Suède - Canada (9 mai 2004)

 

Finale des championnats du monde 2004.

"Mais vous m'avez dit de pas dire Hardy !"

Soixante minutes séparent maintenant l'équipe de Hardy Nilsson de la consécration, cette médaille d'or qui s'est refusée à elle ces dernières années. Soixante, et si possible pas plus, car les Canadiens sont redoutables dans l'exercice de la prolongation. Les Finlandais cette année, les Allemands et les Suédois l'an passé peuvent en témoigner. Soixante, mais pas moins non plus, sous peine de voir la victoire s'échapper, comme l'an dernier, déjà face au Canada.

Mais la situation est un peu différente. À Helsinki, les Canadiens savaient qu'en surveillant deux joueurs clés - Forsberg et Sundin - ils neutraliseraient en bonne partie la Suède. Aujourd'hui, on est presque dans une configuration inverse. Arrivé il y a trois jours, Peter Forsberg n'a pas été déterminant hier dans la demi-finale, alors qu'au contraire le Canada a été porté à bout de bras jusqu'à cette finale par le "duo des Danny", Heatley et Brière. Mieux vaut une équipe homogène, disait Hardy Nilsson en début de tournoi en déclarant que la principale faiblesse des Russes était d'avoir Kovalchuk et Yashin dans leur effectif. La Tre Kronor a plus ce profil cette fois-ci, et les rôles sont un peu renversés... Un peu, mais pas complètement, car les Scandinaves doivent assumer comme l'an dernier la pression du favori.

On espère en tout cas que ce remake du duel Suède-Canada livrera un verdict limpide, qu'il ne faudra pas un appel interminable à la vidéo pour déterminer le champion comme avec le but d'Anson Carter l'an dernier, et qu'il n'y aura pas de but controversé comme celui qui a qualifié les Canadiens hier contre les Slovaques. Point positif, après la nomination discutable des deux arbitres nord-américains en demi-finale et leurs prestations effectivement pas terribles, cette rencontre au sommet sera livrée à l'impartialité de Hannu Henriksson, le Finlandais qui s'est sans doute imposé comme le meilleur arbitre européen actuel.

Morrow accroche Forsberg dès la deuxième minute, et le Canada, meilleur équipe de la compétition en infériorité numérique, voit ses stats baisser sur un rebond pris par Jonas Höglund, l'opportuniste attaquant de Davos qui inscrit son cinquième du tournoi (1-0 à 02'13"). Cinq minutes plus tard, une belle passe axiale de Peter Forsberg permet à Daniel Alfredsson de s'échapper et de battre Luongo du côté de son bouclier après avoir habilement joué du poignet pour lui faire croire à un tir côté mitaine (2-0 à 07'34"). Déjà deux buts suédois, et il y aurait pu en avoir trois sur des rebonds très dangereux de Nylander (revers repoussé par Luongo) ou de Jönsson (non cadré). La seule réaction canadienne est épidermique, une vilaine charge dans le dos de Rob Niedermayer sur Forsberg, logiquement sanctionnée de 2'+10'.

Ce début de match a été à sens unique, mais on se rappelle que c'était déjà le cas l'an dernier où la Suède menait aussi 2-0 avant de perdre. Les souvenirs remontent à la surface quand le Canada marque sur sa première vraie occasion. Le dégagement de Dick Tärnström, peut-être le meilleur défenseur du tournoi jusqu'ici, est contré par le corps de Brendan Morrison, et les Canadiens plus incisifs que Nicklas Lidström concluent l'action en leur faveur par Ryan Smyth (2-1 à 13'58"). Scott Niedermayer va discuter des affaires familiales avec son frère sur le banc de la prison après une mise en échec avec crosse haute sur Johansson, et Forsberg est pénalisé tout de suite après pour un léger accrochage. Le jeu à quatre contre quatre permet d'admirer le patinage élégant de Nylander et le tir toujours bien travaillé d'Alfredsson.

Une supériorité numérique des Canadiens en début de deuxième période n'amène que des doutes : ils ne s'installent pas, ne prennent aucun tir, et en plus Brière a trouvé son maître dans les engagements, le capitaine suédois Jörgen Jönsson. En hockey, tout va très vite, l'adage se vérifie à la vingt-cinquième minute. Daniel Brière frappe le poteau, et comme souvent dans ces cas-là, la contre-attaque fait mouche, parfaitement négociée en deux contre un par Jonas Höglund et Andreas Salomonsson (3-1 à 24'57"). Si ça n'est pas le tournant du match, ça y ressemble. Méfions-nous des apparences...

Les Canadiens sont dépassés et obligés de commettre des fautes. Derek Morris accroche Jörgen Jönsson qui l'avait feinté en beauté, et Brendan Morrison bouscule Jonas Höglund qui pouvait reprendre le palet dans la cage ouverte sur une action magnifiquement initiée par Michael Nylander qui avait fait le tour complet de la zone canadienne. Cette faute qui empêche le but n'est pas sifflée, cela aura son importance... Car, même dominé de toutes parts, le Canada a encore son arme fatale, Dany Heatley. L'attaquant des Atlanta Thrashers s'échappe et lève le palet dans le haut du filet de Lundqvist (3-2 à 34'44"). Les Suédois ont à peine le temps de s'en remettre que, sur un revers de Rob Niedermayer, Nylander veut dégager le palet en urgence devant Cooke... et le met dans ses propres filets, presque "à la Sugawara" (3-3 à 35'36"). Le palet est-il envoûté ? Le sorcier a-t-il retrouvé la poupée de Hardy le Maudit et son jeu d'aiguilles assorti ? Les Suédois sont sous le choc, et heureusement pour eux que le tiers-temps se termine.

À voir le visage pas rassuré de Hardy Nilsson à l'abord de la dernière période, on comprend que la pause n'y a rien fait. La confiance a changé de camp. En vingt secondes, Jay Bouwmeester, qui a effacé sur ce match un Mondial couci-couça, donne l'avantage au Canada en tirant en angle fermé entre les jambières de Henrik Lundqvist qui craque désormais (3-4 à 40'20"). Le sujet favori du réalisateur tchèque, le bébé de Ryan Smyth, que l'on voyait d'habitude somnoler dans les bras de sa maman, est cette fois rieur et enjoué devant la caméra, symbole d'un Canada qui s'est réveillé et à qui tout sourit. Roberto Luongo, le grand favori au titre de meilleur gardien de NHL cette saison, ne lâche plus aucun rebond et écure les attaquants suédois. Rob Niedermayer trouve Matt Cooke au second poteau pour le but du KO (3-5 à 50'12"). Une minute tard, dans une action en tout point symétrique, Per-Johan Axelsson tire au-dessus, lui, sur un service parfait de Bäckman. Toute la différence est là, cela s'appelle l'efficacité.

Les Suédoises ont arrêté de danser dans les tribunes, les supporters au maillot jaune se sont tus. Seuls les Finlandais se trémoussent encore, c'est dire si ça va mal pour la Tre Kronor. Påhlsson est trop court pour reprendre une passe de Salomonsson dans la cage ouverte. Peter Forsberg ne quitte presque plus la glace, mais son impact est quasi-nul. Les jokers n'ont pas été les sauveurs attendus, et Lidström termine d'ailleurs la finale avec une fiche de -3, la plus mauvaise de son équipe. Même le capitaine Jörgen Jönsson, dernier Suédois à surnager, s'englue maintenant dans la toile canadienne. Glen Murray fait trébucher Nylander, l'arbitre ne siffle pas, l'attaquant des Boston Bruins part en breakaway, et seul le bon poke-check de Henrik Lundqvist préserve la Suède du désastre pour quelque temps. Le gardien de Frölunda pmeut donc sortir de sa cage à deux minutes trente de la fin sur un engagement en zone offensive. Mais bien que Murray rate la cage vide et que le tir de Smyth soit arrêté par le fessier de Daniel Tjärnqvist, les Canadiens ont la victoire en poche.

Ryan Smyth soulève le trophée pour la deuxième année de suite, et il le tend en premier lieu à l'expérimenté défenseur Scott Niedermayer. C'est la première fois depuis 1959 que le Canada remporte deux titres consécutifs de champion du monde, même si le triomphe n'est pas total. Si la victoire de l'an dernier s'inscrivait dans une certaine logique, celle-ci est moins convaincante, le Canada n'ayant rien fait pendant les trois quarts du tournoi. Mais il lui a suffi de quelques minutes fatales pour renverser la situation en sa faveur aux bons moments.

"C'est injuste, c'est trop injuste" pourrait dire Hardy "Calimero" Nilsson. Depuis le Mondial 2001 en Allemagne, sa formation nous enchante. Peu à peu, il a mis de l'eau dans son vin, de la défense dans son torpedo, et a rééquilibré son équipe. Mais rien n'y fait. Quand ce n'est pas Salo qui cafouille un tir de la zone neutre en quart de finale des JO, c'est Michael Nylander, si beau à voir jouer, qui marque contre son camp. Au moins, les amateurs de hockey sur glace seront reconnaissants d'une chose à la Tre Kronor, c'est qu'on vient d'assister à une finale mémorable. Mais sûrement pas pour les bonnes raisons pour ce qui est des Suédois, inexplicablement paralysés à l'entame de la dernière ligne droite. Incroyable blocage psychologique après une première moitié de match aussi aboutie.

La presse suédoise ne pardonnera sans doute pas cet énième échec. Qu'importe la satisfaction du spectateur dans un pays de culture tactique. Après tout, l'histoire ne retient que les vainqueurs. Il faudrait être bien Hardy pour prétendre le contraire...

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match

Hardy Nilsson (entraîneur de la Suède) : "La différence entre cette finale et celle de l'année dernière, c'est qu'aujourd'hui le Canada est effectivement meilleur que nous. Il y a eu une cassure à un moment dans le match, et ensuite nous avons dominés à chaque présence. L'avantage des Canadiens était particulièrement notable dans les duels."

Mike Babcock (entraîneur du Canada) : "Même menés 1-3, nous savions que nous aurions une chance de revenir. Nous avons un grand gardien, et notre équipe ne se rend jamais. En mettant le maillot du Canada, les joueurs savent qu'ils n'ont pas le droit de lâcher leur pays. J'espère que tout le monde est maintenant convaincu que le hockey canadien ets comme avant le meilleur du monde."

Roberto Luongo (gardien du Canada) : "C'est énorme. Je suis très fier de tous les joueurs qui sont venus avec nous cette année. C'était différent de l'an dernier pour moi puisque j'étais cette fois le gardien titulaire. On m'a dit dès le début que je serais le n1. Ce soir, je pense que notre deuxième but a été le tournant du match. Scott Niedermayer a fait une formidable passe et Heater un super tir. Ces gars ont vraiment été nos meilleurs joueurs du tournoi, et ils ont réussi là un but très important."

Patrice Bergeron (attaquant du Canada) : "Je suis vraiment heureux de cette médaille d'or. J'apprécie que l'on ait fait appel à moi, et ce fut une grande expérience. Je reviendrai dans le futur si on me le demande. J'ai beaucoup appris et les gars étaient fantastiques. Je joue le rôle que le coach me donne. Tout ce que je veux, c'est faire de mon mieux, et je pense que c'est ce que j'ai fait. Peu importe si je joue deux minutes ou quinze, du moment que j'aide l'équipe."

 

Suède - Canada 3-5 (2-1, 1-2, 0-2)

Dimanche 9 mai à 20h15 à la Sazka Arena de Prague. 17360 spectateurs.

Arbitrage de Hannu Henriksson (FIN) assisté de Petr Blümel (TCH) et Juha Kautto (FIN).

Pénalités : Suède 6' (2', 4', 0'), Canada 20' (6'+10', 2', 2').

Tirs : Suède 31 (15, 9, 7), Canada 27 (12, 7, 8).

Évolution du score :

1-0 à 02'13" : Höglund assisté de Tärnström (sup. num.)

2-0 à 07'34" : Alfredsson assisté de Forsberg

2-1 à 13'58" : Smyth assisté de Morrison

3-1 à 24'57" : Salomonsson assisté de Höglund et Nylander

3-2 à 34'44" : Heatley assisté de Bouwmeester et S. Niedermayer

3-3 à 35'36" : R. Niedermayer assisté de Horcoff

3-4 à 40'20" : Bouwmeester assisté de Heatley

3-5 à 50'12" : Cooke assisté de R. Niedermayer et Horcoff

 

Suède

Gardien : Henrik Lundqvist (sorti de sa cage à 57'28").

Défenseurs : Dick Tärnström - Niclas Hävelid ; Daniel Tjärnqvist - Christian Bäckman ; Niklas Lidström - Per Hållberg ; Ronnie Sundin.

Attaquants : Andreas Salomonsson - Samuel Påhlsson - Jonathan Hedström ; Peter Forsberg - Jörgen Jönsson - Daniel Alfredsson ; Jonas Höglund - Michael Nylander - Per-Johan Axelsson ; Niklas Andersson - Matthias Tjärnqvist - Andreas Johansson ; Fredrik Sjöström.

Remplaçant : Stefan Liv (G).

Canada

Gardien : Roberto Luongo.

Défenseurs : Eric Brewer - Steve Staios ; Derek Morris - Nick Schultz ; Jay Bouwmeester - Scott Niedermayer ; Willie Mitchell.

Attaquants : Brenden Morrow - Daniel Brière - Danny Heatley ; Ryan Smyth - Brendan Morrison - Glen Murray ; Matt Cooke - Shawn Horcoff - Rob Niedermayer ; Jeff Friesen - Patrice Bergeron - Justin Williams.

Remplaçants : Jean-Sébastien Giguère (G), Jean-Pierre Dumont.

 

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