France - Allemagne (30 avril 2006)

 

Cinquième journée du championnat du monde de division I, groupe A.

Pour ce dernier match décisif dont les billets se sont arrachés depuis longtemps, les supporters français ont sorti leurs drapeaux, mais ce n'est pas suffisant pour rivaliser avec les supporters allemands qui brandissent des drapeaux très grand format de cinq mètres. Du moins l'ambiance n'est-elle plus limitée à leurs tribunes. Avec la distribution générale de clap-clap gonflables, le bruit est partout dans le Coliséum, et la tension monte à l'heure du dénouement.

Le premier dégagement interdit de Sturm après trente secondes de jeu est un signe positif pour les Bleus, mais quand Vincent Bachet est mis en échec derrière sa cage par Yannic Seidenberg, on comprend que les Allemands ne plaisantent pas quand il s'agit de venir forcer. La première présence de la quatrième ligne allemande, celle des juniors, est très chaude pour la défense, et elle n'est pas loin de se terminer en pugilat. Les deux centres Coqueux et Schütz partent en prison. Un retenir de Desrosiers offre ensuite plus d'une minute aux Allemands à quatre contre trois, mais un lancer de Sulzer non cadré, un glissade d'Ancicka en remontant le palet et un hors-jeu aident les Bleus à sortir de cette passe difficile. Au retour à cinq, le premier tir français est pour Sébastien Subit, qui sera le plus ému lors de la cérémonie de clôture.

Le jeu devient alors très intense, avec énormément de duels dans les coins dans lesquels les Français font bonne figure. Mais Barin se fait pénaliser, et l'implacable Sascha Goc ouvre le score de la ligne bleue alors que plusieurs crosses se trouvaient sur la trajectoire (0-1 à 09'37"). Une clameur porteuse d'espoir naît tout de même dans le Coliséum sous la forme d'un "Allez les Bleus" retentissant qui surpasse l'espace d'un instant les tambours allemands. Puis la loi du plus fort s'applique à nouveau : Goc travaille encore un lancer, exactement du même endroit (0-2 à 11'42"). Les supporters allemands peuvent chanter le nom du défenseur formé à Schwenningen, et même montrer son maillot pour l'un d'entre eux qui l'avait judicieusement avec lui : Goc est vraiment le joueur-phare de ce championnat du monde, et il a fait oublier ses moments de passivité olympique. Les défenseurs offensifs sont un des points sur lequel il y a un gouffre entre les deux équipes. Certes la France a deux supériorités numériques, mais elles restent sans effet malgré une grosse occasion, lancer en haut de l'enclave de François Rozenthal sur passe de Maurice.

Les Français sont contraints de se découvrir au deuxième tiers-temps, ce qui représente un danger mortel avec cette équipe allemande plus rapide qu'à l'accoutumée, sans être moins physique. Le trio de juniors allemands est le parfait exemple de ce style vif et énergique. Sur leur première présence de la période, Schütz presse Amar et donne un tir à bout portant à Gogulla. Sur la deuxième, c'est le défenseur Martin Ancicka qui fait le tour de la cage sur son revers qu'il conclut dans le poteau opposé (0-3 à 27'13"). Mais sur la troisième, Gogulla prend une pénalité pour cinglage. François Rozenthal réussit une belle percée en s'appuyant sur un coéquipier à la bleue, mais Julien Desrosiers ne peut reprendre le beau rebond. Au retour à égalité numérique, la défense française anticipe mal le sens du jeu sur un palet détourné par Lhenry derrière sa cage. Alexander Barta démarqué repique donc devant le but et lève le palet au-dessus du gardien (0-4 à 33'21").

À dix-huit secondes d'intervalle, Desrosiers est pénalisé pour une charge incorrecte et François Rozenthal pour une crosse haute sur Fical. Malgré la double infériorité numérique, Laurent Meunier parvient à partir en breakaway en interceptant une douteuse passe aveugle à la bleue d'Ancicka. Cela ne fait malheureusement que retarder l'échéance : Marco Sturm conclut dans le côté court de Lhenry un beau jeu en triangle (0-5 à 36'42"). Le score est sévère pour la France, pas ridicule mais clairement inférieure.

La brutalité du résultat ne doit pas jeter un voile sur cette belle semaine, appréciée de tous y compris des supporters allemands, qui entonnent un chant "Merci Amiens" au début du troisième tiers-temps. Il s'agit maintenant d'éviter que le score empire. Nicolas Besch perd le palet en zone neutre devant Barta qui peut partir seul au but, mais Fabrice Lhenry sauve les meubles. La France essaye, mais quand elle rentre en zone offensive, elle s'échappe très rarement du long des bandes. Elle ne se crée des occasions que dans les trois dernières minutes avec Gras ou Desrosiers, qui se heurtent encore à un Robert Müller complètement retrouvé.

Les supporters allemands se sont trouvés un nouveau héros dont ils chantent les louanges, insistant pour qu'il traverse la glace pour les saluer : Uwe Krupp. Le nouveau sélectionneur a re-dynamisé l'équipe nationale, séduit les dirigeants de la fédération et conquis le public. Il a accessoirement prouvé qu'il pouvait occuper ce poste tout en résidant aux États-Unis (une particularité qu'il partage avec l'entraîneur national de football Jürgen Klinsmann, très critiqué par la presse allemande à quelques mois de la coupe du monde).

Autres nouveaux chouchous du public d'outre-Rhin : les Japonais. Salués par des "Nippon, Nippon" à leur entrée sur la glace, ils paraissent hilares et très heureux de ce podium joliment obtenu, et leur fraternisation avec les Allemands se conclut par un échange de maillots généralisé avec les hommes d'Uwe Krupp. Encore sous le coup de la déception de leur match, les Bleus ne peuvent complètement partager la joie de cette cérémonie de clôture festive, dans laquelle la tribune allemande réclame son équipe, mais aussi les Français et les Japonais qu'elle gratifie tour à tour d'un sympathique "Wiedersehen". Ce n'est qu'un au revoir... À bientôt en groupe A ?

Désignés meilleurs joueurs du match : Laurent Meunier pour la France et Robert Müller pour l'Allemagne.

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match

Uwe Krupp (entraîneur de l'Allemagne) : "Il n'y avait aucun passager dans mon équipe. Il y avait 22 joueurs qui allaient dans la même direction, et pas un seul individualiste dans le vestiaire. Félicitations à Sturm qui est venu nous aider après une longue saison en NHL, je sais ce que c'est. Nous ne sommes pas les mêmes quand Marco est avec nous. Un autre joueur qui mérite mention est Stefan Ustorf, un excellent capitaine. Il a annoncé sa retraite internationale ce soir et laissera un grand vide. [...] J'ai compris après les JO qu'il n'y avait pas de qualité plus importante que le patinage. Il fallait que nous soyons beaucoup plus rapides pour pouvoir mettre la pression sur l'adversaire."

Dave Henderson (entraîneur de la France) : "On connaissait nos difficultés à marquer, mais on a réussi à avoir plus de chances que je ne le pensais. Pour marquer il faut du flair, et améliorer notre vitesse ainsi que notre prise de décision. À 0-2 il a fallu ouvrir un peu le jeu et ce fut mortel. Il faut continuer à travailler, nous programmons déjà un regroupement au mois de mai. Nous serons présents au Mondial au Québec dans deux ans. Nous avons fait deux regroupements avec les jeunes, mais il faut conserver des cadres. Stéphane Barin a bien bossé sur les jeux de puissance, mais c'est sûr qu'avec son travail à Villard on ne va pas le solliciter jusqu'à ses quarante ans. Tardif, Hecquefeuille, Besch et Lussier ont été bons. Certains juniors sont prometteurs, et en continuant le travail avec eux, ils seront prêts. On travaille avec Patrick Francheterre et Luc Tardif pour trouver les fonds pour regrouper les joueurs aux bons moments. Nous devons avoir les réflexes de jouer les équipes situées plus haut dans la hiérarchie mondiale. Si les joueurs n'ont pas à se battre à chaque instant ils auront du mal à progresser. Nous allons continuer à participer au Challenge IIHF. [...] Il faudra avoir un championnat où tous les matches sont intenses comme lors des playoffs. La nouvelle fédération devra permettre une amélioration d'année en année. Le fait d'avoir conservé une même formule de championnat depuis quatre ans est de bon augure. Je suis confiant, grâce aux dirigeants et aux clubs mieux structurés. L'objectif est d'être sains financièrement et le reste suivra. Nous avons besoin de gens sérieux et prêts à se dépenser pour le hockey français. Cette semaine, j'ai vu tous les jours des entraîneurs de clubs de différentes divisions et d'équipes de jeunes, ils sont motivés, cela va dans le bon sens. Heikki Leime avait déjà demandé aux clubs de travailler pour permettre à l'équipe nationale d'avancer. C'est à eux de permettre aux joueurs de bosser physiquement, comme le font déjà Perez et Guennelon. Nous sommes avec les entraîneurs sur la même longueur d'onde pour travailler l'été, hors glace et sur la glace. Les clubs font l'essentiel du travail, car nous voyons les joueurs moins souvent, et même chez les jeunes ils doivent permettre aux joueurs d'arriver à maturité. Les joueurs sont déjà plus responsables de ce qu'ils font lors de l'intersaison."

Anthony Mortas (attaquant de la France) : "Pour remonter deux buts de retard aux Allemands, le cur et le courage ne suffisent pas. Chez eux, aucun ne travaille à côté, ils s'entraînent deux fois par jour, alors que chez nous, certains s'entraînent trois fois par semaine. Il faut faire comme la Suisse, rester en B plusieurs années et préparer les jeunes. On ne voit pas quinze nouveaux joueurs arriver, il y en a un ou deux par génération. Il faut tabler sur 2010 et passer par les tournois de qualification olympique, on a l'habitude. [...] On a vu que les supporters allemands au nombre de 400 à 500 pouvaient mettre le feu au Coliséum. Les supporters amiénois et autres ont répondu du tac au tac. À la fin il y avait une bonne ambiance à la cérémonie des récompenses, et le hockey en sort grandi."

Laurent Meunier (attaquant de la France) : "Il y a beaucoup de déception, mais il faut se rendre à la réalité, ils sont meilleurs que nous. C'était un accident pour eux de descendre dans le groupe B. Il fallait faire le match parfait, on ne l'a pas fait. Ils ont marqué assez rapidement, et c'est une équipe assez disciplinée qui connaît ses bases. Il nous manque de la constance, un championnat plus étoffé avec plus de matches, surtout plus serrés. Le championnat est en train de se construire, il ne faut pas brûler les étapes, il faut y aller petit à petit. Déjà, physiquement, ils sont au-dessus de nous. Ce n'est pas le seul domaine où c'est le cas, mais ça, c'est juste du travail. Donc on sait qu'on doit bosser."

Olivier Coqueux (attaquant de la France) : "C'est bien d'être élu meilleur attaquant du tournoi, mais je suis déçu de ne pas avoir marqué ce soir. Leur premier but, ça touche ma crosse, Fab' descend mais le palet monte. [...] Il y a de bons jeunes qui arrivent, certains sont capables de jouer avec plus d'intensité que nous. Ça fait du bien d'avoir deux gros attaquants à côté de moi qui suis plutôt petit, ils travaillent fort dans les coins et ils vont passer beaucoup de temps en sélection. J'étais déjà sur la ligne de Lussier quand il a débuté au tournoi de Briançon, ça allait. Mais là, on a vraiment commencé à se trouver."

 

France - Allemagne 0-5 (0-2, 0-3, 0-0)

Dimanche 30 avril 2006 à 20h00 au Coliséum d'Amiens. 3200 spectateurs.

Arbitrage de Marc Muylaert (CAN) assisté de Marco Coenen (HOL) et Horst Tschebul (AUT).

Pénalités : France 12' (6', 4', 2'), Allemagne 10' (6', 4', 0').

Tirs : France 29 (6, 13, 10), Allemagne 29 (8, 13, 8).

Engagements : France 39 (12, 18, 9), Allemagne 33 (12, 7, 14).

Évolution du score :

0-1 à 09'37" : Goc assisté de Kreutzer (sup. num.)

0-2 à 11'42" : Goc assisté de Gogulla

0-3 à 27'13" : Ancicka assisté de Schütz

0-4 à 33'21" : Barta assisté de Fical

0-5 à 36'42" : Sturm assisté de Bader et Goc (double sup. num.)

 

France

Gardien : Fabrice Lhenry.

Défenseurs : Baptiste Amar - Nicolas Besch ; Vincent Bachet (A) - Stéphane Barin ; Jean-François Bonnard - Simon Bachelet ; Guillaume Karrer.

Attaquants : Luc Tardif Jr - Laurent Gras - Laurent Meunier (C) ; Maurice Rozenthal - Julien Desrosiers - Sébastien Subit ; Julian Marcos - Anthony Mortas - François Rozenthal ; Antoine Lussier - Olivier Coqueux - Kevin Hecquefeuille ; Brice Chauvel.

Remplaçant : Eddy Ferhi (G).

Allemagne

Gardien : Robert Müller.

Défenseurs : Andreas Renz - Martin Ancicka ; Frank Hördler - Michael Bakos ; Alexander Sulzer - Sacha Goc ; Anton Bader.

Attaquants : Florian Busch - Stefan Ustorf (C) - Marco Sturm ; Sven Felski - Alexander Barta - Petr Fical ; Yannic Seidenberg - Tino Boos - Daniel Kreutzer ; Philipp Gogulla - Felix Schütz - Christoph Gawlik.

Remplaçants : Thomas Greiss (G), Christoph Ullmann.

 

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