Dynamo Moscou - Metallurg Magnitogorsk (27 février 2005)

 

Match comptant pour la cinquante-septième journée de la Superliga russe 2004/05.

Quel plaisir en ces temps de frimas moscovite, avec tempêtes de neige et moins dix degrés, de se retrouver dans la chaleur de Loujniki. Ah ben, zut, pas été le seul à trouver l'idée bonne ! Il y a foule en ce dernier dimanche de février à se précipiter dans la "petite" arène de Loujniki.

Plus de 6 000 spectateurs qui prouvent, une fois encore, que le Dynamo est vraiment le plus populaire des clubs moscovites. Bon, il est vrai qu'il est en tête de la Superliga depuis pratiquement le début de la saison ! Ça aide à remplir les travées ! Mettez le Spartak ou, au hasard, les Krylia Sovietov en tête du championnat élite russe et vous verrez. Il n'y a qu'avec le CSKA que cela ne serait peut-être pas possible, car il n'y aurait peut-être pas assez de snobs et de "chicos" pour remplir le Palais des Sports de Glace du CSKA ! Je chambre, mais j'aime bien le CSKA quand même, malgré son côté "prout, prout ma chère..."

Bon, il faut préciser aussi que l'affiche est belle. On l'a dit, le Dynamo est largement en tête du championnat et le Metallurg de Magnitogorsk est en embuscade à la troisième place, juste derrière le Lada Togliatti. Etre derrière une Lada, cela ne doit pas être très agréable, surtout conduite par Piotr Vorobiev, qui s'il était reste à Riga (pauvres Lettons...) se ferait appeler Peteris Vorobijevs, ce qui serait drôle !

Une belle affiche donc, mais sans toutes ses vedettes. On ne verra pas le transfuge du CSKA, Alexandre Frolov, blessé (fallait pas quitter ton club qui lutte pour les play-offs...) et présent dans les tribunes aux côtes d'une... enfin, elle a un décolleté profond et elle mâche du chewing-gum avec délicatesse, tout en parlant sur son portable. Dans le genre caricature de copine de footballeur pro, mais modèle pour hockeyeur riche et russe. Je me permets ce jugement (un brin) sarcastique, je les ai vus à la fin du deuxième tiers...

Autre absent de marque chez les Dynamistes, Alexandre Ovetchkine. On n'assistera donc pas à la guerre des prodiges face a Evgueni Malkine. Meme si je n'ai (pff, encore un avis personnel, après les blondes en manteau de fourrures, voila les merveilles du hockey...) jamais vu Malkine avoir autant d'influence sur le jeu qu'Ovetchkine, ce dernier pouvant faire basculer une rencontre à n'importe quel moment sur un coup de génie. Mais j'ai beaucoup moins vu jouer Malkine. C'est loin Magnitogorsk...

Du côté de Magnitka, l'entraîneur tchèque Marek Sykora a préféré titulariser l'Ukrainien Konstantin Simtchouk, en provenance du Sibir Novossibirsk, dans les cages à la place du prodige de dix-huit ans Anton Khoudobine, en l'absence d'Evgueni Nabokov, le gardien NHL kazakh... euh russe. D'ailleurs, au sujet des doubles passeports. Le Dynamo se moque du monde en alignant cet après-midi cinq étrangers, deux Kazakhstanais, le gardien Vitali Eremeiev et le capitaine Alexei Trochtchinski, l'Ukrainien Vadim Chakhraitchouk, le Tchèque Pavel Rosa et le Slovaque Lubomir Bartecko. Enfin, le Metallurg en aligne quatre, ses trois Tchèques Elias-Sykora-Cech et son Ukrainien de gardien.

Le début du match est allègre et vif, mais on aurait dû se méfier ! Une première pénalité à la quatrième minute pour le capitaine ouralien Valeri Karpov aurait dû nous mettre la puce à l'oreille. L'arbitre, Monsieur Tcherenkov, va TOUT siffler durant ce match. Est-ce le fait qu'il est de Moscou et qu'il ne veut pas être accuse de laxisme ? Est-il un forcené de la dictature de la loi poutinienne ? Avec de plus en plus de dict... bref. Il faut préciser qu'il n'est pas aidé par un commencement d'énervement entre l'Ouralien Fedor Fedorov (à peine arrivé du Spartak et qui se croyait peut-être dans un derby ?) et le Dynamiste Vladislav Bouline. Mais il n'y a pas eu de bourre-pifs, juste une bousculade, alors cela ne valait peut-être pas 2'+2'+10' à chacun. Surtout que l'homme en tenue zébrée, sanctionne chaque petite chose. Une fois le défenseur moscovite Oleg Orekhovski, deux fois son coéquipier et capitaine Alexeï Trochtchinski qui prend un abonnement, se faisant accompagner pour son second séjour par Patrik Elias. Parfois, Monsieur Tcherenkov alterne. Il envoie en prison le Dynamiste Andrei Skopintsev, puis vingt secondes plus tard le "métallurgiste" (vu les salaires, les guillemets sont quand même de rigueur) Evgueni Petrotchinine. Si encore les fautes étaient flagrantes ou dangereuses. Ce n'est pas qu'elles n'y sont pas, non, mais franchement, cela ne serait pas plus mal de laisser le jeu se développer juste un peu. Déjà qu'avec ces défenses russes hyper regroupées...

Bref, le premier tiers s'est passé, et on a rien vu ! Les deux équipes n'ont jamais été à cinq contre cinq et personne n'avait vraiment voulu prendre de risque de se précipiter dans les espaces. Ben oui, forcément, si l'on est pris en contre ! "Dis, papa, tu crois, qu'on va voir des buts ?" "Ben, peut-être, après tout le Lada n'est pas là..." Faut bien rassurer les enfants...

Heureusement, même lorsqu'Ovetchkine n'est pas là, il y a toujours des génies au Dynamo pour nous sortir de la torpeur. Deux minutes de jeu dans la deuxième periode. Maxime Afinoguenov déborde sur l'aile, passe derrière la cage et envoie une passe puissante et précise comme un laser, juste dans la crosse d'Alexandre Kharitonov. Ce dernier ne se pose pas de question et fusille instantanément le Kiévien Konstantin Simtchouk : 1-0 à 22'07). À peine le temps que l'arbitre envoie trois joueurs en prison (pourquoi se gêner ?), Chakhraitchouk (22'33), Bartecko (24'27) puis Malkine (25'08), que Maxime Afinoguenov remet ça. Suite à une passe incroyable depuis sa zone défensive d'Ilia Nikouline, l'attaquant des Sabres de Buffalo part comme une flèche pour tromper et dribbler le gardien ukrainien du Metallurg pour le 2-0 (25'26). Merci Maxime ! Mais le spectacle n'est pas terminé. Une minute plus tard, Afinoguenov sème une fois de plus le trouble dans la défense. Son tir est détourné par Simtchouk, mais Vladimir Vorobiev réussit à lober le gardien adverse avec un brin de réussite puisque le palet rebondit sur Simtchouk couché (3-0 a 26'38). Le Dynamo a fait le trou en quatre minutes. Si cela pouvait inspirer Monsieur Tcherenkov pour qu'il laisse le jeu respirer. Tu parles ! Et la valse du sifflet reprend. Deux minutes pour Orekhovski, suivi une minute plus tard par Gonchar, puis un peu de répit, et hop, Vychedkevitch va se reposer deux minutes, immédiatement suivi par deux autres infortunés, Patrik Elias pour les visiteurs et le local Ilia Nikouline pour frottement illicite dans les bandes.

Enfin, il ne faut pas se plaindre, on a vu trois buts. Avec cette question angoissante "Et si Afinoguenov n'avait pas été là ? Quid du spectacle ?". Un quart d'heure de pause pour réfléchir à ce sujet philosophique, l'arbitre ramasse les copies au début du dernier tiers.

Vadim Chakhraitchouk, n'a pas dû réviser pendant la pause, car il se fait tout de suite attraper par la patrouille. Mais sa pénalité ne change rien au score. Le Dynamo, fidèle à sa tactique attentiste lorsqu'il mène au score, se contente de voir venir. Et comme le Metallurg ne vient pas beaucoup porter le danger, on commence à se demander si on n'a pas déjà tout vu en quatre minutes au deuxième tiers... Alors, on regarde le programme pour bien vérifier s'il n'y a pas tromperie sur la marchandise. Et non, la première ligne du Metallurg est bien composée de Petr Sykora, Evgueni Malkine et Patrik Elias. Une ligne qui ferait se damner de nombreux présidents de clubs. Surtout quand sur les trois autres lignes, vous avez Andrei Razine (transparent par rapport à ce que j'avais vu l'an passé au CSKA, et pas que sur ce match avec 3 buts en 29 rencontres...), Valeri Karpov ou Fedor Fedorov (fallait pas faire comme Ilia Ier et quitter le Spartak pour de l'argent...). Et bien, malgré tout, cela ne donne rien.

La défense du Dynamo ne laisse rien passer. Il faut préciser que le Kazakhstanais Vitali Eremeïev, absent à Klagenfurt en Autriche pour les funestes qualifications olympiques pour blessure, est tout simplement époustouflant dans les cages moscovites. En particulier, sur la prison de Vadim Chakhraitchouk (absent lui des funestes qualifications olympiques de Klagenfurt, toujours en Autriche, pour manque d'amour du maillot), où il réalise trois arrêts consécutifs d'anthologie, alors qu'il n'avait plus de défenseurs pour l'aider. Dans ce troisième tiers, Eremeïev répond présent à chaque fois que les joueurs de Magnitka se rappellent qu'ils évoluent dans une équipe à vocation offensive. Évidemment, ce qui arrive dans ces cas-là... c'est le contre qui tue. Le Dynamo profite lui parfaitement d'une pénalité (encore !) infligée à l'un des Tchèques de Magnitogorsk, Petr Sykora, pour clouer le cercueil. Un tir lointain du défenseur Sergueï Vychedkevitch transperce Konstantin Simtchouk, pas vraiment "sécurité sociale" cet après-midi. À sa décharge, il n'y avait plus personne dans l'axe du tir. 4-0, ce n'est plus la peine d'espérer voir quoi que ce soit d'autre. C'est fini, on passe à autre chose.

Ce match entre favoris pour le titre a ressemblé à une rencontre de play-offs. Haché, engagé et peu spectaculaire. Sauf que l'on est peut-être prêt en tant que spectateur à le supporter lors d'un cinquième match d'une finale, mais en saison régulière... beaucoup moins. Les 6 500 spectateurs-supporters du Dynamo sont repartis contents (du moins je l'espère) mais on ne peut s'empêcher de se poser des questions sur la qualité du spectacle offert par la meilleure ligue du monde de la terre, en l'absence de la NHL, comme nous la vendent les journaux russes. De plus en plus, on s'ennuie ferme durant les matches de Superliga. Il n'y a presque plus de buts. Et je ne parle même pas des 79 buts encaisses en 55 matches par le Lada. Là, c'est désespéré. Non, je parle de l'ensemble des rencontres. Le côté positif, c'est que tout le monde peut battre tout le monde, même le Spartak peut faire pleurer Ak Bars pour un soir. L'autre raison de sourire quand même, c'est qu'il y a presque toujours un génie pour réveiller le public. Comme Maxime Afinoguenov cet après-midi. Mais quatre minutes de rêve pour soixante minutes de jeu ? Le problème est plus grave que Peteris Vorobijevs à lui tout seul.

Étoiles du match : *** Maxim Afinoguenov (Dynamo), ** Aleksandr Kharitonov (Dynamo), * Vitali Eremeïev (Dynamo).

Compte-rendu signé Bruno Cadène

 

Commentaires d'après-match

Vladimir Krikunov (entraîneur du Dynamo) : "Avant le match, nous avons surtout averti les joueurs que Magnitka était la meilleure attaque de la Superliga. Notre attention première devait donc être portée à la défense de nos cages. Je peux établir que, sur ce point, notre équipe a suivi son plan de jeu. Il va sans dire que le fait qu'Eremeïev ait retrouvé la pleine forme ne peut que me réjouir dans la perspective des play-offs, où les gardiens ont une importance spéciale."

Maksim Afinogenov (attaquant du Dynamo) : "L'équipe a fait un bon match, mais six points d'avance à six journées de la fin, ce n'est pas la garantie de finir en première place. Pour la conserver, il faut se préparer à souffrir."

Marek Sykora (entraîneur de Magnitogorsk) : "Notre équipe a joué de façon satisfaisante pendant la première période et un peu à la toute fin du match. C'est insuffisant pour espérer gagner, encore moins face à cet adversaire. Dans les vingt dernières minutes, je me serais contenté d'un score de 4-2 ou même 4-1, mais nous n'avons pas été capables de marquer, ce qu'il nous faudra analyser. Il y a beaucoup de Moscovites dans l'équipe, et quand on arrive dans la capitale cela pose un problème. Hier soir, beaucoup de joueurs n'ont pas consacré autant de temps et d'attention à la préparation du match que je l'aurais voulu... Pour l'instant, Nabokov est en civil. À mon avis, il a perdu un peu de poids - ce qui indique qu'il s'est entretenu durant son absence. Demain, pour la première fois depuis son retour des États-Unis, il reprendra l'entraînement. On verra..."

 

Dynamo Moscou - Metallurg Magnitogorsk 4-0 (0-0, 3-0, 1-0)

Dimanche 27 février 2005 à 13h00 à la Malaïa Sportivnaïa Arena Loujniki. 6800 spectateurs.

Arbitrage de M. Cherenkov (Moscou) assisté de MM. Serdyuk et Belov.

Pénalités : Dynamo 34', Magnitogorsk 28'.

Tirs : Dynamo 28 (8, 13, 7), Magnitogorsk 27 (11, 7, 9).

Évolution du score :

1-0 à 22'07" : Kharitonov assisté d'Afinogenov

2-0 à 25'26" : Afinogenov assisté de Nikulin

3-0 à 26'38" : Vorobiev assisté d'Afinogenov (sup. num.)

4-0 à 53'03" : Vyshedkevich assisté de Kharitonov et Orekhovski (sup. num.)

 

Dynamo

Gardien : Vitali Eremeïev.

Défenseurs : Alekseï Troshchinski (KAZ) (c) - Vladislav Bulin ; Ilya Nikulin - Aleksandr Zhdan ; Oleg Orekhovski - Sergueï Vyshedkevich ; Andreï Skopintsev - Iakov Rylov.

Attaquants : Pavel Rosa (TCH) - Pavel Datsyuk - Igor Volkov ; Igor Mirnov - Vadim Shakhraïchuk (UKR) - Aleksandr Kharitonov ; Maksim Afinogenov - Alekseï Chupin - Lubos Bartecko (SVK) ; Konstantin Romanov - Alekseï Tereshchenko - Vladimir Vorobiev.

Remplaçant : Aleksandr Eremenko (G).

Metallurg Magnitogorsk

Gardien : Konstantin Simchuk (UKR).

Défenseurs : Sergueï Gonchar - Martin Cech (TCH) ; Vitali Atyushov - Evgueni Varlamov ; Evgueni Petrochinin - Dmitri Kalinin ; Roman Kukhtinov - Artiom Nossov.

Attaquants : Petr Sykora (TCH) - Evgueni Malkin - Patrik Elias (TCH) ; Eduard Kudermetov - Alekseï Kaïgorodov - Alekseï Tertyshny ; Aleksandr Savchenkov - Andreï Razin - Yuri Dobryshkin ; Fedor Fedorov - Nikolaï Zavakhurin - Valeri Karpov (c).

Remplaçant : Anton Khudobin (G).

 

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