République Tchèque - États-Unis (18 février 1998)

 

Quart de finale des Jeux Olympiques 1998.

Après un début de tournoi très décevant, les États-Unis n'ont plus le choix. Ils doivent absolument se montrer au niveau de leur prétentions et montrer du bien meilleur hockey pour battre la République Tchèque et son gardien Dominik Hašek. L'entraîneur américain Ron Wilson a eu de quoi s'arracher les cheveux jusqu'ici, c'est peut-être pour cela qu'il s'est rasé et fait une coupe "GI". Il essaie ainsi de ré-insuffler l'esprit commando de la dernière Coupe du monde, car il portait déjà cette coiffure lors de cette compétition sur laquelle les Américains se fondent pour s'autoproclamer les meilleurs du monde dans le hockey aussi... Mais, pour ne pas que la bannière étoilée soit déchue de son piédestal, c'est maintenant ou jamais.

Les États-Unis partent fort, avec l'intention de pratiquer sur cette grande glace des débordements sur l'aile. Milan Hejduk coince Tony Amonte contre la balustrade à 2'39", l'obstruction est sanctionné deux minutes et les Américains se retrouvent tout de suite en jeu de puissance, l'atout qui leur a permis de gagner leur unique victoire dans le tournoi, face au Belarus. Après un très bel une-deux avec LeClair, Brett Hull fonce seul face au but, mais Hašek fait un spectaculaire arrêt-réflexe. Le gardien tchèque - qui joue maintenant avec un casque noir qui a remplacé le bleu embouti par un tir russe (mais qui est lui aussi un vieux modèle, loin des masques désignés des portiers modernes) - est déjà en confiance. Il se met bien en papillon devant Gary Suter, parti en deux contre un avec Deadmarsh.

Oui, les Américains se sont mis à la hauteur de l'enjeu, avec de belles actions, du patinage, de l'agressivité. Ils se créent plusieurs occasions franches, alors que les Tchèques, souvent pris à défaut défensivement, attendent la septième minute pour leur premier tir, signé Jaromír Jágr, qui fait admirer encore sur l'attaque suivante son exceptionnel alliage de technique et de puissance. La première vague d'assaut américaine est passée, les Tchèques répliquent enfin et commencent à construire du jeu offensif et à se montrer dangereux à l'image de Martin Procházka. Mais leur jeu de puissance, qui tournait à 40% depuis leur arrivée à Nagano, est moins convaincant que celui des États-Unis, avec un seul tir cadré en deux supériorités consécutives.

Dès le retour à cinq contre cinq, Tony Amonte déborde encore sur la droite et centre pour Mike Modano, le meilleur Américain du tournoi, seul au second poteau, qui lève le palet du revers dans le haut du filet (0-1 à 16'12"). La République Tchèque a été dominée dans ce premier tiers-temps, surtout dans le repli défensif. Les seules satisfactions sont la bonne activité de Jirí Dopita, voire de Pavel Patera dans un rôle inhabituel de travailleur de l'ombre, et surtout la présence de Jaromír Jágr, le seul à pouvoir passer la bleue offensive avec la maîtrise du palet. Il semble tellement être celui qui a la clef qu'Ivan Hlinka lui accorde un temps de jeu supérieur en le faisant aussi monter avec la troisième et la quatrième ligne. Mais les Tchèques, remotivés par un discours de leur capitaine Vladimír Ruzicka dans les vestiaires, peuvent conserver espoir en se rappelant que les Américains avaient aussi fait illusion au premier tiers-temps contre la Suède avant d'être dominés par la suite.

Ce quart de finale se joue sur des bases élevées, le rythme est intense en deuxième période, et tout est possible d'un côté comme de l'autre. Dominik Hašek montre encore sa vitesse de réaction phénoménale en ne se laissant pas prendre à une feinte de tour de cage de LeClair, revenant se coller au bon poteau après avoir constaté la fausse piste d'un simple coup d'śil extrêmement bref. Son vis-à-vis Mike Richter s'incline en revanche sur un rebond pris par Vladimír Ruzicka (1-1 à 28'21"). Moins d'une minute plus tard, Jaromír Jágr, resté sur la glace depuis l'égalisation, arrache le palet à Gary Suter et revient dans l'enclave tirer au ras du poteau. Enfin, il marque son premier but de la compétition, ce qui est tout à fait mérité au vu de sa grandiose prestation du jour (2-1 à 29'19"). Ce renversement de situation énerve les Américains, surtout Keith Tkachuk qui se rend coupable d'un mauvais geste à la suite de ce but et est exclu deux minutes pour crosse haute. Heureusement pour lui, le "penalty killing" américain est toujours aussi efficace.

Mais la République Tchèque résiste elle aussi pendant deux minutes de prison de Jirí Slegr qui a retenu Modano. Les Américains ne veulent pas laisser le moindre de répit à Dominik Hašek, mais leur canevas répétitif manque d'imagination. Ils rabâchent, mais ne proposent rien de vraiment inédit. Ils prennent le plus possible de tirs, mais le gardien des Sabres de Buffalo n'est jamais hors de position, même sur les rebonds. Et c'est une contre-attaque de Martin Rucinský, conclue d'un tir flottant et masqué en entrée de zone qui foudroie les États-Unis (3-1 à 36'35"). Et même quand Hašek commet une rare erreur en cédant le palet à LeClair derrière la cage, il la rattrape aussitôt en revenant vite faire barrage devant sa cage, imperturbable.

Même s'il perd deux fois sa crosse en troisième période au beau milieu d'offensives américaines, même quand Tkachuk le fait trébucher discrètement pour l'étendre sur le dos hors de sa cage, Dominik Hašek ne panique jamais, il ne se déconcentre jamais. Il se sent moins seul car les Tchèques, parfaitement disciplinés, renforcent maintenant leur défense pour préserver leur avance.

Les louanges unanimes pour Hašek contrastent avec la déchéance de Mike Richter. Auteur d'un tournoi vraiment médiocre, le gardien américain est même remplacé à deux minutes de la fin par son ex-coéquipier aux New York Rangers, John Vanbiesbrouk, un changement bizarre sans doute destiné à gagner du temps afin de reposer les joueurs supposés décisifs comme Modano ou Hull. Pendant ses trente secondes de présence, Vanbiesbrouck a juste le temps de faire un seul arrêt, magnifique, de la jambière, sur une reprise de Jagr parti à deux contre un avec Ruzicka. Ensuite, Ron Wilson fait sortir son gardien, mais il est contraint à le faire rentrer pour une mise au jeu en zone défensive à cinquante secondes de la fin. C'est Mike Richter qui revient sur la glace... et qui encaisse un but en lucarne de Dopita ! (4-1 à 59'21")

Le hockey américain est maintenant obligé de changer de référentiel. Envolée, la sensation de suprématie née de la victoire en Coupe du Monde, dont Richter était l'un des héros. Dans cette compétition, les Tchèques, qui avaient aligné une constellation de stars de NHL et perdu leur est prit d'équipe, avaient été humiliés. Aujourd'hui, la honte a changé de camp.

Malheureusement, l'humiliation n'est pas que sportive, cette fois. Les hockeyeurs américains ne se sont pas contentés de perdre avec décence, ils y ont ajouté l'outrage. La presse ayant fait écho de leurs visites nocturnes dans les bars de Nagano, Brett Hull a tenu à préciser à l'issue de ce match qu'il s'était couché avec les poules huit soirs sur dix en faisant des mots croisés, et que l'équipe aurait mieux fait de sortir plus, déclarant même : "Nous n'étions pas des anges à la Coupe du monde."

Le problème, c'est que les démons sont allés trop loin cette fois. En regagnant le village olympique après cette défaite, ils ont saccagé leurs chambres, vidé des extincteurs, et même lancé l'un d'eux par la fenêtre du cinquième étage sans chercher à savoir si quelqu'un était en dessous, pour des dégâts évalués au total à trois mille dollars. Le manager de l'équipe Lou Lamouriello déclare que les responsables "devraient avoir honte d'eux-mêmes". Doug Weight n'arrange pas les choses en prétendant que les chaises japonaises se sont brisées toutes seules lorsque les grands gabarits américains se sont assis dessus pour jouer aux cartes, un argument ridicule relayé par Bob Goodenow, le président de la NHLPA, qui prétend même avoir vu la chose de visu. Les médias américains relaient abondamment l'affaire, et l'opinion publique a été scandalisée par de tels comportements de la part de joueurs censés représenter leur pays. Pour l'image du hockey sur glace et de la NHL aux États-Unis, ces débordements sont catastrophiques. Le commissionner de la NHL, Gary Bettman, avait déjà du mal à conserver son sourire devant les caméras pendant la défaite américaine, et voilà maintenant que ses chères stars portent le coup de grâce à son plan de promotion, auquel il voulait réduire les Jeux Olympiques.

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match :

Petr Svoboda (défenseur de la République Tchèque) : "Pour notre petit pays, nous sommes très fiers. Nous devions accomplir quelque chose pour les Tchèques. Nous avons joué avec plus de passion que les Américains, oui."

Vladimír Ruzicka (capitaine de la République Tchèque) : "On parle beaucoup du discours que j'ai tenu après la première période. Mais je n'ai rien dit de spécial. J'ai juste dit que cela ne pouvait pas continuer comme ça. Lorsque nous avons perdu 1-2 contre les Russes en match de poule, mon fils a pleuré à la maison. J'ai simplement ajouté que je ne voulais pas que le petit Vladimír pleure à nouveau."

Ron Wilson (entraîneur des États-Unis) : "En rentrant aux vestiaires après la première période, mes joueurs étaient un peu abattus. Ils menaient 1-0, mais ils avaient bien compris que Dominik était dans un grand soir. Nous n'avons pas été capables de conclure les opportunités que nous avons réussi à nous créer."

Keith Tkachuk (attaquant des États-Unis) : "Ce tournoi a été une totale perte de temps. Je déteste être négatif, mais je suis dégoûté. Nous méritons d'être sortis. Depuis le début, nous n'avons pas joué. C'est accablant. Nous n'avons été bons à rien. Nous n'étions qu'une grosse déception."

 

République Tchèque - États-Unis 4-1 (0-1, 3-0, 1-0)

Mercredi 18 février 1998 à 14h45 au Big Hat de Nagano (JAP). 9000 spectateurs.

Arbitrage de Bill McCreary (CAN) assisté d'Aleksandr Poliakov (RUS) et Ray Scapinello (CAN).

Pénalités : République Tchèque 6' (2', 4', 0'), États-Unis 8' (4', 2', 2').

Tirs cadrés : République Tchèque 19 (5, 8, 6), États-Unis 39 (10, 14, 15).

Évolution du score :

0-1 à 16'12" : Modano assisté d'Amonte

1-1 à 28'21" : Ruzicka assisté de Jágr

2-1 à 29'19" : Jágr assisté de Dopita

3-1 à 36'35" : Rucinský assisté de Lang

4-1 à 59'21" : Dopita

 

République Tchèque

Gardien : Dominik Hašek.

Défenseurs : Richard Šmehlík - Jirí Šlégr ; Petr Svoboda - Roman Hamrlík ; František Kucera - Jaroslav Špacek.

Attaquants : Martin Straka - Vladimír Ruzicka - Jaromír Jágr ; Robert Lang - Robert Reichel - Martin Rucinský ; David Moravec - Jiri Dopita - Josef Beránek ; Martin Procházka - Milan Hejduk - Pavel Patera.

Remplaçants : Roman Cechmánek (G), Libor Procházka, Jan Caloun. Absent : Milan Hnilicka (G).

États-Unis

Gardien : Mike Richter (remplacé par John Vanbiesbrouck de 57'43" à 58'29" et sorti de sa cage de 58'29" à 59'12").

Défenseurs : Gary Suter - Chris Chelios ; Keith Carney - Mathieu Schneider ; Derian Hatcher - Brian Leetch.

Attaquants : Adam Deadmarsh - Jeremy Roenick - Jamie Langenbrunner ; Keith Tkachuk - Mike Modano - Bill Guerin ; John LeClair - Doug Weight - Brett Hull ; Joel Otto - Pat LaFontaine - Tony Amonte.

Remplaçants : Bryan Berard, Kevin Hatcher.

 

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