Finlande - Suède (13 novembre 2005)

 

Match comptant pour le tournoi Karjala, deuxième manche de l'Euro Hockey Tour.

Depuis quelques semaines, la Suède s'est dotée d'un nouveau manager pour son équipe nationale, Mats Näslund. L'ancienne star de Timrå, de Brynäs et des Canadiens de Montréal n'a pas eu de mal à trouver un terrain d'entente avec le sélectionneur Bengt-Åke Gustafsson, car les deux hommes se connaissent depuis très longtemps. Ils partageaient la même chambre quand ils étaient tous deux en équipe de Suède des moins de seize ans, il y a trois décennies, et même s'ils ne sont plus vus depuis cinq ans, ils se sont retrouvés comme s'ils s'étaient quittés hier.

Ils sont sur la même longueur d'onde, y compris quand il s'agit de fustiger les récentes déclarations de René Fasel qui a exprimé le vu que les Jeux Olympiques de Turin soient arbitrés avec la même sévérité contre les "accrocher" ou les obstructions que ce que l'on voit depuis le début de la saison en NHL. A priori, on ne voit pas ce qu'il y a de si choquant là-dedans. Il ne s'agit pas de changer les règles du jeu, simplement de faire appliquer à la lettre le règlement existant. Ce genre de consignes de sévérité est d'ailleurs donné avant chaque grande compétition internationale. Mais des paroles aux actes, il y a un pas. En plus, les arbitres européens étaient régulièrement accusés d'être des siffleurs impénitents qui gâchaient le jeu. Mais maintenant que les Nord-Américains sont moteurs dans cette répression accrue, il devrait être beaucoup plus facile d'agir ensemble pour améliorer le jeu.

Tout le monde n'est pas de cet avis. Pris de court par cette annonce, certains arbitres ont exprimé leur désapprobation devant cette remise en cause des pratiques usuelles et d'un palier de sanction qui s'est patiemment établi avec l'expérience. Si l'on commence à sanctionner tout joueur qui accroche même si son adversaire ne perd pas le palet, les pénalités risquent de s'accumuler et de gâcher la compétition. Et beaucoup de rappeler que les meilleurs joueurs n'ont jamais été empêchés de s'exprimer dans les tournois olympiques et que le besoin de sévérité n'est pas le même qu'en NHL. Alors, est-on en train de remettre en cause ce qui fonctionne sous prétexte d'une mode qui n'est peut-être que passagère en Amérique du nord et qui n'a pas été éprouvée sur la durée ? Est-on en train de dénaturer le hockey à vouloir être trop pointilleux ?

Pour toutes ces raisons, le staff suédois a voulu prendre la tête d'une sorte de mouvement d'opposition. Näslund et Gustafsson ont contacté le manager finlandais, Jari Kurri, un autre joueur de leur génération avec qui ils espéraient avoir des atomes crochus, afin de publier une lettre de protestation commune. Mais leurs démarches sont restées vaines, et les Suédois se sont retrouvés isolés, presque archaïques dans leur vision des choses. Interrogé sur le sujet, Mats Näslund a donc déclaré que ce projet de courrier n'était plus à l'ordre du jour. Il faut dire qu'entre-temps, d'autres voix se sont élevées pour soutenir l'application des nouvelles règles NHL aux Jeux Olympiques. Et pas n'importe lesquelles : Peter Forsberg en personne. Il fallait s'y attendre de la part de la vedette suédoise. Il a longtemps plaidé pour une meilleure protection des talents en NHL, et il est évidemment favorable à sa nouvelle évolution. La saison dernière, en revenant en Elitserien, il ne s'était pas privé de critiquer ces petites fautes répétées qui nuisent à la fluidité du jeu. Et nul doute qu'il pensait en particulier à Färjestad, club au style rugueux anciennement entraîné par... Bengt-Åke Gustafsson. Que ce dernier s'inquiète aujourd'hui que le hockey puisse devenir trop défensif aux JO, c'est un peu l'hôpital qui se moque de la charité. Certains adversaires sont déjà railleurs en pensant à ces Suédois qui ne pourront plus accrocher ni retenir. Ont-ils peur de ne pouvoir s'adapter ?

Il serait exagéré de nos jours de résumer la conception suédoise du hockey à un système défensif élaboré reposant principalement sur les fautes détruisant le jeu. Ce match contre la Finlande en est l'illustration. La Tre Kronor joue de façon simple et agressive, des attributs qu'on ne lui accole pas toujours automatiquement. Désormais, l'opposition ne se fait plus entre des blocs aux points de vue antagonistes, séparés par un océan. La querelle de chapelles fait maintenant rage à l'intérieur de chaque pays. La réflexion sur le jeu est moins géopolitique et plus philosophique. Qui sait si, débarrassé des nombrilismes nationalistes, le débat ne pourrait pas y gagner en clarté ?

La Suède a dominé le jeu la plupart de temps, mais elle a perdu le match au premier tiers où elle a commis deux erreurs défensives coûteuses. Riku Hahl a ainsi ouvert la marque sur une action personnelle. Dans les supériorités numériques, par contre, l'avantage a été clairement aux Finlandais. La Tre Kronor n'y a pas fait grand-chose, alors que Tony Salmelainen y a inscrit le deuxième but. Or, ce secteur de jeu, en constant progrès chez l'équipe-hôte de ce tournoi, sera d'autant plus capital si la sévérité de l'arbitrage est renforcé...

L'autre différence, la différence majeure même, c'est le gardien. Fredrik Norrena a réalisé un match énorme. La Finlande lui doit clairement une fière chandelle dans cette victoire. Avec une bonne circulation du palet, les Suédois ont pourtant pris beaucoup de lancers intéressants, mais il a tout arrêté. Le seul à l'avoir trompé est un buteur novice sur le plan international, Fredrik Emwall. Il jouait sur la quatrième ligne suédoise, dont le centre Joakim Eriksson, appelé en remplacement d'Andreas Johansson blessé au genou, présente la particularité de jouer en Finlande, à Espoo, alors que l'on a plutôt l'habitude du contraire, c'est-à-dire de Finlandais qui jouent en Suède... comme Norrena, le bourreau de la Tre Kronor, joueur de Linköping.

Les Suédois se sont pourtant créés des occasions, notamment le duo Berlund-Wallin qui a retrouvé sa vieille complicité, mais rien n'y a fait. À une minute de la fin, après une dernière mitaine fantastique de Fredrik Norrena face à Mika Hannula la victoire finlandaise a été définitivement acquise, sans la manière peut-être.

Au moins, contrairement à Kiprusoff hier, Petteri Nummelin a eu droit à une victoire le jour où il a franchi le cap des 200 sélections. La fête aurait même pu être plus belle pour l'arrière de Lugano s'il avait été servi alors qu'il était dans une belle position de but. Mais Kimmo Kuhta a préféré tirer en angle fermé, sans réussite, au lieu de rendre hommage à ce défenseur offensif de classe.

 

Finlande - Suède 2-1 (2-0, 0-1, 0-0)

Dimanche 13 novembre 2005 à 18h30 à la Hartwall Arena de Helsinki. 10778 spectateurs.

Arbitrage de Sergueï Karabanov (RUS) assisté de Stefan Fonselius et Antti Hämäläinen (FIN).

Pénalités : Finlande 16' (6', 2', 8'), Suède 22' (6'+10', 4', 2').

Tirs : Finlande 19 (9, 6, 4), Suède 29 (7, 15, 7).

Évolution du score :

1-0 à 08'20" : Hahl assisté de Pärssinen et Hentunen

2-0 à 14'58" : Salmelainen assisté de Hauhtonen et Kuhta (sup. num.)

2-1 à 29'40" : Emwall

 

Finlande (2' pour surnombre)

Gardien : Fredrik Norrena.

Défenseurs : Mikko Lehtonen (4') - Lasse Kukkonen ; Antti-Jussi Niemi (2') - Petteri Nummelin (2') ; Olli Malmivaara (2') - Pasi Puistola.

Attaquants : Timo Pärssinen - Riku Hahl - Jukka Hentunen ; Jyrki Louhi (2') - Jukka Voutilainen - Tomi Kallio ; Kimmo Kuhta - Janne Hauhtonen - Tony Salmelainen ; Tomek Valtonen - Petri Kontiola (2') - Jaakko Uhlbäck ; Timo Vertala.

Remplaçant : Miika Wiikman (G).

Suède

Gardien : Stefan Liv (sorti de sa cage à 58'49").

Défenseurs : Marcus Ragnarsson (2') - David Petrasek (4') ; Johnny Oduya - Magnus Johansson (4'+10') ; Kenny Jönsson - Josef Boumedienne ; Per Hållberg.

Attaquants : Joel Lundqvist - Johan Davidsson - Mika Hannula ; Christian Berglund - Andreas Karlsson - Rickard Wallin ; Björn Melin - Jörgen Jönsson - Magnus Kahnberg (2') ; Per Ledin - Joakim Eriksson - Fredrik Emwall.

Remplaçant : Johan Holmqvist (G).

 

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