Canada - Russie (4 janvier 2005)

 

Finale des championnats du monde des moins de 20 ans 2005

On pouvait difficilement rêver meilleure finale. Les deux équipes les plus titrées de l'histoire des championnats du monde juniors se retrouvent comme au bon vieux temps...Depuis 1987, l'une des deux équipes a toujours atteint le podium. La Russie a remporté douze médailles d'or dans son histoire et reste sur un 3 sur 3 pour l'or face aux Canadiens (1999, 2002, 2003) et un 6 sur 7 au total. Ces derniers ont de leur côté remporté dix titres et paraissent plus expérimentés. Après avoir ramené l'argent trois fois de suite, ils peuvent bénéficier de la motivation de onze joueurs finalistes malheureux face aux États-Unis en 2004. Ils avaient alors gaspillé un 4-1 à vingt minutes de la fin, pour perdre le match 4-5. Cette mésaventure plane dans les esprits et pousse le public. La patinoire est pleine, plus de 11 000 spectateurs formant une marée rouge et blanche. La feuille d'érable est partout, Winnipeg ne se trouvant qu'à 200 kilomètres. Les deux formations sont dans leur configuration type. Le Canada compte deux absents, Colliton (genou) et Barker (mononucléose), ce dernier ayant tenté de participer à la rencontre malgré tout, avant d'être déclaré inapte par les médecins de l'équipe.

Si les médias présentent ce match comme "Crosby contre Ovechkin", c'est oublier un peu vite la profondeur de banc des deux finalistes. Le Canada le rappelle immédiatement avec un début de partie spectaculaire. Physiques et rapides, les virevoltants attaquants canadiens s'en donnent à cur joie et bousculent l'arrière garde russe. Il ne faut que cinquante secondes pour le 1-0. La ligne Ladd-Carter-Getzlaf, peut-être la meilleure ligne du tournoi, s'illustre avec en conclusion Ryan Getzlaf de volée, depuis le cercle, sur une passe levée de Carter. La puissance des Canadiens manque de peu de leur jouer des tours mais l'excellent travail des équipes spéciales permet aux hommes de Sutter de tuer des pénalités de Perry et Weber, même à trois contre cinq, grâce à la détermination de Dion Phaneuf. Le gardien Jeff Glass, sur qui les projecteurs sont branchés sur ce match, sauve son équipe à deux reprises face à Evgueni Malkin et montre qu'il peut aussi se révéler déterminant lorsque les lancers se multiplient, même si les Russes se sont montrés très maladroits et peu collectifs.

Frustrés de cet échec, les Russes sont poussés à la faute. Parshin part en prison et le jeu de puissance canadien fait le break. Patrice Bergeron, meilleur marqueur du tournoi, est à l'origine de l'action. Le palet circule entre défenseurs pour un tir derrière la cage de Danny Syvret, qui trouve l'arrière de la jambière de Khudobin. Le défenseur, qui évolue à London, a été oublié par les recruteurs lors des drafts NHL précédentes. Tout le monde s'en mord les doigts aujourd'hui tant ses prestations dans la ligue junior de l'Ontario avec les Knights et dans ce tournoi sont impressionnantes. Seul défenseur qui ne soit pas originaire de l'ouest du Canada, Syvret inscrit ici son troisième point pour le 2-0. La Russie est ballottée et Khudobin doit tenir son équipe à flots. Les contacts sont appuyés et Ladd, sans conséquence, est en prison deux minutes. Puis, c'est le tour du défenseur Braydon Coburn. Cette fois-ci, le jeu de puissance russe sort vaguement la tête de l'eau. Maladroit, il a la chance de réduite la marque sur un tir flottant d'Emelin, trompant un Glass masqué. Les esprits s'échauffent quelque peu entre Carter et Malkin à la sortie des équipes...

Le score ne reflète guère la domination canadienne (13 tirs à 7) mais rien n'est fait. Le Canada ne veut surtout pas se laisser remonter : il n'a jamais été mené au score depuis le début du tournoi et démarre la deuxième période comme la première. Le rythme est très élevé et c'est une nouvelle fois Jeff Carter qui s'impose, servi par ses compères Getzlaf et Ladd. Carter est ainsi crédité de son douzième but en douze matchs aux championnats du monde juniors, égalant le record de but d'Eric Lindros, grâce à un tir depuis le cercle droit. Une performance qui contraint l'entraîneur russe à modifier ses plans : Andreï Kuznetsov remplace un Anton Khudobin dépité au point de briser sa crosse.

La Russie n'est pourtant guère menaçante. Dans la foulée, le banc russe est sanctionné par un surnombre, puis Shafigulin sort pour une charge incorrecte. Les vingt secondes en double supériorité ne suffisent pas mais la défense, à un de moins depuis quatre minutes, fatigue. La première ligne canadienne exploite l'aubaine. Sidney Crosby, phénoménal de vitesse dans ce match, est relayé par Corey Perry, ce dernier trouvant tranquillement Patrice Bergeron pour le 4-1 sur un rebond. Une minute plus tard, la troisième ligne canadienne s'impose à son tour. Le capitaine Michael Richards initie le mouvement. Le lutin Nigel Dawes passe par là et lance brillamment Anthony Stewart qui porte la marque à 5-1. Cette ligne, très efficace l'an passé, propose cette année un travail de l'ombre remarquable mais moins récompensé en points. Qu'importe, elle contribue sur le match le plus important. Le moral russe est en chute libre, d'autant que le meneur de l'attaque, Aleksandr Ovechkin, doit sortir sur une blessure à l'épaule après un contact rugueux mais correct avec Bergeron. Débordés et battus dans tous les duels, les Russes commettent des fautes. Emelin sort deux minutes mais il ne faut que vingt secondes à Dion Phaneuf pour assommer un peu plus l'équipe adverse sur une mine de la ligne bleue. Getzlaf et Carter, intenables, récoltent un nouveau point. Sur l'action, Dimitri Vorobiev est sorti du match pour une crosse haute. La pénalité est majeure et suivie d'une méconduite de match sur laquelle Kuznetsov parvient à tenir le score. L'écrasante domination canadienne est visible en tirs (15-4) et Glass n'a plus besoin d'être spectaculaire, juste de rester concentré.

Le dernier tiers-temps est radicalement différent. Le Canada se replie sur son but, joue la trappe en zone neutre et ne prend plus aucun risque. Le souvenir de la finale 2004 est si présent dans les esprits que les hommes de Sutter ne lancent que quatre palets vers le gardien russe. La discipline est le maître mot. La défense coupe les passes, Phaneuf et Weber poursuivent leur travail de sape sur une attaque russe clairement orpheline d'Ovechkin et totalement démoralisée. La Russie ne tente guère sa chance, cherchant plutôt à éviter une déroute. Bref, le tiers-temps est une formalité et le score ne changera plus. Le Canada s'impose 6-1 et gants, casques, crosses peuvent voler sur la glace...

Pour la première fois, le Canada remporte donc l'or aux dépens des Russes. Pour leur premier titre depuis 1997, les coéquipiers de Richards ont écrasé le tournoi et éclaboussé de leur talent des matchs à sens unique. Au total, 41 buts marqués en six matches pour seulement 7 encaissés, nouveau record du championnat. Le Canada n'a cédé que deux fois à égalité numérique, et n'a jamais été mené au score (305 minutes sur 360 avec au moins un but d'avance). C'est même le plus gros écart lors d'une finale. Dans les cages, Jeff Glass s'est ennuyé ferme : 11 tirs concédés en demi-finale, 19 en finale. Ce qui était considéré comme la meilleure équipe de l'histoire a confirmé les attentes placées en elle. Tout le monde a contribué, tant en défense qu'en attaque.

Patrice Bergeron est élu meilleur joueur du tournoi avec treize points. Jeff Carter est élu dans l'équipe-type avec sept buts, aux côtés de Bergeron et Ovechkin. Dion Phaneuf reçoit le titre de meilleur défenseur et est accompagné dans l'équipe-type par l'Américain Ryan Suter. Le meilleur gardien du tournoi est le Tchèque Marek Schwarz. À noter que Carter et Phaneuf sont les premiers joueurs de l'histoire à être élus dans l'équipe-type deux ans consécutifs. Le tournoi 2006 à Vancouver est déjà en vue, mais cette fois-ci le Canada alignera l'équipe la moins expérimentée : seuls Crosby et Barker peuvent revenir, contre dix Russes.

Désigné meilleurs joueurs du match : Ryan Getzlaf pour le Canada, Evgeni Malkin pour la Russie.

Compte-rendu signé Nicolas Leborgne

 

Commentaires d'après-match :

Brent Sutter (entraîneur du Canada) : "Je suis fier d'eux. Pour le staff, les gars étaient les plus importants. Selon moi, entraîner, c'est donner une direction et laisser les joueurs la suivre. Ils sont médaillés d'or parce qu'ils le méritent. Le mental était très important et j'avais confiance en ce groupe. Ils ont été très professionnels sur et en dehors de la glace. Les arrêts de Glass sur Malkin en début de match étaient énormes. Le troisième but nous a vraiment lancés dans la bonne direction."

Jeff Glass (gardien du Canada) : "J'ai lu des critiques de Vrana, d'Ovechkin [sur la possible faiblesse canadienne dans les cages]. Je ne voulais pas rentrer dans une bataille verbale. Je voulais que mon jeu soit la meilleure réponse."

Dion Phaneuf (défenseur du Canada) : "C'est bien d'être reconnu mais je préfère savourer ce moment avec tous les autres joueurs, qui ont vraiment formé une équipe soudée. Je me suis fait des amis et des souvenirs pour toute une vie. J'ai tenté de jouer de mon mieux et ce tournoi a vraiment été très positif pour moi. Nous ne voulions pas sortir Ovechkin du match. C'est un grand joueur, et pour être gagnant vous devez museler leur meilleur joueur."

Sergei Gersonsky (entraîneur de la Russie) : "Ils ont joué de manière extraordinaire et méritent la médaille d'or."

Evgeni Malkin (attaquant de la Russie) : "J'espère que je pourrai être à Vancouver l'an prochain et que mon équipe NHL [Pittsburgh] me laissera participer, si je joue chez eux."

 

Canada - Russie 6-1 (2-1, 4-0, 0-0)

Mardi 4 janvier 2005 à 19h00 à la Ralph Engelstad Arena de Grand Forks. 11862 spectateurs.

Arbitrage de David Hansen (USA) assisté de Juha Kautto (FIN) et Kevin Redding (USA).

Pénalités : Canada 16' (10', 4', 2'), Russie 33' (4', 29', 0').

Tirs : Canada 32 (13, 15, 4), Russie 19 (7, 4, 8).

Évolution du score :

1-0 à 00'51" : Getzlaf assisté de Carter et Ladd

2-0 à 08'00" : Syvret assisté de Coburn et Bergeron (sup. num.)

2-1 à 19'28" : Emelin assisté de Shafigulin et Galimov (sup. num.)

3-1 à 23'33" : Carter assisté de Ladd et Getzlaf

4-1 à 27'53" : Bergeron assisté de Perry et Crosby (sup. num.)

5-1 à 28'54" : Stewart assisté de Dawes et Richards

6-1 à 33'19" : Phaneuf assisté de Getzlaf et Carter (sup. num.)

 

Canada

Gardien : Jeff Glass.

Défenseurs : Dion Phaneuf - Shea Weber ; Shawn Belle - Brent Seabrook ; Braydon Coburn - Danny Syvret.

Attaquants : Sidney Crosby - Patrice Bergeron - Corey Perry ; Nigel Dawes - Mike Richards - Anthony Stewart ; Ryan Getzlaf - Jeff Carter - Andrew Ladd ; Clarke MacArthur - Colin Fraser - Stephen Dixon.

Remplaçants : Réjean Beauchemin (G), Jeremy Colliton (blessé), Cameron Barker (malade).

Russie

Gardien : Anton Khudobin puis Andrei Kuznetsov à 23'33".

Défenseurs : Dmitri Vorobiev - Denis Ezhov ; Yakov Rilov - Dmitri Megalinsky ; Grigori Panin - Aleksei Emelin ; Anton Belov - Georgi Misharin.

Attaquants : Aleksandr Ovechkin - Dmitri Pestunov - Enver Lisin ; Sergueï Shirokov - Evgeni Malkin - Aleksandr Radulov ; Aleksandr Galimov - Grigori Shafigulin - Aleksandr Nikulin ; Denis Parshin - Mikhaïl Yunkov - Roman Voloshenko.

 

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