République Tchèque - Canada (3 mai 2004)

 

Championnats du monde 2004, deuxième tour, groupe E.

Après un parcours presque sans faute de part et d'autre, voici venu le temps de la grande explication entre deux des favoris de la compétition. Un avant-goût des quarts de finale en quelque sorte, et peut-être même plus. Qui du Canada, champion du monde en titre très peu convaincant depuis le début de la compétition face à des équipes de milieu de tableau, ou de la République Tchèque, pays organisateur impressionnant depuis le début de ces championnats du monde, parviendra à s'imposer et donc à prendre un ascendant psychologique important sur la suite des événements ? Choc en perspective...

Dès les premiers instants, les Tchèques pressent les Canadiens dans leur zone. Les joueurs de Slavomir Lener bousculent ceux de Mike Babcock, qui montrent des signes inquiétants de fébrilité sur la glace. Matt Cooke se voit pénalisé après moins de deux minutes et la pression locale ne fait qu'accroître. Les Tchèques ne marquent pas sur la supériorité mais quelques secondes plus tard Slegr lance Jirí Dopita en direction du but qui contrôle et trompe un Luongo peu inspiré d'un tir à ras de glace (1-0, 04'30"). Il n'en fallait pas plus pour enflammer une Sazka Arena qui ne demandait que ça. Brière ayant commis un faute stupide sur l'engagement, les Tchèques continuent leur pressing en supériorité numérique. Et comme quelques minutes plus tôt, c'est au retour à cinq contre cinq que les Tchèques trouvent la faille. Radek Dvorak récupère un palet perdu par Bouwmeester derrière les cages de Luongo et centre pour Josef Beránek dont le tir passe au-dessus du gant du portier canadien (2-0, 06'57"). Début de rencontre idyllique pour les Tchèques. La réaction canadienne est très timide. Pourtant Shawn Horcoff est tout près de réduire le score sur une passe en retrait de Rob Niedermayer mais son tir heurte le poteau. Avertissement sans conséquence pour les Tchèques qui repartent de l'avant. Chaque équipe bénéficie d'une supériorité numérique mais n'en profite pas. Havlat se fait sanctionner en fin de tiers mais l'euphorie est générale dans la Sazka Arena lors du retour aux vestiaires.

La début de la deuxième période sera moins réjouissant. Jaroslav Špacek glisse dans les balustrades et ressort sur un jambe avec l'aide des soigneurs. Gros coup dur pour la défense tchèque. Puis quelques instants plus tard, Vokoun se fait sanctionner pour avoir fait un peu trop le ménage devant ses buts. La pénalité de Havlat n'étant toujours pas terminée, les Canadiens bénéficient donc d'une double supériorité numérique. À ce niveau-là, le but est rarement évitable et il ne fallait que neuf secondes à Murray pour exploiter l'opportunité d'un one-timer imparable (2-1, 20'47"). Et lorsque Roberto Luongo sort un arrêt de grande glace sur un breakaway de Jaromír Jágr, on se dit que le cours de la rencontre va peut-être s'inverser. Mais les Tchèques n'ont pas le temps de douter et Martin Rucinský les remet dans le sens de la marche en déviant un slap de Jan Novák (3-1, 26'35"). Le reste de la période est plus équilibré sans pour autant que les Canadiens ne puissent combler leur retard. Agacés par les provocations tchèques, ils laissent éclater leur frustration au coup de sirène et une petite bagarre générale s'ensuit. La dernière période s'annonce donc tendue.

Les Tchèques commencent le tiers en supériorité numérique car les Canadiens avaient reçu une pénalité supplémentaire lors de la bagarre. Il leur faut moins de vingt secondes pour profiter de l'apathie canadienne : Dvorák décale Vaclav Prospal qui trompe sans difficulté Luongo (4-1, 40'19"). Il s'agit là du premier but encaissé en infériorité numérique par les Canadiens depuis le début du tournoi. Un retour des joueurs à la feuille d'érable paraît désormais bien hypothétique. Mais Ryan Smyth y croit encore et ramène les siens à deux longueurs d'un joli mouvement devant la cage de Vokoun (4-2, 45'52"). Dans le sillage de leur capitaine, les Canadiens se montrent plus entreprenants mais les minutes ne défilent pas en leur faveur. Et puis, en l'espace de trente secondes, les Tchèques plient la rencontre : Josef Beránek signe son doublé (5-2, 54'34") puis son compère de ligne Milan Kraft profite du mauvais replacement de la défense tchèque aux abois (6-2, 55'07"). La défaite canadienne se transforme en véritable déroute, à l'image d'un Roberto Luongo auteur d'une performance très moyenne. Après avoir joué avec le feu lors des matches précédents, voilà les Canadiens face à leurs lacunes. Il leur faudra élever enfin le niveau de jeu pour battre la Finlande en quart de finale. Quant aux Tchèques, ils ont fait le plein de confiance avant leur confrontation avec les États-Unis.

Compte-rendu signé Christophe Laparra

 

Commentaires d'après-match :

Slavomir Lener (entraîneur de la République Tchèque) : "Bien que je sois un ami de Mike Babcock depuis plus de quinze ans, il est de mon devoir de dénoncer le mauvais état d'esprit du Canada dans ce match, de la blessure de Špacek au choc qu'a reçu Jágr en fin de deuxième période. Je suis néanmoins satisfait de la manière dont nous avons tenu ce premier match vraiment physique du tournoi. Avant le match, j'avais dit aux joueurs qu'ils devraient penser en priorité à la défense et s'appuyer sur les difficultés que les Canadiens pourraient avoir à faire leur preuve dans un tel contexte face à la pression. Cela a marché à merveille et cette victoire nous donne le plein de confiance."

Mike Babcock (entraîneur du Canada) : "Je ne veux pas commenter les actions citées par Slavomir avant d'avoir revu les images. En tout cas, je n'ai pas demandé aux joueurs de durcir le jeu parce que le match ne tournait pas en notre faveur. Je n'ai pas l'impression que les Tchèques aient été plus pacifiques que nous dans les duels pendant les soixante minutes de jeu. Mais ils ont su maîtriser leurs émotions dans cette patinoire bruyante, alors que nous nous sommes au contraire éloignés du jeu que nous voulions produire. Ce genre de défaite est nécessaire pour avancer."

 

République Tchèque - Canada 6-2 (2-0, 1-1, 3-1)

Lundi 3 mai à 20h15 à la Sazka Arena de Prague. 17360 spectateurs.

Arbitrage de Christer Larking (SUE) assisté de Peter Feola (USA) et Milan Masik (SVQ)

Pénalités : République Tchèque 18' (4', 10', 4'), Canada 20' (6', 10', 4').

Tirs : République Tchèque 34 (12, 9, 13), Canada 23 (6, 7, 10).

Évolution du score :

1-0 à 04'30" : Dopita assisté de Slegr et Hlinka

2-0 à 06'57" : Beránek assisté de Dvorák

2-1 à 20'47" : Murray assisté de Morrison et Morris (sup. num.)

3-1 à 26'35" : Rucinsk assisté de Novak et Prospal

4-1 à 40'19" : Prospal assisté de Dvorák et Rucinský (sup. num.)

4-2 à 45'52" : Smyth assisté de R. Niedermayer

5-2 à 54'34" : Beránek assisté de Kraft et Hlavac

6-2 à 55'07" : Kraft assisté de Hlavac

 

République Tchèque

Gardien : TomᚠVokoun.

Défenseurs : Jaroslav Špacek - Jan Novák ; Roman Hamrlík - František Kaberle ; Jan Hejda - Jirí Slegr ; Martin Škoula.

Attaquants : Martin Havlat - Martin Straka - Jaromír Jágr ; Martin Rucinský - Vaclav Prospal - David Výborný ; Jaroslav Hlinka - Jirí Dopita - Petr Prucha ; Jan Hlavác - Josef Beránek - Radek Dvorák ; Milan Kraft.

Remplaçant : Roman Cechmánek (G).

Canada

Gardien : Roberto Luongo

Défenseurs : Derek Morris - Nick Schultz ; Eric Brewer - Steve Staios ; Jay Bouwmeester - Scott Niedermayer ; Willie Mitchell.

Attaquants : Jeff Friesen - Patrice Bergeron - Justin Williams ; Brenden Morrow - Daniel Brière - Danny Heatley ; Matt Cooke - Brendan Morrison - Glen Murray ; Ryan Smyth - Shawn Horcoff - Rob Niedermayer ; Jean-Pierre Dumont.

Remplaçant : Jean-Sébastien Giguère (G).

 

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