Rouen - Caen (23 octobre 1999)
Match comptant pour la treizième journée du championnat de France Elite.
Oui, c'est un fait, la foule présente samedi soir au centre Duchesne est heureuse comme en témoigne le rappel, exhaussé, "sur la glace", des Dragons. Le "gros game" allait se dérouler dans une patinoire archicomble. Il ne s'agissait plus d'établir la domination normande, mais la suprématie nationale. En effet, en ce début de saison les Normands descendants des Vikings finlandais (?) dominent le maniement du palet. Les Léopards, hélas, partaient amoindris. Mika Paananen et Ari Lehmusvuori sont forfaits. Du côté des locaux, seul, Benoît Groulx manque toujours.
Steven Woodburn lançait le premier avant que Ville Mikkonen tentât sa chance. Ensuite, ce fut une avalanche de pénalités attribuées de part et d'autre. Patrick Genest et Jimmy Provencher auraient pu marquer sur les différents avantages numériques. Dans la douzième minute, après une accélération de Patrick Genest, Benjamin Agnel, à gauche le long de la bande, parvint à passer la rondelle à Guillaume Besse qui, de près et en force, ouvrit le score sur la septième pénalité de la partie (1-0). Ensuite, ce fut un régal. Superbes, les joueurs des deux équipes allaient d'un but à l'autre avec rapidité et fluidité. Les deux gardiens, Phil Groenveld et Juha Virenius, géniaux, ont tout dévié. Que ce soit, d'abord face à Luc Chauvel, par deux fois (10' et 13'), se rappelant au bon souvenir de Guy Fournier. Puis, face à Jouni Lahtinen (14') et Pascal Margerit, lors d'un 3 contre 2 (15'). Et enfin face à Jason Melong (20'), le portier rouennais s'imposait avec brio. De même, l'excellent gardien des Léopards pouvait briller opposé à Patrick Caron (15' et 20'), Éric Pinard (16'), Éric Doucet sur le poteau (19') et Patrick Genest (20'). La pause pouvait arriver après le splendide spectacle offert au public par les deux meilleures équipes du moment.
À un bon shoot de Benjamin Agnel (22') répondait Jason Melong (24'). En supériorité, Éric Pinard de la gauche à la ligne bleue ouvrait diagonalement sur Éric Doucet lancé sur la droite. Il pénétra dans l'enclave jusqu'à la limite de zone du gardien et attendit que Juha Virenius se couchât. Son lancer, contré par le gardien finlandais, était repris par Patrick Genest qui plaçait le puck dans le filet (2-0).
Les Léopards allaient réagir car il leur fallait revenir au plus vite pour conserver une chance dans ce match. Les Bas-Normands ne mirent pas à profit une double supériorité de 54 secondes. Néanmoins, sur un avantage numérique complet, Jimmy Provencher suivait un bon slap de Jukka Ollila mais Phil Groenveld sortait vainqueur de ces duels (27'). Sur une nouvelle pénalité, inutile et sévère, un bon travail de Guillaume Besse et de Benjamin Agnel permettait à Petri Tuomisto de récupérer le caoutchouc. Il s'avança. Arrivé sur le rond d'engagement à gauche, il nettoya franchement la toile d'araignée de la cage caennaise sur un puissant et limpide lancer frappé (3-0).
Les visiteurs auraient pu revenir à la marque sur une tentative de Jouni Lahtinen (31'), cependant l'avant se heurtait au gardien rouennais qui écœurait à lui seul les offensives adverses. À partir de ce moment, on put voir les Léopards baisser un peu le pied. Moins en train à créer du jeu, les joueurs de Heikki Leime étaient dominés. À trois reprises, les Dragons ont eu l'opportunité d'aggraver leur avantage. D'abord par Eric Doucet (32'), puis par Franck Pajonkowski en échappée, seul, face au talentueux Juha Virenius (36') et enfin, par Benjamin Agnel, à la faveur d'une dernière minute de folie (40').
Les coéquipiers de Steven Woodburn commencèrent le dernier tiers en trombe grâce à Patrick Caron (42') juste avant que Pascal Margerit n'échouât sur Phil Groenveld (44'). Sur un nouveau jeu de puissance, à la suite d'un excellent travail entre Benjamin Agnel et Guillaume Besse, Patrick Genest en profitait pour inscrire son second but (4-0). Des lors, il n'y eut plus de match, l'ambiance des partisans retombait peu à peu. Bien sûr, il y eut encore des occasions mais elles étaient menées avec moins d'envie. Antti Boman partit en breakaway avec Stephen Dugas. Ils faisaient face au seul Juha Virenius qui parvenait à stopper, magistralement, leurs deux tirs consécutifs (47'). Jason Melong (48' et 54'), Stephen Dugas derechef, en échappée (49') et Franck Pajonkowski, lui aussi en break (48'), rataient leurs chances devant des geôliers parfois chanceux mais le plus souvent extraordinaires. Ce sont eux qui, en premier, assurèrent le spectacle dans cette dernière période.
"La Normandie est noire et jaune", pouvaient conclure les partisans. Ce fut un très bon match, surtout pendant la première demi-heure, hormis les dix dernières minutes, où l'on vit une bagarre lamentable et superflue, entre Steven Woodburn et Kai Rautio, provoquée par le seul désir du capitaine des Dragons. La qualité de la confrontation et des joueurs méritait une toute autre sortie. Ce devait être une partie pour Mika Paananen qui a terriblement manqué à la première ligne caennaise. Du coté des Léopards, Jason Melong fut le plus dangereux et le plus constant. On aura apprécié le très bon début de rencontre des avants Luc Chauvel et Jouni Lahtinen. Caen a joué quasiment avec quatre arrières, Olivier Vandecandelaere ne rentrant que très rarement sur la glace, où Vincent Bachet et Kai Rautio ont eu un bon rendement. Néanmoins, la défensive des coéquipiers de Jean-Christophe Filippin n'a craqué que lors des infériorités. Souvent, le talent de Juha Virenius aura sauvé les Léopards d'une défaite beaucoup plus large qui aurait été une punition imméritée.
Parmi les Rouennais, le gardien Phil Groenveld est aussi à vanter, assurant son troisième blanchissage, le deuxième d'affilée, depuis le début de la compétition. Le joueur phare est bien évidemment Patrick Genest, récoltant un point sur chacun des quatre buts. Benjamin Agnel fut en vue tout comme Patrick Caron et Éric Doucet. Pourtant les grosses satisfactions viendront de l'excellente défensive avec en chef de file Nemo Nokkosmäki. Les unités spéciales, dans les deux sens, auront dû satisfaire un Guy Fournier qui peut, maintenant, préparer sereinement les deux prochains déplacements de son équipe à Milan et surtout à Chamonix.
Thierry Frechon
Commentaires d'après-match (dans L'Équipe) :
Pascal Margerit (attaquant de Caen) : "Il n'y a rien à dire, cette fois les Rouennais ont été les plus forts. Nous avons toujours besoin de marquer un but pour entrer dans le match. Mais cette fois, il n'est pas venu. Rouen a été très opportuniste en marquant ses quatre buts en supériorité numérique. C'est le scénario inverse du match aller. Cela dit, nous n'avons pas le sentiment d'avoir été écrasés dans la mesure où ce ne fut pas, loin s'en faut, notre meilleure prestation cette saison. L'ennui, c'est que Rouen possède maintenant cinq points d'avance, et comme les points sont conservés jusqu'à la fin, ce sera dur de les rattraper."
Rouen - Caen 4-0 (1-0, 3-0, 0-0)
Samedi 23 octobre 1999 à 20h00 à l'île Lacroix. 3200 spectateurs.
Arbitres : MM. Colleoni, Rousselin et Bliek.
Pénalités : Rouen 22'+5'+20' à Woodburn, Caen 20'+10'.
Évolution du score :
1-0 à 11'45" : Besse assisté d'Agnel et Genest (sup. num.)
2-0 à 24'37" : Genest assisté de Doucet et Pinard (sup. num.)
3-0 à 29'47" : Tuomisto assisté de Genest et Besse (sup. num.)
4-0 à 34'20" : Genest assisté de Besse et Agnel (sup. num.)