Canada - Italie (5 mai 1998)

 

Championnats du monde 1998, premier tour, groupe B.

Des Italiens - trop ? - fraternels

Les Canadiens ont été renforcés de Chris Gratton des Flyers de Philadelphie, pas par ses trois coéquipiers olympiens. Éric Desjardins et Rod Brind'Amour avaient l'excuse d'une femme enceinte bientôt à terme, pas Eric Lindros, le capitaine aux Jeux olympiques de Nagano. Interrogé sur ce refus, le coach canadien Andy Murray a répondu de manière laconique : "[le manager général] Pat Quinn est en charge des négociations avec les joueurs." Pour les explications, mieux vaut s'en remettre à Carl Lindros. Celui-ci a déclaré à la presse que son fils était "vidé émotionnellement". Il a rappelé qu'Eric venait de se remettre d'une commotion cérébrale, après laquelle il était revenu au jeu après seulement un mois, délai plus court que les prescriptions de la plupart des médecins.

Le capitaine et premier centre restera donc Keith Primeau, et il démontre qu'il est digne de cet honneur. Après trois minutes de jeu, il signe un but qui est un véritable bijou. Il part de son camp, prend de la vitesse, feinte Chelodi en zone neutre puis le défenseur Insam, repique à la cage en évitant de justesse l'interception d'Oberrauch et glisse le palet sous Mario Brunetta à travers les jambes du capitaine italienne. Et que dire de Ray Whitney ? Dos au but, avec un défenseur sur le dos, il réussit à placer un tir du revers malin dans les filets. 2-0 en moins de cinq minutes !

Ces deux buts sont joli à voir et peu communs, mais l'habituel second gardien italien Mario Brunetta n'y a pas fait bonne figure. Ce grand gabarit couvre mal le bas de son filet et un gardien en style papillon n'aurait pas encaissé ces buts-là. De quoi se demander pourquoi l'entraîneur Adolf Insam a reposé son numéro 1 Mike Rosati. N'a-t-il pas cru son équipe battre le Canada, alors que cela aurait pu lui permettre de se qualifier à la place du pays du hockey ?

Pourtant, offensivement, l'Italie produit de belles choses. Bruno Zarrillo se permet même un grand point sur Glen Murray en zone neutre, mais le joueur des Kings de Los Angeles se venge en interceptant sa passe trop gourmande vers Orlando. Mais le défenseur Chris Bartolone surgit alors pour aider à récupérer le palet et Zarrillo évite la charge un peu aveugle de Rob Blake pour envoyer ses collègues en 2 contre 1 : passe d'Orlando pour la reprise acrobatique de Lucio Topatigh (2-1). Le "Falco di Gallio" buteur explose de joie et Adolf Insam lâche un "come on" sur le banc. Oui, les Italiens peuvent y croire !

Un point positif est qu'ils n'ont pas pris la moindre pénalité au premier tiers. Ça ne pouvait pas durer... Dès la reprise, un cinglage est sifflé contre Mario Chitarroni, qui prend une méconduite en plus pour la peine. À 5 contre 4, après un premier lancer de Nelson Emerson à la ligne bleue, c'est Trevor Linden qui décoche un slap tout aussi puissant quand le rebond revient dans le cercle gauche (3-1). Quatre minutes plus tard, la subtile passe de Steve Rucchin en zone neutre lance un 2 contre 1. Murray le joue parfaitement pour Todd Bertuzzi, qui attend que Brunetta se couche et le contourne facilement pour finir du revers en cage vide (4-1). Pourtant, 40 secondes plus tard, Armando Chelodi gagne une mise au jeu en zone offensive pour Leo Insam dont le lancer lointain et dévié passe entre les bottes de Potvin (4-2).

Même si l'Italie ne s'est peut-être pas donné les moyens de renverser complètement la table, le suspense est au moins maintenu pour la première place du groupe : le Canada a besoin de gagner par 2 buts d'écart pour rester devant la Slovaquie. Cela reste sur un fil dans un match ouvert où les deux équipes ont des espaces en jeu de transition. Mais ce sont les rouges qui les exploitent mieux. Brunetta bouge sa cage et interrompt un avantage numérique par une pénalité de retard de jeu. On joue à 4 contre 4 et les Italiens travaillent en zone offensive, mais le Canada part en contre-attaque au moment même où Bertuzzi a purgé sa peine et remonte sur la glace. C'est un 3 contre 1, une situation jouée comme sur tableau noir. Le revers de Bertuzzi offre une cage ouverte à Nelson Emerson (5-2). La première place est assurée.

Étoiles du match Hockey Archives : *** Chris Bartolone / ** Keith Primeau / * Todd Bertuzzi

Marc Branchu

Commentaires d'après-match

Larry Rucchin (attaquant de l'Italie) : "Je ne vois mon frère Steve qu'une ou deux fois dans l'année. La semaine passée a été agréable, je l'ai plus vu qu'au cours des quatre dernières années. Je suis vraiment fier de lui, il a fait du bon travail à Anaheim. Le voir jouer avec le Canada me donne envie de mieux jouer."

Trevor Linden (attaquant du Canada) : "C'est agréable de sentir qu'on aide son équipe et qu'on contribue à son succès. Bien sûr, nous voulions vraiment battre l'Italie et rester à Zurich, et non pas aller comme les Slovaques à Bâle."

Andy Murray (entraîneur du Canada) : "Nous aurons dès le premier match avec le Bélarus un adversaire imprévisible. Le tour intermédiaire qui se profile se compare aux playoffs, chaque match peut être décisif et dangereux. La moindre défaite peut coûter très cher. Mais nos chances sont identiques à celles des autres équipes de notre groupe. Nous sommes contents d'avoir bien joué et fini premiers, j'espère que nous progresserons encore. Nos joueurs de NHL ont toujours besoin de plus de temps d'adaptation que les autres. Rob Zamuner devrait être de nouveau apte à jouer après sa blessure à l'œil, même s'il portera une grille par sécurité. Mais même si on devait jouer avec des juniors, notre objectif serait le même : nous voulons toujours gagner."

 

Canada - Italie 5-2 (2-1, 2-1, 1-0)
Mardi 5 mai 1998 à 20h00 au Hallenstadion de Zurich. 2300 spectateurs.
Arbitres : Tor Olav Johnsen assisté de Panu Bruun et Stefan Danielsson
Pénalités : Canada 18' (10', 2', 6') ; Italie 12' (4', 6', 2').
Tirs cadrés : Canada 38 (14, 17, 7) ; Italie 29 (11, 10, 8).
Tirs non cadrés ou bloqués : Canada 33 (12, 14, 7) ; Italie 25 (9, 9, 7).

Évolution du score :
1-0 à 03'09" : Primeau
2-0 à 04'31" : Whitney assisté de Green et Dazé
2-1 à 18'51" : Topatigh assisté d'Orlando et Zarrillo
3-1 à 21'20" : Linden assisté d'Emerson (sup. num.)
4-1 à 25'45" : Bertuzzi assisté de Murray et Rucchin
4-2 à 26'16" : Insam assisté de Chelodi
5-1 à 44'25" : Emerson assisté de Bertuzzi et McCabe (sup. num.)
 

Canada

Attaquants :
23 Martin Gélinas (+1, 2') - 55 Keith Primeau (C, +1) - 16 Trevor Linden (A, +1)
44 Todd Bertuzzi (2') - 20 Steve Rucchin - 27 Glen Murray
24 Éric Dazé - 39 Travis Green (A) - 14 Ray Whitney
19 Nelson Emerson, 77 Chris Gratton

Défenseurs :
8 Bryan McCabe - 4 Rob Blake
26 Cory Cross (+1) - 3 James Patrick (+1)
25 Ed Jovanovski - 5 Gord Murphy
42 Mickey Elick

Gardien :
29 Felix Potvin

Remplaçant : 31 Jeff Hackett (G). Absent : 7 Rob Zamuner (coupure à la paupière).

Italie

Attaquants :
16 Bruno Zarrillo (+1) - 17 Gaetano Orlando (A, +1) - 27 Lucio Topatigh (A, +1)
12 Maurizio Mansi (-2) - 24 Mario Chitarroni (-1, 2'+10') - 21 Joe Busillo (-2)
71 Anthony Iob - 8 Armando Chelodi - 11 Roland Ramoser (C)
18 Alexander Gschliesser - 77 Markus Brunner (-1) - 22 Stefano Margoni

Défenseurs :
25 Chad Biafore (-2, 2') - 29 Christopher Bartolone (+1)
26 Lawrence Rucchin - 37 Michael De Angelis (-1)
5 Leo Insam (+1) - 4 Robert Oberrauch (+1)
6 Michele Strazzabosco - 23 Giovanni Marchetti (-1)

Gardien :
1 Mario Brunetta

Remplaçant : 33 Andrea Carpano (G). En réserve : 34 Mike Rosati (G).

en noir, la feuille de match officielle ; en rouge, les corrections de Hockey Archives

 

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