Suisse - Slovaquie (10 mai 1998)
Championnats du monde 1998, deuxième tour, groupe F.
La journée des théories du complot (II)
Un point. Un tout petit match nul. C'est ce qui suffit à la Suisse pour battre une équipe slovaque qui se sait déjà éliminée et pourrait être déjà rentrée à la maison par l'esprit. Le début de rencontre semble conformer ce pronostic et Peter Jaks teste déjà Simonovič. Les blancs sont particulièrement indisciplinés. Après deux minutes, une charge avec la crosse de Jánoš permet un premier avantage numérique local et un tir dangereux de Patrick Fischer. Sekeráš (accrocher) relaie son coéquipier en prison... mais la meilleure occasion est pour les Slovaques en infériorité. La passe de Švehla saute néanmoins sur la crosse de Jánoš. Malgré cette petite frayeur, l'ouverture du score à mi-tiers coule de source. Marcel Jenni part de sa zone, dribble Peter Bartoš dans la neutre, passe la ligne bleue dans l'axe et décale sur sa droite Misko Antisin dont le slap à ras glace passe entre la botte de Simonovič et son poteau gauche (1-0).
La Nati continue à se montrer très active dans le jeu mais les spectateurs se figent quand un lancer de la bleue d'Ivan Droppa se loge dans les filets. Le but est pourtant refusé parce que Reto von Arx a bougé sa cage sans y être contraint, et sans être pénalisé pour autant. Les Slovaques sont outrés de la décision de l'arbitre allemand, mais ils finissent quand même par égaliser. Jozef Daňo déborde sur l'aile droite depuis son camp et remet le palet dans l'axe en entrée de zone. Ján Pardavý y remise pour Branislav Jánoš qui arrive en plein élan, fonce sur la gauche et offre une cage ouverte à Pardavý au poteau droit. La ligne de passe devant le but était totalement libre parce que Daňo est venu simplement pousser dans le dos Steinegger plus loin de la cage, et qu'Aebischer est peut-être resté un peu trop enfoncé sur sa ligne (1-1). Il reste moins de 100 secondes avant le retour aux vestiaires mais elles font trembler toute la Suisse. Sekeráš intercepte un dégagement aérien de Crameri juste avant la ligne bleue et René Pucher transmet le palet vers Roman Stantien seul au poteau droit, mais le palet envoyé fort s'envole sur la crosse de l'ailier droit alors qu'il est seul face à la cage vide.
Ces derniers instants l'ont prouvé, la nervosité a commencé à gagner les Suisses qui ont soudain peur de tout gâcher. Leurs passes se font imprécises, leurs gestes techniques sont mal assurés. À la reprise, un tir de Jasečko est dévié par le capitaine slovaque Zdeno Ciger... sur la barrre transversale. David Aebischer commence à être malmené par des Slovaques incisifs sur sa cage, mais le calme du jeune gardien est rassurant. La Slovaquie se défend encore avec acharnement et le bon retour de Stantien prive Jenni d'une échappée.
Le cinglage de Franz Steffen n'est pas gênant car le powerplay slovaque, toujours catastrophique, n'arrive pas à s'approcher de la cage. Les blancs sont meilleurs en infériorité, très impliqués pour tuer une double pénalité mineure de René Pucher pour crosse haute. L'entraîneur Ján Šterbák raccourcit son banc en sortant de la rotation sa quatrième ligne (Bartoš-Kapuš-Kropač à cet instant du match) pour forcer la décision. Une passe de derrière la cage de René Pucher sert Igor Rataj seul face à Aebischer, mais le gardien s'en sort avec l'aide de son défenseur Patrik Sutter. En fin de période, un tir de Daňo dévié par Pardavý frôle encore le poteau.
Encore vingt minutes à tenir pour les nerfs. Les encouragements du public motivent les joueurs suisses à la reprise, mais elle peut tout perdre sur une action anodine. Roman Stantien arrive ainsi de derrière la cage et surprend Aebischer avec un tir qui touche la transversale et retombe sur la ligne de but. Dernier frisson... La Nati reprend ensuite la main avec des occasions de Crameri, Rüthemann et Micheli, toutes arrêtées par Simonovič.
La Suisse est à son tour toute proche de gagner avec une énorme occasion à deux minutes de la fin. Bénéficiant d'une obstruction qui aurait pu être litigieuse d'Antisin sur Švehla (qui met trois secondes à se relever du choc), Marcel Jenni élimine l'autre défenseur Sekeráš d'un une-deux avec Gianmarco Crameri. Le but semble tout fait mais le tir de Jenni frappe le haut de la botte du gardien en grand écart puis la barre transversale ! Il faut donc trembler jusqu'à la fin, mais la Slovaquie n'arrive plus à entrer en zone offensive depuis longtemps et un ultime renversement de situation est devenu improbable.
Pendant que l'entraîneur Ralph Krueger enlace longuement son adjoint Bengt-Åke Gustafsson, la patinoire se lève en hurlant son bonheur : la Suisse est en demi-finale de ses Mondiaux ! Il y a néanmoins des gens qui veulent gâcher la fête : les journalistes russes. Ils se souviennent que leurs homologues helvétiques prédisaient le matin même un match arrangé entre Russes et Tchèques, et ils riposent donc en questionnant à leur tour la sincérité du résultat du soir qui satisfait les deux équipes (la Slovaquie termine septième en prenant un point et n'avait rien à gagner de plus avec une victoire). Mal leur en prend car cela met la presse locale dans une colère noire. Le chef de délégation slovaque Juraj Okoličány répliquera sans embages aux questions russes insistantes en zone mixte : "C'est injuste pour nos joueurs. Ils se sont battus de toutes leurs forces jusqu'à la dernière seconde. Nous avons pris la septième place, c'est le meilleur résultat du hockey slovaque en championnat du monde."
Étoiles du match Hockey Archives : *** Marcel Jenni
/ ** Jozef Daňo
/ * Gian-Marco Crameri
et Branislav Jánoš ![]()
Marc Branchu
Commentaires d'après-match (dans 24 heures pour les joueurs suisses) :
Ralph Krueger (entraîneur de la Suisse) : "Je tiens tout d'abord à féliciter l'équipe slovaque. C'était un adversaire redoutable, mais nos joueurs se sont battus avec acharnement. Le match a été palpitant et, jusqu'à la dernière seconde, l'issue restait incertaine. Ce fut un match terrible, je crois n'avoir jamais rien vécu de pareil. C'est un jour historique, que nous n'oublierons jamais de notre vie. Je voudrais me rappeler chaque seconde de la semaine que nous venons de passer... Nous avons joué dans ce tournoi ce qui devrait être le hockey de la Suisse à l'avenir, avec notamment une assise défensive formidable. Nous ferons tout pour une médaille. Pas question de fête ou de champagne... [Aux journalistes russes] Jamais, jamais je n'aurais à affronter ma conscience. Si une telle chose arrivait, je serais viré sur l'instant par le président de la fédération suisse. J'aurais agi pareil si j'avais vu les joueurs commencer à tricher. Accepter une collusion, c'est vous couvrir de boue pour le reste de votre vie, déshonorer vos enfants, votre mère. Je ne sais pas pourquoi vous me posez ces questions, car tout était entre les mains de votre équipe. En gagnant de deux buts contre les Tchèques, vous seriez en demi-finale."
Ján Šterbák (entraîneur de la Slovaquie) : "Dans un match de très haut niveau, la Suisse s'est qualifiée grâce à un match nul, je la félicite. Je tiens également à féliciter mes joueurs, ils ont très bien abordé la rencontre, même si le seul enjeu était le prestige. Dans ces quarts de finale, nous n'avons connu qu'un seul match plus difficile contre les Russes. Nous sommes éliminés en même temps que le Canada ou la Russie, donc nous rentrons chez nous satisfaits. J'ai répété plusieurs fois que notre objectif était de sortir de notre poule pour éviter de repasser par les qualifications à l'automne."
Peter Jaks (attaquant de la Suisse) : "Ralph nous a décomplexés, mais mieux encore, il nous a redonné cette fierté de porter le tricot rouge et blanc. Jusqu'ici, mon meilleur souvenir, c'était les JO de Calgary en 1988, mais maintenant, ce sera cette année. Ici, plus personne ne cherche à avoir sa tronche à la une des journaux. La star, ici, c'est l'équipe. Bon sang, je suis en train de vivre les moments les plus forts de toute ma carrière."
Martin Steinegger (défenseur de la Suisse) : "Dorénavant, nous attaquons le dessert. Sans avoir la boule à l'estomac, seulement pour le plaisir de s'empiffrer encore un peu. Ces dernières années, personne n'avait trop envie d'amputer ses vacances pour en prendre plein les gencives, tant sur la glace que dans les journaux. Inutile de s'en cacher, un séjour avec la Nati relevait quasiment de l'expédition punitive. Mais croyez-moi, après les évènements qui viennent de se produire, les joueurs vont se bousculer au portillon."
Patrik Sutter (défenseur de la Suisse) : "Krueger est l'entraîneur le plus fascinant que j'aie jamais côtoyé. Sa rhétorique vous ensorcelle. Du reste, quand il s'adresse à nous, le vestiaire est plongé dans un silence religieux. Le plus magique, chez lui, est son aptitude à convaincre. Ses paroles donnent l'impression qu'il vous tient en très haute estime, que vous êtes un rouage essentiel de l'équipe."
Suisse -
Slovaquie 1-1 (1-1, 0-0, 0-0)
Dimanche 10 mai 1998 à 20h00 à la St. Jakobshalle de Bâle. 7500 spectateurs.
Arbitres : Peter Slapke
assisté d'Anatoli Zakharov
et Andrei Vasko
Pénalités :
Suisse 6' (4', 2', 0') ;
Slovaquie 12' (6', 6', 0').
Tirs cadrés :
Suisse 27 (8, 7, 12) ;
Slovaquie 14 (7, 4, 3).
Évolution du score :
1-0 à 10'11" : Antisin assisté de Jenni et Steinegger
1-1 à 18'23" : Pardavý assisté de Jánoš et Daňo (sup. num.)
Suisse
Attaquants :
35 Sandy Jeannin (2') - 15 Reto von Arx - 11 Ivo Rüthemann
30 Marcel Jenni (+1) - 17 Gian-Marco Crameri (+1) - 13 Misko Antisin (+1, 2')
8 Claudio Micheli - 24 Michel Zeiter - 21 Patrick Fischer
32 Franz Steffen (2') - 18 Martin Plüss - 19 Peter Jaks (A)
Défenseurs :
2 Martin Steinegger (+1) - 31 Mathias Seger (+1)
34 Martin Rauch (C) - 5 Patrik Sutter
7 Dino Kessler (A) - 16 Mark Streit
27 Edgar Salis
Gardien :
40 David Aebischer
Remplaçant : 20 Reto Pavoni (G). Blessé : 9 Mattia Baldi (fracture de la cheville).
Slovaquie
Attaquants :
20 Zdeno Cíger (C) - 16 Jozef Stümpel - 22 Igor Rataj
17 René Pucher (4') - 19 Jozef Voskár - 27 Radoslav Kropáč [puis Stantien à 20'00"]
21 Branislav Jánoš (2') - 29 Jozef Daňo - 24 Ján Pardavý
26 Peter Bartoš (-1) - 28 Richard Kapuš (-1) - 13 Roman Stantien (-1) [puis Kropáč à 20'00"]
Défenseurs :
3 Jerguš Bača (-1) - 44 Róbert Švehla (A, -1)
25 Ivan Droppa (2') - 6 Ľubomír Višňovský (2')
7 Ľubomír Sekeráš (A, 2') - 8 Stanislav Jasečko
Gardien :
30 Miroslav Simonovič
Remplaçants : 2 Pavol Rybár (G), 4 Róbert Pukalovič (D, blessé à l'épaule). Absent : 15 Peter Pucher (blessé).