Dynamo Moscou - Lada Togliatti (5 avril 2005)

 

Finale de la Superliga russe 2004/05, première manche.

"Tout, tout, tout, mais pas ça !", allez tous en chur : "Tout, tout, tout, mais pas ça". Tous les amateurs de hockey du monde entier chantent ce petit refrain entêtant : tout sauf un titre pour le Lada de Piotr Vorobiev. Pas par anti-togliattisme primaire, bien que vous puissiez toujours souhaiter à votre pire ennemi d'être envoyé un an à Togliatti en pénitence, mais parce que si le Lada de Pierre 1er roi des moineaux de Togliatti (Vorobei : moineaux) s'impose comme Tsar de toutes les Russies, vous pouvez être certain qu'il va donner des mauvaises idées de bétonnage à tous les étages à tous les autres entraîneurs du pays, voire d'ailleurs. Déjà que le hockey moderne est de plus en plus défensif... Franchement, on n'a pas besoin de cela ! Croyez-vous aux présages ? Loujniki est situé sur le mont aux... moineaux ! Arg ! "Ouvrez, ouvrez la cage aux oiseaux..."

Bon, à part ça, cette finale n'a pas commencé qu'il y a déjà un scandale ! Il y a des centaines de places libres dans Loujniki, alors que tous les billets ont été vendus en trois heures. La raison de ce décalage est très simple. Comme d'habitude, les trafiquants ont acheté des paquets de places pour les revendre au marché noir. Mais comme ils proposent des prix exorbitants pour le pouvoir d'achat du supporter moyen... C'était déjà le même cirque l'an passé pour des gros matches au CSKA.

Face-à-face donc, deux équipes prudentes dans leur manière d'aborder le hockey, mais la différence, c'est qu'au Dynamo, il y a des "extraterrestres" genre Ovetchkine ou Afinoguenov, capables à eux seuls et à n'importe quel moment de renverser un match et de toucher au sublime. On s'en est aperçu lors du désormais mythique 11-0 en demi-finale contre le champion en titre, l'Avangard Omsk. S'il y a une chose de certaine dans ce monde sans repères (c'est beau les clichés de philosophie de comptoir), c'est bien que le Lada ne gagnera jamais un match 11-0 !

Et ça part sur les chapeaux de roues. Quarante secondes de jeu et 1-0 ! Comme contre Omsk, lors de ce fameux match, la première attaque dynamiste est la bonne : tir en revers d'Igor Mirnov qui passe entre les jambières de Jussi Markkanen, mais le palet est cependant renvoyé... dans la crosse de Pavel Datsiouk qui ne se fait pas prier pour ouvrir le score. Boum ! À peine le temps de se remettre de ses émotions qu'Alexandre Frolov fait son show. Le joueur des Los Angeles Kings, formé au Spartak, passé par les Krylia Sovietov, puis arrivé en cours de saison au Dynamo en provenance du CSKA (comme ça, il a fait tous les clubs moscovites...), fait un travail incroyable le long de la balustrade, derrière la cage de Markkanen. Il se dégage de l'emprise des défenseurs et peut repiquer vers le but pour "tranquillement" - sans marquage - loger la rondelle entre les jambes du gardien finlandais du Lada. 2-0 au bout de trois minutes de jeu, Piotr tire une de ces tronches sur le banc ! Déjà qu'il n'est pas souriant...

Heureusement pour l'industrie automobile russe, le Lada se reprend rapidement. Sur un palet récupéré en zone neutre, le "LNHien" du New Jersey, Viktor Kozlov, part en une-deux avec l'international russe Alexandre Skougarev. Ce dernier, bien décalé, trompe le gardien international kazakhstanais du Dynamo, l'excellentissime Vitali Eremeiev. Trois buts en cinq minutes ! Cela donne le tournis, il va falloir vite arrêter tout cela, sinon on va frôler l'infarctus sur le banc des entraîneurs...

Mais, on vous l'a dit et répété, il y a toujours un diablotin dynamiste pour sortir de sa boîte. Alors que l'attaquant togliattien (si, ça existe, je l'ai vu de mes propres yeux) Dimitri Afanassenkov est en prison, le génie de l'Arbat, Alexandre Ovetchkine, met le feu dans le coffre de la Lada, suivi en cela quelques secondes plus tard par son capitaine Alexeï Trochtchinski. La réponse des bateliers de la Volga ne se fait cependant pas attendre. Trois minutes plus tard, alors que c'est au tour du Lada d'être en supériorité numérique (pénalité d'Afinoguenov), le parfait attaquant lituanien de Washington, Dainius Zubrus, est à son tour très dangereux. Il prend même quelques secondes plus tard un coup de crosse dans le ventre qui le cloue au sol, mais monsieur Zakharov ne siffle pas, estimant que c'est involontaire.

L'arbitre décide à ce moment d'entrer en scène. Je ne sais pas s'il y a eu des consignes données aux zèbres pour qu'ils ne laissent rien passer, mais depuis quelques semaines, cela devient un concert de sifflets à chaque match. Déjà que l'on ne voit pas beaucoup de jeu... Lisez plutôt : Alexandre Titov (Lada) condamné à deux minutes à 15'17, rejoint vingt-deux secondes plus tard, par le capitaine moscovite Trochtchinski, et moins d'une minute après par le défenseur du bassin de la Volga, Andrei Iakhanov. À peine le temps de libérer tout ce monde que le Dynamo termine ce tiers à trois contre cinq avec des sanctions contre les défenseurs Vladislav Bouline et Andrei Markov. Trente secondes de jeu dans la deuxième période, et hop, Alexeï Trochtchinski et Ilia Vorobiev quittent également la glace pour deux minutes. Plus de rythme, plus de jeu, le match s'endort...

Les coups de sifflet de l'arbitre ne sont pas seuls en cause. D'abord, les joueurs n'ont qu'à pas faire de fautes, et ensuite, selon un scénario bien établi, plus personne ne veut prendre le moindre commencement de risque. Le Dynamo dans le genre "Eh ben, viens mon gars, si tu veux égaliser". Et le Lada répondant "Ah ben niet, j'ai pas envie de me prendre un contre, hein, alors j'attends". "Bon, ben moi aussi j'attends alors..." Super, merci, sympa. Et l'on s'ennuie, l'on s'ennuie, l'on s'em...

La zone neutre devient aussi fréquentée que le périphérique moscovite et le temps passe. Dans tout le deuxième tiers, on note seulement deux réveils significatifs À la quatrième minute, grâce à une superbe action de l'attaquant dynamiste Alexei Terechtchenko et à la douzième avec un missile de l'attaquant moscovite Igor Mirnov qui s'écrase sur le poteau de Jussi Markkanen qui était battu. Deux éclairs des attaquants moscovites qui prouvent qu'ils peuvent à tout moment faire pencher la balance dans le camp des adeptes du jeu offensif.

Quant au Lada ? Rien. Cela ressemble même à une caricature. Pas le moindre début de commencement d'attaque en règle, juste la recherche des contres. Et comme le Dynamo n'est pas assez stupide pour se lancer à l'abordage avec son but d'avance, c'est un beau jeu de dupes pour le spectateur qui n'est pas supporter acharné de l'une des deux équipes.

Le troisième tiers est un peu plus animé. Le rythme de patinage s'accélère. Cela joue plus vite donc, mais personne ne craque. Il n'y a même plus aucune faute de commise. Les joueurs font extrêmement attention à ne pas se trouver en prison, une infériorité numérique pouvant avoir des conséquences "dramatiques". Le hockey moderne ne laisse pratiquement place à aucune improvisation, à aucun écart à la sacro-sainte tactique. Tout doit être formaté, préétabli, théorisé par des entraîneurs qui du coup prennent une place quasi-sacrée. C'était déjà une tradition soviétique d'élever l'entraîneur sur un piédestal, mais avec le triomphe du jeu défensif "scientifique", cela tourne à la caricature. Un homme comme Piotr Vorobiev se sent "tout puissant", il balaie toute critique, tout reproche, car il possède le savoir, il est un spécialiste, un technicien, un scientifique de la tactique. Qui sont ces journalistes, ces jeunes blancs-becs comme Viatcheslav Bykov, ou ces vieux croulants qui radotent que de leur temps, on jouait différemment, qui sont ces spectateurs qui osent bailler aux corneilles (aux moineaux pardon) devant l'ennui sidéral qui les gagne, quand il ne se passe plus rien d'intéressant sur la glace ? "J'ai raison, parce que je sais et que je gagne." C'est la pensée unique de ce genre d'entraîneur. Une sorte de pensée totalitaire dont il va bien falloir se débarrasser rapidement.

Heureusement, je l'ai dit, il y a toujours un génie pour faire s'effondrer en pleine lumière les théories élaborées en coulisses. Les artistes font toujours peur aux tyrans. Maxime Afinoguenov est un génie. Durant la partie, il nous a gratifié d'un éclair de talent inouï. Il récupère la rondelle en zone neutre et fonce en slalomant entre trois joueurs du Lada qui ne savent pas comment faire pour l'arrêter. Maxime Afinoguenov se retrouve démarqué sur son aile, il centre parfaitement, mais son coéquipier à qui était destinée la passe est envoyé dans le décor par un défenseur du Lada. Quand on est déstabilisé par le génie, il reste toujours la solution d'employer la violence... surtout que l'arbitre ne siffle pas, à la plus grande surprise d'Afinoguenov.

Mais comme dans les contes et les fables, il y a toujours une morale. À moins de deux minutes de la fin du match, Piotr Vorobiev sort son gardien, et Maxime Afinoguenov se venge. Il file vers le but vide et inscrit le troisième but du Dynamo. Bien fait ! 3-1, le Dynamo, qui a au moins essayé de jouer quelques minutes, s'impose. Le Lada, qui n'a rien fait, perd.

Mais le pire, c'est que cela ne changera rien à la suite de la série. Togliatti ne proposera toujours rien. Car la conclusion qu'en tirera Piotr Vorobiev ne sera pas d'attaquer plus, non, juste d'être encore plus vigilant en défense en début de match. Sans les oublis défensifs des trois premières minutes, le Lada se serait imposé 1-0, le plus beau score du monde, le Graal des entraîneurs totalitaires à la recherche de la tactique parfaite et de la domination mondiale...

Étoiles du match : *** Maxime Afinoguenov (Dynamo), ** Pavel Datsiouk (Dynamo), * Vitali Eremeïev (Dynamo).

Compte-rendu signé Bruno Cadène

 

Commentaires d'après-match

Vladimir Krikunov (entraîneur du Dynamo) : "Nous avons marqué rapidement, mais ensuite le match a été équilibré. En ce qui concerne la blessure de Vitali Eremeïev en troisième période, le médecin a pris la décision de le laisser continuer. Notre gardien a fait preuve de volonté et je tiens à l'en remercier. Il n'a pas flanché durant les dix dernières minutes où nous avons su gérer le score."

Piotr Vorobiev (entraîneur de Togliatti) : "Nous avons commis beaucoup d'erreurs en début de match et nous l'avons payé. Les joueurs n'ont pas lâché prise et ont réduit le score. Nous avons eu des occasions d'égaliser, mais nous avons manqué de réussite. Le contrôle positif [à l'éphédrine] de Maksim Kondratiev n'a pas affecté l'état d'esprit de l'équipe, mais il nous a fallu aligner le jeune défenseur Panin, qui n'a pas pu contenir Afinogenov."

Dmitri Afanasenkov (attaquant de Togliatti, tiré au sort avec Metlyuk pour le contrôle anti-dopage) : "C'est la première fois que je dois me soumettre à ce genre de procédure. En NHL, il n'y a rien de tel. Je suis sûr que ces analyses n'ont aucun sens. La situation de Kondratiev, c'est un pur hasard."

 

Dynamo Moscou - Lada Togliatti 3-1 (2-1, 0-0, 1-0)

Mardi 5 avril 2005 à 19h00 à la Malaïa Sportivnaïa Arena Luzhniki. 7600 spectateurs.

Arbitrage de M. Zakharov (Moscou) assisté de MM. Aleshin et Elistratov.

Pénalités : Dynamo 14', Lada 12'.

Tirs : Dynamo 28 (12, 8, 8), Lada 24 (8, 7, 9).

Évolution du score :

1-0 à 00'40" : Datsyuk assisté de Mirnov

2-0 à 02'55" : Frolov assisté de Tereshchenko et Bartecko

2-1 à 05'31" : Skugarev assisté de Semin et Kozlov

3-1 à 58'49" : Afinogenov assisté de Vyshedkevich (cage vide)

 

Dynamo

Gardien : Vitali Eremeïev (RUS/KAZ).

Défenseurs : Alekseï Troshchinski (RUS/KAZ) (c) - Andreï Markov ; Ilya Nikulin - Vladislav Bulin ; Sergueï Vyshedkevich - Oleg Orekhovski ; Andreï Skopintsev - Iakov Rylov.

Attaquants : Igor Mirnov - Pavel Datsyuk - Aleksandr Kharitonov ; Pavel Rosa (TCH) - Alekseï Chupin - Aleksandr Ovechkin ; Vladimir Vorobiev - Vadim Shakhraïchuk (RUS/UKR) - Maksim Afinogenov ; Lubos Bartecko (SVK) - Alekseï Tereshchenko - Aleksandr Frolov.

Remplaçant : Aleksandr Eremenko (G).

Lada Togliatti

Gardien : Jussi Markkanen (FIN), sorti de sa cage de 58'16" à 58'49".

Défenseurs : Grigori Panin - Filip Metliuk ; Andreï Essipov - Andreï Yakhanov ; Maksim Semenov - Aleksandr Titov ; Andreï Krutchinin - Dmitri Vorobiev.

Attaquants : Mikhaïl Sevostianov - Sergueï Sevostianov - Dmitri Afanasenkov ; Aleksandr Buturlin - Yuri Butsaïev - Aleksandr Boïkov (c) ; Dainius Zubrus (LIT) - Ilya Vorobiev - Viktor Kozlov ; Oleg Belkin - Aleksandr Skugarev - Aleksandr Semin.

Remplaçant : Vassili Koshechkin (G).

 

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