Russie - Suisse (7 mai 1998)

 

Championnats du monde 1998, deuxième tour, groupe F.

La Russie a chèrement payé sa victoire sur la Finlande car Aleksei Kudashov, touché au pied par un palet, a une fracture et est tellement enfilé qu'il ne peut même pas enfiler son patin. Mais la première place de poule lui offre un groupe présumé "facile" avec deux nations aux références internationales modestes, la Slovaquie et la Suisse, ce pays-hôte qualifié par miracle en fin de match face à la France. Dans le staff russe, on se méfie néanmoins. Les entraîneurs-adjoints Piotr Vorobyov et Zinetula Bilyaltedinov gardent de mauvais souvenirs de l'hiver, le premier à propos d'un match nul au dernier Mondial junior contre la Suisse du gardien David Aebischer, le second au sujet de la défaite en finale d'EHL contre les Autrichiens de Feldkirch entraînés par Ralph Krueger.

Or, l'équipe nationale de Suisse a été préparée par ce même Ralph Krueger, qui a titularisé dans les cages le jeune David Aebischer. Celui-ci a étonnamment peu d'arrêts difficiles restent rares tabt sa défense étouffe la talentueuse attaque russe. En pleine confiance depuis leur qualification face aux Français, les Suisses jouent avec une détermination jamais vue, luttent sur toute la glace et ne laissent aucun espace. Gênés dans leurs points forts, les Russes restent négligents défensivement et laissent des contre-attaques dangereuses, comme le 2 contre 1 de Claudio Micheli et Patrick Fischer à la quatorzième minute.

L'ambiance dans la patinoire est fantastique. Jeunes ou vieux, ni les spectateurs ni les spectatrices n'épargnent leurs cordes vocales. Quand la Suisse est à l'offensive, le bruit est tel qu'il était presque impossible de parler à son voisin de tribune. En deuxième période, alors qu'une pénalité de Peter Jaks (cinglage) vient de s'achever sans dommage, Marcel Jenni récupère le palet en zone neutre et Gian-Marco Crameri déborde Skopintsev par un tour de cage à pleine vitesse sur son revers. Pendant que Jaks occupe l'autre défenseur Fokin dans le slot, Jenni a tout le temps de contrôler le rebond et d'ajuster son tir sous le bras gauche de Shevtsov car le trio offensif Morozov-Petrov-Petrenko s'est trop peu impliqué ou trop naïvement positionné (0-1).

Les Russes ont déjà concédé deux fois l'ouverture du score dans ce tournoi, alors pourquoi pas une troisième ? Parce que la paresse défensive n'a qu'un temps ! Le patinage nonchalant d'Aleksei Kovalev au repli est le principal responsable de la situation de 3 contre 2 que convertir Crameri après une magnifique passe transversale de Jenni. Prokhorov contre pourtant le palet dans la crosse de Crameri, mais l'attaquant de Lugano réussit à le volleyer dans les airs pour un but magistral (0-2). Les artistes de la rondelle seraient-ils en blanc ce soir ? Les hommes de Krueger savent aussi employer le jeu physique, domaine où Martin Steinegger impose sa loi. Et il ne font pas de fioritures quand il s'agit de lancer au but de toutes leurs forces dès le passage de la ligne bleue, Streit et Kessler peuvent en témoigner mais les bottes de Shevtsov sont heureusement bien rembourrées.

Le troisième tiers débute par un troisième but suisse. Claudio Micheli intercepte une passe de Daniil Markov et décale parfaitement Patrick Fischer avec l'angle ouvert à droite (photo de gauche). 0-3, le score devient humiliant et la Russie commence enfin à passer la surmultipliée. Sergei Berezin repique depuis le coin, mais David Aebischer réussit un double arrêt de la crosse puis d'un réflexe de la botte. Le jeune gardien mérite bien l'ovation debout que lui réserve le public bâlois. Mais les maillots rouges se transforment ensuite en Pères Noël... Alors que son équipe est installée en zone offensive, Kovalyov se fait contrer par Gian-Marco Crameri, qui perd son face-à-face avec Shevtsov. Mais quand Skopintsev fait une passe transversale molle en zone défensive, c'est un jeu d'enfant pour Micheli d'offrir une seconde passe décisive en cage ouverte, pour Michel Zeiter cette fois (0-4).

La différence de buts peut avoir une grande importance dans ce tournoi et la Russie la réduit tardivement dans les cinq dernières minutes. Sergei Petrenko va chercher son propre rebond dans l'enclave et décale Oleg Petrov avec la cage vide (1-4). Viktor Kozlov faut voler la gourde d'Aebischer par un formidable tir du poignet dans la lucarne gauche (2-4).

Immédiatement après le match, 2000 supporters se dirigent vers le centre de Bâle pour fêter la victoire jusqu'à l'aube. La Suisse vient de réussir le plus grand exploit de son histoire internationale. Une victoire obtenue sans contestation, avec une incroyable énergie, qui se manifestait dans tous les duels et jusque dans le style très actif de son jeune gardien David Aebischer. Une équipe suisse moralement transformée a démonté une formation russe mentalement en déroute.

Étoiles du match Hockey Archives : *** Gian-Marco Crameri / ** Marcel Jenni / * Claudio Micheli et David Aebischer

Marc Branchu

Commentaires d'après-match

Ralph Krueger (entraîneur de la Russie) : "Après la victoire sur la France, il y avait un sentiment d'exaltation, et cela nous a donné une force supplémentaire. Les hockeyeurs russes, forts individuellement, ne se sentaient pas libres où que ce soit sur la glace, car tous nos joueurs jouaient comme une équipe unie. Ma philosophie : si on n'a pas la même attaque que l'adversaire, on ferme, on se concentre sur la défense et on attend. Tôt ou tard, l'adversaire fera une erreur et c'est notre chance. Le plus important est que les joueurs aient assez de patience pour agir ainsi tout le match. J'avais dit aux joueurs de jouer calmement et bien positionnés. Je n'aurais jamais imaginé que nous pourrions jouer aussi bien en défense pendant 60 minutes. Je pense que ce match contre la Russie était le meilleur de l'histoire de l'équipe nationale suisse. [...] Il faut maintenant oublier cette victoire et essayer de profiter de l'opportunité d'entrer dans le top 4. Il fait toujours oublier les résultats passés, positifs ou négatifs. Nous devons nous focaliser sur les matches à venir, c'est la seule voie possible. [...] Marcel Jenni veut toujours être le meilleur et ne sait jouer qu'à fond. À qui il me fait penser ? Il a des airs de Paul Kariya ! [...] Je recommande aux joueurs de parler d'autre chose ou même d'aller au cinéma. Seul existe dans nos têtes le prochain match contre les Tchèques, que nous voulons absolument gagner. Nous n'avions rien à perdre et nous vendrons chèrement notre peau. Les Tchèques sont mieux organisés en équipe que les Russes. Ils n'ont pas beaucoup de stars de NHL, mais c'est peut-être même leur plus gros avantage."

Marcel Jenni (attaquant de la Suisse) : "Je ne suis pas le meilleur joueur, toute l'équipe mérite les honneurs dans ces Mondiaux. Maintenant, nous espérons aller en demi-finales, alors il faudra bien vaincre encore une fois. J'ai regardé un moment la partie entre les Tchèques et les Slovaques, et je pense que la République tchèque évolue de manière plus compacte. Mais si nous jouons comme contre la Russie, nous pourrons battre les deux !

Vladimir Yurzinov (entraîneur de la Russie) : "Je savais que ce match ne serait pas facile. Dans les deux rencontres de préparation, la Suisse avait déjà été extrêmement physique et tenace. Nous avons scrupuleusement préparé le match, regardé les vidéos de la Suisse contre la Suède et la France. Mais malgré nos meilleurs efforts, on voyait qu'inconsciemment les joueurs se disaient qu'après tout, sans joueurs de NHL, ils avaient battu deux fois les Suisses. En arrivant dans un groupe plus fauble, les joueurs ont un peu soufflé... et je n'ai pas su changer leur état d'esprit, la défaite est ma faute. {...] L'équipe suisse a joué un match magnifique, très rapide et agressif du début à la fin. Je ne suis toujours pas satisfait de notre performance en supériorité numérique, car certains joueurs ont oublié qu'on peut marquer en tirant au but. En fin de compte, après le dernier match de poule contre les Finlandais, les joueurs étaient fatigués. Quand Morozov est arrivé de Pittsburgh, je ne savais pas dans quel état il était. Il s’avère qu'il est fatigué non seulement physiquement, mais aussi psychologiquement. Pareil avec Magnitogorsk. Regardez le Kazakhstan, où jouent sept représentants de cette équipe. Ils ont eu des difficultés et la compétition la plus importante de la saison pour eux était la coupe. Le plus gros problème ne réside pas dans cette équipe, mais dans tout le hockey russe. L'équipe ne s'est rassemblée qu'à la dernière minute. Si les intérêts de l’équipe nationale seront relégués au second plan, on peut s’attendre à des surprises similaires à répétition. Quand le sélectionneur est obligé de supplier un club pour se faire prêter un joueur quelques jours, on ne peut pas parler d'une phase de préparation normale."

 

Russie - Suisse 4-2 (0-0, 3-0, 1-2)
Jeudi 7 mai 1998 à 20h00 à la St. Jakobshalle de Bâle. 5500 spectateurs.
Arbitres : Thomas Andersson assisté de Christian Oswald et Sergei Serdyuk
Pénalités : Russie 8' (2', 2', 4') ; Suisse 14' (4', 6', 4').
Tirs cadrés : Russie 35 (11, 10, 14) ; Suisse 23 (8, 8, 7).

Évolution du score :
0-1 à 25'00" : Jenni assisté de Jaks et Crameri
0-2 à 31'32" : Crameri assisté de Jenni
0-3 à 41'17" : Fischer assisté de Micheli
0-4 à 51'58" : Zeiter assisté de Micheli
1-4 à 55'33" : Petrov assisté de Petrenko
2-4 à 56'28" : Vik. Kozlov assisté de Yushkevich et Morozov
en noir, la feuille de match officielle ; en rouge, les corrections de Hockey Archives
 

Russie

Attaquants :
14 Vitali Prokhorov (C, -2) - 13 Sergei Nemchinov (A, -2, 2') - 27 Aleksei Kovalyov (-2, 2')
95 Aleksei Morozov (+1) - 51 Oleg Petrov (2') - 24 Sergei Petrenko
94 Sergei Berezin (-1) - 25 Viktor Kozlov - 62 Andrei Nazarov
15 Mikhail Sarmatin - 16 Aleksei Chupin (2') - 29 Oleg Belov

Défenseurs :
8 Andrei Skopintsev (-1) - 2 Dmitri Erofeev (-1)
44 Marat Davydov (-2) - 6 Sergei Fokin
3 Dmitri Yushkevich (A) - 55 Daniil Markov (+1)
22 Sergei Zhukov (-1)

Gardien :
30 Oleg Shevtsov

Remplaçant : 1 Egor Podomatsky (G). Absent : Aleksei Kudashov (A, blessé au pied).

Suisse

Attaquants :
35 Sandy Jeannin (-1) - 15 Reto von Arx (-1, 4') - 11 Ivo Rüthemann (-1)
30 Marcel Jenni (+2) - 17 Gian-Marco Crameri (+2) - 13 Misko Antisin (+1)
8 Claudio Micheli (+1) - 24 Michel Zeiter (+2 +1) - 21 Patrick Fischer (+1, 2')
32 Franz Steffen - 18 Martin Plüss - 19 Peter Jaks (A, +1, 2')

Défenseurs :
7 Dino Kessler (A, -2, 2') - 16 Mark Streit
34 Martin Rauch (C, +1 +2) - 5 Patrik Sutter (+2)
2 Martin Steinegger (+1, 2') - 31 Mathias Seger (+1, 2')
27 Edgar Salis

Gardien :
40 David Aebischer

Remplaçant : 20 Reto Pavoni (G). Absent : 9 Mattia Baldi (opéré d'une fracture de la cheville).

 

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