Figliuzzi assisté de Comploi et Mansi

4-3 à 43'43" : Pouget assisté de Ouellet (sup. num.)

4-4 à 44'03" : F. Rozenthal (sup. num.)

4-5 à 46'03" : Briand assisté de Breistroff

5-5 à 47'34" : Chitarroni assisté de Pavlu

6-5 à 58'38" : Bartolone (sup. num.)

 

Italie

Gardien : Mike Rosati.

Défenseurs : Lawrence Rucchin - Bob Nardella ; Michael de Angelis - Georg Comploi ; Robert Oberrauch - Chris Bartolone ; Leo Insam - Giovanni Marchetti.

Attaquants : Bruno Zarrillo - Gates Orlando - Lucio Topatigh ; Maurizio Mansi - Stefan Figliuzzi - Mario Chitarroni ; Giovanni Massara - Scott Beattie - Martin Pavlu ; Lino de Toni - Patrick Brugnoli - Roland Ramoser.

Remplaçant : David Delfino (G).

France

Gardiens : Petri Ylönen puis à 40'00" Michel Vallière [sorti de sa cage à 59'37"].

Défenseurs : Jean-Philippe Lemoine - Serge Poudrier ; Steven Woodburn - Denis Perez ; Taras Zytynsky, Michel Breistroff, Serge Djelloul.

Attaquants : Christian Pouget - Antoine Richer [puis Ouellet à 40'00"] - Philippe Bozon ; Patrick Dunn - Christophe Ville - Stéphane Barin ; Maurice Rozenthal - Arnaud Briand - François Rozenthal ; Franck Pajonkowski - Robert Ouellet [puis Pierre Pousse à 40'00"] - Roger Dubé.

 

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