Grenoble - Coventry (16 octobre 2005)

 

Match comptant pour le deuxième tour de la Coupe Continentale, groupe D.

Le public grenoblois semble habitué à l'horaire du samedi soir, et seul le match contre Herning a fait le plein. Mais les tribunes sont quand même plus garnies que vendredi pour cette finale du tournoi entre Grenoble, qui peut se contenter d'un match nul grâce à l'écart de deux buts préservé hier soir, et Coventry.

L'une des satisfactions de ce week-end européen, c'est incontestablement le bon comportement des jeunes de la troisième ligne grenobloise, qui travaille beaucoup autour de la cage adverse. Cyril Papa, remarquable dans ce tournoi, provoque ainsi la première pénalité britannique sur un cross-check dans l'enclave de James Pease. Sur ces deux premières minutes de supériorité numérique, les Brûleurs de Loups ne passent que dix secondes hors de la zone offensive. Ils sont sur tous les palets et confirment la belle impression d'hier. La domination grenobloise est nette et Roger Jönsson en particulier éclabousse la zone neutre de son talent avec deux percées où la finesse de son toucher fait merveille. Seul bémol, le jeu est assez haché par de fréquents brassages après les coups de sifflet. Il ne faut pas rentrer dans le jeu de Coventry qui a tout intérêt à faire diversion, tant Grenoble domine techniquement. Les Isérois obtiennent une deuxième supériorité, et auraient pu en avoir une troisième quand Poirier a fait trébucher Jönsson de manière assez évidente. L'unique moment où les Anglais sont dangereux dans cette première période, c'est pendant une prison de Bonnard. Très clairement, leur jeu de puissance est leur seule planche de salut. La discipline sera donc un facteur capital. Le tiers-temps s'achève sur une nouvelle pénalité britannique, une charge avec le coude de David Kaczowka, pur "enforcer" qui a cumulé 841 minutes de pénalités en 159 matches d'AHL et ECHL, sur Podlaha. Mais malgré une domination de tous les instants et 23 tirs cadrés, les Grenoblois rentrent aux vestiaires sans avoir marqué.

Le deuxième période commence sous les mêmes auspices. Jeff Hutchins, autre rugueux attaquant de provenance AHL/ECHL, met sa crosse au niveau du visage de Mills. La réussite fuit toujours les Grenoblois, il faut donc la provoquer. C'est ce que fait Laurent Meunier en prenant un lancer pendant une période de fort trafic devant la cage. Le palet frappe le fond de la bande et revient de l'autre côté du but pour un rebond parfait pris par... Josef Podlaha bien sûr (0-1 à 22'12"). C'est avec plaisir que la sono salue le buteur tchèque, qui a marqué chaque soir, en lançant Hey Joe. Laurent Meunier trouve l'ouverture entre deux joueurs de Coventry et le capitaine de l'équipe nationale britannique Ashley Tait est obligé de le faire tomber. Les Grenoblois sont à deux doigts de marquer quand même, mais ils obtiennent de toute façon le tir de pénalité. Roger Jönsson essaie de le transformer en patience. Il réussit à faire se coucher précipitamment Martin Klempa mais échoue sur la crosse du gardien en tentant ensuite de le contourner.

Grenoble n'est pas encore à l'abri. Le danger pourrait venir de la seconde supériorité numérique de Coventry après une pénalité de Morant, mais la meilleure chance est en fait grenobloise : la défense anglaise se rate et laisse Bobby Russell tout seul face à Klempa. Il échoue lui aussi sur le gardien tchèque. Il manque toujours ce deuxième but qui rendrait les Brûleurs de Loups plus sereins. C'est le capitaine Benoît Bachelet, critiqué ces derniers temps alors que son âge se fait sentir du fait qu'il côtoie la jeunesse sans complexe de Papa et Sacha Treille, qui s'en charge. Le vétéran exécute un tour de cage à la perfection (0-2 à 32'29"). Ce but ne va pas sans un relâchement imperceptible des Grenoblois. Les espaces s'ouvrent et Coventry obtient maintenant quelques occasions. À la dernière minute du tiers-temps, les Anglais, qui pourraient pourtant profiter de leur supériorité numérique (crosse haute d'Amar sur Tait), choisissent ouvertement d'autres priorités que le jeu en lui-même. En "bon" leader, Ashley Tait donne le signal avec un coup de coude sur Simon Bachelet, et quand celui-ci se débat, le polyvalent Watkins vient lui asséner un coup de poing en deuxième service. Comme quoi les joueurs britanniques n'ont pas besoin d'imports pour illustrer leur conception particulière de ce qu'est selon eux le hockey physique. Le banc de la prison se remplit d'un coup.

Trois minutes et demie de supériorité pour commencer la troisième période, dont une minute à cinq contre trois : Grenoble a tout le loisir de tuer le match... mais n'y parvient pas. Il y a de quoi avoir la concentration troublée. On s'était retenu de prononcer le mot jusqu'ici, mais le doute n'est plus possible et les scrupules n'ont plus lieu d'être : Coventry essaie de "pourrir" le match. Les Grenoblois ne sont pas dupes et ont l'intelligence de ne pas répondre aux propositions de bagarre, à l'instar de Podlaha qui indique du doigt dans un sourire le tableau d'affichage. Il n'y a évidemment rien de beau à voir dans ce troisième tiers-temps où le jeu lui-même a perdu en intensité, et il est temps que ça se termine. Graham Belak, qui succède cette année dans les rangs du champion d'Angleterre à son frère joueur de NHL Wade Belak, prend une pénalité de match, et on ne compte plus les prisons britanniques. Seul intérêt de cette fin de match, le sort du blanchissage de Christophe Burnet. Il est miraculeusement sauvé par le poteau à trente secondes de la fin sur un tir de Barrie Moore.

Le week-end, qui avait très mal commencé pour le gardien grenoblois, avec un mauvais but à la deuxième minute du premier match, a donc fini de la plus belle des manières. C'est toute l'équipe qui est allée crescendo, prenant confiance petit à petit. Ainsi, même s'il y a de nouveau eu ce soir une longue domination stérile comme contre Amsterdam, les Grenoblois ont persévéré et n'ont pas connu de périodes de flottement jusqu'à ce que l'écart soit fait. On a vu de l'engagement, du travail, et un petit plus nommé Roger Jönsson. Un joueur réellement créatif est toujours imprévisible pour l'adversaire et appréciable pour le spectateur. Même si certaines de ses inspirations, comme cette tentative ratée d'aile de pigeon, s'apparentent à des expérimentations artistiques sans lendemain, c'était un plaisir de le voir évoluer.

Si on a craint un moment qu'il risque de renforcer les doutes des Brûleurs de Loups, ce tournoi leur a finalement regonflé le moral. Quant à la livrée rouge confectionnée spécialement pour l'occasion, elle pourrait avoir bientôt le statut de maillot "collector". Mais ce n'est qu'une étape. Après avoir conquis son public, Grenoble ne devra pas se contenter de participer au tour suivant à Jesenice. Des soirées comme celles-là font renaître des ambitions.

Quant à Coventry, le moins que l'on puisse dire est que sa prestation et son état d'esprit ont été décevants. On sait déjà qu'on aura droit à l'éternel couplet des équipes anglaises en voyage : préjugés continentaux contre le jeu physique, arbitrage international impitoyable contre des vétilles qui ne sont jamais sifflées en Grande-Bretagne, etc. Des excuses qui au fil des ans sont devenues un alibi confortable pour mettre toute indiscipline en terre étrangère sur le dos des arbitres... On veut bien admettre que les Anglais ne font jamais les choses comme les autres, mais on a peine à croire que, sur leur île, le coude et la crosse soient les accessoires indispensables du "hockeyeur physique". Ils ont d'autant moins de leçons à donner dans ce domaine qu'ils ont été inférieurs dans les duels, notamment dans la défense de leur but où ils ont du coup commis leurs premières fautes. Il n'y a qu'aux mises au jeu où ils ont été dignes du style dit canadien. Pour le reste, on les a surtout vus donner libre cours à leur frustration, qu'ils essaient maladroitement de déguiser en passion incomprise pour un soi-disant hockey physique.

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match (dans le Dauphiné Libéré et devant les caméras de Sport +)

Gérald Guennelon (entraîneur de Grenoble) : "Ce soir, ça a été un réel combat. Mais mes joueurs ont fait preuve d'une grosse discipline. Ils ne sont pas tombés dans le piège anglais. Je retiendrai beaucoup de positif [de ce week-end]. Les gars ont été sous pression, du club, des médias, de ma part aussi même si je les soutiens... Et ils ont eu à cur de prouver que le groupe existe. Je suis vraiment satisfait pour le gardien qui hier et ce soir a prouvé toutes ses capacités. [Pour le prochain tour] tâchons déjà d'être le plus complet possible ! Je crois en la valeur de mon groupe. Après, tout peut arriver... Mais chaque tournoi est important pour préparer nos objectifs et ne pas être surpris lorsqu'arriveront les échéances importantes."

Baptiste Amar (défenseur de Grenoble) : "Ce match était un petit peu long, un petit peu mouvementé, mais on a su rester sérieux jusqu'au bout. On a pris confiance, c'est bon signe pour la suite. On était impatient de jouer trois matches d'affilée, ça donne du rythme ; le hockey est notre passion et on aime ça."

 

Grenoble - Coventry 2-0 (0-0, 2-0, 0-0)

Dimanche 16 octobre à 20h00 à la patinoire Pôle Sud de Grenoble. 2817 spectateurs.

Pénalités : Grenoble 30' (6', 10', 4'+10'), Coventry 67' (10', 14', 8'+10'+5'+20').

Tirs cadrés : Grenoble 48 (23, 13, 12), Coventry 19 (6, 7, 6).

Évolution du score :

1-0 à 22'12" : Podlaha assisté de Meunier et Russell (sup. num.)

2-0 à 32'29" : B. Bachelet assisté de Treille et Papa

 

Grenoble

Gardien : Christophe Burnet.

Défenseurs : Baptiste Amar (A) - Simon Bachelet ; Nicolas Favarin - Viktor Wallin ; Yohann Morant - Jean-François Bonnard (A).

Attaquants : Bobby Russell - Roger Jönsson - Yven Sadoun ; Craig Mills - Laurent Meunier - Josef Podlaha ; Cyril Papa - Sacha Treille - Benoît Bachelet (C).

Remplaçants : Andy Foliot (G), Romain Bachelet, Teddy Trabichet, Martin Millerioux. Absents : Kévin Hecquefeuille (os de la main cassé), Christophe Tartari (fracture du pied), Ludek Broz (opération du genou), Brett Draney (pas encore qualifié), Cédric Dietrich (blessure musculaire).

Coventry

Gardien : Martin Klempa.

Défenseurs : Graham Belak - Neal Martin (A) ; Tom Watkins - Andreas Moborg ; James Pease.

Attaquants : Jeff Hutchins - Evan Cheverie - Russ Cowley ; Ashley Tait (C) - Barrie Moore - Joel Poirier (A) ; David Kaczowka - Marc Lefebvre - Lee Richardson ; Tom Carlon.

Remplaçants : Dan Shea (G), Joe Henry. Absent : Pavol Mihalik (blessé au genou).

 

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