Canada - Finlande (6 mai 2004)

 

Quarts de finale des championnats du monde 2004.

Le champion du monde a terminé deuxième de sa poule, la plus facile, mais n'a fait qu'un bon match, contre l'Allemagne. Il lui faudra bien mieux jouer à partir de ces quarts de finale s'il veut conserver son titre. Mais les erreurs défensives, déjà entrevues contre les Tchèques se paient cher. Jay Bouwmeester fait une passe à l'adversaire en zone défensive et Justin Williams casse la crosse finlandaise d'un cinglage violent pour interrompre l'action. Sur la supériorité numérique, Derek Morris dévie du patin un lancer non cadré de Peltonen dans sa propre cage (0-1 à 06'09"). Le Canada tente de se refaire la cerise dans ce qu'il maîtrise le mieux, les duels dans les coins en zone offensive, mais il se fait alors prendre en contre. Ville Peltonen fonce sur l'aile gauche, attire à lui Brewer et attend le dernier moment pour donner un excellent palet à Tomi Kallio qui piège Roberto Luongo entre les jambières dans son déplacement (0-2 à 07'48"). Même pas huit minutes de jeu, deux buts de retard et voilà Mike Babcock déjà contraint de prendre son temps mort. La réaction canadienne ne se fait pas attendre avec un breakaway de Matt Cooke, qui cherche la lucarne mais ne trouve pas le cadre. C'était une occasion à ne pas manquer car la défense finlandaise se met parfaitement en place dans la suite du tiers-temps.

Toni Söderholm fait obstruction sur Brière en entrée de zone, et pendant l'infériorité, le gardien Mika Noronen dégage le palet directement dans les tribunes. Erreur lourde de conséquences car la Finlande joue à trois pendant une minute à trois contre cinq. Il n'en faut pas autant au duo Brière-Heatley pour réduire le score. Passe parfaite du petit centre de Buffalo, but de l'efficace ailier d'Atlanta, ce sont encore ces deux-là qui ramènent le Canada à la vie (1-2 à 24'27"). Nouvelle faute de Jokinen, et Bouwmeester égalise sur un lancer en entrée de zone qui passe entre les jambières de Noronen (2-2 à 28'25").

Timo Pärssinen relance la Finlande par un bon travail derrière les filets adverses, un de ses terrains de prédilection. Au moment où il revient devant la cage, il prend trois cross-checks de Brewer qui file en prison. Scott Niedermayer utilise la même méthode pour se faire justice lui-même après avoir été coupé par la crosse de Kapanen. Ce sont maintenant les Canadiens qui sont à cinq contre trois et Niko Kapanen marque... après le coup de sifflet de l'arbitre qui avait décidé un peu trop tôt que le palet était coincé entre les bottes de Roberto Luongo. Celui-ci fait ensuite des arrêts importants pour passer ce cap difficile. Après la réussite du jeu de puissance canadien, la Finlande n'a pas profité de son double avantage numérique. Niedermayer recousu au vestiaire revient demander des explications à l'arbitre, mais il doit surtout reprendre sa place essentielle dans la défense canadienne. Car la Finlande a repris sa franche domination, avec notamment un bon tir de l'enclave de Pärssinen. Et sur un engagement gagné par Jokinen en zone offensive, un slap d'Antti-Jussi Niemi lui redonne l'avantage (2-3 à 37'12"). Pas pour longtemps, car elle prend un but malheureux sur un tir de la bleue de Brewer dévié au passage par le corps de Niinimää (3-3 à 39'15").

Mais les buts bizarres, il y en a de part et d'autre. En début de troisième période, Luongo ne peut pas arrêter à la fois son coéquipier Glen Murray et le palet. Les deux lui arrivent dessus, mais seule la rondelle de caoutchouc, après avoir rebondi sur le dos de Rintanen, rentre dans les filets (3-4 à 41'55"). Cela ressemble à un sketch... Mais la Finlande n'arrive toujours pas à garder son avance, et le lancer de la bleue de Steve Staios trompe Noronen masqué (4-4 à 46'02").

La prolongation à quatre contre quatre est à l'avantage exclusif des Canadiens, et chaque minute recèle une nouvelle action chaude devant le but finlandais. Le missile de Dany Heatley en entrée de zone (5-4 à 65'33") est donc la conclusion logique. La Finlande avait l'ascendant, et elle aurait dû gagner ce match. Mais peu à peu, elle s'est laissée envahir par le doute. Les souvenirs du quart de finale de l'an passé lui sont-ils remontés à la mémoire ? Ou bien ses dernières confrontations face au Canada, où elle était rarement à son avantage ? Après cette quatrième compétition internationale consécutive hors du podium, elle semble perdre peu à peu confiance en ses moyens, qui sont pourtant bien tangibles, dans les moments décisifs. Mika Noronen, pour ses premiers championnats du monde, a aussi un peu craqué dans ce premier match à élimination directe. Dans le contexte actuel où il y a beaucoup de gardiens finlandais de bon niveau mais où aucun ne se détache vraiment du lot pour l'instant, le gardien des Buffalo Sabres a prouvé a posteriori qu'il n'est pas forcément le n1, même s'il est jeune et peut-être encore un peu trop inexpérimenté.

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match :

Mike Babcock (entraîneur du Canada) : "Je n'ai rien dit de spécial aux joueurs lors du temps mort. J'ai demandé aux joueurs de rester tranquilles et de comprendre que le match était encore long et avait le temps de changer. Il m'arrive de prendre ce genre de temps morts à Anaheim lorsque le début de match a été raté. La façon dont on est remonté au score était épatante."

Ryan Smyth (capitaine du Canada) : "Il y a eu un tas de buts bizarres. La glace n'est pas la meilleure qui soit et cela peut parfois être le pire cauchemar d'un gardien. Nous voulions simplement envoyer le palet en direction des cages. Après, des choses peuvent se passer. C'était super de voir Dany Heatley marquer ce but décisif, avec tout ce qu'il a dû traverser cette année."

Daniel Brière (attaquant du Canada) : "Je compatis pour Mika Noronen [son coéquipier de club]. Pour lui, c'est une année terrible : il l'avait commencée comme premier gardien de Buffalo, puis il a dû quitter l'effectif sur blessure, et là il avait très bien commencé ces championnats du monde... Noronen, c'est un grand gardien et un de mes meilleurs amis. Je voulais vraiment gagner, mais j'espérais que nous ne marquerions que des buts inarrêtables. [...] Il est indiscutable que Dany Heatley est notre joueur le plus talentueux, qui peut changer à lui seul le cours d'un match, comme aujourd'hui. Il n'a pas de pas de point faible, et parfois il fait tout simplement la loi sur la glace. Pour moi, c'est un grand honneur d'avoir pu jouer à ses côtés pendant deux championnats du monde consécutifs. Je ne parviens même pas à m'imaginer comment il a pu revenir à ce niveau après ce qu'il a vécu cette année. Je prie pour ne jamais vivre une expérience similaire. Je ne sais pas si je pourrais m'en remettre."

Raimo Summanen (entraîneur de la Finlande) : "Nous avons mis l'accent sur le jeu collectif. C'est notre style et il nous a réussi par le passé. Nous avons joué un bon tournoi. Ce que je pense du match de mon gardien ? Bonne question. Maintenant, je vais y réfléchir posément et regarder la vidéo. Ma réponse n'est pas encore prête."

 

Canada - Finlande 5-4 a.p. (0-2, 3-1, 1-1, 1-0)

Mercredi 5 mai à 16h15 à la Sazka Arena de Prague. 15615 spectateurs.

Arbitrage de Richard Schütz (ALL) assisté de Petr Blümel (TCH) et Leo Takula (SUE).

Pénalités : Canada 12' (2', 8', 2', 0'), Finlande 10' (2', 8', 0', 0').

Tirs : Canada 37 (7, 12, 11, 7), Finlande 41 (12, 18, 9, 2).

Évolution du score :

0-1 à 06'09" : Peltonen assisté de Jokinen (sup. num.)

0-2 à 07'48" : Kallio assisté de Peltonen

1-2 à 24'27" : Heatley assisté de Brière et Brewer (double sup. num.)

2-2 à 28'25" : Bouwmeester assisté de Heatley (sup. num.)

2-3 à 37'12" : Niemi assisté de Jokinen et Peltonen

3-3 à 39'15" : Brewer assisté de Brière

3-4 à 41'55" : Rintanen assisté de Salo et Hentunen

4-4 à 46'02" : Staios assisté de Horcoff

5-4 à 65'33" : Heatley

 

Canada

Gardien : Roberto Luongo.

Défenseurs : Eric Brewer - Steve Staios ; Derek Morris - Nick Schultz ; Jay Bouwmeester - Scott Niedermayer ; Willie Mitchell.

Attaquants : Brenden Morrow - Daniel Brière - Danny Heatley ; Justin Williams - Patrice Bergeron - Jeff Friesen ; Ryan Smyth - Brendan Morrison - Glen Murray ; Matt Cooke - Shawn Horcoff - Rob Niedermayer ; Jean-Pierre Dumont.

Remplaçant : Jean-Sébastien Giguère (G).

Finlande

Gardien : Mika Noronen.

Défenseurs : Petteri Nummelin - Antti-Jussi Niemi ; Toni Söderholm - Janne Niinimää ; Tuukka Mäntylä - Sami Salo ; Jere Karalahti.

Attaquants : Ville Peltonen - Olli Jokinen - Tomi Kallio ; Jukka Hentunen - Timo Pärssinen - Niko Kapanen ; Jari Viuhkola - Esa Pirnes - Jarkko Ruutu ; Kimmo Rintanen - Tony Virta - Antti Laaksonen ; Lasse Pirjetä.

Remplaçant : Fredrik Norrena (G).

 

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