Ukraine - Suisse (11 février 2002)

 

Match comptant pour le tour préliminaire des Jeux Olympiques 2002.

Après son nul initial contre la France, la Suisse ne peut plus se permettre le moindre faux-pas et se doit au contraire de soigner sa différence de buts contre l'adversaire présumé le plus faible du groupe. Ils en ont l'occasion avec une première pénalité contre Ponirakovsky. C'est pourtant l'Ukraine qui ouvre la marque en contre-attaque par Oletsky qui trompe Aebischer en deux temps. Les Suisses sont très nerveux et un des nouveaux sélectionnés, le jeune Björn Christen, échange quelques marrons glacés avec Zavalnyuk. La supériorité numérique n'est décidément pas toujours un avantage dans ce match car c'est avec un homme de plus que Karpenko faillit se faire chiper le palet derrière sa cage par Rüthemann.

Ruslan Fedotenko est pénalisé à son tour pour avoir continué à jouer après avoir perdu son casque, violant ainsi le règlement intransigeant de l'IIHF. Le jeu de puissance suisse est toujours tenu à l'écart. Les initiatives des Helvètes se perdent dans les coins de la patinoire et leurs forces s'étiolent le long des bandes. Le renfort Fedotenko, arrivé pour ce match tout comme Varlamov, se retrouve en bonne position mais ne cadre pas son tir. Il concrétise toutefois sa bonne impression générale un peu plus tard en égalisant : sur un engagement en zone offensive gagné par Savenko, Fedotenko se place dans le dos des Suisses, réceptionne le palet et repique au centre pour battre Aebischer.

Premier évènement : la Suisse est menée 0-2 par l'Ukraine. Deuxième évènement : ce n'est pas du tout immérité, tant elle est étouffée par une équipe qui maîtrise bien son affaire. Il faut une inspiration luganaise pour relancer une formation en perdition : de derrière le but, Aeschlimann orchestre le jeu pour Jeannin qui réduit le score. Mais, après une supériorité numérique de nouveau inefficace, la Suisse est de nouveau mise en difficulté par le meilleur sens du jeu ukrainien, Chakhraïtchouk reprenant une belle passe transversale à trente secondes de la fin. Avertissement sans frais puisque la Suisse est sauvée par le poteau.

Mais elle encaisse un but improbable en début de deuxième période, quand le patin de Sutter dévie un tir de Varlamov dans ses propres buts. C'en est trop pour Krueger, qui sort alors Aebischer passé en un match et demi du rôle de messie à celui de vilain petit canard. À la vingt-neuvième minute, un tir de Rüthemann rebondit sur le poteau, puis sur le dos de Karpenko. Le gardien ukrainien plonge désespérément pour ressortir le palet, mais celui-ci avait nettement franchi la ligne, ce que le juge vidéo n'aura aucun mal à confirmer.

Une pénalité stupide (charge dans le dos de Patrick Fischer derrière la cage adverse) laisse les Ukrainiens à quatre contre trois. Une telle offrande ne se refuse pas, et l'Ukraine régale la maison par son jeu collectif aux petits oignons : une-deux entre Lytvynenko et Klymentyev, remise pour Chakhraïtchouk qui verse la sauce pour un 4 à 2 à savourer bien chaud. Le goût est amer pour les délicats palais suisses. Mais les apprentis-cuistots ont oublié d'éteindre le gaz, et Lytvynenko se voit infliger une double mineure pour un coup de crosse vicieux sur Seger. Mais même quatre minutes ne parviennent pas à dérider un jeu de puissance suisse au fond du trou.

Le monde s'écroule sur les Suisses en début de troisième tiers-temps. Surestimant le danger, Steinegger envoie le palet contre la balustrade, Bobrovnikov le récupère et son tir instantané est dévié par Oletsky devant un Martin Gerber aux abonnés absents. Seul Jean-Jacques Aeschlimann paraît à même de briller au sein d'une équipe plongée dans les ténèbres, mais sa contre-attaque en infériorité échoue sur Karpenko. Les dernières minutes sont marquées par une image spectaculaire : le talon de Ponikarovsky, en bascule au-dessus d'un défenseur suisse, frappe de plein fouet le visage de Salis, qui s'en sort sonné mais sans mal. On a ensuite droit à un joli numéro d'acteur d'Oletsky : chargé dans le coin, Sutter fait mine de ramener sa crosse et l'Ukrainien s'effondre théâtralement comme s'il avait été frappé. Ce jeu extrêmement forcé n'est pas du goût de M. Acheson qui envoie les deux acteurs réviser leur texte pendant deux minutes. Même sanction pour Youri Gonko, en retard sur son vis-à-vis Jeannin qui s'approchait du but (la Suisse sortira alors Gerber pour un 6 contre 4 infructueux). Le banc des prisons est ainsi plus fourni que les filets dans cette fin de match à oublier.

Dominée physiquement et tactiquement par un collectif ukrainien mieux éprouvé, la Suisse est quasiment éliminée et est en passe de rejoindre dans la charrette un compagnon de prestige, la Slovaquie. Elle a en effet été surprise par une étonnante équipe ukrainienne qui a bien mieux abordé son match, plus patiente et appliquée.

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match :

Ralph Krueger (entraîneur de la Suisse) : "Il va falloir repenser à tout cela une fois rentrés à la maison. Pour ce qui est du remplacement d'Aebischer, je n'ai rien contre lui, je voulais juste faire en sorte qu'il se passe quelque chose."

David Aebischer (gardien de la Suisse, remplacé en cours de jeu) : "J'étais concentré. Nous avons peut-être été malchanceux, et si j'avais sorti un grand arrêt cela aurait peut-être pu nous donner une chance de gagner, mais bon."

Patrick Sutter (défenseur de la Suisse) : "La déception est grande. Nous estimions être en mesure de faire beaucoup mieux. Pour moi, ce coup d'arrêt est le pire moment de ma carrière avec la rétrogradation de Munich en 1993. Nous avons mal joué pendant soixante minutes. Nous avons commis de nombreuses erreurs stupides, dues au manque de concentration parce que nous étions distraits par les attentes trop importantes placées en nous. Pour nous, c'est certainement plus facile quand n'avons pas à faire le jeu. C'est un moment difficile pour l'équipe. Nous devons revenir à tout ce qui a fait la force de cette équipe par le passé. Les joueurs, nous les avons."

Anatoli Bogdanov (entraîneur de l'Ukraine) : "Après notre défaite contre le Bélarus, nous nous sentions déçus. Mais nous avons joué aujourd'hui comme s'il s'agissait d'un match de play-offs, et cela nous a aidés à jouer de notre mieux."

Valeri Chiriaev (défenseur de l'Ukraine et de La Chaux-de-Fonds) : "Les Suisses m'ont beaucoup déçu, ils ont mal joué. Ils étaient éparpillés sur la glace et n'ont que rarement proposé des phases de jeu collectives."

Alekseï Ponikarovsky (attaquant de l'Ukraine) : "Nous étions mieux préparés ce soir qu'au match d'ouverture. Je pense que la ligne que je formais avec Fedotenkov et Varlamov a sans doute ajouté de la fraîcheur à notre jeu."

 

Ukraine - Suisse 5-2 (0-0, 0-0, 1-0).

Lundi 11 février 2002 à 16h00 au E-Center de West Valley City. 8387 spectateurs.

Arbitrage de Kevin Acheson (CAN) assisté de Petr Blümel (TCH) et James Garofalo (USA).

Pénalités : Ukraine 26' (10', 10', 6'), Suisse 18' (6', 4', 8').

Tirs : Ukraine 26 (9, 6, 11), Suisse 29 (9, 9, 11).

Évolution du score :

1-0 à 02'08" : Oletsky (inf. num.)

2-0 à 14'20" : Fedotenko assisté de Ponikarovsky

2-1 à 16'02" : Jeannin assisté d'Aeschlimann et Rötheli

3-1 à 21'19" : Varlamov

3-2 à 28'41" : Rüthemann assisté de Von Arx (sup. num.)

4-2 à 31'35" : Shakhraichuk assisté de Lytvynenko et Klymentyev

5-2 à 42'34" : Oletsky assisté de Bobrovnikov

 

Ukraine

Gardiens : Igor Karpenko.

Défenseurs : Vyacheslav Timchenko - Valeri Shiriaev ; Youri Gunko - Sergei Klymentiev ; Andreï Sryubko - Dmitri Tolkounov ; Vyacheslav Zavalnyuk

Attaquants : Vadim Slivchenko - Igor Shibirev - Roman Salnikov ; Bogdan Savenko - Vitali Lytvyenko - Vadim Shakhraïchuk ; Alekseï Ponikarovsky - Sergueï Varlamov - Ruslan Fedotenko ; Vladislav Sierov - Valentin Oletsky - Vassili Bobrovnikov.

Suisse

Gardiens : David Aebischer puis à 21'19" Martin Gerber (sorti de sa cage de 55'23" à 56'20").

Défenseurs : Edgar Salis - Patrick Sutter ; Olivier Keller - Mark Streit ; Martin Steinegger - Martin Höhener ; Mathias Seger - Julien Vauclair.

Attaquants : Sandy Jeannin - Jean-Jacques Aeschlimann - André Rötheli ; Martin Plüss - Patrick Fischer - Patric Della Rossa ; Björn Christen - Ivo Rüthemann - Reto von Arx ; Marcel Jenni - Gian-Marco Crameri.

 

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