République Tchèque - Allemagne (3 septembre 2004)

 

Match comptant pour la coupe du monde 2004, groupe Europe.

Comme lors de la dernière coupe du monde, Allemands et Tchèques ont zéro point au compteur au moment de se rencontrer. Revivra-t-on le scénario de Garmisch ? Peu probable tout de même. Cette fois, la République Tchèque est à domicile, et en plus elle a semblé se réveiller lors du dernier tiers contre la Suède. Elle a l'occasion - et l'obligation - de remporter son premier match de coupe du monde, elle qui compte cinq défaites dans cette compétition depuis que la Coupe Canada a été rebaptisée. Les Allemands n'ont pas la même pression et ils attendent surtout le quart de finale pour réussir un éventuel coup. Ils réservent Olaf Kölzig (qui s'est rasé ce matin la barbe qu'il avait depuis cinq ans "pour faire plus jeune" et ne pas être appelé grand-père par ses coéquipiers) pour cette échéance et alignent Robert Müller dans les cages.

Les Tchèques passent logiquement l'essentiel des cinq premières minutes dans le camp allemand, mais on s'aperçoit bien vite qu'ils ne sont pas souverains. Leur imprécision dans la construction du jeu et leur repositionnement défensif aléatoire lors des récupérations de palet adverses les rendent vulnérables aux rapides contre-attaques allemandes. Marek Zidlicky doit couper la passe pour faire avorter une situation de deux contre un, et Tomá Vokoun est l'unique rempart face à Martinec qui s'échappe. Lorsque Martin Straka perd le palet derrière sa cage au profit de Jochen Hecht, on entend même quelques sifflets dans la Sazka Arena. Car les Tchèques, eux, n'ont rien produit de dangereux hormis quelques lancers de la bleue. Ce sont finalement surtout les centres devant la cage qui ont inquiété Müller. Mais en fin de tiers-temps, la première pénalité du match, sifflée contre le Germano-Canadien Rob Leask, permet au jeu de puissance tchèque bien installé de mettre enfin la pression.

L'Allemagne est donc avertie, la moindre prison risque d'être fatale. Celle de Sascha Goc en début de deuxième période permet ainsi à Zidlický d'ouvrir le score. Dès lors, les Tchèques déroulent et déboulent, lancés à une vitesse trop importante pour les défenseurs allemands surclassés. Sur un centre de Jirí Dopita, la reprise de Jirí Slégr passe sous Leask, qui s'est couché à contretemps, et entre les jambières de Müller. Les deux buts ont été inscrits par les défenseurs. Où sont les attaquants ? On pense par exemple à un certain Jaromír Jágr, arrivé dans ce tournoi en traînant les pieds et que Hlinka avait essayé de motiver avant son décès, raison pour laquelle il se sent redevable. Sa puissance de patinage lui permet de se présenter seul face à Müller et sa maîtrise technique de se jouer de façon désarmante du gardien allemand. Franz Reindl fait rentrer Oliver Jonas à la mi-match, mais ce n'était pas forcément pas la meilleure chose à faire alors qu'Ehrhoff venait d'être sanctionné pour dureté. C'est un cadeau empoisonné de bienvenue pour le portier des Eisbären de Berlin, qui débarque à froid en infériorité numérique. Milan Hejduk, pour son retour en grâce après un match en tribunes, le fusille d'entrée. Il n'a ensuite aucun répit et voit un tir d'Eliá lui passer sous le bras (5-0).

Oliver Jonas n'est pas plus épargné en troisième période, avec un face-à-face avec Jágr, mais il est sauvé par son poteau. Ses montants seront venus à sa rescousse à trois reprises au total. La chance sourit à l'Allemagne sous la forme d'un but de Tino Boos. Dommage pour Vokoun, mais Kiprusoff est toujours le seul gardien à avoir réussi un blanchissage - et même deux - dans ce tournoi. Mais les Allemands ont de plus en plus de mal à sortir de leur zone, ils accusent le coup et n'ont plus la force de tenir le match défensivement. Tirs et rebonds se multiplient, et Havlát a la cage grande ouverte pour le sixième but. On est loin de la mauvaise humeur du premier tiers-temps dans la Sazka Arena où se propage une ola. Pourtant, les sifflets repartent à la première occasion, en l'occurrence un mauvais placement de Tomá Vokoun sur un tir de Hecht. Les Tchèques rappellent quand même qu'ils dominent leur sujet : Jágr époussette Lüdemann comme s'il enlevait une poussière de son maillot et donne en retrait à Václav Propsal pour une nouvelle action éblouissante d'aisance. cela ferait 7-1 et une revanche parfaite de Garmisch s'il n'y avait pas eu ce mauvais but encaissé par Vokoun.

Après avoir déjà joué hier soir, les Allemands ont craqué physiquement. Ils ont été dépassés par la vitesse tchèque et systématiquement battus dans leurs duels. Ils semblent s'effilocher au fil du temps et devront restaurer leurs forces au cours du week-end. Mais ils paraissent si limités qu'il faudrait un miracle lundi pour qu'ils passent le mur - perpétuellement infranchissable pour eux - des quarts de finale.

Ce match a permis aux Tchèques de retrouver la confiance, mais cette sympathique avalanche de buts (quelle est la dernière fois où vous avez vu un match international avec 86 tirs cadrés ?! Au moins on se sera moins ennuyé qu'avec Hans Zach derrière le banc allemand...) ne se reproduira certainement pas face aux défenses nordiques bien organisées qui ont davantage les moyens de les empêcher de développer leur jeu. Surtout, il faudra être présents et convaincants dès l'entrée sur la glace. Ils ont joué zéro tiers-temps lundi dernier, un avant-hier, deux aujourd'hui... et trois en quart de finale ?

Élus meilleurs joueurs du match : ???? pour la République Tchèque et Tino Boos pour l'Allemagne.

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match

Vladimír Ruzicka (entraîneur de la République Tchèque) : "Aujourd'hui, c'est la première fois dans cette coupe du monde que nous ouvrons le score. Ce but a enlevé la pression aux joueurs qui ont eu l'esprit libéré et ont commencé à jouer du grand hockey. Notre jeu a été spectaculaire dans la dernière période en Suède et dans la deuxième période ici. Nous avons juste besoin de faire deux périodes de ce niveau pendant un match, et cela devrait suffire. Nous réfléchirons à d'autres combinaisons avant les quarts de finale, mais l'essentiel de l'effectif devrait rester intact."

Franz Reindl (entraîneur de l'Allemagne) : "Nous avons atterri à Prague tard dans la nuit. Notre équipe a quand même tenu les Tchèques en première période. Cependant, ils ont dominé la suite du match. Ils ont marqué sur chacune de leurs occasions et nous étions impuissants. C'est un fait que les miracles se produisent parfois en sports, mais on peut aussi se réveiller très vite de ses doux rêves."

Tomas Martinec (attaquant d'origine tchèque de l'Allemagne) : "Cela ne doit pas être une excuse, mais je dois dire que la lourdeur du score a aussi à voir avec la petite glace. Le jeu y est plus rapide, chaque erreur s'y paie cash. Car, pendant que les joueurs de NHL des autres pays sont habitués à ces conditions, il n'y en a que sept dans ce cas chez nous, et on voit qu'ils sont beaucoup plus à l'aise avec ces dimensions modifiées. Un autre point est par contre à mon avantage : les arbitres sifflent moins qu'en DEL. Certaines de mes charges étaient à la limite et m'auraient sans doute valu des prisons en championnat. Bien que je n'ai eu aucune pénalité en trois matches, j'ai joué durement et agressif comme toujours."

 

République Tchèque - Allemagne 7-2 (0-0, 5-0, 2-2)

Vendredi 3 septembre 2004 à 19h00 à la Sazka Arena de Prague. 11944 spectateurs.

Arbitrage de Marc Joanette et Don Koharski (CAN) assisté de Greg Devorski et Brad Lazarowich (CAN).

Pénalités : République Tchèque 8' (0', 2', 6'), Allemagne 10' (2', 6', 2').

Tirs : République Tchèque 56 (18, 17, 21), Allemagne 30 (10, 8, 12).

Évolution du score :

1-0 à 22'56" : Zidlický assisté de Straka et Prospal (sup. num.)

2-0 à 24'27" : Slégr assisté de Dopita et Sýkora

3-0 à 25'52" : Jágr assisté de Prospal

4-0 à 30'50" : Hejduk assisté d'Eliá (sup. num.)

5-0 à 35'48" : Eliá assisté de Havlát

5-1 à 43'55" : Boos assisté de Lewandowski

6-1 à 48'59" : Havlát assisté de Vlasák et Hamrlík

6-2 à 57'19" : Hecht assisté de Leask

7-2 à 58'36" : Prospal assisté de Jágr

 

République Tchèque

Gardien : Tomá Vokoun.

Défenseurs : Tomá Kaberle - Jirí légr ; Román Hamrlik - Marek Malík ; Marek Zidlický - Jaroslav pacek.

Attaquants : Radek Dvorák - Petr Cajánek - Milan Hejduk (2') ; Václav Prospal - Martin Straka - Jaromír Jágr ; Patrik Eliá (4') - David Výborný - Martin Havlát ; Tomá Vlasák - Jirí Dopita - Petr Sýkora (2').

Remplaçant : Román Cechmánek (G).

Réservistes : Robert Reichel (dos coincé), Martin Rucinský, Josef Vaícek, Jirí Fischer, Martin koula et Petr Briza (G).

Allemagne

Gardiens : Robert Müller puis Oliver Jonas à 30'17".

Défenseurs : Dennis Seidenberg - Mirko Lüdemann (A) ; Robert Leask (4') - Sascha Goc (2') ; Christian Ehrhoff (2') - Andreas Renz.

Attaquants : Petr Fical - Stefan Ustorf - Jochen Hecht (A) ; Eduard Lewandowski - Tino Boos - Klaus Kathan (2') ; Daniel Kreutzer - Tobias Abstreiter - Stephan Retzer ; Tomas Martinec - Marco Sturm (C) - Lasse Kopitz.

Réservistes : Martin Reichel (épaule), Christoph Ullmann (problèmes gastriques), Marcel Goc, Christoph Schubert et Olaf Kölzig (G).

 

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