Suisse - France (9 février 2002)

 

Match comptant pour le tour préliminaire des Jeux Olympiques 2002.

La rencontre démarre sur les chapeaux de roues et Maurice Rozenthal, bien présent après son forfait à la... cérémonie d'ouverture en raison d'une douleur au genou, s'élance immédiatement sur le but d'Aebischer, avant que les Suisses ne foncent en contre pour mettre les choses au point. La France se retrouve rapidement à cinq contre trois avec des pénalités et on craint qu'elle ne laisse passer cette occasion en or. Il reste cinq secondes à la première pénalité de Crameri quand Maurice Rozenthal s'impose au rebond d'un lancer de Bozon. Son tir ricoche sur le poteau, puis derrière Aebischer, avant de rentrer dans les buts suisses. Les Bleus peuvent exulter : ils savent combien il était crucial de briser le mythe Aebischer, qui restait sur deux blanchissages consécutifs à Colorado, dont un seulement la veille au soir, et qui apporte, à raison ou non, un supplément de confiance indéniable à ses partenaires. La France maintient les Suisses sous une pression physique constante, mais pêche par indiscipline : la pénalité de Treille est tuée, mais pas celle du capitaine Arnaud Briand. Cristobal Huet ne parvient pas à se saisir d'un lancer de Sutter, le palet échappe à son gant et parvient à son coéquipier de Lugano, Jean-Jacques Aeschlimann, qui égalise dans la cage ouverte. Sur de nouvelles prisons tricolores (charge dans le dos de Bachelet sur Conne - le malheureux attaquant suisse s'est fracturé la main sur l'action et son tournoi s'arrête ici - puis accrochage de Maurice Rozenthal), la défense française parvient à rester en place et Huet fait l'essentiel en déviant entre ses jambières un tir d'Aeschlimann, et plus tard en faisant barrage à un rebond suisse alors que le but semblait tout fait. Bien partis dans ce premier tiers, les Français ont ensuite commis des fautes inutiles qui ont permis à la Suisse de faire monter progressivement la pression et de mettre les Bleus dans l'étau.

Retrouvant concentration et discipline, les Bleus repartent du bon pied en deuxième période, menés par la vista de Treille et Meunier. À la vingt-cinquième minute, François Rozenthal, servi par Pourtanel, se trouve seul face à Aebischer qui gagne le duel. De nouveau, la partie bascule en faveur des Suisses qui portent le danger sur Huet. Seger est à deux doigts de dévier dans la cage offerte une passe de Von Arx au second poteau. Mais les Français, qui ont fait rentrer leur joker Guillaume Besse, ne se laissent pas désarçonner et jouent simple. Finalement, Maurice Rozenthal contre-attaque sur la gauche et passe du revers à Bozon qui redonne l'avantage aux tricolores. Malgré un dégagement manqué dont cherche à profiter en vain Björn Christen, Huet reste présent et sa mitaine capte impeccablement un lancer de Streit. Dans les toutes dernières secondes du tiers, alors qu'une pénalité différée est appelée contre Steinegger pour une charge avec la crosse sur Barin, les Bleus partent à deux contre un mais Zwikel échoue sur Aebischer.

Le jeu de puissance français tente beaucoup à la reprise, mais ne conclut pas, et prend ensuite une leçon de réalisme de son homologue suisse : dès les premières secondes d'une pénalité de Carriou, un tir de Sutter passe entre les jambes de Huet et est repris au second poteau par l'opportuniste Rötheli. Cristo évite ensuite le pire d'un superbe arrêt de la jambière, mais Aebischer n'est pas en reste et s'interpose devant un contre de Bozon. Il reste moins de neuf minutes à jouer quand Seger fait trébucher Bozon. Maurice Rozenthal concrétise la supériorité par trois tirs coup sur coup qui finissent par faire plier Aebischer. Mais les Français se mettent ensuite en difficulté sur une pénalité de Barin et ne parviennent pas à sortir le palet même après la rentrée sur la glace du joueur de Krefeld. Aeschlimann orchestre le jeu derrière le but, et Keller du coin de la zone décale Streit dont la puissante reprise, qu'il avait longuement travaillée à l'échauffement, trompe un Huet masqué par Jenni. Quel dommage que la discipline des Français n'ait duré que le temps du deuxième tiers : pour la troisième fois, elle leur a coûté leur avance. À trois minutes de la fin, Zwikel maîtrise mal sa crosse retenu par un adversaire, qui vient frapper le dessus du casque de Keller. Mais les Bleus se sortent de cette dernière infériorité, et, malgré un tir de Salis qui passe de peu à côté dans les dernières secondes, ils réussissent à tenir le score. Les deux formations peuvent avoir des regrets mais elles préservent l'essentiel en restant maîtresses de leur destin.

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match :

Ralph Krueger (entraîneur de la Suisse) : "La France nous a fait peur et nous a rappelé quelques mauvais souvenirs. Ça n'a pas été une partie facile et je crois que l'on doit souligner le caractère dont a fait preuve notre équipe, capable de remonter en trois occasions. L'entrée en matière difficile a conditionnée le reste du match mais nous avons toujours trouvé la force de réagir et c'est de bon augure avant d'affronter l'Ukraine. La situation reste complètement entre nos mains et, débarrassés de la pression du premier match, nous y jouerons dans des conditions mentales idéales."

David Aebischer (gardien de la Suisse) : "J'aurais pu mieux jouer ce soir, mais nous avons un point et ils ont une bonne équipe. Je pense que j'aurais dû arrêter le deuxième but, j'ai un petit peu levé ma jambière et il est rentré. C'est un des cinq ou six moins bons matches que j'ai joués cette saison. Je suis tout de même heureux de certains arrêts que j'ai fait, nous sommes toujours dans la course. Nous devons rester calmes et battre l'Ukraine. [...] Je connais tout le monde à part un ou deux joueurs, ça n'a pas été un problème de s'intégrer dans cette équipe. Seule le passage d'un règlement à un être m'a parfois laissé confus. Je me suis surpris à penser une ou deux fois qu'il y avait hors-jeu de ligne rouge qui n'existait pas, c'était le principal changement pour moi."

Flavien Conne (dont les Jeux s'achèvent sur blessure) : "Si j'en veux à Bachelet ? Mais non, je ne savais même pas qui m'avait fait cette mise en échec : on me l'a dit après, et ce n'est pas m'en prendre à lui qui changera quoi que ce soit. Son action n'a pas été particulièrement méchante, dure certes, mais comme il en arrive beaucoup dans le jeu. J'ai frappé la balustrade et les bras sont restés au milieu. J'ai vite compris que je m'étais cassé quelque chose parce que, dans le gant, les doigts de la main gauche ne répondaient pas. Je me suis levé et je suis rentré de suite aux vestiaires, sans même penser à qui m'avait chargé. [...] La déception est énorme, je tenais beaucoup à ces Jeux Olympiques, mais cette expérience gardera une importance particulière dans mes souvenirs, par l'atmosphère que j'ai pu ressentir pendant quatre jours à la patinoire et au village olympique, par la cérémonie d'ouverture. Ça s'est mal terminé, mais je veux regarder de l'avant : il me reste deux objectifs dans la saison, les play-offs et les championnats du monde."

Heikki Leime (entraîneur de la France) : "Il nous a seulement manqué un peu de patience contre une équipe sans conteste plus cotée que nous."

Philippe Bozon (attaquant de la France) : "Ce nul fait comprendre que l'on peut lutter pour la première place et que tout est possible. La France a montré qu'elle avait un bon groupe et une mentalité de vainqueurs.

Maurice Rozenthal (attaquant de la France) : "Je suis déçu de ce résultat, parce qu'à chaque fois que nous avons réussi à prendre l'avantage au score, ils sont revenus. Ils nous sont certes supérieurs techniquement mais je pense que nous avons su être plus présents. Nous aurions préféré une meilleure conclusion, mais nous sommes quand même contents de ce point."

 

Suisse - France 3-3 (1-1, 0-1, 2-1).

Samedi 9 février à 21h00 au E-Center de Salt Lake City. 8504 spectateurs.

Arbitrage de Rami Savolainen (FIN) assisté de Panu Markus Bruun et Eduard Odinsch.

Pénalités : Suisse 10' (4', 4', 2'), France 14' (8', 0', 6').

Tirs : Suisse 33 (14, 7, 12), France 21 (7, 2, 12).

Évolution du score :

0-1 à 02'50" : M. Rozenthal assisté de Bozon (double sup. num.).

1-1 à 10'26" : Aeschlimann assisté de Sutter (sup. num.).

1-2 à 25'46" : Bozon assisté de M. Rozenthal.

2-2 à 42'26" : Rötheli assisté de Sutter et Streit (sup. num.).

2-3 à 52'25" : M. Rozenthal assisté de Meunier (sup. num.).

3-3 à 55'20" : Streit assisté de Keller et Aeschlimann.

 

Suisse

Gardiens : David Aebischer.

Défenseurs : Olivier Keller - Mark Streit ; Patrick Sutter - Julien Vauclair ; Mathias Seger - Martin Steinegger ; Edgar Salis - Martin Höhener.

Attaquants : Martin Plüss - Patric Della Rossa - Flavien Conne ; Sandy Jeannin - Jean-Jacques Aeschlimann - André Rötheli ; Björn Christen - Ivo Rüthemann - Reto von Arx ; Marcel Jenni - Patrick Fischer - Gian-Marco Crameri.

Entraîneur : Ralph Krueger.

France

Gardiens : Cristobal Huet.

Défenseurs : Denis Perez - Allan Carriou ; Baptiste Amar - Vincent Bachet ; Benoît Pourtanel - Jean-François Bonnard ; Karl Dewolf.

Attaquants : Maurice Rozenthal - Arnaud Briand - Philippe Bozon ; Stéphane Barin - Jonathan Zwikel - François Rozenthal ; Richard Aimonetto - Yorick Treille - Laurent Meunier ; Anthony Mortas - Laurent Gras - Benoît Bachelet ; Guillaume Besse.

Entraîneur : Heikki Leime.

 

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