États-Unis - Slovaquie (3 septembre 2004)

 

Match comptant pour la coupe du monde 2004, groupe Amérique.

Après avoir commencé le tournoi par deux défaites, les tenants du titre américains ne peuvent pas se permettre de perdre contre les Slovaques. Le gardien Rick DiPietro est titularisé pour ce match comme prévu depuis le début, mais c'est aussi le cas de tous les réservistes, dont les deux natifs du Minnesota, Jamie Langenbrunner et un Paul Martin étonnant de calme, qui évolueront ainsi devant leur public. Mais on attendait surtout de savoir quels seraient les joueurs qui devraient céder leur place, car Ron Wilson avait promis du remue-ménage sans tenir compte des réputations de tel ou tel. Il a tenu parole puisqu'un des héros de la dernière coupe du monde, Brett Hull, fait partie de la charrette.

Après exactement trois minutes de jeu, Vladimír Országh part en prison pour cinglage. Le jeu de puissance américain, peu efficace depuis le début du tournoi, n'a besoin cette fois que de neuf secondes pour faire mouche : Brian Leetch lance et Bryan Smolinski, un des nouveaux ayant intégré l'effectif pour ce match, prend le rebond. Heureusement pour les Slovaques, il y a Keith Tkachuk, le joueur qui excède les fans canadiens et même américains par ses "preuves d'intelligence" et ses fautes à répétition, pour prendre des pénalités à la pelle. Parfaitement décalé par Pavol Demitra, Ladislav Nagy égalise ainsi en supériorité numérique. Mais les États-Unis repassent en tête sur un but comique : Jason Blake trébuche sur une crosse slovaque pendant que son coéquipier Chelios tire sur Lašák. Il se retrouve du coup en train de glisser à son insu vers la cage et accompagne tout aussi involontairement le palet qui est revenu sur lui. Même si Lašák n'a aucun moyen d'arrêter la rondelle qui rentre dans les filets en même temps que la carcasse allongée de Blake, l'arbitre ne peut trouver aucune faute pour ne pas valider le but, sauf celle du défenseur slovaque qui ne peut s'en prendre qu'à lui-même d'avoir fait trébucher son adversaire et qui a été puni d'une drôle de façon par quelque justice divine. God bless America...

Les occasions slovaques ont été rares, hormis un breakaway de Marián Hossa consécutif à une perte de palet de Scott Gomez à la bleue en jeu de puissance. Mais le buteur slovaque a cherché le trou entre les jambières de Di Pietro, qui avait la crosse bien placée pour arrêter le palet. Ce n'est pas la maîtrise technique qui manque aux Slovaques. Il n'y a qu'à voir Richard Zednik, revenu en jeu après sa maladie de Montréal (les médecins canadiens n'ont pas réussi à déterminer s'il s'agissait d'une intoxication alimentaire ou d'un virus), faire le tour de la zone offensive... pour finalement se faire contrer le palet après être revenu à son point de départ, symbole de son inefficacité ce soir où il n'a pas tiré une fois au but. Ce qui leur fait défaut, c'est plutôt l'intensité de jeu, l'agressivité au fore-checking et la volonté de patiner autrement que par intermittence. Surtout, quand elle est en attaque, la Slovaquie n'a personne pour aller là où ça fait mal, devant la cage. Sur une petite glace face à des Américains, c'est rédhibitoire.

DiPietro passe une soirée de plus en plus tranquille alors que Ján Lašák doit s'employer pour préserver ses cages. Il n'est vraiment pas aidé par ses défenseurs, Chara inclus. Même en troisième période, alors qu'ils pourraient s'estimer heureux de n'avoir qu'un but de retard, les Slovaques sont toujours apathiques. Et dans les dernières minutes, Bill Guerin peut foncer sans opposition dans l'axe et feinter Lašák pour le 3-1.

Alors qu'ils sont pourtant de nouveau entraînés par Ján Filc, l'homme qui les avait conduits au titre mondial, on a rarement vu les Slovaques aussi peu actifs - sauf Lašák... - et impliqués. Un journaliste canadien a écrit d'eux qu'ils étaient "précautionneux comme un hétérosexuel dans un bar gay". Vont-ils se décider à faire leur coming out dans ce tournoi ?

Les États-Unis ont enfin renoué avec la victoire, mais Ron Wilson risque maintenant d'avoir un sacré challenge pour gérer son effectif. La jeune ligne Blake-Gomez-Drury a été la plus active et la plus dangereuse ce soir, alors que le trio Konowalchuk-Halpern-Langenbrunner a amené beaucoup d'énergie. Il va falloir trouver un rôle aux vétérans pour la fin du tournoi sans qu'ils en prennent ombrage, en tenant compte de cette nouvelle donne. Arrivés avec une équipe vieillissante, les Américains pourraient opérer le changement de génération au cours même de cette compétition.

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match

Ron Wilson (entraîneur des États-Unis) : "Ne pas titulariser Brett Hull était une dure décision à prendre. C'était sans doute la plus difficile de ma carrière, à quelque niveau que ce soit. Il faut comprendre que j'ai une relation avec ces dix ou douze gars qui ont gagné la coupe du monde en 1996 et auxquels je me sens fidèle. Heureusement, cela a marché. C'est dur parce que vous ne cessez d'y penser toute la journée durant."

Marián Gáborík (attaquant de la Slovaquie) : "Cela fait un peu bizarre d'être dans le vestiaire des visiteurs [Gáborík est à domicile dans cette patinoire en NHL avec les Minnesota Wild]. Il y a toujours une grande atmosphère ici. De façon surprenante, il y avait beaucoup de Slovaques dans les tribunes pour nous soutenir, mais nous n'avons rien fait pour eux en retour. Ils étaient plus rapides que nous, nous n'avons pas converti nos occasions et nous ne sommes pas allés à la cage comme nous aurions dû. Nous devrons en parler entre nous et repartir de zéro."

 

États-Unis - Slovaquie 3-1 (2-1, 0-0, 1-0)

Vendredi 3 septembre 2004 à 19h00 au X-cel Energy Center de St. Paul. 17104 spectateurs.

Arbitrage de Don Vanmassenhoven et Stephen Walkom (CAN) assistés de Jean Morin et Pierre Racicot (CAN).

Pénalités : États-Unis 12' (8', 2', 2'), Slovaquie 12' (8', 2', 2').

Tirs : États-Unis 39 (13, 15, 11), Slovaquie 17 (9, 6, 2).

Évolution du score :

1-0 à 03'09" : Smolinski assisté de Leetch et Amonte (sup. num.)

1-1 à 11'14" : Nagy assisté de Demitra et Chara (sup. num.)

2-1 à 13'27" : Blake assisté de Chelios et Gomez

3-1 à 56'17" : Guerin assisté de Modano

 

États-Unis

Gardien : Rick DiPietro.

Défenseurs : Aaron Miller - Brian Leetch ; Paul Martin - Brian Rafalski ; Chris Chelios - Ken Klee.

Attaquants : Steve Konowalchuk - Jeff Halpern - Jamie Langenbrunner (4') ; Keith Tkachuk (6') - Mike Modano - Bill Guerin ; Tony Amonte - Doug Weight (2') - Bryan Smolinski ; Jason Blake - Scott Gomez - Chris Drury.

Remplaçant : Ty Conklin (G).

Réservistes : Robert Esche (G), Brett Hull, Craig Conroy, Brian Rolston, Eric Weinrich, John-Michael Liles.

Slovaquie

Gardien : Ján Lašák.

Défenseurs : Zdeno Chára (4') - Richard Lintner ; Martin Štrbák (2') - Lubomír Višnovský (2') ; Jaroslav Obšut - Radoslav Suchý.

Attaquants : Miroslav Šatan (C) - Jozef Stümpel - Marián Gáborík ; Ladislav Nagy - Pavol Demitra - Marián Hossa ; Richard Zedník - Lubomir Bartecko (2') - Martin Cibák ; Branko Radivojevic - Miroslav Hlinka - Vladimír Országh (2').

Remplaçant : Rastislav Stana (G).

Réservistes : Peter Budaj (G), Radovan Somík, Ronald Petrovický, Branislav Mezei, Ladislav Cierny, Rastislav Pavlikovský.

 

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