Suisse - République Tchèque (1er mai 2005)

 

Championnats du monde 2005, premier tour, groupe D.

Le match part bien, dans une bonne ambiance assurée essentiellement par les supporters tchèques, au point qu'on pourrait se croire resté au Mondial de Prague de l'an passé. Il y a beaucoup de patinage du côté des Tchèques, et un excès d'enthousiasme de la part des Suisses. L'envie de bien faire est en effet un peu trop forte pour Martin Plüss, coupable d'un cross-check sur Vyborny qui trônait démarqué devant son gardien. En infériorité, les défenseurs suisses se laissent attirer trop haut, et Vaclav Prospal qui s'était fait oublier dans le coin peut recevoir le palet, aller seul à la cage, feinter Gerber et marquer du revers entre ses jambières (0-1 à 04'52"). Blindenbacher est pénalisé à son tour, et Jaromir Jagr est libre à mi-distance, dans une position relativement anodine pour tout autre que lui car le gardien a la vision dégagée. Le n°68 prouve pourquoi il est un buteur avec un tir du poignet amorcé très rapidement qui trouve le poteau opposé à mi-hauteur (1-1 à 07'31").

Après ce fantastique début, la République tchèque temporise, ce qui est un peu inquiétant pour le spectacle car les Suisses, paralysés par leur crainte de la vitesse tchèque en zone neutre, ne font rien. Il faut attendre plus de dix minutes de jeu pour voir leur première occasion, et encore Paul Di Pietro est-il bien optimiste en levant les bras là-dessus. Il s'agit en fait d'un tir non cadré que Tomas Vokoun a mal capté de sa mitaine. Le palet est retombé derrière lui, mais sans rentrer. Vasicek prend la première prison tchèque pour une crosse haute. Le jeu de puissance suisse n'a l'air de rien, mais Adrian Wichser passe derrière la cage et donne à la bleue à Severin Blindenbacher, dont le lancer direct piège Vokoun masqué (1-2 à 12'42"). Dix-sept secondes plus tard, Martin Straka sent une crosse suisse au niveau de sa taille et se croit à la piscine (il y a de quoi au vu des flaques sur cette glace viennoise à l'état toujours préoccupant). Son plongeon est tellement grossier que Rick Looker l'envoie en prison pour simulation. C'est la première supériorité du match qui ne soit pas convertie. Le jeu des Suisses devient quand même plus intéressant en fin de premier tiers-temps quand ils commencent à presser plus haut et à être plus agressifs sur le porteur du palet.

Beat Forster retient Zidlicky, mais cette pénalité tchèque partagée entre les deux premiers tiers-temps est tuée. Le jeu ne sera plus aussi riche en évènements qu'en première période. La Suisse défend bien, elle intercepte des palets et gêne les joueurs tchèques qui prennent moins souvent de la vitesse et ont plus de mal à dérouler leur jeu. Leurs qualités techniques à l'arrêt sont fatalement moins dangereuses. La meilleure occasion est helvétique quand Pavel Kubina perd le palet en zone neutre face à Goran Bezina, mais celui-ci perd son face-à-face avec Vokoun.

Après une minute de jeu au troisième tiers, Plüss fait trébucher Vaclav Varada, qui tente quand même un revers en déséquilibre avec les deux pieds décollés. Cette infériorité numérique helvétique est marquée par une sortie un peu téméraire de Martin Gerber derrière ses cages, alors que les Tchèques sont nombreux au fond de la zone. C'est d'ailleurs souvent le cas car ils travaillent en petites passes quand ils sont en jeu de puissance et font peu appel à des slaps de la bleue (ce n'est pas faute de shooteurs, avec un certain Zidlicky dans l'effectif, c'est dire s'ils ont des cartouches en réserve et des possibilités). En fin de pénalité, Adrian Wichser part en deux contre un avec Patrick Fischer mais choisit le tir, en plein sur Vokoun. Les Suisses se retrouvent une fois de plus à quatre, une fois de trop. Septième supériorité tchèque, et troisième but, cette fois-ci sur un lancer de la bleue. Gerber est masqué sur le tir de Frantisek Kaberle (1-3 à 45'56").

La Suisse n'a pas été récompensée car elle a fait un bon troisième tiers-temps, en ayant majoritairement la possession du palet. Les Tchèques ont réussi à garder le match sous leur contrôle après avoir fait ce qu'il faut dès le début, et ils n'ont pas eu besoin d'exprimer la totalité de leur potentiel. Mais sans les dix minutes de nervosité initiale des Suisses, ce qui leur arrive souvent en abordant une compétition, le match aurait été tout autre.

Élus meilleurs joueurs du match : Severin Blindenbacher pour la Suisse et Jaromir Jagr pour la République Tchèque.

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match

Severin Blindenbacher (défenseur de la Suisse) : "Nous nous sommes battus tous seuls. Chacun connaît ses devoirs sur la glace et sait que les erreurs risquent de se payer cher. Nous en avons commis trop et nous avons perdu. Nous nous sommes laissés surprendre au début par la vitesse des Tchèques, et nous avons pris trop de pénalités, un facteur à corriger. Néanmoins, nous avons eu nos occasions, et avec un peu de réussite nous aurions pu battre quelques fois supplémentaires le gardien tchèque, qui ne m'a pas paru très sûr. Avec quelques buts chanceux de notre part, le résultat final pouvait être différent."

Sandy Jeannin (attaquant de la Suisse) : "Dans les dix premières minutes, nous avons joué avec un respect excessif pour la République Tchèque, qui est une très bonne équipe mais qui a bénéficié de notre manque de rythme et d'agressivité pour prendre deux buts d'avance. Avec un peu de chance nous aurions pu égaliser, les occasions n'ont pas manqué. Nous étions dans notre meilleure phase au début du troisième tiers, mais leur but en supériorité nous a coupé les jambes. Nous restons optimistes car l'équipe a offert le meilleur d'elle-même quand elle jouait au complet, ne laissant que peu d'espaces à un adversaire de grande valeur. Nous savons cependant que, contre l'Allemagne et le Kazakhstan, il faut s'attendre à des matches complètements différents, à aborder d'une autre façon sur le plan tactique."

Vladimir Ruzicka (entraîneur de la République Tchèque) : "La glace a tenu un tiers-temps, et les conditions ont vraiment empiré dans les deux dernières périodes. Elle a rendu difficile non seulement la circulation du palet, mais aussi le patinage."

Pavel Kubina (défenseur de la République Tchèque) : "Nous avons vraiment bien commencé le match. Aux derniers entraînements, nous avons intensément travaillé le jeu de puissance, et cela a porté ses fruits. Les prochaines rencontres seront utiles pour améliorer le jeu collectif avant d'affronter les équipes plus fortes. La Suisse a bien lutté, ce n'est pas une mauvaise équipe. Ils ont su nous mettre en difficulté, surtout dans les deux derniers tiers-temps. Heureusement, notre jeu de puissance a été efficace. Mais il faut aussi marquer à cinq contre cinq."

 

Suisse - République Tchèque 1-3 (1-2, 0-0, 0-1)

Dimanche 1er mai à 16h15 à la Stadthalle de Vienne. 7328 spectateurs.

Arbitrage de Rick Looker (USA) assisté de Joacim Karlsson (SUE) et Sergueï Shelyanin (RUS).

Pénalités : Suisse 16' (6', 4', 6'), République Tchèque 10' (4', 2', 4').

Tirs : Suisse 23 (9, 7, 7), République Tchèque 41 (16, 12, 13).

Évolution du score :

0-1 à 04'52" : Prospal assisté de Kubina et Dvorák (sup. num.)

0-2 à 07'31" : Jágr assisté de Prospal et Kubina (sup. num.)

1-2 à 12'42" : Blindenbacher assisté de Wichser et Lemm (sup. num.)

1-3 à 45'56" : F. Kaberle assisté de Rucinský

 

Suisse

Gardien : Martin Gerber.

Défenseurs : Olivier Keller - Mark Streit ; Mathias Seger - Beat Forster ; Goran Bezina - Severin Blindenbacher ; Julien Vauclair.

Attaquants : Patric Della Rossa - Martin Plüss - Paul di Pietro ; Romano Lemm - Flavien Conne - Andres Ambühl ; Patrick Fischer - Sandy Jeannin - Adrian Wichser ; Ivo Rüthemann - Thomas Ziegler - Thierry Paterlini ; Kévin Romy.

Remplaçant : David Aebischer (G).

République Tchèque

Gardien : TomᚠVokoun.

Défenseurs : Jirí Fischer - Marek Zidlický ; Jaroslav Špacek - Pavel Kubina ; TomᚠKaberle - Jirí Slegr ; Jan Hejda - František Kaberle.

Attaquants : Martin Straka - Václav Prospal - Jaromír Jágr ; Václav Varada - David Výborný - Petr Sýkora ; Martin Rucinský - Petr Cajánek - Radek Dvorák ; Petr Prucha - Josef Vašícek - Aleš Hemsky.

Remplaçant : Milan Hnilicka (G).

 

Retour aux championnats du monde