Amiens - Grenoble (7 avril 2004)

 

Finale aller du Super 16.

Après s'être débarrassés relativement facilement de leurs adversaires en demi-finale (3-0 face à Brest et Anglet), Grenoble et Amiens se retrouvent logiquement en finale avec comme enjeu la coupe Magnus. L'affiche, prévisible, est la même qu'en 1998 - Grenoble avait remporté son quatrième titre cette année-là - mais on regrettera la formule pour le moins bancale de cette finale jouée au meilleur des deux manches sans tenir compte de la différence de buts, essentiellement pour des besoins de retransmission télévisuelle. Les Brûleurs de Loups, premiers de la saison régulière, font office de favoris d'autant plus qu'ils mènent dans les confrontations directes face à Amiens cette saison (une victoire et un nul). Mais le fait de débuter à domicile place les Gothiques dans les meilleures dispositions possibles.

L'arbitre M. Bergamelli donne le ton de la rencontre en sanctionnant Luc Chauvel après seulement dix-huit secondes de jeu. Le message est clair envers ceux qui auraient des velléités de faire dégénérer la rencontre. Les Brûleurs de Loups mettent du temps avant de pouvoir installer leur jeu de puissance et seul un tir de Benoit Bachelet en fin d'avantage numérique vient inquiéter Mindjimba. Dès le retour du capitaine amiénois sur la glace, les Gothiques profitent d'un relâchement grenoblois et Denis Perez adresse de sa zone une longue passe millimétrée à Brice Chauvel qui s'échappe entre Gachet et Fougère pour défier Rolland. Le gardien grenoblois effectue le premier arrêt mais Chauvel reprend de volée son propre rebond et ouvre le score (1-0, 02'27"). Début de match idéal pour Amiens qui sait à quel point son adversaire est vulnérable lorsqu'il doit courir après le score. Confirmation dans les minutes qui suivent car les Grenoblois essaient confusément de prendre le jeu à leur compte mais sont systématiquement contrés dans leurs sorties de zone par des Gothiques parfaitement en place. Amiens remporte haut la main la bataille de la zone neutre en prenant les Brûleurs de Loups à leur propre jeu. La première pénalité grenobloise du match est infligée à Stéphane Gachet pour une charge une peu haute. Sur le jeu de puissance installé par les Gothiques, Fabien Leroy est tout près de marquer en déviant une passe de Gras. Rozenthal échoue à plusieurs reprises sur Rolland mais les Grenoblois parviennent à tuer la pénalité. Le scénario du début de rencontre faillit bien se répéter, en faveur de Grenoble cette fois, lorsqu'Amar adresse une longue passe à Kaartinen en échappée, mais ce dernier ne parvient pas à se débarrasser totalement des ses défenseurs et bute sur Mindjimba. La fin du tiers est 100% picarde avec un festival de mauvaises passes pour Grenoble, et il s'en faut de peu pour que Mickaël Brodin de près, Perez de la bleue ou encore Lefranc tout seul ne doublent la mise pour les locaux.

L'addition aurait pu être plus salée en première période pour Grenoble, et Jesse Saarinen tente de remettre ses coéquipiers dans le bon sens avec des montées de palet rageuses, mais à chaque fois Mindjimba est très bien placé sur les lancers. Ses compatriotes Forsell et Tuominen l'imitent en y allant également de leur tir sur Mindjimba, signe d'un réveil grenoblois. Mais cette prise de risque offensive libère des espaces aux fusées amiénoises qui s'en donnent à cur joie, à l'image de Laurent Gras qui déborde côté droit puis tire sur Rolland qui capte le palet sans rebond. Josef Podlaha, très discret jusqu'à présent, se signale d'un tir de la bleue bien timide, et Grenoble s'en remet bien souvent à ses défenseurs (Amar puis Fougère) pour titiller Mindjimba de loin. Avec le buteur du jour en prison, les Brûleurs de Loups bénéficient d'une nouvelle opportunité d'égaliser mais ce second power-play est aussi brouillon que le précédent et les Gothiques passent deux minutes très tranquilles. La réaction grenobloise de début de tiers est oubliée et Amiens campe à nouveau dans la zone grenobloise, se créant des occasions notamment par Fred Brodin côté droit et un rebond de Brice Chauvel suite à un tir de Gras. Jukka-Pekka Holopainen se fait sanctionner 2'+10' pour une charge dans le dos et le duo Zwikel-Rozenthal tente de faire la différence sur le jeu de puissance, sans succès. Grenoble bénéficie à son tour d'une situation d'avantage numérique mais celle-ci est écourtée par un coup de poing de Forsell sur Mortas. Laurent Gras lance un premier avertissement à une défense grenobloise bien passive : il efface Stéphane Gachet, tire sur Rolland et parvient à récupérer son rebond derrière la cage pour une deuxième tentative. Grenoble s'en sort bien mais sur l'action suivante, Jonathan Zwikel adresse une longue passe transversale à François Rozenthal qui déborde Fougère avant de remporter son face-à-face avec Rolland en glissant le palet sous la barre (2-0, 36'40"). Gérald Guennelon tente d'apporter un peu de fraîcheur à son groupe en faisant rentrer Christophe Tartari à la place de Xavier de Murcia. L'effet escompté ne se produit pas et Mathieu Jestin parvient encore à profiter des largesses de la défense iséroise avant d'échouer sur Rolland. Les Grenoblois sont dépassés par la vitesse de leurs adversaires, à l'image de Roland Fougère contraint de commettre une faute sur Brice Chauvel. Les Gothiques terminent le tiers en supériorité numérique et les frères Chauvel auraient même pu corser l'addition sans un Rolland au four et au moulin.

Une glissade de Rolland sur un tir vicieux de Bachet fait craindre le pire pour Grenoble à l'entame de la dernière période. Les Brûleurs de Loups semblent avoir de meilleures intentions, mais à part une tentative de près de Saaarinen, les occasions franches se font rares. La solidité amiénoise en défense fait merveille et le lancer en supériorité numérique de Tuominen est une formalité pour Mindjimba. Saarinen gratifie l'assistance d'un superbe plongeon qui lui vaut deux minutes de pénalité pour simulation. Les Gothiques sont plus tranchants en avantage numérique, et Denis Perez est tout près de tuer le match sur un décalage de Luc Chauvel. Anthon Mortas déborde Gachet et s'offre un slalom dans la zone défensive grenobloise mais bute sur Rolland. La troisième paire défensive grenobloise n'y est décidément pas, et Kévin Hecquefeuille met ses faiblesses en évidence. Le meilleur espoir de la saison dernière prend d'abord de vitesse Stéphane Gachet, contraint à la faute, puis, sur la supériorité, il s'offre un splendide "café crème" sur Roland Fougère, mais Rolland sauve encore la maison grenobloise. Mais les visiteurs y croient encore, et Baptiste Amar, un des rares Grenoblois à surnager dans cette finale aller, adresse une passe millimétrée à Josef Podlaha qui part en breakaway mais échoue dans sa tentative face à Mindjimba. Papa et Millerioux font leur entrée sur la troisième ligne mais les Brûleurs de Loups ont toutes les peines du monde à produire des actions construites en attaque, s'en remettant à des palets lancés au fond et aux montées du défenseur Amar, qui se paye même le luxe de forechecker. À 2'30" de la fin, Guennelon tente le tout pour le tout en faisant sortir Rolland pour faire entrer un sixième joueur de champ. La stratégie met cinq secondes à payer, le temps pour Tero Forsell de gagner l'engagement et pour Benoît Bachelet de dévier dans les cages un tir de Saarinen (2-1, 57'35"). Les dernières minutes deviennent plus crispantes pour les Gothiques, et Laurent Gras échoue sur Rolland dans un deux-contre-un. Cependant, les Amiénois parviennent à contenir les joueurs de Guennelon dans leur zone et à empêcher la sortie du gardien. Celle-ci ne se produit que dans les dix dernières secondes. Sur le dernier engagement en zone offensive, les supporters grenoblois se prennent à rêver d'un remake du premier but, mais la tentative de Podlaha est arrêtée par Mindjimba et le hold-up n'aura pas lieu.

Au vu de la domination picarde, le score final parait bien étriqué. La "faute" à un Patrick Rolland des grands soirs qui a tout fait pour laisser ses coéquipiers dans le match. Mais les Grenoblois se sont montrés beaucoup trop timorés pour espérer remporter cette rencontre. La prestation défensive de la troisième ligne, impliquée sur les deux buts amiénois, a été catastrophique, et l'attaque en panne d'inspiration. La vivacité des Gothiques a fait la différence dans ce match avec des feu follets insaisissables comme Laurent Gras ou François Rozenthal, tandis que l'organisation tactique picarde, facilitée par une ouverture du score précoce, a considérablement gêné les Brûleurs de Loups. Amiens a fait sa part du travail en l'emportant à domicile et peut partir au match retour l'esprit libéré. Pour les Grenoblois, une victoire dans le temps réglementaire sera indispensable pour espérer disputer la prolongation. Compliqué mais pas impossible : il faudra pour cela se livrer beaucoup plus qu'aujourd'hui.

Compte-rendu signé Christophe Laparra

 

Commentaires d'après-match (dans L'Équipe)

Denis Perez (défenseur d'Amiens) : "J'ai été surpris par leur passivité. Devant leur public, ils seront obligés de réagir. S'ils ne le font pas, je ne vois pas ce qu'ils foutent en finale. On a été au pied du mur cette saison en quarts contre Dijon. Maintenant, c'est au tour des Grenoblois. Ce sera un tout autre match à Grenoble, le seul qui compte. On a fait le plus facile, reste le plus dur. À nous d'être solides dans nos têtes, de continuer à faire notre boulot. De toute façon, on ne peut pas se mettre dans leur peau."

Gérald Guennelon (entraîneur de Grenoble) : "On s'est mis à hésiter de façon inexplicable. Alors que dans ce type de match, il faut oublier l'enjeu, ne pas avoir d'états d'âme et avoir confiance dans les consignes. Surtout face à une équipe comme Amiens."

Benoît Bachelet (capitaine de Grenoble) : "Pour le second match, le premier but sera encore très important. À mon avis, ce sera un schéma de match inversé par rapport à celui-ci. On est tombés sur une équipe plus agressive qui jouait dans une ambiance énorme. Là, on ira de l'avant. Les armes, on les a."

 

Amiens - Grenoble 2-1 (1-0, 1-0, 0-1)

Mercredi 7 avril à 19h15 au Coliséum d'Amiens. 3500 spectateurs.

Arbitrage de Jimmy Bergamelli assisté de Damien Velay et Nicolas Barbez

Pénalités : Amiens 10' (2', 6', 2'), Grenoble 24' (2', 8'+10', 4')

Tirs : Amiens 35 (11, 14, 10), Grenoble 24 (6, 9, 9).

Évolution du score :

1-0 à 02'27" : B. Chauvel assisté de Perez

2-0 à 36'40" : Rozenthal assisté de Zwikel et Mortas

2-1 à 57'35" : B. Bachelet assisté de Forsell et Saarinen

 

Amiens

Gardien : Antoine Mindjimba.

Défenseurs : Denis Perez - Mathieu Jestin ; Tommi Hämäläinen - Arnaud Mazzone ; Vincent Bachet - Frédéric Brodin ; Fabien Leroy - David Hennebert.

Attaquants : François Rozenthal - Jonathan Zwikel - Julien Lefranc ; Brice Chauvel - Laurent Gras (A) - Luc Chauvel (C) ; Elie Marcos - Anthony Mortas (A) - Simon Petit ; Kévin Hecquefeuille - Richard Aimonetto - Mickaël Brodin.

Remplaçant : Stéphane Burnet (G).

Grenoble

Gardien : Patrick Rolland (sorti de sa cage de 57'30" à 57'35" et de 59'50" à 60'00").

Défenseurs : Jesse Saarinen - Jukka-Pekka Holopainen ; Baptiste Amar (A) - Simon Bachelet ; Stéphane Gachet [puis Martin Millerioux] - Roland Fougère.

Attaquants : Benjamin Agnel (A) - Tero Forsell - Josef Podlaha ; Sami Kaartinen - Jani Tuominen - Benoît Bachelet (C) ; Xavier De Murcia [puis Christophe Tartari] - Laurent Deschaume - Andrei Shchevelev [puis Cyril Papa].

Remplaçants : Fabrice Agnel (G), Romain Bachelet et Timo Bayon. Absents : Jean-François Bonnard (fractures de la malléole et du pied), Laurent Meunier (fracture du plateau tibial et déchirure ligamentaire) et Nicolas Antonoff (ligaments du genou).

 

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