France - États-Unis (4 mai 1998)

 

Championnats du monde 1998, premier tour, groupe C.

La France de Herb Brooks bat les Américains : est-ce un "Miracle" ?

L'équipe de France veut croire l'exploit possible contre les Américains, jugés toujours prenables en début de tournoi. Les renforts NHL comme Shjon Podein et Al Iafrate ne sont pas encore arrivés et ils n'ont que trois lignes. Idéal pour mettre en place l'intensité voulue par Herb Brooks. Contrairement à des équipes techniquement trop supérieures comme la Suède, le style de jeu des États-Unis convient mieux aux Bleus.

Le début de match confirme cet espoir. À la sixième minute, Jon Zwikel se retrouve seul devant la cage mais le gardien Garth Snow fait l'arrêt et un de ses défenseurs parvient à dégager en catastrophe. Mais comme au premier match, les Français se mettent en danger par leur indiscipline. Ils sont réduits à 3 contre 5 après deux pénalités de Zwikel (accrocher) et Lemoine (retenir la crosse). Trop facile pour les Américains car Bates Battaglia est alors tout seul au poteau droit pour prendre le rebond d'un slap de la ligne bleue d'Eric Weinrich dans la botte gauche de François Gravel (0-1). Dans les secondes suivantes, à 4 contre 5, Gravel voit son poteau repousser le tir de Matt Cullen. Ce n'est pas encore perdu.

Le capitaine américain Eric Weinrich prend une baffe dès le début du deuxième tiers-temps. Pour être plus exact, il prend dans la tête un lancer de la bleue de Jean-Christophe Filippin qui rebondit alors au fond des filets ! Quand la chance sourit, il faut en profiter ! Les Français l'ont compris. Ils s'installent à 6 contre 5 pendant une pénalité différée, un tir de Roger Dubé est seulement ralenti par les jambières du gardien Garth Snow et s'arrête contre le poteau gauche, où Jonathan Zwikel se jette pour propulser la rondelle au fond (2-1).

Les Américains, confus et imprécis, peinent à remettre de l'intensité dans leur match. Pire pour eux, alors qu'ils peuvent relancr tranquillement à 4 contre 2 dans leur zone défensive, Donald Brashear croise la trajectoire de la passe transversale de Chris Luongo pour Adam Burt et la rondelle reste dans ses patins. Philippe Bozon profite de cette incroyable mésentente pour partir seul dans l'axe. Il freine devant Snow, très reculé dans sa cage, et ajuste son tir pour le 3-1.

Après quarante minutes très solides, la France subit certes le troisième tiers-temps, mais elle travaille bien et la domination américaine est stérile. Après tant de défaites, c'est quand le passage de Herb Brooks à la tête des Bleus est sur le point de s'achever que le "miracle" arrive, contre son pays d'origine, bien loin ce soir de la légende de 1980. C'est la première fois que les Français battent les États-Unis en match officiel.

Étoiles du match Hockey Archives : *** Philippe Bozon / ** Jean-Christophe Filippin / * François Gravel

Marc Branchu

Commentaires d'après-match (recueillis notamment dans L'Équipe)

Jeff Jackson (entraîneur des États-Unis) : "Herb a brillamment préparé tactiquement l'équipe de France et ce n'est qu'à la mi-match que l'on a compris le chemin qu'ils avaient pris. Nous avons commis trop d'erreurs sur les deux lignes bleues, mais cela n'excuse pas notre contre-performance. Par rapport à la Suisse, je trouve que l'équipe de France joue un peu moins physique mais elle a un meilleur tempo. Les Français ont patiné comme des diables. C'est dur à dire mais ils méritent leur victoire."

Herb Brooks (entraîneur de la France) : "Je suis vraiment très content de la performance de mon équipe. Elle m'a épaté. Notre succès, on le doit d'abord à François Gravel. Il a été très intelligent avec le palet. Il a toujours su comment placer sa crosse et relancer le jeu. Et puis, notre victoire est due aussi à la superbe prestation de Philippe Bozon. Il a été incontestablement l'homme de ce match. Maintenant, le côté négatif, c'est que nous avons eu beaucoup de mal lors des engagements en zone défensive. C'est pour cette raison que j'ai souvent demandé à Bozon et à Ouellet de faire les mises au jeu car ce sont les meilleurs dans ce type de situation."

Arnaud Briand (attaquant de la France) : "Ce match a été pour nous un grand moment. Toute l'équipe y a cru jusqu'au bout. Beaucoup de sélectionnés ont peut-être moins d'expérience que les années précédentes, mais les jeunes de l'équipe de France ont prouvé qu'ils ont du coœur. Ils se défoncent sans arrêt pour le maillot tricolore. De plus, les Américains nous ont trop pris à la légère. Comme on savait que leurs défenseurs ne sont pas très performants, nous leur avons mis la pression. Et puis, Philippe Bozon a été royal."

Jean-Philippe Lemoine (défenseur de la France) : "Les Américains nous ont pris pour des charlots et maintenant ils rient jaune ! Je suis content du comportement des jeunes de notre équipe. Au début, ils étaient nerveux mais ils se sont vite lâchés. Je trouve cette victoire géniale quand on pense au contexte dans lequel se trouve l'équipe de France depuis le début de la saison. J'espère que ce succès obligera la Fédération à ne pas nous oublier et que les gens comprendront que le hockey français n'est pas encore mort !"

Steven Woodburn (défenseur de la France) : "On vient de prouver que l'équipe de France est toujours vivante et qu'elle peut encore réussir des trucs incroyables. Pourtant nous avons pratiqué un jeu très simple. Par exemple, dans notre zone de défense, on s'est contenté de sortir le palet et dans le jeu offensif on a exploité les erreurs adverses. Comme je suis le plus vieux de la sélection, ma joie est inexplicable. Si je suis revenu avec les Tricolores, c'est parce que nous avons travaillé comme des fous pendant plusieurs années pour accéder au groupe A puis pour y rester. Et je ne veux surtout pas qu'on redescende ! Cette victoire est un grand jour pour la France."

 

France - États-Unis 3-1 (0-1, 3-0, 0-0)
Lundi 4 mai 1998 à 16h00 au Hallenstadion de Zurich. 3100 spectateurs.
Arbitres : Tor Olav Johnsen assisté de Christian Oswald et Sergei Serdyuk
Pénalités : France 6' (4', 0', 2') ; États-Unis 2' (0', 0', 2').
Tirs cadrés : France 18 (7, 7, 4) ; États-Unis 29 (8, 7, 14).
Tirs non cadrés : France 15 (7, 4, 4) ; États-Unis 29 (7, 7, 15).

Évolution du score :
0-1 à 12'08" : Battaglia assisté de Weinrich (double sup. num.)
1-1 à 20'27" : Filippin assisté de Bozon
2-1 à 26'42" : Zwikel
3-1 à 34'10" : Bozon
 

France

Attaquants :
8 Arnaud Briand (+2) - 22 Anthony Mortas (+2) - 12 Philippe Bozon (A, +2)
15 Pierre Allard (+1) - 19 Robert Ouellet (+1) - 28 Roger Dubé (+1)
36 Richard Aimonetto - 40 Laurent Gras - 7 Stéphane Barin
14 François Rozenthal - 42 Jonathan Zwikel (+1, 2') - 9 Maurice Rozenthal
20 Stanislas Solaux

Défenseurs :
16 Jean-Philippe Lemoine (C, +1 +2, 2') - 34 Jean-Christophe Filippin (+2)
24 Denis Perez (A, +1, 2') - 13 Karl Dewolf (+1)
23 Gérald Guennelon - 55 Steven Woodburn
18 Stéphane Gachet (+1)

Gardien :
29 François Gravel

Remplaçant : 33 Fabrice Lhenry (G). En réserve : 1 Cristobal Huet (G).

États-Unis

Attaquants :
33 Bates Battaglia (-2) - 20 Bryan Smolinski (-2) - 22 Tom Chorske (A, -3)
13 Ted Drury - 45 Matt Cullen - 21 Mark Parrish
9 Chris Drury - 7 Darby Hendrickson (-1) - 8 Donald Brashear (-1, 2')

Défenseurs :
2 Eric Weinrich (C, -1) - 11 Paul Stanton (-1)
6 Adam Burt (A, -1) - 23 Chris Luongo (-1)
19 Greg Brown (-1) - 38 Michael Crowley (-1)

Gardien :
30 Garth Snow

Remplaçant : 32 Tim Thomas (G). Suspendu : 17 Kevin Miller (A).

en noir, la feuille de match officielle ; en rouge, les corrections de Hockey Archives

 

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