Finlande - Russie (3 mai 1997)

 

Championnats du monde 1997, première phase, groupe A.

Ce dernier match de la première phase recèle déjà un danger extrême pour la Finlande : le pays organisateur risque d'être écarté de la course à la finale avant même d'aborder les phases finales. S'il perdait de nouveau ce soir, après son échec face aux Tchèques, il risquerait de n'avoir aucun point au compteur, tandis que Suédois et Russes en auraient déjà quatre.

Les Finlandais découvrent l'ampleur du problème en première période, avec deux buts qui rappellent qu'avec la Russie, le danger peut surgir à tout moment, sans avoir besoin de beaucoup d'occasions. On n'est pas sorti eu round d'observation que Strömberg se fait un peu soulever la crosse par Sarmatin en zone neutre. Aleksei Chupin se saisit du palet et perce dans l'axe entre Ojanen et Jutila, un peu lents sur l'action. Le tir est touché mais pas arrêté par Myllys. Le deuxième but russe est quant à lui un pur exemple de jeu classique "à la soviétique", qui traverse la glace en deux secondes : Aleksandr Korolyuk repasse derrière la cage avant de relancer, et Aleksandr Prokopiev sert de relais en zone neutre pour Aleksandr Barkov situé à la bleue derrière Nummelin. Le centre du Tappara Tampere se présente seul devant Jarmo Myllys et marque dans le haut du filet.

Heureusement pour les Finlandais, le défenseur russe Anatoli Fedotov leur fait à chaque fois un beau cadeau pour qu'ils reviennent à la marque. Sous la pression de Nurminen, il relance d'abord directement sur Janne Ojanen qui a la voie libre. Celui-ci choisit intelligemment de décaler Antti Aalto qui conclut du revers. La responsabilité de Fedotov est également engagée sur l'égalisation suivante, d'abord par sa sortie de zone récupérée par la Finlande en zone neutre, puis par son mauvais placement : il tourne le dos à Petri Varis qui glisse le palet dans le but, car il est occupé à faire trébucher Nieminen pourtant déjà pris par un autre défenseur. Le score est donc de 2-2 à la fin de la première période.

Les Russes ont cependant un atout supplémentaire dans ce match : un joker nommé Aleksei Yashin, star d'Ottawa qu'il a emmené pour la première fois en play-offs. Pour un premier match, son entente avec Oleg Belov est déjà remarquable. La meilleure illustration survient en début de deuxième période, que la parfaite passe devant la cage de Belov est redirigée dans le but vide par Yashin au second poteau, Lumme restant spectateur. Cette nouvelle deuxième ligne russe donne même deux buts d'avance à son équipe. Après un travail de récupération de Vyacheslav Butsaev derrière la cage adverse, Yashin côté gauche passe à Belov absolument seul dans le slot. Myllys repousse le tir sur le côté et on pense que cette énorme erreur défensive (Virta a suivi Yashin dangereusement seul dans le coin mais le centre Ojanen n'a pas réagi à temps en intervertissant le marquage) restera impunie. Erreur : Belov renvoie aussitôt le palet dans le slot en pivot, et il ricoche sur le patin du malheureux Kiprusoff pour un but contre son camp.

À 2-4, l'ambiance semble plombée dans la Hartwall Arena. Le public met moins d'entrain à reprendre les musiques lancées par la sono. La Russie gagne en assurance défensivement, mais le capitaine finlandais Timo Jutila va entretenir l'espoir. Malgré Yashin qui essaie de le faire choir, Olli Jokinen, en déséquilibre derrière le but, parvient à transmettre le palet à Jutila qui arrive seul face à la cage. Le retour du benjamin russe Morozov est trop tardif. Saku Koivu est même tout près d'égaliser à une minute de la pause quand Varis le décale parfaitement au rebond d'un revers de Peltonen. Le gardien russe Fadeïev pare de justesse le tir avec son gant.

La Russie conserve un but d'avance et obtient deux occasions en deux présences à la reprise, un 2 contre 1 de Barkov et Prokopiev puis un tir entre les cercles de Bautin. Mais sur un engagement, Ojanen, déséquilibré par la crosse d'Andrei Nikolishin, retombe sur la jambe de son vis-à-vis russe, qui reste coincée en arrière dans le mouvement. Nikolishin doit être porté hors de la glace et on comprend tout de suite que son genou est sérieusement blessé. C'est le deuxième Russe à quitter le match. Déjà, sur sa première apparition sur la glace, Andrei Skopintsev avait heurté la bande la tête la première de façon malencontreuse après un choc avec le petit Nummelin. Il n'est pas reparu. C'est pourquoi les hommes d'Igor Dmitriev jouent cette rencontre avec seulement cinq arrières. Sachant que Petrenko était déjà blessé, cette nouvelle perte d'un centre commence à faire beaucoup...

Le jeu a tout juste repris que Jantunen accroche Chupin en entrée de zone. La Russie respecte sa rotation et fait entrer sa jeune quatrième ligne, celle d'Epanchintsev qui n'a pas toujours l'intensité requise, mais Korolyuk prend tout de même deux tirs. La pénalité terminée, Bautin accroche à son tour Aalto contre la bande en zone neutre. Une infériorité numérique tuée grâce notamment au très bon travail de Yashin. Le temps passe en faveur des Russes, toujours capables de marquer à tout moment à l'image de Korolyuk qui déshabille Peltonen d'une magnifique feinte en un contre un.

Plus que dix minutes et le Mondial à domicile sera proche du fiasco pour la Finlande... Soudain, Dame Fortune fait un clin d'il. Olli Jokinen entre en zone et son tir dévié par le patin de Bautin retombe sous la botte gauche de Fadeïev (4-4). Comme sortie d'une longue hibernation, la Hartwall Arena scande "Suomi" à pleins poumons. La mitaine de Fadeïev capte le tir croisé de Helminen. La mise au jeu qui suit est russe mais Teppo Numminen intercepte le dégagement le long de la bande et envoie le palet vers le but, où Janne Ojanen contrôle et marque malgré Erofeïev (5-4). Dès l'action suivante, Ville Peltonen va forechecker Bautin derrière la cage et sort le palet pour Saku Koivu qui marque et fête ça d'une roulade (6-4).

Dernier écueil : Myllys est sanctionné pour un dégagement au-dessus de plexi. Le gardien, furieux envers l'arbitre, répond en étant présent sur tous les palets pendant l'infériorité. Quand elle se termine, Ojanen et Varis amènent le clou du spectacle avec un superbe jeu en triangle conclu du revers par Mika Nieminen entre les jambières de Fadeev (7-4).

Finlandais, Tchèques et Russes conserveront donc tous deux points, ce qui promet une phase finale passionnante. Ce final éblouissant déclenche une véritable euphorie en Finlande, mais il ne faut pas oublier les difficultés rencontrés précédemment. Le jeu de puissance, point fort présumé du hockey finlandais, a été de plus en plus méconnaissable à chacune de ses quatre opportunités ce soir. Pendant longtemps, l'attaque n'a pas eu sa créativité habituelle. Et bien sûr, la défense a laissé à désirer. Mais même dans un tel match, un arrière expérimenté comme Hannu Virta s'est toujours comporté comme un patron, solide dans ses interventions et efficaces dans ses relances simples avec la bande.

La Russie, elle, n'a aucun patron en défense. Elle n'avait même pas assez d'employés, en fait. Même avec le retour éventuel des blessés, elle aura du mal à atteindre la finale sur son talent, mais reste éminemment imprévisible.

Désignés joueurs du match : Aleksei Yashin pour la Russie et Teppo Numminen pour la République tchèque.

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Finlande - Russie 7-4 (2-2, 1-2, 4-0)

Samedi 3 mai 1997 à 20h00 à la Hartwall Arena de Helsinki. 13290 spectateurs.

Arbitrage de Peter Andersson (SUE) assisté deY. Jensen (NOR) et Ulf Rönnmark (SUE).

Pénalités : Finlande 12' (2', 4', 6'), Russie 10' (2', 4', 4').

Tirs : Finlande 25, Russie 33.

Évolution du score :
0-1 à 01'45" : Chupin assisté de Sarmatin et Bautin
1-1 à 11'32" : Aalto assisté d'Ojanen
1-2 à 14'39" : Barkov assisté de Prokopiev et Korolyuk
2-2 à 17'37" : Varis assisté de Jutila
2-3 à 21'27" : Yashin assisté de Belov
2-4 à 29'42" : Belov
3-4 à 35'16" : Jutila assisté de Jokinen et Helminen
4-4 à 49'52" : Jokinen assisté de Helminen et Strömberg
5-4 à 52'40" : Ojanen assisté de Numminen
6-4 à 53'03" : Koivu assisté de Peltonen
7-4 à 59'15" : Nieminen assisté de Varis et Ojanen

 

Finlande

Attaquants :
Marko Jantunen [puis Aalto à 40'] - Mika Nieminen - Jarkko Varvio
Ville Peltonen (A) - Saku Koivu - Petri Varis
Antti Aalto [puis Jantunen à 40', puis Nieminen] - Janne Ojanen - Kai Nurminen
Juha Lind - Raimo Helminen - Olli Jokinen
Antti Törmänen

Défenseurs :
Teppo Numminen - Jyrki Lumme
Marko Kiprusoff - Hannu Virta (A)
Mika Strömberg - Timo Jutila (C)
Petteri Nummelin

Gardien :
Jarmo Myllys

Remplaçants : Ari Sulander (G), Antti Törmänen.

Russie

Attaquants :
Aleksandr Prokopiev - Aleksandr Barkov - Alekseï Morozov
Vyacheslav Butsaïev - Aleksei Yashin - Oleg Belov
[Prokopiev ou Butsaïev] - Alekseï Chupin (A) [puis Prokopiev à 42'] - Andreï Nikolishin [puis Chupin à 42'] - Mikhaïl Sarmatin
Maksim Afinogenov - Vadim Epanchintsev - Aleksandr Korolyuk

Défenseurs :
Anatoli Fedotov - Sergueï Fokin (A)
Dmitri Erofeïev - Sergueï Bautin (C)
Andreï Skopintsev [sorti blessé à 2'10"] - Marat Davydov

Gardien :
Sergei Fadeev

Remplaçant : Maksim Mikhaïlovsky (G). Absents : Sergei Petrenko (épaule), Dmitri Krasotkin.

 

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