Russie - Finlande (6 mai 1998)

 

Championnats du monde 1998, deuxième tour, groupe F.

Le joker Morozov est passé par Helsinki... et le gardien Shevtsov par le tournoi B de Saint-Pétersbourg

Aleksei Morozov est arrivé à Bâle depuis Pittsburgh... via Helsinki. Le parcours peut sembler illogique mais s'explique par un accord entre la FHR et Finnair, qui permet à la fédération russe de commander des billets d'avion sur n'importe quel trajet en téléphonant simplement au bureau moscovite de la compagnie aérienne finlandaise, sans avoir besoin de payer cash à un guichet. Morozov a débarqué le jour du match. Dans la nuit de lundi à mardi, l'élimination de Colorado par Edmonton lors de la dernière série de playoffs NHL a libéré deux autres joueurs russes. Valeri Kamensky, qui souffre encore de l'épaule, a souhaité bonne chance à l'équipe mais ne viendra pas. En revanche, le vétéran Aleksei Gusarov devrait constituer un renfort important dans une défense un peu aux abois. Il avait de lui-même déclaré au staff son envie de venir et a rapidement donné son accord. Une demande de visa a été envoyée, mais le prochain match a lieu dès demain et le temps presse. Il ne sera donc déclaré que si la Russie se qualifie en demi-finale, comme d'autres éventuels jokers. La dernière place est en effet occupée pour l'instant par le jeune Daniil Markov, qui avait très hâte de se lancer après avoir guéri une légère blessure à la main.

Après deux rencontres défensivement ratées, la Russie a renversé la hiérarchie de ses gardiens. Podomatsky a cédé sa place. La semaine avant ce championnat, Oleg Shetsov n'était pas avec le reste de l'équipe à Stockholm, mais au tournoi de Saint-Pétersbourg qui oppose des sélections B et souvent juniors. À 26 ans, il était au milieu des jeunes, envoyé exprès là-bas pour se remettre dans le rythme après une blessure. Faire jouer tous ses gardiens est peut-être un choix avisé du staff russe. Shevtsov y avait battu la Slovaquie B (4-1)... et blanchi la Finlande B (5-0) avec une grande prestation.

Mais ce soir, c'est la grande Finlande. Elle a choisi d'ajouter l'attaquant Marko Tuomainen après la qualification d'Edmonton lors des play-offs NHL qui rendra indisponible l'arrière Niinimaa. Il faudra donc jouer la deuxième phase à seulement 6 défenseurs compte tenu de la blessure de Nummelin.

La Finlande a surtout fait grosse impression en powerplay lors de ses deux premières sorties. On se dit donc que les entraîneurs russes ont dû mettre en garde leurs joueurs sur l'indiscipline. Ou peut-être pas... Après 1'22", Aleksei Kudashov se relève d'une mise en échec infligée par Linna et passe sa vexation dans un coup de poing qui n'échappe pas à l'arbitre. Oleg Belov le rejoint en prison 46 secondes plus tard pour une crosse haute. À 3 contre 5, Dmitri Erofeyev en particulier se déplace très bien le long des passes finlandaises et les deux lancers de Kimmo Timonen ne trouvent pas la mire : l'un est hors cadre et l'autre dans la mitaine d'Oleg Shevtsov. La Russie se sort donc de ce mauvais pas, mais elle ne profite pas non plus d'une obstruction de Mäkiäho. Et quand le jeu revient au complet, c'est la quatrième ligne finlandaise qui frappe : Antti Törmanen met en échec Sergei Zhukov pour lui prendre le palet et centre de la droite pour Juha Ikonen dont la reprise à mi-hauteur passe au ras du poteau, côté plaque (0-1, 07'13").

Mais Shevtsov, qui a bénéficié des leçons particulières de Tretiak pendant qu'il était gardien remplaçant aux Jeux olympiques de Nagano, brille pour ses grands débuts en compétition internationale : il s'interpose devant deux puissants tirs à 4 mètres de Kari Eloranta qui a profité deux fois de suite des erreurs de Daniil Markov - dont la passe derrière la cage a été contrée par Ville Peltonen - et de Sergei Nemchinov - qui s'est emberlificoté avec le palet dans ses patins. Il est encore très solide face au puissant slap de Marko Kiprusoff sur passe en retrait de Raimo Helminen. Avoir retrouvé un gardien de confiance donne plus d'assurance à la Russie. Mais Jarmo Myllys n'est pas en reste en volant dans sa mitaine un but qui paraissait tout fait pour Aleksei Kudashov (image de gauche), un arrêt qui lui vaut une acclamation de la foule majoritairement finlandaise.

La Finlande s'empare de la possession en début de deuxième période. En avantage numérique après une rudesse de Kovalev, elle est longtemps coincée dans sa zone par le bon travail d'Oleg Petrov et Viktor Kozlov, mais la transition assurée par Helminen et Timonen est si rapide que Peltonen déborde sur l'aile gauche le lent Fokin et oblige Shevtsov à un nouvel arrêt déterminant. Le quatrième trio finlandais continue ses solides présences avec le travail de récupération dans les bandes et les passes de Törmanen, mais Ikonen se fait pénaliser dans cette zone offensive pour une obstruction sur Petrenko. Cette pénalité coûte l'égalisation : Sergei Berezin profite de l'écran posé par le gros Nazarov (qui bloque Kiprusoff) pour traverser la ligne bleue en évitant de trébucher sur la crosse de Helminen, puis en trompant Myllys d'un tir croisé, entre le bouclier et la botte (1-1, 28'56").

Après un cinglage de Nazarov sur Kapanen, la Russie confirme sa belle résistance en infériorité numérique, notamment quand Skopintsev se couche devant un lancer de Karalahti. Alors, au retour à cinq, Berezin remet ça : entré en zone sur le côté gauche, le sniper de Toronto prend un premier tir masqué par son défenseur (Niemi) puis prend son propre rebond et décoche aussitôt un autre lancer dans la lucarne opposée (2-1, 34'07"). La Finlande n'arrive toujours à proposer de lancer pendant les 2 minutes qui suivent une obstruction de Nemchinov et, pire, elle encaisse à 5 contre 5. Le premier buteur Ikonen a encore le mauvais rôle : c'est lui qui perd le palet en zone neutre face à Viktor Kozlov, dont le lancer excentré passe entre les bottes de Myllys (3-1, 38'43"). Shevtsov fait encore un arrêt face à une déviation à bout portant sur centre de Kapanen, puis, alors que la sirène s'apprête à retentir, Linna prend une pénalité inutile en chargeant Belov dans le dos.

La Sbornaïa revient donc sur la glace en supériorité numérique. Aleksei Kovalev en profite pour achever les Finlandais avec un tir bas du cercle droit en profitant de l'écran total appliqué par son capitaine Vitali Prokhorov devant Myllys (4-1, 41'04"). Les blancs ne semblent plus avoir d'espoir et perdent du temps par une charge contre la bande de Ruutu, mais au moment où cette pénalité prend fin, un surnombre russe - le troisième dans ce championnat ! - les relance. Le jeu de puissance finlandais ne peut pas rester stérile indéfiniment, et fait mouche par un slap rasant de Karalahti à mi-distance après une belle combinaison collective (4-2, 48'06"). Les batailles restent acharnées et les Russes y prendront encore deux autres pénalités - un cinglage de Nemchinov sur une bonne percée de Rintanen et une prise de judo moins utile de Kovalev sur Jokinen - histoire de souffrir encore un peu. Mais ils défendent activement, bloquent les angles et dégagent au besoin la vue de leur gardien, qui montre calme et concentration. Sa mitaine est sûre sur l'ultime menace que représente un envoi de la bleue de Karalahti.

La Russie a livré une prestation intéressante qui montre qu'elle peut jouer un rôle dans cette compétition. En plus d'indéniables qualités techniques, elle a montré de l'impact physique et un bon sens du sacrifice. Elle a aussi gagné un nouveau gardien titulaire. Mais elle est encore trop indisciplinée, ce qui peut être rédhibitoire. La Finlande n'est peut-être pas si bien armée. Quand les stars du premier bloc ne sont pas efficaces, il n'y a personne pour les relayer et le deuxième bloc n'a vraiment pas pesé ce soir. En plus, Myllys a de nouveau prouvé après Nagano que les Russes ne lui réussissent vraiment pas. Cette défaite l'envoie dans une poule difficile avec la Suède et le Canada.

Étoiles du match Hockey Archives : *** Sergei Berezin / ** Viktor Kozlov / * Raimo Helminen

Marc Branchu

Commentaires d'après-match

Piotr Vorobyov (entraîneur-adjoint de la Russie) : "Nous ne nous demandions pas qui ce serait mieux d'affronter dans la phase suivante. C'était important pour nous de jouer au maximum de nos possibilités pour voir nos forces et nos faiblesses dans un match contre un adversaire fort. Nous ne pensons pas que tout s'est bien déroulé, mais ce match, surtout la deuxième période, nous inspire de l'optimisme."

 

Russie - Finlande 4-2 (0-1, 3-0, 1-1)
Mercredi 6 mai 1998 à 20h00 à la St. Jakobshalle de Bâle. 6800 spectateurs.
Arbitres : Alex Dell assisté de Christian Oswald et Sergei Serdyuk
Pénalités : Russie 16' (4', 6', 6'), Finlande 12' (6', 4', 2').
Tirs cadrés : Russie 25 (9, 6, 10), Finlande 27 (7, 9, 11).

Évolution du score :
0-1 à 07'13" : Ikonen assisté de Törmänen
1-1 à 28'56" : Berezin assisté de Yushkevich (sup. num.)
2-1 à 34'07" : Berezin assisté de Kozlov et Kovalyov Petrenko
3-1 à 38'43" : Kozlov assisté de Petrov
4-1 à 41'04" : Kovalyov assisté de Prokhorov (sup. num.)
4-2 à 48'00" : Karalahti assisté de Helminen et Kapanen (sup. num.)
en noir, la feuille de match officielle ; en rouge, les corrections de Hockey Archives
 

Russie (2' pour surnombre)

Attaquants :
14 Vitali Prokhorov (C) - 13 Sergei Nemchinov (A, 4') - 27 Aleksei Kovalyov (+1, 4')
94 Sergei Berezin (+1) - 25 Viktor Kozlov (+2) - 62 Andrei Nazarov (2')
51 Oleg Petrov (+1) - 9 Aleksei Kudashov (+1, 2') - 24 Sergei Petrenko (+1)
15 Mikhail Sarmatin (-1) - 16 Aleksei Chupin (-1) - 95 Aleksei Morozov (-1)
29 Oleg Belov (2')

Défenseurs :
8 Andrei Skopintsev (-1) - 2 Dmitri Erofeev (-1)
3 Dmitri Yushkevich (A, +2) - 55 Daniil Markov (+1)
22 Sergei Zhukov (-1) - 6 Sergei Fokin (-1)
44 Marat Davydov (+1)

Gardien :
30 Oleg Shevtsov

Remplaçant : 1 Egor Podomatsky (G).

Finlande

Attaquants :
16 Ville Peltonen (C) - 14 Raimo Helminen - 22 Mikko Eloranta (2')
32 Jarkko Ruutu (-1, 2') - 18 Joni Lius (-1) - 37 Toni Mäkiaho (-1, 2')
25 Kimmo Rintanen - 12 Olli Jokinen - 24 Sami Kapanen (A)
29 Mika Alatalo - 23 Juha Ikonen (A, 2') - 15 Antti Törmänen

Défenseurs :
2 Marko Kiprusoff (-1) - 4 Kimmo Timonen (-1)
8 Kaj Linna (+1, 2') - 42 Jere Karalahti (+1)
9 Toni Lydman (-1) - 27 Antti-Jussi Niemi (-1)

Gardien :
35 Jarmo Myllys (2')

Remplaçants : 31 Ari Sulander (G), 33 Marko Tuomainen. Absent : 3 Petteri Nummelin (contusion au genou).

 

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