Canada - Russie (4 septembre 2004)

 

Match comptant pour la coupe du monde 2004, groupe Amérique.

Le Canada et la Russie se disputent ce soir la première place de la poule et un éventuel quart de finale face aux Slovaques, et au vu des piètres prestations de ceux-ci, tout le monde est persuadé qu'il vaut mieux les rencontrer plutôt que les Américains. Une minute de silence est organisée avant la rencontre en hommage aux victimes de la prise d'otages en Ossétie du nord, troublée par quelques imbéciles.

L'enjeu est important et les deux équipes se neutralisent en première période. La clé du match sera sans doute de savoir quelle défense craquera en premier. Le deuxième tiers-temps permet vite de répondre à cette question. Lecavalier est pénalisé pour une charge avec la crosse, mais ce sont les Canadiens qui marquent en infériorité numérique. Sergueï Gonchar se fait contrer le palet contre la bande par Simon Gagné qui part en deux contre un et sert Brad Richards pour l'ouverture du score. Sue une nouvelle situation de deux contre un quelques minutes plus tard, Sokolov parvient à repousser le tir, mais Kasparaitis dans son élan ne parvient pas à dégager le palet et Kris Draper est alors tout seul pour prendre le rebond. Pour son premier match officiel sur une petite glace, Maksim Sokolov maintient son équipe dans le match grâce à plusieurs arrêts à bout portant face à Lemieux ou Doan. La Russie refait surface et n'a évidemment rien perdu de sa dextérité technique, mais le placement de ses défenseurs laisse par contre beaucoup à désirer.

Même s'il est parfois invisible, Mario Lemieux est toujours capable à trente-neuf ans d'étaler son talent d'exception sur une action. Il n'a plus une vitesse de patinage suffisante pour déborder Andreï Markov, mais il a encore la force et la maîtrise de le maintenir à distance d'une main tout en tirant en angle fermé de l'autre, suffisamment fort pour provoquer un rebond, immédiatement envoyé par Joe Sakic dans le haut du filet. Avec trois buts d'avance, les Canadiens ont de la marge, mais Martin Brodeur ruine son blanchissage sur un mauvais but. Le frappé court de Sergueï Gonchar, pas brillant défensivement mais fidèle à son rôle d'arrière (très) offensif, ricoche sur le haut de la jambière du gardien des New Jersey Devils. Les maigres espoirs russes de retour sont néanmoins anéantis par une pénalité contre Kovalchuk (accrocher) à deux minutes de la fin.

Alors qu'il a l'habitude dans tous les tournois internationaux de lâcher quelques points en début de compétition avant de donner sa pleine mesure dans les duels à élimination directe, le Canada est cette fois la seule équipe à terminer le premier tour avec six points. Même privée de deux des meilleurs arrières du monde (Blake et Pronger), sa défense tient parfaitement le choc, Bouwmeester ayant été convaincant pour son entrée ce soir. Le danger peut venir de partout en attaque, même si Iginla n'a toujours pas trouvé le chemin des filets, et Brodeur a sans doute commis sa dernière erreur de concentration ce soir. On voit mal ce que la Slovaquie pourra y faire ce soir, et la Suède, potentielle rivale dès les demi-finales, n'a pas fait une bonne affaire en concédant le nul en Finlande. Les Russes ont quant à eux le temps de s'améliorer. On pressent qu'ils sont capables de retrouver un embryon de jeu collectif, mais il faudra qu'ils travaillent en défense et surtout en jeu de puissance, où ils sont vraiment catastrophiques.

Élus meilleurs joueurs du match : Vincent Lecavalier pour le Canada et Ilya Kovalchuk pour la Russie.

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match

Martin Brodeur (gardien du Canada) : "Vous savez, je n'avais jamais joué contre la Russie. Quand j'étais enfant, j'ai vu beaucoup de rencontres acharnées à la télévision, et mes coéquipiers russes à New Jersey m'ont raconté tant de légendes sur leur équipe nationale que j'étais un peu nerveux avant le match. Je savais qu'il faudrait évoluer à très haut niveau. Il y a de bons tireurs chez les Russes, mais les défenseurs m'ont parfaitement aidé. Ils ont coupé toutes les lignes de passe et ils ont fait attention aux adversaires qui se joignaient à l'attaque. Je n'avais plus qu'à me préoccuper du porteur du palet et à l'empêcher de l'envoyer dans les cages - et c'est déjà bien plus simple. À la fin du match, j'ai un peu trop cru en mes forces. Le palet me semblait de la taille d'un ballon de volley, et en essayant de le dévier dans le coin, j'ai mal estimé sa trajectoire. Il va sans dite que ce but est de ma faute, mais il n'a pas influé sur le résultat."

Mario Lemieux (attaquant du Canada) : "Même si beaucoup de joueurs de renom sont absents, la sélection russe a toujours un haut niveau technique. Elle a des joueurs qui peuvent battre n'importe qui en NHL en un contre un. Nous savions que la vitesse était l'atout majeur des Russes et qu'il était important pour nous de soigner notre organisation défensive. Nous l'avons fait, surtout en zone neutre. Dans l'histoire de nos rencontres face aux Russes ou aux Soviétiques, notre tâche première a toujours été de ne pas les laisser utiliser leur vitesse. Cela m'est difficile de faire des comparaisons, car je ne les avais plus affrontés depuis dix-sept ans. Les trois matches de la finale de la Coupe Canada 1987 étaient d'ailleurs le meilleur hockey que j'ai connu dans ma carrière."

Maksim Sokolov (gardien de la Russie) : "J'ai 32 ans, j'ai passé l'âge de craindre un adversaire, quel que soit son prestige. Les gardiens doivent s'adapter à de nouvelles situations. Ceux de NHL qui veulent jouer dans le championnat russe ne font pas exception. Par exemple, Braithwaite a pris trois buts d'entrée et a été remplacé à son premier match à Kazan, est-ce que ça veut dire pour autant que c'est un mauvais gardien ? En première période, j'ai été essayé d'être plus actif, de jouer plus souvent avec le palet, mais me rendant compte que ce style NHL qui m'obligeait à aller derrière mes cages me prenait des forces, j'ai décidé de revenir à mon style. Dans l'ensemble, j'ai tout de même suivi le plan dont nous avions convenu avec [l'entraîneur des gardiens] Tretiak. Les Canadiens sont très forts, de Brodeur jusqu'aux attaquants, notamment Iginla et Lecavalier très actifs, en passant par des défenseurs tous très bons. Mais en étant compétents tactiquement et prêts physiquement à soutenir un haut rythme, il est possible de les fatiguer et de les faire commettre des erreurs. L'important est de ne pas prendre de but dans le premier quart d'heure."

 

Canada - Russie 3-1 (0-0, 2-0, 1-1)

Samedi 4 septembre 2004 à 19h00 au Air Canada Centre de Toronto. 19226 spectateurs.

Arbitrage de Brad Watson et Paul Devorski (CAN) assisté de Brian Murphy et Tim Nowak (USA).

Pénalités : Canada 12' (2', 6', 4'), Russie 12' (2', 6', 4').

Tirs : Canada 28 (9, 11, 8), Russie 28 (6, 11, 11).

Évolution du score :

1-0 à 23'40" : Richards assisté de Gagné et Hannan (inf. num.)

2-0 à 25'17" : Draper assisté de Doan et Lecavalier (sup. num.)

3-0 à 45'43" : Sakic assisté de Lemieux

3-1 à 52'46" : Gonchar assisté d'Afinogenov

 

Canada

Gardien : Martin Brodeur.

Défenseurs : Eric Brewer (2') - Adam Foote ; Robyn Regehr (2') - Scott Niedermayer ; Jay Bouwmeester - Scott Hannan (2').

Attaquants : Mario Lemieux - Joe Sakic - Jarome Iginla (2') ; Kris Draper - Joe Thornton - Shane Doan ; Simon Gagné - Brad Richards - Martin St-Louis ; Ryan Smyth (2') - Vincent Lecavalier (2') - Dany Heatley.

Remplaçant : Roberto Luongo (G).

Réservistes : Ed Jovanovski et Wade Redden (blessés), Patrick Marleau, Brenden Morrow, Kirk Maltby et José Théodore (G).

Russie

Gardien : Maksim Sokolov.

Défenseurs : Oleg Tverdovsky - Dmitri Kalinin ; Sergueï Gonchar - Darius Kasparaitis ; Vitali Vishnevsky - Aleksandr Khavanov (2') - Andreï Markov.

Attaquants : Sergueï Samsonov - Viktor Kozlov - Alekseï Kovalev (2') ; Oleg Kvasha - Alekseï Yashin (2') - Dainius Zubrus ; Ilya Kovalchuk (2') - Pavel Datsyuk - Andreï Kovalenko (4') ; Maksim Afinogenov - Artem Chubarov - Aleksandr Frolov.

Remplaçant : Ilya Bryzgalov (G).

 

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