Suède - République Tchèque (1er septembre 2004)

 

Match comptant pour la coupe du monde 2004, groupe Europe.

Les Tchèques se sont-ils remis de leur cuisante défaite contre la Finlande ? À les entendre, on peut douter de voir une réaction d'orgueil de leur part. Leur entraîneur a calmé le jeu de façon peu convaincante en rappelant que ce premier match ne présageait en rien de la suite. Quant à Jaromír Jágr, il a déclaré dans l'édition d'aujourd'hui du quotidien suédois Aftonbladet que la seule motivation qu'il trouvait à jouer ce tournoi était la mémoire d'Ivan Hlinka, et que la coupe du monde était bien moins importante que les championnats du monde. Excuse moyenne quand on sait que, non content de vivre des débâcles en coupe du monde, il n'a jamais remporté les Mondiaux non plus. Seul signe des remous qui ont quand même bien dû agiter les vestiaires tchèques : toutes les lignes ont été chamboulées, et parmi les joueurs envoyés suivre le match depuis les tribunes se trouve Milan Hejduk, un des meilleurs marqueurs de NHL ces dernières saisons, qui a été surtout remarqué pour ses passes dans les patins de ses coéquipiers avant-hier.

Les premières minutes confirment les impressions laissées par les deux équipes à leur premier match : maîtrise suédoise, avec une transversale de Peter Forsberg qui a auparavant arraché le palet en zone neutre, et fébrilité tchèque, à l'image de Jirí Slégr qui rate un dégagement face au pressing suédois et crée tout seul un moment chaud sur son propre but. Il semble que Hardy Nilsson a bien fait de ne pas briser la ligne Näslund-Zetterberg-Forsberg, même s'il l'a critiquée hier, car elle se crée des occasions à chacune de ses présences. C'est toutefois le premier bloc qui ouvre le score après une étourdissante démonstration de conservation de palet dans les coins par Mats Sundin. La rondelle aimantée à sa crosse, il se balade au milieu des arrières tchèques et passe de derrière la cage à Fredrik Modin. La reprise de celui-ci est peu académique, mais l'essentiel est que ça rentre et que le palet retombe dans la cage.

Les défenseurs tchèques ne font pas meilleure figure à leur retour sur la glace. Jirí Slégr, presque aussi hors du coup que le géant Malík avant-hier, est pénalisé pour accrocher. La confusion règne dans la défense tchèque sur l'infériorité et Holmström décale Forsberg pour le deuxième but. Même le capitaine Robert Reichel prend une pénalité bête pour une crosse haute sur Axelsson. Le jeu de puissance suédois attire tous les Tchèques dans le coin et libère le palet pour Mattias Öhlund, qui a le temps d'ajuster sa reprise, seul à mi-distance. Troisième infériorité numérique avec une des quatre prisons du match pour Rucinský, et troisième but suédois dans ce deuxième tiers-temps : Kim Johnsson lance de la bleue, et Henrik Zetterberg vient passer devant le but et derrière les défenseurs statiques pour prendre le rebond. Il n'y a pas de vie sur le banc tchèque démoralisé, au point que les arbitres prennent cette équipe en pitié en lui accordant une minute de double supériorité numérique après deux accrochages généreux sur Jágr (il y a eu des pénalités inventées ou attribuées dans le mauvais camp à chaque match du groupe européen de cette coupe du monde, comme quoi même avec quatre arbitres professionnels sur la glace la perfection n'existe pas). Mais l'attaque tchèque a complètement perdu confiance en ses moyens, et même à deux devant la cage, Cajánek et Dopita n'arrivent pas à conclure. Eux-mêmes n'en croient pas leurs yeux en évoquant entre eux l'épisode lors d'une des pauses publicitaires qui parsème les tiers-temps.

En abordant la troisième période, les Suédois relâchent leur pression sur le porteur du palet et les Tchèques sont tout de suite plus à l'aise. Martin Rucinský dévie un tir de Havlát, et ce premier but du tournoi après plus de cent minutes d'attente libère enfin les attaquants tchèques, qui développent maintenant leur jeu, plus présents dans les duels, plus directs dans leur approche de la cage. En quelques minutes, ce n'est plus du tout le même match. Zetterberg perd un palet dans sa zone et Marek Zidlický en profite pour ramener le score à 4-2 par un slap puissant. La Suède gamberge, un tir masqué passe entre les bottes de Tellqvist, et c'est le capitaine Mats Sundin - évidemment - qui sauve son camp en récupérant le palet juste avant qu'il ne franchisse la ligne de but. À moins de six minutes de la fin, Patrik Eliᚠprend un rebond du revers dos à la cage et réduit le retard tchèque à un seul but entre les jambières d'un Tellqvist chancelant par moments mais également auteur d'arrêts déterminants. Même s'ils jouent les deux dernières minutes à six contre quatre en sortant leur gardien après que Johansson a retenu Jágr, les Tchèques n'égalisent pas.

On en est à se demander qui doute le plus après cette rencontre. Certes, les Suédois se sont assurés ce soir de revenir au Globen pour le quart de finale, mais ils ont surtout prouvé une fois de plus qu'ils ne sont jamais à l'abri d'un retour quelle que soit leur emprise apparente - et en fin de compte si fragile - sur un match. À l'inverse, après cinq périodes calamiteuses, les Tchèques transfigurés ont archi-dominé les Suédois (dix-huit tirs à deux !) pendant vingt minutes. C'est peut-être un déclic. Ils ne joueront chez eux que contre l'Allemagne et devront disputer leur quart de finale à l'extérieur, mais si les deux adversaires de ce soir se retrouvent pour un match décisif à quitte ou double, il n'est pas sûr du tout après cette fin de match que l'avantage psychologique soit du côté scandinave...

Élus meilleurs joueurs du match : Daniel Alfredsson pour la Suède et Martin Havlát pour la République Tchèque.

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match

Hardy Nilsson (entraîneur de la Suède) : "Je suis heureux de ces deux points, même si je ne pensais pas que les vingt dernières minutes seraient si difficiles. Les Tchèques ont rapidement marqué deux buts, et je pense que le fait d'avoir joué deux soirs de suite a quelque chose à voir avec notre piètre prestation. Nous voulions pourtant jouer cette dernière période dans leur zone et marquer un cinquième but. Cependant, trop de joueurs se sont relâchés et n'ont pas fait l'effort physique nécessaire. C'est dur de rebondir quand vous menez déjà confortablement. Ce fut serré, mais c'est bien de savoir que l'on recevra en quart de finale."

Vladimír Ruzicka (entraîneur de la République Tchèque) : "C'était trop tard, mais nous avons clairement montré que notre équipe a une formidable puissance de feu offensive. Ce pourrait être un bon signe avant les matches à élimination directe."

Martin Rucinský (attaquant de la République Tchèque) : "Après avoir perdu le premier match contre les Finlandais, nous savions que nous devions battre la Suède pour jouer notre quart de finale à domicile, et c'était un lourd fardeau pour nos esprits. Après la deuxième période, nous avons cessé de penser au résultat et nous avons juste cherché à avoir de bonnes occasions, tirer ou marquer... et cela a assez bien fonctionné."

 

Suède - République Tchèque 4-3 (1-0, 3-0, 0-3)

Mercredi 1er septembre 2004 à 19h00 au Globen de Stockholm. 13850 spectateurs.

Arbitrage de Dan Marouelli et Kevin Pollock (CAN) assisté de Derek Amell et Brad Kovachik (CAN).

Pénalités : Suède 16' (2', 8', 2'), République Tchèque 16' (2', 12', 2').

Tirs : Suède 20 (7, 11, 2), République Tchèque 40 (11, 11, 18).

Évolution du score :

1-0 à 11'49" : Modin assisté de Sundin

2-0 à 22'58" : Forsberg assisté de Holmström et Näslund (sup. num.)

3-0 à 24'28" : Öhlund assisté d'Alfredsson et Modin (sup. num.)

4-0 à 30'30" : Zetterberg assisté de Johnsson (sup. num.)

4-1 à 43'12" : Rucinský assisté de Havlát

4-2 à 45'16" : Zidlický

4-3 à 54'25" : Eliᚠassisté de Hamrlík

 

Suède (2' de banc mineur)

Gardien : Mikael Tellqvist.

Défenseurs : Nicklas Lidström (A) - Kim Johnsson ; Mattias Norström - Marcus Ragnarsson ; Mattias Öhlund - Daniel Tjärnqvist (2').

Attaquants : Fredrik Modin - Mats Sundin (C) - Daniel Alfredsson ; Markus Näslund (A) - Henrik Zetterberg (2') - Peter Forsberg ; Per-Johan Axelsson (2') - Jörgen Jönsson - Andreas Johansson (2') ; Marcus Nilson (2') - Samuel Påhlsson (2') - Tomas Holmström (2').

Remplaçant : Tommy Salo (G).

Réservistes : Dick Tärnström, Christian Bäckman, Henrik Sedin, Daniel Sedin, Nils Ekman et Henrik Lundqvist (G).

République Tchèque (2' de banc mineur)

Gardien : TomᚠVokoun (sorti de sa cage à 58'15").

Défenseurs : TomᚠKaberle - Jirí Šlégr (2') ; Jirí Fischer - Marek Zidlický ; Román Hamrlik - Martin Škoula.

Attaquants : Martin Rucinský (8') - David Výborný - Martin Havlát (2') ; Martin Straka - Václav Prospal - Jaromír Jágr ; Patrik Eliᚠ- Robert Reichel (C, 2') - Petr Sýkora ; TomᚠVlasák - Jirí Dopita - Petr Cajánek.

Remplaçant : Román Cechmánek (G).

Réservistes : Radek Dvorák, Milan Hejduk, Josef Vašícek, Jaroslav Špacek, Marek Malík et Petr Briza (G).

 

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