France - Japon (4 mai 2004)

 

Championnats du monde 2004, poule de maintien.

Quel match ! Quelle affiche exotique dans le monde du hockey ! Le public ne s'y est pas trompé puisque la flambant neuve Sazka Arena n'est pleine - officiellement... - qu'à 18% de sa contenance (3050 personnes), dont cinq supporters allemands arborant un T-shirt spécialement confectionné pour l'occasion pour railler ce "match-culte". Les Bleus sont d'ores et déjà relégués, tout comme leurs adversaires japonais, et l'enjeu de cette rencontre ne concerne plus que l'attribution de la quinzième place, ce qui a des conséquences au classement IIHF en ce qui concerne les groupes de la prochaine division I et les qualifications olympiques.

L'indiscipline bien française ne fait rien pour arranger les affaires tricolores... En effet, Arnaud Briand (qui en est ainsi à sa septième pénalité mineure du tournoi, soit le plus grand nombre de 2' à ce stade de la compétition... Au moins on est leader dans un domaine) fait les choses intelligemment et choisit logiquement de rejoindre en prison Carriou qui s'ennuyait déjà sur le banc de la geôle (sans doute pour passer le temps plus vite et se remémorer les bons moments passés à Rouen en 2002/2003). Il n'en faut pas plus pour les Asiatiques qui ouvrent la marque juste au moment où Carriou sort de prison. Le slap de Kengo Ito passe juste au-dessus de la mitaine de Huet (0-1 à 09'41). Ça démarre bien et ça embraye encore mieux... Car trente secondes plus tard, sur un lancer de Miyauchi, un défenseur français dévie le palet qui finit sa course entre les jambières de Huet (0-2 à 10'09). Le spectre de la débandade flotte une nouvelle fois au-dessus des Français, sauf que cette fois-ci ce n'est ni la Suisse, l'Autriche, l'Ukraine ou le Kazakhstan, mais le Japon !

On frise même la correctionnelle quand Bellemare fait lui aussi un tour en taule... Les Japonais n'en profitent pas cette fois-ci mais les Français laissent les minutes passer sans réagir significativement. D'autant plus qu'à l'inverse des Bleus, les Blancs, eux, ne concèdent pas d'infériorité, même si tout le monde sait bien désormais que la France joue mieux à 5 contre 5 !

Au retour des vestiaires, les hommes de Mark Mahon finissent tout de même par visiter les prisons tchèques... Bien entendu, les Tricolores n'en profitent pas plus que lors des vingt-neuf précédentes phases de supériorité numérique. Le temps défile à la fois trop vite, tant on espère une réaction française, et trop lentement, tant on a hâte que ce calvaire en finisse... Ce que l'on n'espérait plus va pourtant arriver sur une passe profonde de Coqueux pour Mortas qui trouve l'ouverture entre les bottes du portier (1-2 à 31'32). "Il y a du mieux", se dit-on... Mais tout le monde pense encore au match face à l'Ukraine où l'on a espéré en vain de la même manière. Mais ce coup-ci on tient peut-être le bon bout puisqu'en forme de clin d'il aux Japonais, Maurice Rozenthal, seulement quinze secondes plus tard, longe la bande et décoche un tir qui surprend Kukufuji (2-2 à 31'46). Les Bleus sont plus heureux par le fait d'avoir marqué que par le fait d'avoir réussi à égaliser face au Japon, mais la joie est bien là.

Tout le monde croit pouvoir enfin tenir la première victoire du tournoi, mais la réaction française s'est bien vite dissipée puisque plus rien ne sera marqué de part et d'autres malgré d'inévitables pénalités côté français. À croire qu'un nul face au Japon, qui laisse les Bleus derniers et contraints de jouer les pré-qualifications olympiques, suffit à satisfaire l'orgueil des joueurs français...

Après tout, on s'en satisferait presque nous aussi, vu le néant qui a caractérisé cette équipe tout au long du tournoi. Un jeu de puissance et une défense aussi inexistants que ridicules, une attaque impuissante, des joueurs dépassés aussi bien physiquement que techniquement, les Français ont en plus de cela manqué de combativité et de cohésion. Si les lacunes se situent essentiellement sur le plan collectif où le manque de préparation a été flagrant, elles se situent aussi individuellement lorsque l'on voit la pauvreté du réservoir de défenseurs français capables de patiner correctement mais également capables de rivaliser physiquement et de réaliser des relances et des passes acceptables qui ne se transforment pas une fois sur deux en breakaway ou en un contre un pour les attaquants adverses. La sélection de Christian Pouget (attaquant de formation, jouant en D1 et âgé de 38 ans) est le parfait exemple de cette pauvreté... Heikki Leime n'a que peu de choix et relance indirectement l'éternel débat de la formation... En gros, y'a du boulot...

L'équipe de France est arrivée avec plein d'espoir à ces mondiaux mais en ressort au final diminuée, ridiculisée, humiliée, a discréditant un peu plus son championnat s'il était utile de l'enfoncer encore... De quoi se demander s'il n'aurait même pas mieux valu rester en D1, à notre niveau, plutôt que de vouloir jouer chez les grands et finalement faire rire tout le monde du hockey et repartir avec le moral au fond des chaussettes... Le seul point positif à espérer de cette déroute est que les joueurs aient profité de cette expérience au "haut niveau" et que la situation du hockey français suscite la compassion et le soutien de nos voisins dans notre lutte pour un hockey autonome... Allez, rêvons un peu, c'est tout ce qu'il nous reste...

Compte-rendu signé William Boussard

 

Commentaires d'après-match

Heikki Leime (entraîneur de la France) : "C'est hallucinant comme même des bons joueurs ont perdu tous leurs moyens ici. Je n'avais pas imaginé une chose pareille. J'ai normalement un contrat qui court jusqu'en 2006, mais je dois aussi voir avec les dirigeants de la Fédération ce qu'ils veulent faire."

Arnaud Briand (capitaine de la France) : "Je prends officiellement ma retraite. Je l'ai annoncé aux gars dans les vestiaires après le match. Le résultat d'ici n'a aucune incidence sur ma décision, je la mûris depuis plusieurs mois. C'est clair qu'il faut que ça change. Pour l'équipe, c'est peut-être une bonne chose que je parte. En tant que joueurs, nous avons une grosse part de responsabilités dans cet échec, mais il faut bien souligner qu'on manque de tout dans tous les domaines. Nous sommes arrivés dans cette compétition en étant très mal préparés."

Mark Mahon (entraîneur du Japon) : "Je suis déçu. Nous menions au score et nous avons lâché un point. Nous avons perdu du temps précieux à cause de pénalités d'indiscipline en deuxième période, et nous sommes restés stériles pendant trois supériorités consécutives au troisième tiers-temps. Ce groupe travaille dans la bonne direction malgré son manque d'impact physique et de force mentale."

 

France - Japon 2-2 (0-2, 2-0, 0-0)

Mardi 4 mai 2004 à 12h15 à la Sazka Arena de Prague. 3050 spectateurs.

Arbitrage de Moray Hanson (GBR) assisté de Pawel Meszyinski (POL) et Anton Semionov (EST).

Pénalités : France 12' (6', 0', 6'), Japon 6' (0', 6', 0').

Tirs : France 29 (7, 12, 10), Japon 28 (8, 7, 13).

Évolution du score :

0-1 à 09'41" : Ito assisté de Bright et Yule (sup. num.)

0-2 à 10'09" : Miyaguchi assisté de Sakurai et Kobayashi

1-2 à 31'32" : Mortas assisté de Coqueux

2-2 à 31'46" : M. Rozenthal assisté de Zwikel

 

France

Gardien : Cristobal Huet.

Défenseurs : Vincent Bachet - Nicolas Pousset ; Allan Carriou - Lilian Prunet ; Baptiste Amar - Nicolas Favarin ; Karl Dewolf.

Attaquants : Maurice Rozenthal - Jonathan Zwikel - François Rozenthal ; Olivier Coqueux - Anthony Mortas - David Dostal ; Arnaud Briand - Laurent Gras - Benoît Bachelet ; Xavier Daramy - Pierre-Édouard Bellemare.

Remplaçant : Patrick Rolland (G). Absents : Sébastien Bordeleau (blessé à l'aine), Christian Pouget.

Japon

Gardien : Yutaka Fukufuji.

Défenseurs : Joel Oshiro - Kengo Ito ; Takayuki Kobori - Makoto Kawashima ; Fumitaka Miyaguchi - Hirohuki Miura ; Junichi Takahashi - Nobuhiro Sugawara.

Attaquants : Chris Yule - Kiyoshi Fujita - Takahito Suzuki ; Chris Bright - Yosuke Kon - Takeshi Saito ; Kunihiko Sakurai - Yasunori Iwata - Tomohito Kobayashi ; Masatushi Ito - Daisuke Obara - Robert Miwa.

Remplaçant : Jiro Nihei (G).

 

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