Norvège - France (29 avril 1996)

 

Championnats du monde 1996, premier tour, poule B.

Terrible sentiment d'impuissance

Même les blessés Villet Pajon ont été mobilisés pour ce match capital pour le maintien, le genre de duels dont la France a maintenant l'habitude. Elle n'a aucun point alors que les Norvégiens ont déjà réussi deux matches nuls, mais elle se souvient que la situation était exactement la même il y a trois ans et qu'elle avait battu les Scandinaves.

Ce qui est compliqué avec cette Norvège, c'est de la faire craquer défensivement. Alors, quand Robert Schistad, qui dépasse les 97% d'arrêts depuis le début du tournoi, se fait surprendre par un tir en angle fermé à ras glace de Serge Poudrier (0-1, 04'27"), le plus dur semble fait. Il n'est en effet pas si sûr que les Scandinaves soient capables de revenir... En fait, ils n'auront même pas le temps de douter de leurs moyens offensifs. Michel Vallière lâche un rebond dans l'axe sur un tir en angle, et c'est un régal pour Erik Tveten (1-1, 06'46").

Ensuite, les Bleus se compliquent la vie par des pénalités. Antoine Richer retient Atle Olsen, et Denis Perez perd sa crosse pendant l'infériorité, mais Christophe Ville se sacrifie en se couchant devant un lancer pour le détourner au-dessus du plexi. Lorsque Ville accroche Sajlsten, la France défend encore bien à quatre, mais le match a changé d'âme. Dominateurs aux mises au jeu, plus rapides dans le jeu de transition, les Norvégiens ont pris le dessus, car les Français ne se créent plus d'occasions. La troisième infériorité est pour une crosse de Jean-Philippe Lemoine au visage de Trond Magnussen, et elle se joue encore une fois avec une crosse en moins, car Pouget a cassé la sienne. Évidemment, la répétition de ces situations finit par coûter cher. Un tir de Magnussen placé contre la bande ripe sur la mitaine de Vallière (2-1, 18'42"). À neuf secondes de la fin du tiers, Tommy Jakobsen fait trébucher Pouget, et le jeu de puissance français a le temps de prendre deux lancers avant la sirène.

C'est bon signe, il faut donc exploiter cette supériorité numérique à la reprise, mais seule la ligne des Rozenthal parvient à être dangereuse. Ce n'est que partie remise, puisqu'un petit coup de crosse d'Atle Olusen sur François Rozenthal est sanctionné, mais la meilleure occasion est pour la Norvège avec Oystein Olsen et Espen Knutsen qui s'échappent à deux contre un. Puisque la Norvège aime bien l'infériorité numérique, elle en prend une troisième de suite, à cause d'une crosse haute de Nielsen qui a atteint Maurice Rozenthal au visage. Mais la moisson française est toujours aussi maigre avec un seul tir de Perez... Six minutes consécutives à cinq contre quatre et rien à se mettre sous la dent !

Puis les prisons se succèdent dans l'autre sens : Briand accroche Tom Olsen, Pouget accroche Magnussen, et Pouget sort même pour 2'+2' car sa crosse haute a blessé René Hansen... Mais Vallière a la mitaine sûre et la France résiste à son tour pendant ces huit minutes. On ne peut pas dire que l'imagination soit la qualité première du jeu de puissance norvégien... Au moment où la France va revenir à cinq, Magnussen fait trébucher Woodburn (qui l'avait titillé le premier). C'est donc la Norvège qui finit le tiers comme elle l'avait commencé, en infériorité. Ouellet dans le cercle droit tire malheureusement à côté de la cage sur un très bon décalage de Bozon, et on en reste là après vingt minutes que les divers avantages numériques n'auront pas rendu passionnantes.

Le troisième tiers-temps part durement car Cato Andersen se fait scotcher contre la bande par une rude charge de Christian Pouget. Un Pouget nerveux qui a aussi maille à partir avec Oystein Olsen. Or, la France n'a guère brillé dans les phases de jeu à quatre contre quatre cette semaine. Cela se confirme une fois encore : centre de Knutsen au second poteau pour Atle Olsen qui échoue sur la crosse au sol de Vallière, puis lancer de Jakobsen entièrement seul dans l'enclave. Une passe de Stéphane Barin en zone neutre est coupée par Geir Hoff, et Denis Perez fait obstruction pour empêcher la contre-attaque. Le jeu de puissance norvégien, avec Knutsen en organisateur, est un peu statique, mais il obtient une prison supplémentaire quand Woodburn retient Magnussen. Les trente secondes à cinq contre trois ne font pas jouer la Norvège plus vite.

Les Français peuvent-ils, eux, accélérer le rythme ? Ils sont maintenant à trois lignes puisque Richer et les Rozenthal ont été laissés sur le banc par Tamminen dans cette troisième période. Le nouveau trio Pajon-Briand-Dubé se procure la seule occasion quand un lancer de Roger Dubé est dévié sur l'extérieur du filet par Schistad. Ce n'est rien à côté de la frayeur vécue par le gardien français : Vallière rate sa relance, Tveten se saisit du palet et passe de derrière la cage à Magnussen dont le tir à ras la glace est arrêté. Face à des Norvégiens à cinq derrière, les Français s'échinent à trouver la faille dans un bloc compact et discipliné qui n'en possède pas. Ils peuvent attendre en vain une faute adverse. La seule erreur, c'est un palet qui bondit de la crosse de Perez et s'offre à Tveten face à la cage. La seule faute, c'est Pouget qui la commet en se faisant expulser pour un piquage à trois minutes de la fin. Il a craqué et la France avec lui. La sortie de Vallière permet juste à Knutsen de marquer tranquillement dans la cage vide.

La France jouera donc les barrages de relégation contre l'Autriche. Et il n'y a rien à y redire tant elle a dégagé un terrible sentiment d'impuissance contre cet adversaire froid et organisé. Il aurait été intéressant de voir ces Norvégiens si difficiles à jouer tenter un coup en quart de finale. Leur match raté contre l'Italie ne leur laissera pas l'occasion, et leur championnat du monde s'arrête ici, avec seulement 11 buts encaissés, soit la meilleure défense de leur poule !

Désignés joueurs du match : Espen Knutsen pour la Norvège et Michel Vallière pour la France.

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Norvège - France 3-2 (2-1, 0-0, 1-0)

Lundi 29 avril 1996 à 20h00 à la Albert-Schütz Halle de Vienne. 600 spectateurs.

Arbitrage de Frantisek Rejthar (TCH) assisté de Grzegorz Tsytinowski (POL) et Aleksandr Poliakov (RUS).

Pénalités : Norvège 14' (4', 8', 2'), France 47' (6', 10', 6'+5'+20').

Tirs : Norvège 35 (14, 12, 9), France 22 (9, 5, 8).

Engagements : Norvège 42, France 27.

Évolution du score :

0-1 à 04'27" : Poudrier assisté de Pousse et Ville

1-1 à 05'46" : Tveten

2-1 à 18'42" : Magnussen (sup. num.)

3-1 à 59'39" : Knutsen assisté de Hoff (sup. num., cage vide)

 

Norvège

Gardien : Robert Schistad.

Défenseurs : Cato Tom Andersen - Petter Salsten (C) ; Svein Enok Nørstebø - Tommy Jakobsen ; Oystein Olsen - Atle Olsen.

Attaquants : Erik Tveten - Espen Knutsen - Trond Magnussen ; Henrik Aaby - Ole Eskild Dahlstrøm - Tom Olsen ; Sjur Robert Nielsen - Ørjan Løvdal - Geir Hoff ; Per Christian Knold - René Hansen - Lars Håkan Andersen.

Remplaçant : Jim Marthinsen (G). Absents : Bjørn Anders Dahl, Michael Smithurst.

France

Gardien : Michel Vallière (sorti de sa cage de 59'08" à 59'39").

Défenseurs : Jean-Philippe Lemoine - Serge Poudrier ; Steven Woodburn - Denis Perez (A) ; Michel Breistroff - Serge Djelloul ; Taras Zytynsky - [Poudrier].

Attaquants : Christian Pouget (A) - Robert Ouellet - Philippe Bozon ; Patrick Dunn - Christophe Ville - Stéphane Barin ; Maurice Rozenthal - Arnaud Briand - François Rozenthal ; Roger Dubé - Antoine Richer (C) - Franck Pajonkowski.

Remplaçants : Petri Ylönen (G), Pierre Pousse.

 

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