États-Unis - Russie (22 février 2002)

 

Demi-finale des Jeux Olympiques 2002.

On a tellement évoqué le miracle sur glace de 1980 pendant ces Jeux qu'on a le droit à un deuxième remake. Vingt-deux ans jour pour jour après l'exploit de Salt Lake City, cette rencontre se déroule dans un contexte très particulier puisque les menaces de boycott de la fin des JO par les Russes (pour protester contre les jugements contestés en patinage et le contrôle positif de leur fondeuse Lazutina) n'ont été levées que quelques heures avant le coup d'envoi par le comité olympique russe, "par respect pour son équipe de hockey". Le ton est donné. Inutile après cela de préciser que la pression est à son comble et qu'elle dépasse sans doute un peu trop le cadre sportif. Ce sont deux nationalismes qui s'affrontent ce soir dans une rencontre qui devrait désigner le président qui s'invitera en finale pour faire sa pub. Bush ou Poutine ? On annonce la venue du "vainqueur". Faites vos jeux... On aimerait ne pouvoir penser qu'au jeu, qui s'annonce alléchant.

Les Américains dominent le début de partie en imposant un haut rythme et une grosse intensité physique. Un peu trop d'ailleurs sur une charge de Guerin dans le dos de Tverdovsky. Mais les Russes sont bloqués par un adversaire mieux organisé, plus solide et plus déterminé. Le jeu de puissance américain n'a par contre pas besoin de s'y reprendre à deux fois et Guerin concrétise logiquement la domination du pays organisateur. La Russie ne parvient pas à sortir la tête de l'eau et Nikolaï Khabibulin a déjà dû faire face à vingt lancers dans cette première période, alors que Richter n'a vu que quatre pauvres tirs.

Les Russes commencent timidement à réaliser quelques beaux mouvements dans le deuxième tiers-temps, mais Chelios s'impose physiquement dans son enclave pour faire avorter un une-deux de Fedorov et Afinogenov. Une pénalité contre ce dernier s'avère en fin de compte fatale : Young prend un rebond et le palet repoussé s'envole avant de retomber juste derrière la ligne. Fetisov demande alors un temps mort pour recadrer une équipe amorphe qui n'a pas l'air d'être dans son match. Même en supériorité numérique - Miller ayant retenu la crosse de Datsyuk - les Russes sont sous contrôle et ne peuvent pas prendre de bons lancers. En revanche, quand Zhamnov donne un coup de crosse sur le bras de Leetch, la supériorité porte ses fruits et Housley trouve la lucarne opposée pour le 3-0. Maîtres incontestés de leur zone, usant à merveille de leur jeu de puissance quand il s'agit de transposer la domination au tableau d'affichage, les Américains ont la mainmise sur la rencontre.

La seule chance des Russes est de réagir rapidement à leur retour sur la glace. C'est ce qu'ils font en onze secondes seulement. Le palet est envoyé dans le fond, rebondit contre la bande et revient sur Kovalev qui a devancé son défenseur Suter et qui redonne espoir à la Russie. Celle-ci retrouve la détermination qui lui faisait défaut et le jeu s'anime. on passe d'un but à l'autre pendant trois minutes et c'est Mike Richter qui craque sur un lancer lointain de Malakhov, alors que Khabibulin est impeccable. Les Russes se remettent à patiner et le match change complètement de visage, les Américains faisant ce qu'ils peuvent pour endiguer la déferlante. Pour Brett Hull, cela consiste à accrocher le bras de Yashin. Face au jeu de puissance russe, la défense américaine fait appel aux moyens de bord : le poteau tout d'abord, puis un incroyable arrêt-réflexe de la mitaine de Richter couché sur le dos, et enfin Roenick qui se couche devant un devant un deuxième rebond. Acculés, les Américains ont encore la force de lancer des contre-attaques, et Afinogenov doit faire trébucher Amonter pour l'empêcher de libérer la cage pour Hull. Le paratonnerre Khabibulin veille au grain et fait son office en infériorité, ce qui permet de maintenir le suspense jusqu'à la dernière goutte. Mais les efforts des Russes, rapidement revenus à 2-3, ne seront pas suffisants pour marquer ce dernier petit but si précieux.

Le réveil tardif "à la finlandaise" de la Russie n'a pas été couronné de succès. Si elle avait montré autant d'allant durant soixante minutes, il en aurait sûrement été tout autrement. Mais c'est l'équipe la plus régulière qui a été victorieuse, une formation américaine qui n'a faibli à aucun de ses matches et dont la qualification n'est donc que justice. Son duel face à une équipe canadienne poussive mais qui est montée en puissance tout au long de la compétition est des plus indécis. Accessoirement, les businessmen de la NHL peuvent se frotter les mains, NBC peut se délecter à l'avance de son audimat, et les Jeux peuvent du coup espérer le retour des professionnels en 2006. Bref, tout le monde il est content... Sauf la Russie et Poutine, qui a encore vu lui passer sous le nez un plan médiatique.

Marc Branchu

Commentaires d'après-match :

Herb Brooks (entraîneur des États-Unis) : "Les Russes ont fait un bon match, c'est juste que notre équipe a travaillé à un rythme élevé. Peu importe ce que j'ai dit au temps mort. J'ai déjà oublié. Il fait trouver un ou deux mots qui font référence aux concepts-clés évoqués [lors du camp olympique] en septembre pour provoquer certaines associations d'idées. L'important est qu'il y ait une réaction. Et elle a eu lieu. Dans les dernières minutes, ils attaquaient fort. Nous avons dû défendre. C'était comme une tempête, il faut tenir, ne pas plier."

Vyacheslav Fetisov (entraîneur de la Russie) : "Nous avons enfin joué notre jeu en troisième période, mais il était trop tard. Pendant deux périodes, les consignes n'ont pas été appliquées. Nous devions mettre plus de pression parce que le point faible de l'équipe américaine est la défense. Et nous sommes restés derrière au lieu d'attaquer. La préparation s'ést déroulée comme prévu, mais on n'a vu le développement qu'au troisième tiers. Nous avons été dominé aux tirs, mais la plupart n'ont posé aucun problème à Khabibulin. Nous avons défendu patiemment, mais je n'ai pas aimé la passivité de notre jeu. C'est pourquoi j'ai changé les lignes. [...] Ce n'est pas aux arbitres que j'en veux, mais à ceux qui ont signé l'accord qui prévoit des arbitres de NHL aux Jeux olympiques. Ce sont des professionnels, ils travaillent bien en NHL. Mais ils vivent ici et dans les moments critiques l'instinct lié à leur lieu de naissance resurgit. Deux Américains auraient dû recevoir des pénalités à mon avis. En deuxième période, Kravchukn a reçu une charge à la tête, l'arbitre m'a dit que c'était une charge de l'épaule mais dans les régles internationales tout coup à la tête est pénalisable. En troisième période, Chelios a attrapé et mis au sol Samsonov alors que nous attaquions le but. Imaginez une finale de Coupe du monde Brésil-Allemagne arbitrée par un arbitre professionnel allemand. Absurde ! La NHL dicte ses termes et tout le monde les accepte."

 

États-Unis - Russie 3-2 (1-0, 2-0, 0-2)
Vendredi 22 février 2002 à 16h20 au E-Center de West Valley City. 8599 spectateurs.
Arbitrage de Bill McCreary (CAN) assisté d'Antti Hämäläinen (FIN) et Jean Morin (CAN).
Pénalités : États-Unis 8' (2', 2', 4'), Russie 12' (2', 6', 4').
Tirs : États-Unis 49 (20, 18, 11), Russie 30 (4, 7, 19).

Évolution du score :
1-0 à 15'56" : Guerin (sup. num.)
2-0 à 27'31" : Young assisté de Housley et Leetch (sup. num.)
3-0 à 37'39" : Housley assisté d'Amonte (sup. num.)
3-1 à 40'11" : Kovalev assisté de Markov et Tverdovsky
3-2 à 43'21" : Malakhov
 

États-Unis

Attaquants :
Mike York (-1) - Jeremy Roenick (-1) - Scott Young (-1)
John LeClair (-1) - Mike Modano (-1) - Brett Hull (-1, 2')
Bill Guerin (2') - Doug Weight - Adam Deadmarsh
Chris Drury - Brian Rolston - Tony Amonte

Défenseurs :
Gary Suter - Chris Chelios (C, 2')
Brian Leetch - Aaron Miller (2')
Phil Housley (-1) - Brian Rafalski (-1)
Tom Poti

Gardien :
Mike Richter

Remplaçants : Mike Dunham (G), Keith Tkachuk. Non aligné : Tom Barrasso (G).

Russie

Attaquants :
Valeri Bure (+1) - Alexeï Zhamnov (+1, 2') - Pavel Bure (A, +1, 2')
Maksim Afinogenov (2') - Aleksei Yashin - Andrei Nikolishin (4')
Ilya Kovalchuk - Sergei Fedorov (+1) - Sergei Samsonov (+1)
Pavel Datsyuk - Igor Larionov (C) - Aleksei Kovalev (+1)
Oleg Kvasha

Défenseurs :
Vladimir Malakhov (+1) - Boris Mironov (+1)
Darius Kasparaitis (A, 2') - Sergei Gonchar
Daniil Markov (+1) - Oleg Tverdovsky (+1)
Igor Kravchuk

Gardien :
Nikolaï Khabibulin [sorti à 59'15"]

Remplaçant : Egor Podomatsky (G). Non aligné : Ilya Bryzgalov (G).

 

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