Autriche - France (11 février 2005)

 

Tour final de qualification pour les Jeux Olympiques 2006.

Il y a quatre ans, ici même à Klagenfurt, les Français se qualifiaient pour les JO 2002. Pourquoi l'histoire ne se répèterait-elle pas ? Peut-être parce que la tâche est bien plus difficile qu'à l'époque. Il n'y a plus trois qualifiés sur quatre, mais un seul. Et le tournoi olympique a été réduit de quatorze à douze équipes. C'est dire qu'il faudrait un exploit de la part des Bleus, sans Yorick Treille pas réclamé à sa franchise d'AHL, alors que les Autrichiens ont insisté pour avoir leurs joueurs à disposition.

De plus, cette Autriche qui n'avait pas de quoi faire peur à la France il y a quelques années est sur une dynamique positive en ayant formé une jeune génération exceptionnelle. Une Autriche qui peut se qualifier dès ce soir puisqu'il lui "suffit" maintenant de battre les Bleus. Petit soulagement, il lui manque son géant défensif André Lakos, blessé, et son gardien n°1 Reinhard Divis, victime d'une luxation de l'épaule. Divis avait eu la très mauvaise idée de rejouer très vite en dépit des recommandations des médecins et a souffert à chacun de ses mouvements pour finir par admettre qu'il n'avait fait qu'aggraver sa blessure qui l'éloignera des patinoires pour tout le reste de la saison. L'expérimenté Dalpiaz le remplacera, comme d'habitude digne de confiance en équipe nationale. Mais la France aura l'avantage dans ce secteur avec Cristobal Huet qui a pu retrouver toute sa forme et sa concentration après s'être réglé dans le match d'hier.

Les Bleus sont sous pression dès le début de match, mais au moins ne prennent-ils pas un but en neuf secondes comme aux championnats du monde. Vincent Bachet perd un palet à la bleue défensive et est contraint à la faute pour éviter un breakaway de Koch. On sait que la France devra éviter de prendre autant de pénalités que contre l'Ukraine si elle veut avoir une chance. Or une seconde infériorité se dessine après un surnombre, mais une obstruction en zone offensive de Setzinger sur Bachet est aussi sanctionnée. À quatre contre quatre, Sébastien Bordeleau s'arrache derrière le but autrichien et repique au premier poteau malgré deux adversaires (dont Kalt) qui ne parviennent pas à éviter le tir gagnant (0-1 à 08'59"). La France dominée qui marque sur sa première occasion, c'est le scénario idéal. Le seul qu'on pouvait raisonnablement espérer de toute manière : même s'il y a toujours du déchet dans les passes et des palets rendus à l'adversaire, les Bleus travaillent, ils sont présents physiquement et tous concernés par le repli défensif.

L'Autriche, timide à l'image de son public, se décide à jouer de façon plus agressive en deuxième période et à engager le défi physique contre les bandes, mais elle trouve à qui parler. Même pendant deux pénalités consécutives, la France tient bon, le jeu de puissance autrichien paraissant même en panne complète d'inspiration et de plan de jeu. L'équipe locale persiste à envoyer au fond, mais les Bleus sont contrariants et persistent à gagner la majorité des duels, à venir au soutien les uns des autres, et à ressortir patiemment les palets. Comme en première période, Thomas Vanek, pas convaincant de prime abord, se réveille en fin de tiers-temps et oblige Bachet à lui mettre un bâton dans les patins. L'Autriche dépasse maintenant le cap des dix minutes de supériorité numérique dans ce match, mais les arrêts très sûrs de Cristobal Huet - qui lâche moins de rebonds dangereux que Claus Dalpiaz - préservent le précieux but d'avance tricolore. Un but qui aurait pu avoir un petit frère par l'intermédiaire de Guillaume Besse juste avant la sirène.

Ce même Besse se crée un breakaway à la première minute du troisième tiers, mais il n'a pas la vitesse de crosse d'un Bordeleau et échoue encore sur Dalpiaz. Soudain, les Autrichiens se déchaînent : la vitesse de Thomas Koch passant derrière la cage met le feu à la défense française, et Thomas Vanek désormais survolté insiste. Puis les Bleus se rendent coupable d'un surnombre, le troisième de la soirée, le quatrième en deux jours... Le plus grave aussi, car on jouait depuis peu à quatre contre quatre. La France se retrouve à trois, la situation la plus inconfortable qui soit. L'Autriche fait circuler le palet et Vanek conclut dans la cage ouverte (1-1 à 45'35"). S'il avait le champ libre, c'est aussi parce qu'Amar n'avait pas pu se replacer - sa crosse était discrètement retenue par un autre joueur blanc. Le match s'emballe pendant plusieurs minutes après ce but. L'Autriche veut continuer sur son élan et cherche la victoire, mais la France joue bien de sa vitesse pour obtenir des contre-attaques, dont une de François Rozenthal qui déborde Dalpiaz mais ne peut ramener suffisamment son palet, un peu gêné par la crosse peut-être lâchée par le gardien. Au fil des minutes, le jeu est moins ouvert, on cherche avant tout à éviter les erreurs. Dave Henderson fait confiance aux hommes d'expérience en passant à trois lignes, laissant les jeunes Besch, Hecquefeuille, Bellemare et Daramy sur le banc. Le KO aurait pu venir d'un côté comme de l'autre, mais il n'aura pas lieu. Tout se jouera dimanche.

"Si on vous avait dit il y a deux jours que vous auriez trois points avant la dernière journée, vous auriez signé tout de suite", pourrait-on dire pour paraphraser un certain président de la République. Ce match nul, intrinsèquement une grande performance, est pourtant forcément frustrant. Car il faudra maintenant compter sur l'aide improbable de l'Ukraine, déjà éliminée, pour accrocher l'Autriche, ou bien espérer un carton bleu face au Kazakhstan.

On ne peut pas s'empêcher de se poser la question qui tue. Les formidables efforts d'une équipe de France exemplaire de solidarité ce soir ont-ils été bêtement gâchés ? Est-il envisageable de manquer les Jeux Olympiques à cause d'un surnombre ?

Élus meilleurs joueurs du match : Thomas Vanek pour l'Autriche et Cristobal Huet pour la France.

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match

Herbert Pöck (attaquant de l'Autriche) : "Nous avons encore eu des nerfs et de la patience, et nous avons montré beaucoup de combativité. Il nous a de nouveau fallu trop de temps pour marquer un but, bien que nous ayons clairement dominé. Maintenant, nous avons notre destin entre nos mains. Franchement, nous avons eu beaucoup de chance sur certains contres et nous pouvons nous réjouir de ce point."

Oliver Setzinger (attaquant de l'Autriche) : "Le gardien des Français a été simplement incroyable. Nous avons gagné un point et nous pouvons boucler l'affaire dimanche. Je n'ai pas envie d'attendre cinq années avant d'avoir la chance de jouer les Jeux Olympiques. L'arbitre était un thème en soi. Je crois que je n'ai jamais vu un tel arbitrage depuis les poussins."

 

Autriche - France 1-1 (0-1, 0-0, 1-0)
Vendredi 11 février 2005 à 19h30 à l'Eissportzentrum de Klagenfurt. 3300 spectateurs.
Arbitrage de Rudolf Lauff (SVK) assisté de Milan Novak (SVK) et Peter Küng (SUI).
Pénalités : Autriche 6' (4', 0', 2'), France 16' (6', 6', 4').
Tirs : Autriche 33 (12, 9, 12), France 16 (5, 5, 6).

Évolution du score :
0-1 à 08'59" : Bordeleau assisté de M. Rozenthal
1-1 à 45'35" : Vanek assisté de Pöck (sup. num.)

 

Autriche

Attaquants :
Markus Peintner - Raimund Divis - Gerald Ressmann
Mathias Trattnig - Dieter Kalt - Thomas Vanek
Oliver Setzinger (2') - Thomas Koch - Daniel Welser
Christoph Harand (2') - Roland Kaspitz - Christoph König

Défenseurs :
Martin Ulrich - Gerhard Unterluggauer
Philippe Lakos - Thomas Pöck
Robert Lukas - Emanuel Viveiros (2')

Gardien :
Claus Dalpiaz

Remplaçants : Patrick Machreich (G), Sven Klimbacher, Philippe Horsky.

France (6' pour surnombre)

Attaquants :
Laurent Meunier (C) - Sébastien Bordeleau - Guillaume Besse
Kévin Hecquefeuille - Laurent Gras - Pierre-Édouard Bellemare
Maurice Rozenthal (2') - Jonathan Zwikel - François Rozenthal
Xavier Daramy - Olivier Coqueux (2') - David Dostal

Défenseurs :
Baptiste Amar - Simon Bachelet (2')
Jean-François Bonnard - Guillaume Karrer
Vincent Bachet (4') - Nicolas Favarin
Nicolas Pousset - Nicolas Besch

Gardien :
Cristobal Huet

Remplaçant : Fabrice Lhenry (G).

 

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