Russie - République Tchèque (16 février 1998)

 

Jeux Olympiques 1998, groupe I.

Chacun connaît l'importance de la première place de poule qui se joue ce soir, car Russes comme Tchèques préfèrent sans le moindre doute affronter le Bélarus en quart de finale plutôt que les États-Unis.

Dès la deuxième minute de jeu, Rucinsky fait trébucher Sergueï Fedorov pour l'empêcher de réceptionner une dangereuse passe en retrait d'Alekseï Yashin qui a traversé l'enclave sans personne pour la reprendre. Sur l'infériorité numérique, Dominik Hasek est en difficulté à trois reprises sur des sorties derrière sa cage, notamment à cause de rebonds bizarres de la balustrade déjà constatés lors du match précédent entre Canadiens et Américains, et il est sanctionné pour un dégagement qui passe au-dessus du plexi. Les Tchèques sont donc à trois contre cinq, et on comprend mieux pourquoi Hasek est le meilleur gardien du monde avec trois arrêts convaincants. Le jeu est rapide, comme sur cet arrêt de Hasek où Richard Smehlik, qui a peu de temps pour dégager, trouve pourtant une bonne relance pour Vladimir Ruzicka. Le capitaine tchèque s'échappe sur l'aile gauche, voit la situation de deux contre un et choisit le tir, mais le rebond revient trop rapidement sur Straka pour qu'il puisse s'en saisir. Cette action illustre ce début de match où les Russes dominent tout en étant à la merci de contre-attaques très vite exécutées.

Opposé à Hasek qui arrête tout même de la tête (il perd un morceau de son casque démodé, au-dessus de l'oreille, sur un lancer puissant de Kamensky, sans que l'arbitre ne l'ait remarqué), Shtalenkov se débrouille bien, en particulier sur un excellent poke-check face à Jan Caloun. Un échange de supériorités numériques - Gusarov accroche Svoboda à la bleue et Slegr fait trébucher Krivokrasov - aurait plus tendance à diminuer le nombre d'occasions franches qu'à l'augmenter, tant le jeu a été animé jusqu'ici.

Jaromir Jagr était rentré aux vestiaires à la dixième minute après une dure mise en échec, a priori régulière, de Boris Mironov à la ligne bleue. Il revient sur la glace en deuxième période et ne met que seize secondes à signaler sa présence avec un premier tir. Oui, les stars sont au rendez-vous : Pavel Bure prend de la vitesse en zone neutre, déborde Slegr, mais s'acharne en vain sur les bottes de Hasek parfaitement étendu en travers de son but. Quand Daniel Moravec prend une pénalité sévère en zone offensive pour une obstruction sur Boris Mironov qui a bien appuyé sa chute, c'est lui-même qui se crée la meilleure occasion à sa sortie de prison. Il surgit comme un diable de sa boîte et intercepte spontanément le palet, mais échoue sur Shtalenkov. Josef Beranek, assez en vue ce soir avec trois bons tirs, est à son tour pénalisé pour une charge inutile dans le dos de Zelepukin. Le score reste quand même toujours de 0-0 à la mi-match, avec un rythme désormais moins emballant.

Kovalenko va s'asseoir pour une obstruction. Pavel Patera repique alors dans l'enclave au milieu de trois défenseurs et parvient en déséquilibre à transmettre en retrait à Robert Reichel dont le tir dévié passe au-dessus de la jambière de Shtalenkov (0-1 à 31'53"). Le jeu de puissance tchèque, qui n'a eu que deux opportunités, confirme sa force, alors que son homologue russe reste muet malgré une nouvelle pénalité, contre Spacek. Les attaquants blancs commencent à gamberger, surtout en voyant Hasek écœurer Zhamnov à bout portant avec un bel arrêt de la mitaine. On voit le résultat après une superbe combinaison offensive de la quatrième ligne : Titov laisse le palet entre ses jambes pour Morozov qui attire deux défenseurs et décale Zelepukin... dont le tir s'envole carrément. L'image d'un gardien aux réflexes incroyables semble hanter les esprits russes, plus vraiment sereins.

Alors que l'on se prend à rêver d'un second blanchissage face à des attaquants de classe mondiale pour Hasek, il se fait surprendre sur un tir en entrée de zone de Valeri Bure entre les jambes de Slegr (1-1 à 43'27"). Étonnante réussite pour le cadet des Bure qui ne semblait pas si heureux de ses patins puisqu'il s'est déchaussé plusieurs fois pour les refaire affûter au cours du match. Le coup de théâtre est total quand, sur l'engagement, Alekseï Zhamnov s'infiltre dans l'axe entre Svoboda et Hamrlik et marque d'un improbable coup de patte alors qu'il est en train de glisser à plat ventre (2-1 à 43'37"). Dominik Hasek, qui avait arrêté cinquante-huit tirs sur soixante dans ce tournoi olympique, vient d'encaisser deux buts en dix secondes !

Les Tchèques, qui pouvaient se contenter du nul pour conserver la tête du groupe, sont subitement contraints de modifier leur stratégie et de passer à l'attaque. Ivan Hlinka aligne de plus en plus souvent Jagr et Dopita pour forcer le destin. Et à moins de quatre minutes de la fin, cela n'est pas loin de payer. Jaromir Jagr, impressionnant de puissance, enfonce la défense avant que Shtalenkov ne détourne in extremis son tir avec le bouclier. Yashin aurait tout aussi bien creuser l'écart s'il avait mis plus de conviction dans le dernier tir, alors qu'il s'était retrouvé par deux fois en excellente position près du but. Peu importe, puisque la Russie gagne son billet pour un quart de finale fratricide contre le Bélarus.

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match :

Vladimir Yurzinov (entraîneur de la Russie) : "Les Tchèques sont très puissants, ils sont motivés et ils jouent en équipe. On a un vrai tournoi olympique."

Dominik Hašek (gardien de la République Tchèque) : "Le palet est passé entre les jambes de notre défenseur. Ces buts n'arrivent pas souvent et je les arrête habituellement, mais il faut féliciter Valeri Bure, c'était un très bon tir."

 

Russie - République Tchèque 2-1 (0-0, 0-1, 2-0)

Lundi 16 février 1998 à 18h45 au Big Hat de Nagano (JAP). 9847 spectateurs.

Arbitrage de Kerry Fraser (CAN) assisté de Kevin Collins (CAN) et Janne Rautavuori (FIN).

Pénalités : Russie 6' (4', 2', 0'), République Tchèque 14' (8', 6', 0').

Tirs cadrés : Russie 31 (14, 7, 10), République Tchèque 23 (8, 8, 7).

Évolution du score :

0-1 à 31'53" : Reichel assisté de Patera

1-1 à 43'27" : V. Bure assisté de Kravchuk et Gonchar

2-1 à 43'37" : Zhamnov assisté de Gusarov et D. Mironov

 

Russie

Gardien : Mikhaïl Shtalenkov.

Défenseurs : Aleksei Gusarov - Dmitri Mironov ; Darius Kasparaitis - Boris Mironov ; Igor Kravchuk - Sergueï Gonchar ; Aleksei Zhitnik - Dmitri Yushkevich.

Attaquants : Valeri Kamensky - Aleksei Zhamnov - Pavel Bure ; Sergueï Fedorov - Aleksei Yashin - Andrei Kovalenko ; Valeri Bure - Sergueï Nemchinov - Sergueï Krivokrasov ; Aleksei Morozov - German Titov - Valeri Zelepukin.

Remplaçant : Andrei Trefilov (G). En réserve : Oleg Shevtsov (G).

République Tchèque

Gardien : Dominik Hašek (sorti de sa cage à 59'36").

Défenseurs : Jirí Šlégr - Richard Šmehlík ; Petr Svoboda - Roman Hamrlík ; František Kucera - Jaroslav Špacek.

Attaquants : Martin Straka - Vladimir Ruzicka - Jaromír Jágr ; Robert Lang - Robert Reichel - Martin Rucinský ; Josef Beránek - Jiri Dopita - David Moravec ; Martin Procházka - Pavel Patera - Jan Caloun.

Remplaçants : Roman Cechmánek (G), Libor Procházka, Milan Hejduk. En réserve : Milan Hnilicka (G).

 

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