France - Norvège (17 avril 2003)

 

Match comptant pour la troisième journée des championnats du monde 2003 de division I, groupe B.

Ça y est, c'est le jour J. Voilà le grand match qui attend l'équipe de France face à l'épouvantail norvégien. Elle se présente au complet pour ce rendez-vous, avec Laurent Gras pourtant fiévreux, à cause d'une légère épidémie de grippe qui a également atteint les Britanniques, et avec Fabrice Lhenry de retour dans les cages.

Yorick Treille est pénalisé dès la première minute de jeu, et Espen "Shampo" Knusten peut endosser sans plus tarder le rôle de maître d'œuvre du jeu de puissance norvégien. Comme sa saison a été perturbée par une blessure au poignet, il revient frais comme un gardon pour ce tournoi après un mois sans jouer et se voit accorder un imposant temps de glace, notamment en supériorité numérique. À la manœuvre, il trouve une brèche pour envoyer Mats Trygg seul face au but, mais celui-ci tire au-dessus. Après cinq minutes de jeu, on assiste à un slalom impressionnant de Trond Magnussen, à l'issue lequel Dostal est sanctionné pour cinglage, ce qui laisse les Français à trois pendant plus d'une minute.

C'est clair, et on s'y attendait, les meilleurs joueurs sur la glace sont norvégiens. Mais François Rozenthal, remarquable, brouille les cartes, car la défense adverse est dépassée à plusieurs reprises par ses qualités de patinage. Le tournant du match a lieu - déjà - après treize minutes de jeu. Per Åge Skrøder part en breakaway pendant un changement de lignes français, mais il échoue sur Lhenry. Sur la contre-attaque, un tir anodin de Dewolf trompe Wiberg, masqué (1-0 à 13'19").

Une obstruction d'Aaby et une charge dans le dos de Mads Hansen (2'+10') offrent à l'équipe de France une minute et demie de double supériorité numérique. Ce que la Norvège n'avait pu faire, les Bleus peuvent le réaliser, et effectuer ainsi le hold-up. Ils cherchent le jeu parfait, mais leurs actions avortent sur une mauvaise passe. Mais lorsque le danger se rapproche, Knutsen se rend coupable d'une crosse haute et finit à son tour en prison. La période de cinq contre trois est prolongée, et l'occasion devient immanquable. C'est encore Karl Dewolf qui concrétise par un beau lancer en lucarne (2-0 à 19'30"). À dire vrai, l'avantage de deux buts ne reflète pas complètement la physionomie du premier tiers-temps, mais on ne va pas s'en plaindre.

Face à une équipe de Norvège qui aime bien jouer défensivement et préserver son avantage, cette configuration est en effet idéale. Les imperturbables Scandinaves vont être obligés de se découvrir. Mais l'arbitrage assez tatillon, qui siffle la moindre petite entorse au règlement, n'est pas propice aux plans des Norvégiens. Ceux-ci s'énervent, notamment sur deux plongeons de Treille, le premier franchement simulé, le second sur une faute plus nette. Au milieu de ce jeu haché, les meilleures actions norvégiennes sont des déviations devant le but. Mais Fabrice Lhenry, à part quelques petits rebonds lâchés, est très solide dans sa cage Il frustre notamment Skrøder, échappé pour la seconde fois du match.

Peu entreprenante depuis qu'elle mène au score, la France n'est pas encore à l'abri, et elle serait bien inspirée d'inscrire un troisième but. Sitôt dit, sitôt fait : en deux contre un, Treille temporise puis accélère soudainement son mouvement de crosse avec une feinte qui laisse Wiberg pantois (3-0 à 43'31"). Malheureusement, le précieux Yorick prend aussi beaucoup de pénalités, quatre au total dans le match dont deux assorties de dix minutes de méconduite.

Mais les fautes malvenues ne sont pas l'apanage des jeunes joueurs français, puisque Magnussen et Knutsen font de même et transforment ainsi une supériorité norvégienne en infériorité. On attendait des stars norvégiennes qu'elles soient des leaders ailleurs qu'en prison, mais elles ont été surprises par un arbitrage - américain ! - bien plus sévère qu'en NHL ou en DEL... ou que n'importe où ailleurs, après tout. L'influence de l'arbitrage a été grande, sans qu'il avantage l'une ou l'autre des formations d'ailleurs. Le problème est que les Norvégiens se sont laissés perturber par l'avalanche de pénalités. Ils se sont finalement retrouvés à guetter les coups de sifflet qui pourraient leur amener une situation favorable. Pas vraiment l'attitude d'une équipe sûre de son hockey.

La Norvège n'a plus d'autre choix que de tenter le tout pour le tout. Joakim Wiberg se dirige une première fois vers le banc pendant une supériorité numérique, avant de réintégrer ses cages lorsqu'un arrêt de Lhenry aboutit à un réengagement en zone offensive. Mais la mise au jeu est bien gagnée par les Norvégiens et le lancer de Nørstebø est dévié devant le but par Per Åge Skrøder, qui compense ses deux échecs solitaires (3-1 à 53'01"). Il reste sept minutes à jouer qui promettent d'être stressante, surtout que Dewolf écope d'une pénalité contestable. Arnaud Briand part en contre mais ne saura pas descendre le rythme cardiaque des Français. L'important est cependant qu'il n'y ait pas de coup au cœur provoqué par une mauvaise surprise norvégienne.

À un peu plus de deux minutes de la fin, Magnussen s'échappe dans l'axe et Bachet est contraint de l'accrocher. Roy Johansen demande un temps mort et sort son gardien pour jouer à six contre quatre, mais les Français récupèrent le palet et Gras remonte la glace avant de centrer en retrait pour Benoît Bachelet qui marque en cage vide (4-1 à 57'56"). On croit la victoire assurée et on se relâche, mais Marius Trygg ramène tout le monde sur terre en marquant à son tour (4-2 à 58'37"). Wiberg ressort, mais les Bleus gèrent bien ces derniers instants.

Le légendaire calme scandinave n'a pas survécu aux circonstances, contraires au plan espéré. Les Norvégiens ont manqué de tactique et de discipline, ne parvenant pas à exploiter leur talent. La presse norvégienne n'en avait que pour son "Shampo" (avec un 'o', à la norvégienne, contre deux à l'américaine) à chaque fois qu'elle évoquait ce championnat du monde. Mais, pour le premier match-test, Espen Knutsen, le joueur de Columbus qui a disputé un All-Star Game de NHL en 2001, n'a pas su être déterminant. Ce fils de coiffeur, qui vantait les mérites d'un shampooing à l'époque où il arborait une longue crinière, a pris trois pénalités : la première a amené le deuxième but français, les deux autres ont fait avorter des situations de supériorité numérique pour son équipe. Shampo va-t-il se faire passer un savon ?

Pour battre l'ogre norvégien, la France n'a donc finalement pas eu à sortir le grand jeu. Elle a surtout fait preuve de sérieux et provoqué sa réussite. Pour sa part, Fabrice Lhenry a prouvé à ceux qui en doutaient que les Bleus peuvent gagner sans Cristobal Huet. Reste maintenant à négocier les deux derniers obstacles que sont l'Estonie et l'Italie, car il serait dommage d'avoir battu un tel adversaire pour rien.

Meilleurs joueurs du match : Fabrice Lhenry pour la France et Tore Vikingstad pour la Norvège.

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match (dans l'Équipe)

Heikki Leime (entraîneur de la France) : "C'était dur pour les deux équipes. L'arbitre était bizarre, un Américain aux décisions parfois incompréhensibles, il était très difficile de s'y adapter. Les gars ont montré beaucoup de caractère et, en même temps, une rigueur nordique. C'est la victoire du cœur, de Gaulois disciplinés. Quand j'ai vu que Laurent Gras, malgré une grippe tenace, décidait de tenir sa place à cinq minutes du coup d'envoi, j'ai eu l'indication de la formidable volonté de tous les membres de l'effectif."

Roy Johansen (entraîneur de la Norvège) : "C'est difficile de s'ajuster à la sévérité d'un arbitre quand vous ne pouvez pas déterminer les raisons pour lesquelles il siffle à un moment et pas à un autre."

 

France - Norvège 4-2 (2-0, 0-0, 2-2)

Jeudi 17 avril 2003 à 13h30 au Dom Sportova de Zagreb. 950 spectateurs.

Arbitrage de Bradley Albers (USA) assisté d'Anders Karlberg et Ansis Eglitis.

Pénalités : France 52' (4', 12', 14'+10'+10'), Norvège 34' (8'+10', 10', 6').

Tirs : France 31 (15, 4, 12), Norvège 35 (9, 14, 12).

Engagements : France 43 (17, 16, 10), Norvège 36 (9, 10, 17).

Évolution du score :

1-0 à 13'19" : Dewolf assisté de Bachet et Treille

2-0 à 19'30" : Dewolf assisté de Rozenthal (double sup. num.)

3-0 à 43'31" : Treille assisté d'Amar

3-1 à 53'01" : Skrøder assisté de Nørstebø et Vikingstad (sup. num.)

4-1 à 57'56" : Bachelet assisté de Gras (inf. num., cage vide)

4-2 à 58'37" : Mar. Trygg assisté de Knutsen et Hansen (sup. num.)

 

France

Gardien : Fabrice Lhenry.

Défenseurs : Vincent Bachet - Karl Dewolf ; Baptiste Amar - Jean-François Bonnard ; Allan Carriou - Nicolas Pousset ; Lilian Prunet.

Attaquants : Richard Aimonetto - Laurent Gras - Benoît Bachelet ; Laurent Meunier - Anthony Mortas - Yorick Treille ; François Rozenthal - Jonathan Zwikel - Brice Chauvel ; David Dostal - Arnaud Briand - Xavier Daramy ; Yven Sadoun.

Remplaçant : Patrick Rolland (G).

Norvège

Gardien : Joakim Wiberg (sorti de sa cage de 57'46" à 57'56" et de 58'37" à 60'00").

Défenseurs : Svein Enok Nørstebø - Tommy Jakobsen ; Mats Trygg - Anders Myrvold ; Erik Ryman - Martin Knold ; Johnny Nilsen.

Attaquants : Kjell Richard Nygård - Tore Vikingstad - Trond Magnussen ; Marius Trygg - Espen Knutsen - Per Åge Skrøder ; Snorre Hallem - Mads Hansen - Henrik Aaby ; Lars Peder Nagel - Ole Eskild Dahlstrøm - Tommy Marthinsen ; Marius Holtet.

Remplaçant : Bjorge Josefsen (G).

 

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