Canada - États-Unis (31 août 2004)

 

Match comptant pour la coupe du monde 2004, groupe Amérique.

C'est par un choc entre deux favoris que débutait la compétition dans le groupe nord-américain. Un derby entre voisins qui n'était pas sans rappeler la finale de la dernière coupe du monde disputée en 1996 et remportée par les Américains lors du match décisif sur cette même glace du Centre Bell de Montréal. À noter que pour l'occasion le Canada a choisi de revêtir une inhabituelle tenue moutarde, en tout point identique à celle portée par les Falcons de Winnipeg qui avaient remporté l'or olympique lors des JO de 1920 pour la première présence du hockey aux jeux. Côté gardiens, on retrouve logiquement Brodeur tandis que Esche a été choisi pour débuter dans les cages américaines.

Le ton est donné dès les premières minutes : les deux équipes ne sont pas là pour se faire de cadeaux. Les chocs sont nombreux et le jeu est engagé. Jarome Iginla, aligné aux côtés de Lemieux et Sakic sur une ligne de rêve, est le premier à se mettre en valeur. Les joueurs à la feuille d'érable acculent leurs adversaires dans leur camp et Weight est contraint de commettre la première faute de la rencontre. Malgré une belle occasion de Joe Thornton, les Américains ont la plupart du temps empêché les Canadiens d'installer leur jeu de puissance. Mais le retour de Weight sur la glace ne change pratiquement rien : les cages de Esche sont littéralement assiégées par les attaquants canadiens, très souvent en surnombre. Sur un slap de Lecavalier, Heatley est présent au rebond mais Esche s'interpose avec brio. Une nouvelle supériorité numérique ne fait qu'accroître la domination, pour l'instant stérile des partenaires de Mario Lemieux. Les Américains s'en remettent entièrement à leur gardien qui effectue des miracles et une faute de Sakic leur donne à peine le temps de souffler pendant deux minutes. Coup dur pour les Canadiens lorsque Jovanovski est contraint de regagner le vestiaire après avoir heurté le montant des buts. Mais il en faut plus pour briser leur détermination et la troisième opportunité en supériorité sera la bonne, Martin St-Louis se trouvant à la conclusion d'un très bon relais de Joe Thornton (1-0, 16'01"). La fin du tiers est 100% canadienne et les Américains peuvent remercier Esche et la chance de ne pas avoir encaissé un deuxième but sur les tentatives de Sakic, Smyth et Heatley (superbe déviation) notamment.

La deuxième période repart sur les mêmes bases que la première avec un Canada archi-dominateur et des Américains repliés devant Esche. Sur une nouvelle supériorité numérique, Sakic transperce la défense américaine d'un slap de la bleue que Esche ne peut capter, le palet ayant été dévié au passage par un défenseur américain (2-0, 23'05"). Lecavalier et Heatley dont l'association est un régal pour les yeux manquent de très peu le but du KO. Les joueurs de Ron Wilson, sentant la déroute se profiler, réagissent subitement. Et leur réaction est forcément très musclée : une première mêlée générale histoire de réveiller un peu tout le monde puis quelques contacts répétés sur Martin Brodeur... Le ton est donné ! Keith Tkachuk est tout près de réduire le score sur un rebond mais Brodeur s'interpose avec brio. Même si les occasions canadiennes sont plus sporadiques, un tir de Foote s'écrase sur le poteau. Une occasion trompeuse car dans les instants qui suivent, la bonne période américaine est finalement récompensée : gros travail de Gomez le long de la bande qui parvient à extraire le palet et servir Guérin idéalement placé pour battre Brodeur d'un tir à mi-distance (2-1, 30'40"). Ce but va complètement changer la physionomie du match : les Américains se remettent à croire en leurs chances et jouent enfin à leur véritable niveau face à des Canadiens moins sereins défensivement. Excédé par les contacts répétés sur Brodeur, Lemieux en personne va expliquer sa façon de penser à Konowalchuk tandis que Niedermayer et Halpern tombent les gants. La boîte à gifles est de sortie dans une rencontre "à l'ancienne" typiquement nord-américaine.

La dernière période n'aura pas l'intensité des deux premières : les défenses sont plus rigoureuses et forcément les espaces se font plus réduits. Le jeu se produit essentiellement en zone neutre et à part une échappée de Brenden Morrow qui aurait pu sceller définitivement la victoire canadienne, les occasions franches se font rares. La discipline est également de retour puisqu'aucune pénalité ne sera distribuée dans ce dernier tiers. Malgré la sortie de Esche dans les derniers instants, les Canadiens parviennent à préserver un succès mérité sur l'ensemble de la rencontre. Les Américains, après s'être fait très peur en début de rencontre, ont bien réagi mais leur capacité à jouer un match entier avec la même intensité demeure un point d'interrogation. La perte de Mike Modano au début du deuxième tiers pourrait également être lourde de conséquences. Quant à Robert Esche, il a peut-être gagné ses galons de titulaire pour le reste de la Coupe du monde au vu d'une performance de grande classe...

Élus meilleurs joueurs du match : Martin St-Louis pour le Canada et Robert Esche pour les États-Unis.

Compte-rendu signé Christophe Laparra

 

Commentaires d'après-match

Pat Quinn (entraîneur du Canada) : "On ne peut pas confondre cette grande feuille d'érable, quelle que soit la couleur du maillot où elle est apposée. Pendant vingt minutes, nous avons été une très, très bonne équipe. Nous avions comme plan de jeu d'envoyer le palet derrière eux et de les mettre sur le reculoir. Rentrer dans Brodeur devait faire partie de leur plan de jeu car ils l'ont fait quatre ou cinq fois avant que l'arbitre ne se décide à siffler. Un gars comme Mario [Lemieux] devait faire quelque chose pour restaurer le bon sens. Les arbitres doivent faire preuve de bon sens et ne peuvent pas laisser des choses pareilles se faire sans les pénaliser."

Doug Weight (attaquant des États-Unis) : "Nous savions que cela commencerait comme ça, et nous voulions juste attendre que l'orage passe. Mais nous ne pensions pas qu'il durerait dix-sept minutes. Robert Esche a été le meilleur joueur sur la glace ce soir et il nous a maintenus dans le match. C'était une des pires périodes qu'il pouvait avoir pour aborder un tournoi et il a tenu bon. Nous avons toute confiance en lui et je pense que nous avons montré notre cœur dans les deux dernières périodes."

 

Canada - États-Unis 2-1 (1-0, 1-1, 0-0)

Mardi 31 août 2004 à 19h00 au Centre Bell de Montréal. 21273 spectateurs.

Arbitrage de Brad Watson et Paul Devorski (CAN) assisté de Brian Murphy et Tim Nowak (USA).

Pénalités : Canada 19' (4', 10'+5', 0'), États-Unis 21' (6', 10'+5', 0').

Tirs : Canada 32 (19, 6, 7), États-Unis 24 (6, 12, 6).

Évolution du score :

1-0 à 16'01" : St-Louis assisté de Thornton et Niedermayer (sup. num.)

2-0 à 23'05" : Sakic assisté de Redden et St-Louis (sup. num.)

2-1 à 30'40" : Guerin assisté de Gomez

 

Canada

Gardien : Martin Brodeur.

Défenseurs : Eric Brewer - Adam Foote ; Robyn Regehr (4') - Scott Niedermayer (2'+5') ; Wade Redden - Ed Jovanovski.

Attaquants : Mario Lemieux (2') - Joe Sakic (2') - Jarome Iginla ; Simon Gagné - Brad Richards - Martin St-Louis ; Ryan Smyth - Vincent Lecavalier - Dany Heatley ; Brenden Morrow (4') - Joe Thornton - Shane Doan.

Remplaçant : Roberto Luongo (G).

Réservistes : Jay Bouwmeester, Scott Hannan, Patrick Marleau, Kris Draper, Kirk Maltby, José Théodore (G).

États-Unis

Gardien : Robert Esche.

Défenseurs : Brian Leetch - Aaron Miller (2') ; Eric Weinrich - Ken Klee ; Chris Chelios (2') - John-Michael Liles.

Attaquants : Keith Tkachuk - Mike Modano - Brett Hull ; Brian Rolston - Doug Weight (2') - Chris Drury ; Tony Amonte - Scott Gomez - Bill Guerin (4') ; Steve Konowalchuk (4') - Jeff Halpern (2'+5') - Craig Conroy.

Remplaçant : Rick DiPietro (G).

Réservistes : Brian Rafalski (blessé à l'aine), Paul Martin, Jason Blake, Bryan Smolinski, Jamie Langenbrunner, Ty Conklin (G).

 

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