Allemagne - Lettonie (10 mai 1998)
Championnats du monde 1998, poule de maintien.
Les voleurs de culotte se font blanchir
Les Allemands et les Lettons se sont croisés au premier tour... dans une anecdote de vestiaire qui aurait pu virer à la crise diplomatique. Après avoir repeint ses couleurs, Arturs Irbe avait laissé sa culotte de gardien sécher en dehors du vestiaire et était parti s'échauffer à l'entrée de la patinoire. George Kingston passa alors dans le vestiaire - qu'occupait la veille l'équipe d'Allemagne - et pensa que cette pièce d'équipement avait été oubliée par Peppi Heiss, un de ses gardiens. Il l'emballa et l'emporta donc. Quand les Lettons retournèrent au vestiaire, ce fut le branlebas de combat. On trouva le numéro de téléphone portable de Kingston, mais celui-ci l'avait éteint car il était déjà parti de Bâle vers Zurich en voiture. Une fois arrivé, il apprit le malentendu et réexpédia aussitôt la culotte à Bâle... où elle n'arriva que pour le dernier tiers de Lettonie-Kazakhstan. Irbe avait joué pendant deux périodes avec une culotte prêtée... par les Russes, qui furent ses anciens équipiers en équipe junior d'URSS !
Même si le patinage balte semble d'entrée bien supérieur, comme on le constate à chaque accélération d'Aigars Cipruss, l'Allemagne semble contrôler un peu plus le palet. Une première impression démentie quand Daniel Nowak et Didi Hegen se gênent dans leur zone, permettant à Vasiljevs de récupérer le palet et de le donner en retrait à Juris Opulskis dans l'axe de la ligne bleue. Son tir est alors parfaitemenet dévié par Aleksandrs Nizivijs entre les bottes de Seliger (0-1). Pour une fois, à son cinquième match, la Lettonie marque le premier but ! Et le deuxième n'est pas loin quand Opulskis échappe à Erich Goldmann dans le coin par un dribble avec la bande et repique sur la cage d'un Seliger vigilant.
L'Allemagne prend le dessus physiquement dans les duels et fint ses charges, mais celle de Goldmann sur Tambijevs à proximité directe de la bande est logiquement sanctionnée. À 5 contre 4, Znaroks reprend une passe de derrière la cage du défenseur offensif Ozolins et lève les bras... mais c'est du bluff car Marc Seliger a réussi un arrêt solide. L'avantage numérique letton est arrêté quand Semjonovs fait trébucher Leo Stefan derrière la cage... d'Irbe. À peine sorti, Goldmann retourne tout de suite en prison pour avoir accroché le bras de Znaroks. À 4 contre 4, Vitolins contre Draisaitl et envoie en échappée Znaroks, rattrapé par le plongeon désespéré de Mayer dans ses jambes, sans faute ! Au complet, les noirs semblent reprendre la maîtrise, et les supporters lettons essaient de redonner de la voix.
Une avalanche blanche déferle en plusieurs coulées dans les cinq dernières minutes du premier tiers. Dans un premier temps, le pare-avalanche Marc Seliger bloque le tour de cage de Belavskis puis, couché, a un réflexe de la botte pour parer le rebond de Sandis Ozolins ! Le défenseur de NHL s'est fait enlever un but tout fait, mais il se venge sur sa présence suivante : sa passe-abandon juste avant de percuter les deux défenseurs ouvre la voie à un beau tir du poignet d'Aleksandrs Kercs au ras du poteau (0-2). Rainer Zerwesz remporte - pour une fois - l'engagement qui suit, mais la Lettonie est très rapide en transition. Igors Bondarevs reçoit la passe en pivot de Tambijevs, contourne Goldmann qui se couche et sert en retrait Cipruss, qui bute sur Seliger... mais cinq secondes plus tard, Daniel Nowak dévie le palet dans son propre but en essayant d'intercepter du gant le palet envoyé de la bleue par Cudinovs ! Si c'est une maladressse, que dire de l'horrible perte de palet de Michael Bresagk en sortie de zone quand son équipe est en plein changement ? Laissé seul face à Znarok qui déboule, Seliger ferme les bottes... et le tir rasant du revers le longe du côté droit (0-4).
La Lettonie peut protéger son avance confortable. À la mi-match, alors que Bresagk est en prison pour avoir retenu Ignatovics, une passe de derrière la cage de Vitolins ricoche sur la crosse de Goldmann. Le gardien Seliger recule dans son but, un défaut qu'on lui voit parfois, a-t-il entraîné la rondelle avec lui ? Après appel au juge vidéo, l'arbitre reçoit une réponse négative. Maticins est ensuite pénalisé pour un cinglage sur Christoph Sandner, mais celui-ci ne réussit pas à se faire réparation : placé devant la cage sur un rebond en powerplay, il pousse bien le palet du patin mais n'arrive pas à tirer plus haut que le bâton d'Irbe couché au sol !
En souffrance, l'Allemagne n'arrive même plus à sortir de sa zone au début du troisième tiers-temps. Aigars Cipruss fait un une-deux avec Tambijevs pour embarquer le défenseur Goldmann et a alors le temps de prendre son propre rebond et de viser le faut du filet (0-5). Loin de se relâcher, la Lettonie déroule son hockey jusqu'à la fin dans une démonstration à sens unique. Pas toujours assuré dans ses premières interventions du jour, Irbe s'offre un blanchissage de plus en plus tranquille face aux "voleurs de culottes".
L'absence de deux jeunes joueurs a sans doute handicapé les Allemands. Jochen Hecht, fiévreux, déployait beaucoup d'activité. Mais c'est surtout en défense que l'absence du junior Sascha Goc, qui ressent des douleurs au cou depuis le coup subi contre les Américains, a été préjudiciable car sa paire avec Daniel Nowak (son partenaire à Schwenningen) tenait un rôle important. Le temps de jeu d'Erich Goldmann a dû encore gonfler mais il n'a pas confirmé sa bonne performance olympique et a été totalement dépassé par la vitesse d'exécution balte aujourd'hui.
Compte tenu du programme de la dernière journée, la Lettonie n'a pas encore assuré son maintien et l'Allemagne ne l'a pas encore perdu. Mais entre les deux équipes, il y a vraiment eu... une division d'écart.
Lors de la conférence de presse rituelle d'après-match, l'entraîneur canadien de l'Allemagne, George Kingston, se cache du photographe d'une agence de presse et ne cesse de se tourner ou de mettre la main devant son visage. Les journalistes allemands ne trouvent plus ça amusant du tout, ils sont consternés de cette scène qui ravive la honte de ce match.
Désignés joueurs du match : Jürgen Rumrich
et Artūrs Irbe ![]()
Étoiles du match Hockey Archives : *** Aigars Cipruss
/ ** Artūrs Irbe
/ * Sandis Ozoliņš ![]()
Marc Branchu
Commentaires d'après-match
Leonids Beresnevs (entraîneur de la Lettonie) : "Je suis satisfait à la fois du résultat et du match. Nous avons été performants aussi bien en défense qu'en attaque. Après 20 minutes, le sort du match était déjà scellé. On aurait juste souhaité une meilleure efficacité en supériorité numérique. [...] Comme les matchs d'aujourd'hui et de demain sont décisifs, il est difficile de parler de Tribuncovs. Ce joueur n'a pratiquement pas joué, donc dans ce genre de match, nous privilégions l'expérience. Nous avons rappelé aux gars les erreurs commises contre l'Italie dans nos lancements de jeu. Les défenseurs avaient gardé le palet et n'avaient pas fait de passes aux attaquants. Aujourd'hui, c'était déjà beaucoup mieux. Il y a eu des erreurs, mais les défenseurs ont essayé de lancer des attaques rapides."
George Kingston (entraîneur de l'Allemagne) : "Avant le match, j'ai rappelé à mes joueurs que la Lettonie nous avait écrasés en Finlande, que nous n'avions pas réussi à la battre lors des matchs amicaux. Nous devions jouer en équipe, et nous l'avons fait jusqu'à la 17e minute. Ces deux minutes ont décidé du sort du match. La Lettonie a une très bonne attaque, que nous n'avons pas su contenir, une fois de plus."
Peter Draisaitl (attaquant de l'Allemagne) : "Il nous manque tout simplement le potentiel nécessaire pour pouvoir rivaliser contre des équipes techniques comme la Lettonie."
Allemagne -
Lettonie 0-5 (0-4, 0-0, 0-1)
Dimanche 10 mai 1998 à 12h00 à Bâle. 1900 spectateurs.
Arbitrage de František Rejthar
assisté de Robert Jones
et Jim Garofalo
Pénalités :
Allemagne 16' (4', 6', 6') ;
Lettonie 12' (2', 8', 2').
Tirs cadrés :
Allemagne 20 (5, 11, 4) ;
Lettonie 40 (14, 8, 18).
Évolution du score :
0-1 à 02'35" : Ņiživijs assisté d'Opulskis et Vasiljevs
0-2 à 17'11" : Kerčs assisté d'Ozoliņš et Semjonovs
0-3 à 17'47" : Čudinovs
0-4 à 19'11" : Znaroks
0-5 à 43'32" : Cipruss assisté de Tambijevs
Allemagne
Attaquants :
10 Reemt Pyka (-1) - 28 Rainer Zerwesz (-2) - 88 Christoph Sandner (-1)
91 Florian Keller (-1) - 20 Jürgen Rumrich (A) - 11 Sven Felski (-1)
22 Andreas Lupzig (-3 -2, 2') - 17 Peter Draisaitl (-3 -2) - 13 Leo Stefan (-2 -1)
23 Dieter Hegen (C, -1) - 81 Mark MacKay (A, -1 -2) - 19 Christopher Straube (-1)
Défenseurs :
25 Daniel Nowak (-2 -3) - 36 Erich Goldmann (-2 -3, 6')
2 Michael Bresagk (-1) - 32 Stefan Mayer
12 Klaus Micheller (-2) - 21 Lars Brüggemann (-2 -1, 2')
Gardien :
40 Marc Seliger
Remplaçant : 1 Kai Fischer (G). Absents : 30 Joseph Heiss (G, adducteurs), 24 Sascha Goc (D, entorse cervicale), 29 Jochen Hecht (A, angine).
Lettonie
Attaquants :
11 Olegs Znaroks (C, +1) - 20 Harijs Vītoliņš (A, +1) - 18 Igors Pavlovs
21 Aleksandrs Kerčs (+1) - 27 Aleksandrs Semjonovs (+1, 2') - 9 Aleksandrs Beļavskis (+1)
24 Andrejs Ignatovičs (+2) - 29 Aigars Cipruss (+2) - 14 Leonids Tambijevs (+2, 4')
23 Juris Opulskis (+1) - 26 Herberts Vasiljevs (+1) - 71 Aleksandrs Ņiživijs (+2)
Défenseurs :
5 Igors Bondarevs (+2) - 17 Sergejs Čudinovs (+2, 2')
2 Rodrigo Laviņš - 28 Andrejs Maticins (A, 2')
7 Karlis Skrastiņš (+3, 2') - 8 Sandis Ozoliņš (+3)
Gardiens :
1 Artūrs Irbe
Remplaçants : 30 Juris Klodāns (G), 6 Atvars Tribunčovs (D). Absent : 4 Normunds Sējējs (D, ligaments du genou).
en noir, la feuille de match officielle ; en rouge, les corrections de Hockey Archives