Canada - République Tchèque (11 septembre 2004)

 

Demi-finale de la Coupe du monde 2004.

Soulagement côté tchèque : Jaromír Jágr joue ce soir, malgré les douleurs aux abdominaux qui lui ont fait rater l'entraînement jeudi. Inquiétude côté canadien : après avoir réalisé en quart de finale son premier blanchissage en match international, Martin Brodeur s'est blessé au poignet gauche et a dû déclarer forfait. Ce serait une lourde perte pour n'importe quelle équipe, mais moins pour le Canada qui possède comme doublure Roberto Luongo, champion du monde en mai et crédité du deuxième meilleur pourcentage d'arrêts en NHL derrière Kiprusoff - son futur adversaire en finale ?

Le manque de pratique et de tonicité de Luongo, qui n'a joué que deux moitiés de match de préparation jusqu'ici, est rapidement compensé par le nombre des interventions qu'il a à effectuer lors du début de match dominé par les Tchèques. Le Canada est peu dangereux, mais il essaie par contre de s'imposer physiquement avec des mises en échec très rudes. On a néanmoins vu hier avec l'autre demi-finale que les Nord-Américains n'ont plus forcément la prépondérance automatique dans ce domaine. En tout cas, le public de Toronto peut être content de voir un type de hockey qu'il affectionne, car le défi physique s'engage pleinement dans les coins avec une intensité énorme et aucune intervention arbitrale. Les meilleures chances sont quand même tchèques en fin de tiers-temps, et même si les espaces sont extrêmement rares, on a parfois le sentiment que la patinage de Havlát ou Hejduk peut faire la différence même sur un petit périmètre. En outre, Jágr, dont le manque d'intérêt pour la coupe du monde avait fait causer des médias canadiens agacés, se crée une bonne occasion et semble impliqué et revenu à son meilleur niveau.

Encore sous pression en début de deuxième période, le Canada équilibre le jeu et reprend le dessus à partir de la mi-match, au moment où Tomáš Vokoun doit sortir avec beaucoup de sang-froid à dix mètres de ses cages pour devancer Mario Lemieux. Peu après, Eric Brewer ouvre le score de très près sur une petite passe de derrière la cage de Draper (1-0 à 31'15"). Ce but providentiel est une belle récompense pour le défenseur d'Edmonton, qui a participé à toutes les campagnes olympiques et mondiales du Canada récemment, mais dont certains supporters persistent à mettre en cause la sélection au prétexte qu'ils préfèrent tel ou tel. Jirí Fischer fait trébucher Lecavalier, et les rebonds se multiplient sur cette première pénalité sifflée par les arbitres dans ce match, permettant à Mario Lemieux d'inscrire son premier but du tournoi (2-0 à 34'25"). Après avoir été si bons pendant la première moitié du match, les Tchèques pourraient être démoralisés. Mais ils réduisent tout de suite le score sur un tir de Petr Cajanek qui passe dans une forêt de jambes et surprend Luongo (2-1 à 35'07"). Par conséquent, bien que la physionomie du match se soit inversée et que la République Tchèque ait traversé une passe difficile, rien n'est encore joué.

Il suffit par exemple d'attendre la première prison canadienne de la soirée, qui n'arrive qu'au troisième tiers-temps. Sur un lancer de la bleue de Tomáš Kaberle, Luongo laisse un rebond sur le côté et Martin Havlát tire en angle fermé dans le haut du filet (2-2 à 47'21"). Une pénalité de chaque côté, et un but en supériorité chacun, tel est l'étonnant bilan de la soirée. Dany Heatley, qui a réussi à prendre le meilleur sur Špacek et Kaberle, aurait pu redonner l'avantage au Canada, mais Vokoun en déséquilibre lui enlève spectaculairement le palet de sa crosse juste avant qu'il puisse tirer. La République Tchèque remet ensuite la pression, mais après une période d'intense activité offensive en zone canadienne, Kris Draper, dont la ligne avec Thornton et Doan a fait du très bon travail ce soir, part en contre-attaque et trompe Vokoun en angle fermé (3-2 à 53'47"). Luongo doit être encore en train de regarder l'écran vidéo et de prendre en pitié le mauvais but pris par son collègue que, six secondes après la remise en jeu, Patrik Eliaš parti vers l'avant sans se poser de questions arrive dans l'enclave et égalise dans la confusion (3-3 à 53'53").

Seule la prolongation pourra désigner le vainqueur après cet incroyable scénario. Elle commence comme les périodes précédentes, c'est-à-dire sous emprise tchèque. Après cinq arrêts déterminants de Luongo, la première occasion canadienne est la bonne : profitant du marquage défaillant de Malík, Vincent Lecavalier récupère un tir vers la cage de Smyth mais manque l'immanquable alors qu'il a la cage ouverte... avant de se retourner aussitôt pour se donner une seconde chance en angle plus fermé, pour un but décisif historique (4-3 à 63'45"). Comme lors de la dernière coupe du monde contre la Suède, le Canada a eu recours à la prolongation pour accéder à la finale, comme toujours présent dans les moments décisifs. Il peut remercier avant tout sa défense et Luongo, qui n'ont jamais laissé une seule fois les Tchèques, pourtant dominateurs tout du long, prendre l'avantage. Mais on est passé à deux doigts d'une finale tchéco-finlandaise sur le sol nord-américain qui aurait constitué une énorme surprise, à rebours de la tendance actuelle de suprématie canadienne sur les compétitions internationales.

Élus meilleurs joueurs du match : Vincent Lecavalier pour le Canada et Patrik Eliáš pour la République Tchèque.

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match

Pat Quinn (entraîneur du Canada) : "J'ai senti de la timidité dans notre équipe aujourd'hui, je ne sais pas pourquoi. Nous n'avons pas eu la concentration requise. Notre exécution n'était pas bonne, mais cela a beaucoup à voir avec le jeu des Tchèques. Nous avons de la chance d'avoir survécu. Les Tchèques ont vraiment bien joué et ils ont eu bien plus d'occasions que nous."

Roberto Luongo (gardien du Canada) : "Quarante tirs sur moi, c'est la moyenne aux Florida Panthers, donc cela n'avait rien de nouveau pour moi. Ce sont des matches difficiles où on peut faire beaucoup d'erreurs. J'étais nerveux, mais pas aussi nerveux qu'aux championnats du monde 2003 quand j'avais déjà dû remplacer Burke blessé."

Milan Hejduk (attaquant de la République Tchèque) : "C'était un match vraiment bon de notre part... jusqu'à ce dénouement. Nous ne méritions pas de perdre ce soir, mais le match en lui-même était incroyable, peut-être le meilleur dans lequel j'ai jamais joué."

Patrik Eliáš (attaquant de la République Tchèque) : "Je pense que nous avons été la meilleure équipe sur la glace pendant tout le match. Nous étions très bien préparés, ça se voyait à la motivation de chaque joueur. Nous avions vraiment envie de jouer une rencontre que nous considérions un peu comme une petite finale. Mais cela arrive parfois en sport : ce n'est pas toujours le meilleur qui gagne, et je crois que ça a été le cas aujourd'hui."

 

Canada - République Tchèque 4-3 a.p. (0-0, 2-1, 1-2, 1-0)

Samedi 11 septembre 2004 à 18h30 à l'Air Canada Centre de Toronto. 19273 spectateurs.

Arbitrage de Paul Devorski et Stephen Walkom (CAN) assistés de Jean Morin et Pierre Racicot (CAN).

Pénalités : Canada 2' (0', 0', 2', 0'), République Tchèque 2' (0', 2', 0', 0').

Tirs : Canada 24 (7, 9, 7, 1), République Tchèque 40 (10, 14, 11, 5).

Évolution du score :

1-0 à 31'15" : Brewer assisté de Draper et Thornton

2-0 à 34'25" : Lemieux assisté de Lecavalier et Richards (sup. num.)

2-1 à 35'07" : Cajánek assisté de Hejduk et Rucinský

2-2 à 47'21" : Havlát assisté de Kaberle et Hejduk (sup. num.)

3-2 à 53'47" : Draper assisté de Thornton

3-3 à 53'53" : Eliáš assisté de Havlát

4-3 à 63'45" : Lecavalier assisté de Smyth

 

Canada

Gardien : Roberto Luongo.

Défenseurs : Robyn Regehr - Scott Niedermayer ; Eric Brewer - Adam Foote ; Jay Bouwmeester - Scott Hannan.

Attaquants : Kris Draper - Joe Thornton - Shane Doan ; Mario Lemieux (C) - Joe Sakic - Jarome Iginla ; Simon Gagné - Brad Richards - Martin St-Louis ; Ryan Smyth - Vincent Lecavalier (2') - Dany Heatley.

Remplaçant : José Théodore (G).

Réservistes : Martin Brodeur (poignet), Wade Redden (épaule), Patrick Marleau, Brenden Morrow, Kirk Maltby.

République Tchèque

Gardien : Tomáš Vokoun.

Défenseurs : Jirí Fischer (2') - Marek Zidlický ; Tomáš Kaberle - Jaroslav Špacek ; Román Hamrlik - Marek Malík.

Attaquants : Martin Straka - Václav Prospal - Jaromír Jágr ; Patrik Eliáš - David Výborný - Martin Havlát ; Martin Rucinský - Milan Hejduk - Petr Cajánek ; Radek Dvorák - Jirí Dopita - Robert Reichel (C).

Remplaçant : Román Cechmánek (G).

Réservistes : Jirí Šlégr (cuisse), Petr Sýkora, Tomáš Vlasák, Josef Vašícek, Martin Škoula et Petr Briza (G).

 

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