Canada - Finlande (21 février 1998)

 

Match pour la troisième place des Jeux Olympiques 1998.

La Finlande joue cette rencontre pour la médaille de bronze sans le meilleur marqueur du tournoi, Teemu Selänne, encravaté en tribunes à cause d'un étirement à l'aine. Elle a en outre changé son gardien. Après le calvaire qu'il a vécu en demi-finale face à un exceptionnel Pavel Bure, Jarmo Myllys a logiquement été remplacé par Ari Sulander. Par contre, le jeune entraîneur canadien Mark Crawford est fidèle à la ligne de conduite qu'il avait édictée avant le tournoi, et continue à aligner Patrick Roy en n1 indiscuté.

Les deux formations abordent le match avec des préoccupations différentes. La Finlande met l'accent sur la vitesse et la précision de ses mouvements collectifs avec de très bonnes passes, alors que le Canada fait parler sa puissance individuelle et dirige son jeu directement vers le but, sans se poser de questions. Cela aurait pu payer dès la troisième minute avec un tir appuyé de Rob Zamuner et un rebond rapidement pris par Joe Nieuwendyk dont le tir échoue sur l'extérieur du poteau. Peu après, Yzerman retient Jari Kurri dans l'enclave canadienne, et le vétéran finlandais se fait justice lui-même en seulement onze secondes de supériorité. Sur une passe de derrière la cage de son vieux complice Tikkanen, il tire entre les jambières de Patrick Roy (1-0 à 03'33").

En fin de tiers, Saku Koivu n'arrive pas à dégager le palet de sa zone alors qu'il vient de sortir de prison. Steve Yzerman lui vole alors la rondelle, les Canadiens maintiennent la pression, et sur un énième rebond, Rod Brind'Amour a la cage grande ouverte (1-1 à 16'50"). Le fautif se rattrape sans tarder, puisque Koivu est tout de suite partie prenante d'une action collective de haute volée. C'est lui qui contrôle du patin un service de Peltonen et efface un adversaire en se remettant sur son revers pour une bonne passe en retrait à destination de Lehtinen, qui cloue Roy (2-1 à 17'23"). Le Canada ne sera pas resté longtemps à parité.

Il égalise cependant une nouvelle fois en début de deuxième période, alors que Kurri est en prison pour avoir fait trébucher Mark Recchi qui l'avait pris de vitesse en débordement. Wayne Gretzky, s'il a perdu un peu de ses qualités de buteur, adresse toujours de belles passes décisives. Du coin de la patinoire, il voit ainsi Brendan Shanahan démaqué au second poteau pour une reprise directe qui passe sous la jambière en mouvement de Sulander (2-2 à 22'47").

Les Finlandais commencent le troisième tiers-temps en supériorité et marquent après seulement dix-sept secondes. Patrick Roy n'est pas exempt de culpabilité sur le tir de Ville Peltonen (3-2 à 40'17"). Le gardien canadien n'est pas dans son assiette. Il a laissé beaucoup d'influx dans son bras de fer contre Haek et les Tchèques en demi-finale, et il paraît fébrile sur chacune de ses interventions aujourd'hui, comme assommé d'avoir perdu le titre officieux de meilleur gardien du monde. Le but décisif est pour lui, et il peut sans doute s'estimer heureux de ne pas avoir eu plus de lancers.

Les Finlandais n'ont en effet pas cherché à prendre des tirs, mais ont plutôt peaufiné leur jeu collectif. La ligne Peltonen-Koivu-Lehtinen en particulier a ciselé des combinaisons relevant du grand art. Dans leurs jeunes années, ces trois-là avaient offert à la Finlande son unique titre mondial. Reformé en l'absence de Selänne, ce trio appelé à l'époque Riri-Fifi-Loulou ("Tupu-Hupu-Lupu" en finlandais) a mûri depuis le temps mais sans rien perdre de sa fougue juvénile, de quoi regretter que ces retrouvailles aient été si brèves et qu'ils doivent maintenant se séparer à nouveau.

La Finlande réussit en effet à préserver son avance jusqu'au bout. Hannu Aravirta a choisi des défenseurs plus physiques qu'à l'accoutumée, avec des joueurs comme Laukkanen ou Grönman, et la prestation défensive finlandaise dans le troisième tiers-temps est excellente. Le Canada ne trouve pas de solutions, et même le temps mort pris très tôt - à sept minutes et demie de la fin - par Mark Crawford n'y change rien. Pronger trouve même le moyen de prendre une pénalité pour une faute complètement stupide et inutile en zone neutre. Même en gagnant la plupart des mises au jeu, les Canadiens sont limités à des lancers de la bleue qui n'inquiètent pas Ari Sulander, qui est en train de s'imposer comme le nouveau n1 dans les cages finlandaises.

La victoire est donc allée à l'équipe qui en voulait le plus. C'est dans leur culture, les Canadiens ne pouvaient viser autre chose que l'or, surtout dans leur sport national, et ils ont eu du mal à se remotiver pour ce match, encore sous le choc de leur coup d'arrêt d'hier. Au contraire, la Finlande, que beaucoup désignaient comme la plus faible des "dream teams", sait combien une médaille olympique est précieuse, elle qui n'en avait encore gagnée aucune il y a seulement dix ans, et elle a tout donné pour monter sur le podium.

Deux grands joueurs avaient ce soir leur dernière chance de remporter une médaille olympique, Wayne Gretzky et Jari Kurri, qui ont formé à Edmonton (puis à Los Angeles) le duo le plus célèbre de tous les temps. Ils auraient mérité d'en gagner une chacun, au vu de leur grande carrière, mais il ne pouvait y avoir qu'un vainqueur. Et le n99 quitte donc la glace dépité, sans oublier de saluer son vieux compagnon de route. Le meilleur joueur du hockey finlandais peut enfin passer une médaille autour du cou, lui qui a décomplexé toute une génération de joueurs du pays des mille lacs.

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match :

Marc Crawford (entraîneur du Canada) : "Le hockey est suivi passionnément au Canada. Il est révéré. Je sais que beaucoup de gens ont le cur brisé par cette quatrième place. Ce n'est pas comme au basket, où les États-Unis sont largement au-dessus de tout le monde. Il y avait six grandes équipes ici. Trois ont eu des médailles, trois non. Malheureusement, nous étions du mauvais côté. C'était un grand tournoi de hockey. Le plus grand jamais organisé."

Wayne Gretzky (attaquant du Canada) : "À chaque fois que l'on met ce maillot, tout résultat inférieur à une médaille d'or est inacceptable. C'est le seul pays au monde où il en est ainsi. Les gens aiment tellement le hockey au Canada. C'est une façon de vivre et cela en sera toujours ainsi. Aux États-Unis, quand le match de hockey est perdu, les gens zappent simplement vers un match de baseball ou de basket."

Kent Forsberg (entraîneur de la Suède, observateur du match) : "Gretzky devrait prendre sa retraite. C'était un grand joueur, le plus grand de l'histoire du hockey. Je penserai toujours à lui comme étant à ce niveau-là [il porte la main à hauteur de sa tête], et je n'aime pas le voir à ce niveau-ci [il baisse la main à hauteur de sa taille]. Il a l'air tout le temps fatigué. Il n'est plus assez fort pour encaisser les fortes charges. Il ne marque plus autant de buts. Il devrait arrêter. Que la NHL le paye pour être son représentant. Il ne devrait plus jouer."

 

Canada - Finlande 2-3 (1-2, 1-0, 0-1)

Samedi 21 février 1998 à 15h15 au Big Hat de Nagano (JAP). 9800 spectateurs.

Arbitrage de Kerry Fraser (CAN) assisté de Gordon Broseker (CAN) et Aleksandr Poliakov (RUS).

Pénalités : Canada 12' (4', 6', 2'), Finlande 12' (6', 6', 0').

Tirs cadrés : Canada 34 (11, 13, 10), Finlande 15 (5, 4, 6).

Évolution du score :

0-1 à 03'33" : Kurri assisté de Tikkanen et Nummelin (sup. num.)

1-1 à 16'50" : Brind'Amour assisté de Foote

1-2 à 17'23" : Lehtinen assisté de Koivu

2-2 à 22'47" : Shanahan assisté de Gretzky et Recchi (sup. num.)

2-3 à 40'17" : Peltonen assisté de Koivu (sup. num.)

 

Canada

Gardien : Patrick Roy (sorti de sa cage à 59'08").

Défenseurs : Rob Blake - Ray Bourque ; Chris Pronger - Adam Foote ; Al MacInnis - Scott Stevens ; Éric Desjardins.

Attaquants : Trevor Linden - Eric Lindros - Shayne Corson ; Mark Recchi - Keith Primeau - Rod Brind'amour ; Rob Zamuner - Joe Nieuwendyk - Theoren Fleury ; Brendan Shanahan - Steve Yzerman - Wayne Gretzky.

Remplaçant : Martin Brodeur (G). Absents : Curtis Joseph (G), Joe Sakic (blessé aux ligaments).

Finlande

Gardien : Ari Sulander.

Défenseurs : Teppo Numminen - Janne Niinimää ; Aki-Petteri Berg - Jyrki Lumme ; Kimmo Timonen - Janne Laukkanen ; Tuomas Grönman.

Attaquants : Ville Peltonen - Saku Koivu - Jere Lehtinen ; Esa Tikkanen - Jari Kurri - Kimmo Rintanen ; Mika Nieminen - Juha Ylönen - Sami Kapanen ; Juha Lind - Raimo Helminen - Antti Tormänen.

Remplaçant : Jarmo Myllys (G). Absents : Jukka Tammi (G), Teemu Selänne (étirement à l'aine).

 

Retour aux Jeux Olympiques de Nagano